DIEU LE PÈRE
n Diable em|k>Tte qui n'en savait nen#r. 9
a L'Église fut inexorable à l'endroit des courtines et des créatures féminines : elle me fit jeter dans les cachots du Fort-l'Évêque, 011 je fus assoiTimé par un geôlier au moment ou je récitais mes vers contre les moines apostats et les prélats irréguliers; ce mauvais chrétien me tua, à grands coups de crucifix ! Voyez... il y a du sang sur mon linceul! »
« Je suis une femme sans nom, pt j'ose à peine vous dire ce que
j*ai fait dans le inonde : quand je vivais..., il y a longtemps de cela, au quinzième siècle!... j'étais belle, amoureuse, ardente...,
rxut.
je ressemblai» à Madeleine pécbercsse, mais non pas repentie. \b cbancelai pour la première fois, au milieu des mines du palais des Thermes^ et mon pied glissa dans les rues de Paris si mal et si vile, que je me laissai tomber du soir au malin dans les cachots du FortrÉvéque.
« Lajalousie de la vertu avail imaginé un édit absurde, qui condamnait chez certaines femmes le luxe des vêlements et des bijoux : on en voulait à notre pain quotidien, que Dieu ne nous envoyait pas tous les jours. Ma foi! je me pris à rire de celte vilaipe réforme, et je continuai à porter des bagues et des babils somptueux ; par malheur, le prévôt de Paris fit arrêter cinquante demoiselleSy
' L^ombre des murailles de ce palais, ses réduits obscurs, favorisent les fréquentes défaites d*iine pudeur chancelante. — Jean de Hauteville.
i|ui s'obstinaient à ressembler à des princesses, et l'on nous jeta dans les prisons du Fort-rÉvéque... Une oubliette, le pain de tristesse et Feau de douleur pour une ceinture dorée! Voyez... il y a du sang sur mon linceul ! »
« Je ne suis qu^ine religieuse coupable, une Fille-Dieu qui a péché parmi les hommes. J\ii été séduite par un bourgeois, par Etienne Carquelan, et entre nous, je l'ai bien un peu aidé à me séduire : il était si jeune, si amoureux et si beau ! Une religieuse qu'on enlève, une religieuse qui se laisse enlever..., voilà deux grands crimes aux yeux de la justice du quatorzième siècle! Etienne et moi, nous fûmes traduits aux assises du Ghâtelet, et le prévôt de Paris, Hugues Aubriot, nous condamna à une prison perpétuelle dans le Fort-l'Evêque.
« Un soir, — deux ans après notre condamnation, — j'entendis tout près de moi, dans une oubliette, la voix d'un prisonnier qui criait, qui jurait, qui blasphémait contre la justice de Dieu et des hommes..., et je reconnus la voix du juge qui nous avait condamnés, la voix du prévôt de Paris I... Je lui dis, d'une voix moaranlc: Dieu et les hommes sont justes! bénie soit la main qui a frappe Hugues Âubriot, pour lui faire expier son inique sentence contre un bourgeois et une religieuse qui ne demandaient qu'à vivre et qu'à s'adorer ! — 11 me demanda, presque en tremblant : Qui êtesvous? — Je recueillis toutes mes forces pour lui répondre : Je suis la femme bien-aimée d'Etienne Carquelan!...
Cl Je n'entendis plus rien..., par une raison bien simple... je tombai la face contre terre, pour ne me relever que devant Dieu Je sais que le prévôt de Paris, redevenu libre, se hâta de réhabiliter ma mémoire et celle d'Etienne : cet acte de réhabilitation fut inscrit sur les registres du Chàtelet, en marge de la sentence que Hugues Aubriot avait rendue contre nous ; à tout péché miséricorde ! »
— L'histoire du bourgeois et de la religieuse nous rappeHc qu'en effet Hugues Aubriot avait été condamné au pain et àleauj en une oubliette du Fort-l'Evêque ; comment et par qui fut-il délivré?
— Le peuple brisa les portes de son cachot, dans un jour d'é-
meute, et le prisonnier devint le chef de Tinsurrection des mail^ lotins. Dans ce mouvement populaire, dirigé contre les percepteurs de rimpôt, les maillotins, qui devaient ce nom aux maillets de fer dont ils étaient armés, rendirent la liberté à plus de trois cents détenus, innocents ou coupables. Le Châtelet, que les prisonniers avaient déserté à la voix des maillotins, ne tarda point à se repeupler, non pas de malfaiteurs condamnés par les juges, mais d'honnêtes citoyens proscrits par la haine des princes et des factions : il me semble entendre déjà l'effrayant écho des luttes politiques des d'Armagnacs et des Bourguignons!...
Le 12 juin 1418, à onze heures du soir, on vint annonjcer, à la porte Saint-Antoine, que les d'Armagnacs avaient attaqué le fau-bourg Saint-Germain : « Le peuple^ rapporte un témoin oculaire, si'esmeul vers la place Mauberl et environs , puis après celui de deçà les parUs^ à la Grèce et aux halles. Lors se leva la déesse de discorde et éveilla ire la forcenée, convoilisey enragerie et vengeance; et quand virent le cotmnunde Uuraccort^ si l' échauffèrent onllre mesure et le poussèrent aux prisons. » — En ce moment, les prisons étaient encombrées de proscrits, qui étaient des d'Armagnacs.
A minuit, le peuple frappait à la porte du Châtelet, en criant : Tuez, tuez ces chiens arminaz ! Je renie Dieu, sijà pie un en eschappe en celle nuyt!... Les gardiens essayèrent d'abord de résister; ils finirent par capituler avec le danger, et surtout avec leur conscience : ils refusaient de laisser entrer le peuple; mais ils contraignirent les prisonniers à sortir.. • Et le seuil de la prison se transforma en un échafaud où quinze cents malheureux furent assommés, comme dans un vaste abattoir.
Le vide immense que celte horrible boucherie avait fait dans la prison fut bientôt comblé par de nouvelles victimes : le 21 août, les Bourguignons attaquèrent encore le Châtelet, pour y recommencer les massacres du 12 juin. Le prévôt de Paris s'efforça d'ioToquer, en faveur des prisonniers, la justice ou la pitié de leurs ennemis. •• Mais les Bourguignons lui répondirent en le menaçant : JUalgré bien, sire^ de votre pitié et Je votre justice, mauldit soit de Dieu, qui auraja pitié de ers faulx traîtres arminaz ang^ois, ne que de chiens! Celte fois, les prisonniers ne voulurent pas se donner la
4(ii LES PUISONS DE PARIS.
peine de sorlir pouralleràla rencontre des bourreaux qui lesatlen*
daient : ils résolurent de se défendre, en soutenant un véritable
siège.
Au nord du Châtelet, c'est-à-dire du côté opposé à la rivière, une terrasse couronnait la muraille dans toute sa longueur: les d'Armagnacs y élevèrent des barricades avec des pierres, des poutres, des barres de fer, avec tous les débris qu'ils purent arracher aux constructions de la forteresse. Quoique la terrasse du Châtelet s'élevât à plus de soixante pieds au-dessus du sol, les Bourguignons n'hésitèrent point à l'attaquer : l'attaque et la défense furent longues, sanglantes, désespérées; mais les assiégeants finirent par conquérir ce champ de bataille improvisé; les împi* toyables Bourguignons saisirent leurs ennemis vaincus^ désarmés, et les lancèrent par-dessus les parapets de la terrasse; les malheureux d'Armagnacs tombèrent sur les piques, sur les épées d'une troupe de Bourguignons.
Ce n'est pas tout : la Bastille renfermait aitssi des d' Armagnacs; le duc de Bourgogne ordonna de transférer immédiatement ces prisonniers dans Je grand Châtelet : des historiens lui ont fait Thonnéur de croire qu'il ignorait en ce moment le sort qui attendait les proscrits. Enfin, les prisonniers de la Bastille arrivèrent à la porto du Châtelet : lés meurtriers, qui venaient de terminer teur horrible besogne, poussèrent des cris de joie à la vue de ces nouvelles victimes, et nulle d'elles ne fut épargnée.
— Vous avez nommé la Bastille : est-ce que la raison d'Etat de Louis XI, ce véritable maître de la prison Saint-Antoine,. a'a point laissé passer sa justice par les cachots des deuxChâtelets?
— Je vais bien vous surprendre. . , Louis XI eut un jour une singulière pensée : en 1477, le jour de la fête de Saint-Denis, il fit mettre en liberté tous les prisonniers du grand et du petit Châtelet !.•. 11 nous faut ajouter bien vite, qu!à cette époque, les deux Châtelets ne renfermaient que des voleurs, des. assassins et des vagabonda; 4^ouis XI se gardait bien, même pour honorer la mémoire de saiot Denis, de pardonner à ses prisonniers politiques de Vincenucs et de la Bastille.
Puisqu'il s'agit du règne de Louis XI, n'oublions pas une tmusp
criminelle de ce temps-là, Thisloire de Pierre Moynel, îigent de police 9 condamné à être pendu pour crime de complicité avec uiie bande de voleurs; il y eut, dans celte importante affaire, un Incident assez remarquable*
Lecliefdelabandeélaitunchaussetiery nommé Chariot Tonnelier, énergique bandit qui avait exigé de tous ses complices le serment solennel de ne jamais divulguer ui un seul nom^ ni un seul crime de sa formidable association. Près de toucher au seuil de la chamr bre de la torture, Chariot douta de lui-même, de sa force et de son courage; il eut peur de trahir son secret, qui était celui de ses camarades : il aperçut un couteau dans les mains d'un geôlier... il se précipita sur cet homme, saisit son couteau, et se coupa la langue, qu'il jeta dédaigneusement aux pieds d^m de ses juges!
Un chroniqueur affirme que cette mutilation n'empêcha point un habile médecin de rendre la parole à Chariot Tonnelier : on trouva donc le moyen de le guérir, et le supplice de la question vint à bout de la fermeté de cet homme ; il avait eu raison de douter de lui-même, de son énergie, de son audace : il promit de parler, el lor» déclara tout au long sa ri>, ei de moxdt grand» et tnerteilhux larcins si accusa mouh de gens coupables.
Cette association de malfaiteurs aurait fait envie aux bandes organisées de notre époque : ces escarpes du quinzième siècle avaient pour complices, pour receleurs, des marchands qui ressemblaient aux plus honnêtes bourgeois du monde. Chariot s'était assuré le mystérieux concours d'un serrurier pour ouvrir les portes, d'un orfèvre pour dénaturer les matières d'or el d'argent, d'un joaillier pour vendre les bijoux vulgaires et les pierres démontées,. d'un fripier pour utiliser le linge et les habits ; tous ces gens-là tenaient boutique, avec la commandite de Chariot Tonnelier. Quant à l'agent de police dont nous parlions tout à l'heure, il fut convaincu d*avoir donné chaque soir au chef de la bande le mot de passe des sergents et des archers.
Le supplice de Pierre Moynel provoqua les applaudissemeuts de la foule : le préjugé populaire s'attaquait déjà à tous c«ux qui apparr tenaient, de près ou de loin, à la police de Paris. Le peuple poursuivait surtout, de ses plaintes et de sa haine, les sergents du Chà-
.i6i LES PRISONS DE PARIS.
(elel. Une des causes de cette aversion générale contre les sergents, était peut-être la façon dont ils en usaient eux-mêmes envers tout le monde, dans les fêtes et cérémonies publiques : armés de bâtons que Ton appelait boulayeSy ils frappaient d'ordinaire les spectateurs, sous le prétexte de se frayer un passage ou de faire faire place à une procession, à un cortège, aune cavalcade.
Les sergents du Châtelet recevaient ces bâtons de bois vert, la veille des grands jours, des jours solennels; la ville en distribua sept douzaines^ à Toccaslon des obsèques du duc d'Orléans, sous le règne de Charles YI. Lorsque Isabeau de Bavière entra dans Paris, pour devenir reine de France, la bourgeoisie lui offrit des fêtes magnifiques : le roi, impatient de l'admirer tout à son aise, et curieux de connaître l'opinion des Parisiens sur la beauté de sa femme, se glissa dans la foule, sous les habits d'un simple bourgeois; immobile devant la porte du Châtelet, Charles VI ne daignait prendre garde qu'à la charmante figure de sa fiancée... lorsqu'un sergent vint chasser le beau rêve qu'il faisait sans doute tout éveillé, en frappant son souverain à coups de boulaye.
Ces pauvres sergents étaient parfois les tristes héros de fâcheuses aventures; leur mission leur valait presque toujours un danger ou un accident, lorsqu'ils avaient affaire à la noblesse. Vn soir, une troupe de sergents conduisait un gentilhomme dans les prisons du Châtelet; elle fut attaquée par les amis du prisonnier, et dispersée à coups de sabre, après avoir laissé deux hommes sur le carreau. Le prévôt de Paris se promit de châtier un pareil attentat par une condamnation exemplaire : il fit arrêter le chevalier Berqueville, et le condamna à mort, snr le simple témoignage d'un des familiers de la prévôté, qui crut reconnaître l'accusé. Berqueville n'avait ni participé, ni assisté à la fin tragique des deux sergents; près de mourir, il dit au peuple, du haut de Téchafaud : « Deux jugements ont été rendus contre moi, l'un au ciel, l'autre sur la terre ; le jugement des hommes est inique, le jugement de Dieu est juste... car j'ai tué, il y a dix ans, un gentilhomme de mes amis, qui était devenu mon rival. »
Il y a un peu de tout dans l'histoire des prisons de Paris, cl mémo un peu de science dans l'intérêt de l'humanité tout entière.
Au quinzième siècle, un de ces malheureux sergents du Châtelet, tant de fois maudits par le peuple, servit à réaliser une des plus belles découvertes de la chirurgie : la première opération de la taille de la pierre eut lieu surunsergent, détenu au Châtelet et condamné à mort. L'opération réussit à merveille, et le patient reçut... en récompense deThabileté deTopérateur, de Targent et la liberté.
Au dix-septième siècle, la justice du Châtelet condamna une femme, dont le supplice rappelle ce jugement de Dieu que le chevalier Berqueville révélait au peuple, du haut de Téchafaud. Un conseiller au parlement, du nom de Tiquet, fut assassiné dans la rue, à une petite distance de son logis. Le commissaire chargé des dépositions ayant demandé au blessé quels étaient ses ennemis, le conseiller répondit: a Je n'ai jamais eu peur que de l'inimitié de ma femme; elle m'a quitté pour se livrer aux dérèglements de toutes les sortes, et je me suis laissé dire qu'elle avait plus d'une fois souhaité ma mort. »
Cette réponse de la victime décida de l'arrestation de madame Tiquet; conduite d'abord au petit Châtelet, et ensuite au grand Châtelet, elle commença par protester de son innocence, mais elle s'avoua coupable pour échapper au supplice de la question; elle fut condamnée par le prévôt de Paris, assisté de son lieutenant, à avoir la tête tranchée sur la place de Grève. Des amis fidèles, des protecteurs dévoués, des personnes de la plus haute distinction, M. Tiquet lui-même, qui avait survécu à ses blessures, demandèrent au roi la grâce de cette malheureuse. Le roi fut inflexible ; il écouta, dit-on, dans cette circonstance, les conseils de l'archevêque de Paris; ce prélat avait jugé à propos d^apprcndre à Louis XIV que chaque jour des bourgeoises et des dames de qualité venaient s'accuser, dans le confessionnal, d'avoir attenté à la vie de leurs maris.
Madame Tiquet, cependant, était innocente du crime dont elle subissait la peine; mais il fut acquis aux débats de ce procès qu'elle avait eu autrefois la secrète pensée de tuer son mari, et que ce projet avait manqué son effet par des circonstances indépendantes de sa volonté. — Y avait-il dans cette pensée, dans ce projet, de quoi rassurer la conscience des juges?
iiiO LES PRISONS DE PARIS.
A peu près à la même époque, il ne fut question, dans tout Paris, que de la résurrection miraculeuse d^une pauvre fille que Ton venait de pendre, pour crime d'assassinat. Cette fille, — une paysanne des environs de Paris, — avait été accusée par son matlre d'avoir tenté de T assassiner pour mieux le voler; le crime le plus probable de cette femme était tout simplement d'avoir résisté aux violences équivoques de son maître. Elle fut condamnée à mort et exécutée. Quelques heures après l'exécution, un chirurgien acheta le cadavre; il le fit porter dans son cabinet de dissection, et c'est ici que commence le miracle : au premier coup de scalpel, la mor^e exhala un profond soupir!... le chirurgien posa la main sur le cadavre à la place du cœur, et il lui sembla que le cœur battait encore... Il plaça le cadavre dans un lit et s'en alla chercher un prêtre du voisinage; le prêtre ne tarda point à suivre son voisin : il entra dans la chambre de la pendue, un goupillon à la main ; la morte ouvrit les yeux... elle se leva... et le naïf abbé se persuada peut-être qu'une seule goutte d'eau bénite avait ressuscité cette femme, parce que Dieu n'avait point voulu delà mort d'une innocente.
Les deux Châtelets furent, dans tous les temps de trouble, les deux geôles de la proscription politique ; ils ne furent point oubliés par les vengeances de la Ligue et de la Fronde. Dans les jours de calme, de tranquillité publique, c'était le vice, la débauche, le crime, qui avaient affaire aux geôliers de ces deux affreuses prisons.
11 faudrait beaucoup trop de courage, si l'on voulait chercher la trace de tous les grands criminels qui passèrent par les cachots du prévôt de Paris; en fouillant du bout de notre plume, et à notre cœur défendant, au milieu de toutes ces misères et de tous ces crimes, nous avons trouvé deux noms qui doivent figurer dans ce chapitre, parce qu'ils rappellent deux des plus célèbres épisodes de l'histoire criminelle du dix-huitième siècle : le comte de Horn et Desrues.
En 1720, il y avait, à l'angle de la rue Qiiincampoix et de la rue de VetiisCj un cabaret qui portait pour enseigne : à CÉpée de bois; ce cabaret servait aux galants rendez-vous des Mississipiens...
C'était la régence alors ,
Et, sans hyperbole.
Grâce aax plus drôles de corps,
La France était folle ; Tous les hommes s^amusaienl.
Et les femmes se prêtaient A la gaadriole, au gai, A la gaadriole !
Trois hommes, trois assassins entraincrenl un jour, dans le cabaret de VEpée de boiSy un des plus riches agioteurs du règne de M. Law, sous le prétexte de lui acheter une terre, et le malheureux agioteur fut assassiné. Les auteurs de ce meurtre étaient : de Miles, gentilhomme piémontais ; Lestang, fils d'un banquier de Tournay ; et le comte Antoine de Horn, parent du régent. Un garçon du cabaret entr'ouvrit la porte de la chambre au moment où la victime tombait aux pieds des assassins, et la nouvelle du crime ne tarda pas à se répandre dans toute la maison, l^stàng prit la fuite, et réussit à quitter Paris et la France; de Miles se laissa glisser dans la rue de Venise, à l'aide d'une poutre qui étançonnait le cabaret de VEpée de bois : il ne fut arrêté que dans le marché des Innocents. Le comte de Horn voulut s'enfuir par le même chemin que de Miles , mais il se foula le pied en tombant, et on s'empara de lui dans la rue Quincampoix.
La noblesse française et étrangère intervint auprès du régent, pour qu'il épargnât la mort, et surtout l'infamie, à un coupable qui était allié aux familles princières d'Allemagne; le frère aîné du comte de Horn écrivit au duc d'Orléans des lettres remplies d'une généreuse et touchante sensibilité ; le régent repoussa courageusement tous les conseils, toutes les prières, en répétant ce vers de Trancride :
Le crime fait la honte, et non pas Téchafaud.
Le duc de Saint-Simon fît observer au régent que le comte de Horn avait l'honneur d'être son parent ; le prince lui répondit avec une énergique noblesse : « Quand j'ai du mauvais sang, je me le fais tirer! »
Le comte de Horn et de Miles subirent le supplice de la roue.
Le 30 avril 1777, le Chàtelet condamna François Desrues, marchand épicier, né à Chartres, c à faire amende honorable, nu « en chemise, la corde au cou, tenant en sa main une torche du <' poids de deux livres, au-devant de la principale porte et entrée « de Téglisc métropolitaine de Paris, où il sera conduit dans un a tombereau par l'exécuteur de la haute justice, et être à l'instant « jeté dans un bûcher ardent, pour y être son corps réduit en cendre, « et ses cendres jetées au vent, pour avoir empoisonné, de dessein c( prémédité, la dame Delamolte et son Cls, en abusant indignece ment du droit d'hospitalité qu'il exerçait envers eux. »
Desrues écouta la lecture de celte sentence les yeux tournés vers le ciel, comme s*il eût voulu le prendre à témoin de l'iniquité de ses juges. Dès ce moment, le condamné ne cessa de demander et délire des ouvrages de piété ; quand on lui parlait de son crime, il répondait avec un sourire qui grimaçait la joie douloureuse du martyre : « Dieu connaît le fond de mon cœur; il m'absoudra ! »
La condamnation de Desrues, prononcée parle Chàtelet, dut être soumise à la juridiction souveraine du parlement. Le condamné espérait beaucoup, sans doute, de ce dernier recours; on l'entendit plus d*une fois s'écrier dans la prison : «t Après mon acquittement, j'attaquerai M. Delamotte en réparation d'honneur, et je lui apprendrai à flétrir la réputation d'un honnête homme! » Desrues pérora pendant plus d'une heure, avec une assez habile éloquence, devant le nouveau tribunal qui allait le juger : il parla des erreurs commises par la justice de tous les temps et de tous les pays; il appela au secours de son innocence l'assassinat juridique de Calas, victime de ^ignorance el de la prévention; il osa montrer à ses juges l'image du Christ, en leur disant : « Je vais donc souffrir comme lui ! » Le parlement confirma la sentence du Chàtelet, et il ajouta à la peine prononcée contre Desrues le supplice de la question ordinaire et extraordinaire.
Le patient se livra aux mains du tortionnaire avec le courage, av^c l'audace, avec le stoïcisme qu'il devait montrer le lendemain devant le bourreau ; à chaque épreuve de la question, il s'écriait sans se plaindre : « Dieu me voit ! »
Le jour même de sa mort, Dcsriies se mit à table, pour faire son dernier repas, avec une tranquillité surhumaine; il demanda la faveur d'embrasser sa femme, et il lui recommanda d'élever ses enfants dans la crainte de Dieu et Tamour de la vertu; enfin, il moniales marches de Téchafaud en criant au peuple : « Voici la mort du juste ! »
Qu'était-ce donc que ce criminel qui défiait ainsi, par une incroyable résignation, la justice des hommes et de Dieu? Qu'étaitce donc que ce Desrues, dont la mort inspirait naguère à un spirituel écrivain cetle question paradoxale : « Est-ce que le stoïcisme du crime diffère peu de celui de la vertu, et le supplice d'un scélérat ressemble-(-il parfois à la glorieuse fin d'un martyr ?... »
Nous avons vu mourir Desrues ; nous allons le voir vivre.
L'empoisonnement de madame Delamotte et de son jeune fils n'était pas le premier coup d'essai de Desrucsdans lavoie'du crime. En 1767, il achète un fonds d'épicerie des mains d'une pauvre femme, dont il a fort habilement préparé la ruine; il lui succède, moyennant une rente \iagère qu'il devra lui payer et une redevance de certaines fournitures pour son usage personnel : la malheureuse épicière mourut avant le premier mois de ce contrat de vente; elle mourut après avoir pris une tasse de thé dans Tarrière-bou tique de son successeur. On s'étonna dans tout le quartier de cette mort si rapide, si violente, si mystérieuse... Mais le moyen d'accuser un homme aussi estimable que Desrues, un chrétien qui ne manquait pas un office et qui avait deUx confesseurs à la foisl...
Quelques années plus tard, il rencontre un naïf provincial qui veut s'associer avec lui ; Desrues lui demande un apport de seize mille livres, et le crédule jeune homme s'empresse de verser celle somme dans la caisse de l'association : le lendemain, l'associé de Desrues disparait pour toujours, sans doute après avoir pris une tasse de thé dansTarrière-boutique de l'épicier. On se préoccupe, on s'inquiète, on s'étonne d'une pareille disparition... mais le moyen de soupçonner un homme qui communie tous les dimanches, et qui a mérité les sympathies publiques du clergé!
En 1775, — le voilà bien près de Téchafaud! — Desrues décida
M. de Saint-Faust Delamotte à lui vendre la terre deBuisson-SouelVe, pour la somme de cent trente mille livres, payable dans le courant de Tannée 1776. L'acquéreur se hâta si lentement d'acquitter les termes du marché, que M. Delamotte lui demanda la résiliation de l'acte de vente; Desrues promit de payer : son créancier, qui demeurait à Villcneuve-le-Roi, envoya à Paris, pour recevoir le prix de la terre de Buisson, sa femme et son jeune fils.
Madame Delamotte plaça son enfant dans une pension, et accepta pour elle-même l'hospitalité de Desrues : au bout de huit jours, elle était morte! le cadavre, renfermé dans une malle, fut transporté dans une maison de la rue de la Mortellerie où Desrues avait eu le soin de louer une cave, pour y mettre, disait-il, du vin de liqueur -en bouteilles ; en louant cette cave, Desrues avait pris le nom de Decoudray.
L'empoisonneur pénétra pendant la nuit dans ce caveau, où il se vantait d'ensevelir à la fois le corps de la victime et le secret de son crime ; il creusa une fosse, il y déposa la malle ; il jeta de la terre sur ce mystérieux cerceuil, et il rangea des bouteilles sur la tombe de madame Delamotte.
Le lendemain, Desrues emmène à Versailles le fils de sa victime, qu'il a fait sortir de la pension avec une prétendue lettre de sa mère : le jeune Delamotte prend une lasse de chocolat, et il meurt dans les bras de Desrues, qui récite les prières des agonisants.
Le résultat de ces deux crimes devait être bien simple pour le misérable qui les avait commis : il s'agissait de constater aux yeux de M. Delamotte, par un acte public, que le débiteur avait payé la plus grande partie de sa dette à la femme de son créancier. Cette pièce authentique fut produite, en effet, dans les débats du Chàtelet et du parlement : madame Delamotte autorisait son mari, dans une procuration notariée, à recevoir le solde du prix de la terre deBuisson-Souefve; le notaire, appelé en témoignage, se souvenait d'une femme d'une taille avantageuse qui avait signé devant lui la minute de cet acte, sous le nom de Marie-Françoise Périer^ épouse de Saint^Faust Delamotte ; on le confronta avec Desrues, habillé en femme, et il déclara ne point le reconnaître.
Desrues, emprisonné au Fort-l'Evéque et ensuite au grand
DESR'JIS.
Châtelet, allait peut-être réussir à tromper la justice, lorsqu*une lettre anonyme vint fournir tout à coup un nouvel élément à Tinstruction de cette mystérieuse affaire : une dame Lemasson, qui avait loué à Decoudray une cave dans la rue de la MorlelUrie^ s'avisa d'entrevoir, de deviner, dans l'accusé Desrues, ce locataire qui voulait mettre du vin de liqueur en bouteilles ; elle écrivit au magistrat instructeur ce qu'elle pensait, ce qu'elle craignait, ce qu'elle avait rêvé, et la justice ordonna une perquisition dans la rue de la Mortellerie.
Tout était bien à sa place dans le caveau mortuaire : les bouteilles, la malle et le cadavre ; Desrues finit par avouer que madame Belamotte était morte chez lui, mais naturellement^ après avoir bu une médecine, et qu'il avait caché ce cadavre, de peur d'être compromis. Quant au jeune Delamotte, Desrues déclara qu'il était mort à Versailles, d'une maladie honteuse ; fidèle à son hypocrite dévotion, l'empoisonneur ajouta : « J'aimais cet enfant comme un fils; j'ai du moins la consolation de l'avoir vu niourir avec les sentiments et les secours de la religion ! n
Voilà le martyr Desrues ! c'est Tartufe, doublé du chevalier de Sainte-Croix.
c< Les jésuites du dix-septième ou du dix-huitième siècle n'ontils pas joué un rôle dans le prétoire du Châtelet, h propos d'un jeune homme, nommé d'Ombreval, neveu de M. de Novion, président au parlement de Paris?
— Oui, vous avez raison... je me souviens d'avoir lu cette histoire; le souvenir de ce procès pourra terminer, avec un certain à-propos, votre chapitre sur le grand Châtelet : les jésuites ne sont-ils pas à Tordre du jour, pour les personnes et pour les principes?... )>
En 1698, le lieutenant de police, d'Argenson, fil conduire au Châtelet le jeune d'Ombreval et deux ou trois de ses amis, pour un enfantillage qui était bien un peu hasardé. Ces aimables vauriens aperçurent un jour, sur le seuil du collège Louis-le-Grand, deux jésuites qu'ils reconnurent tout de suite : cette rencontre leur rappelait certaines corrections qu'ils avaient reçues de la main de ces deux bons pères, et ils résolurent de se venger on infligeant aux
deux robes noires la peine du talion... nnieux Talail tard que jamais ! Une charrette, chargée de balais, stationnait dans ]a rue : nos écoliers de la veille s'arment de verges, saisissent les
^^^•cctyjc^
deux jésuites, les dépouillent... d'une partie de leurs vêtements, et se prennent à les fustiger d'importance, à la grande joie des nombreux spectateurs qu'avait attirés la nouveauté d'un pareil spectacle. Tout le monde ne riait pas dans la foule : une jeune fille osa seule défendre très-sérieusement les deux jésuites, d'abord en criant contre les agresseurs, et puis en essayant de frapper d'Ombreval et ses camarades; la pauvre enfant joua de malheur : elle ne réussit tout juste qu'à recevoir le châliment qu'elle avait voulu épargner aux deux jésuites.
Dès ce moment, les brocards de lout le quartier tombèrent sur cette bonne et courageuse jeune fille; son liancé lui-même se moqua d'elle et refusa lout nel de l'épouser. Comme elle avait une résolution et un courage à l'épreuve, elle brava le scandale d'un procès devant la chambre civile du Châtelet, pour se marier avec un jeune homme qui s'opposait ainsi à sa demande : « Je ne veux
pas que l'on dise, en me voyant passer dans la rue : Voilà le mari de la fessée ! » Le défendeur gagna sa cause.
Les deux jésuites du collège Louis-le-Grand n'avaient point ou* blié de demander justice contre d'Ombreval et ses amis : M. d'Argenson leur promettait une sentence exemplaire, et Tordre tout entier de saint Ignace frappait à la porte du Châtelet en criant : Vengeance! — Les jésuites avaient compté sans Tintervenlion d'un président au parlement de Paris : M. de Novion lutta contre le lieutenant de police, contre le Châtelet, contre les jésuites, et les coupables furent rendus à la liberté. Les deux bons pères que vous savez ne dirent mot, par prudence, par précaution, comme il convenait à la politique de tous les membres de leur société ; mais, une nuit, ils trouvèrent le moyen d'aller effacer, au-dessus de la porte de la chambre criminelle, le distique du poëte Santeuil :
Hic pœne scelerum ullrices posuere tribunal ; Soiilibos undè tremor, civibus indè salus.
Le dernier voyage de Voltaire à Paris, en 1778, valut à un jeune avocat de Genève, nommé Vernier ou Verdier, quinze jours d'emprisonnement dans les prisons du Châtelet. Voici comment. Le philosophe de Ferney passait un soir sur le Pont-Royal, dans la voiture de M. de Villelte; il fut reconnu : la foule se pressa autour de lui en criant « Vive Voltaire ! vive l'auteur de Mérope! vive lesauveur de Calas! » Un jeune homme, — l'avocat de Genève, — ouvrit la portière de la voiture, baisa la main du patriarche, et s'écria, en ayant l'air de provoquer le peuple, « A bas les rois! vivent les philosophes / . . . »
L'inspecteur de police Marais voulut saisir au collet cet imprudent enthousiaste de la philosophie à la mode : le peuple s'en mêla ; on se battit, on maltraita l'inspecteur, aux cris de Vive Voltaire ! vivefit les philosophes ! Mais, en dépit de rinlervention de la foule, Vernier fut arrêté et conduit à la prison du grand Châtelet.
Attaché au service spécial du Châtelet, l'inspecteur Marais mil à profit son autorité pour satisfaire sa rancune ; insolent et brutal, cet homme insultait chaque jour le détenu Vernier, et plus d'une
fois il osa le frapper. Le désespoir inspira au prisonnier une idée
vraiment folle : il se promit d'être libre par la fuite ou de mourir
en fuyant, et il trouva le moyen de réaliser cette promesse... II
s'évada.
Le ciel était sombre; la pluie^ Forage, les éclairs, le tonnerre, favorisaient cette difficile évasion; Thorloge paroissiale sonna dix heures, lorsque Vernier, devenu libre, se prit à courir au hasard, à travers les rues, les carrefours, les ruisseaux et les égouts de la ville. Tout à coup, il crut entendre le piétinement des chevaux et le cliquetis des armes : encore un moment, encore une minute, et c'en était fait peut-être de ses espérances, de sa liberté, de sa vie !... Par bonheur, au détour d'une place publique, il aperçut une vieille servante qui venait d'entr'ouvrir la porte d'une petite maison ; cette femme s'avança dans la rue, pour babiller chez quelque voisin sans doute... et Vernier se hasarda bien vite à pousser la porte entr'ouverte..., il se glissa dans le logis, à tâtons, à l'aventure, guidé seulement par une voix presque mélodieuse qui chantait un air de la comédie italienne; il pénétra, en chancelant, sans le vouloir, sans le savoir, dans un petit salon assez élégant, et il se laissa tomber aux genoux d'une femme jeune, jolie, et, ma foi ! très-distinguée.
Cette jolie femme eut pitié de Vernier : les soins les plus empressés, les attentions les plus délicates, les paroles les plus tendres, elle lui prodigua tous les trésors d'une hospitalité généreuse, avec une grâce charmante, sans lui adresser une seule question sur son origine, surson état, sur son apparente misère. Cependant, le prisonnier ne voulut pas donner le change à la charité de cette excellente personne : il lui raconta l'histoire de son horrible captivité et de sa miraculeuse évasion; il se mit à maudire, d'une voix étouffée par la colère, le nom de l'inspecteur Marais... Et ce nom fit tressaillir la jeune femme, qui supplia son hôte de se calmer et de se taire. Au même instant, l'on frappa un violent coup de marteau à la porte extérieure de la maison ; une voix criarde, brutale, éclata dans les corridors et sur les marches de l'escalier; la jeune femme se leva toute tremblante, elle montra du doigt à Vernier une petite chambre qu'elle lui avait destinée jusqu'au leu-
demain... Elle le supplia, elle lui commanda de sortir, de se cacher» En la voyant si troublée, si pâle, si défaite, Yernier s'imagina que quelque chose d^extraordinaire allait se passer dans cette mystérieuse demeure : il se promit de veiller à son tour sur sa protectrice, de la servir, de la protéger, de la défendre.
Un homme entra dans le salon ; il s'approcha de la jolie maîtresse du logis et Tembrassa; ensuite il se jeta dans un fauteuil, frappa du pied sur le parquet, et trouva fort plaisant de siffler dans Fappartement d'une femme. A la (in, le rustre se donna la peine de parler, de crier et de se plaindre... La voix de cet homme épouvanta Yernier : le pauvre détenu allait encore se trouver face à face avec un agent du Châtelet, avec un exécuteur des bassesœuvres de cette prison : Yernier venait de reconnaître la voix do rinspectenr Marais !...
« Mon ami , demanda la jeune femme à Tinspecleur de police, qu'est-ce donc que ces petites taches que vous avez aux mains et jusque sur la dentelle de votre chemise? — Rien, ou à peu près rien, répondit Marais... quelques gouttes de sang. Un prisonnier d'élite s'est évadé, il y a deux heures, des cachots du grand Châtelet, et je me suis vengé sur ses compagnons d'infortune. »
Marais demanda de Teau pour se laver les mains...
L'inspecteur embrassa de nouveau sa maltresse; il lui dit froidement :
«Bonsoir, Manon... bonne nuit! J'ai besoin de m'étourdir... je vais boire, je vais jouer; à demain ! »
En le voyant sortir, Manon ferma violemment la porte ; elle courut dans la petite chambre de Yernier, et s'écria d'une voix douloureuse :
c( Je vous ai sauvé; à votre tour, sauvez-moi! Par pitié, que cet homme ne nous revoie ni l'im ni l'autre; j'ai horreur de son amour.. .et ce soir> mon cœur lui a dit adieu pour jamais... partons!»
Un mois plus tard, l'inspecteur Marais reçut une lettre datée de Genève : c'était une malédiction que lui adressaient à la fois Manon el Yernier. Ce jour-là, les prisonniers du grand Châtelet durent être bien à plaindre!
<i 11 VOUS reste à nous apprendre à quelles époques eurent lien la suppression et la démolilion du Fort-rÉvêque, du grand et du pelilChâtelet?
— Le Fôrt-l'Evêque et le petit Châtelel furetii supprimés en 1780, en vertu d'une ordonnance de Louis XVIj contre-signée par le ministre Necker; on transféra les détenus dans Tancien hôtel de la Force, Quant aux bâtiments de ces deux geôles, qui menaçaient ruine, ils furent démolie en 1782. Les ouvriers trouvèrent dans les décombres du petit Châtelet des médailles, des armes , des ustensiles, qui nous avaient été légués par la civilisation romaine; on y découvrit une relique précieuse : l'aigle de la légion l'Invincible qui formait la garnison de Lutèce et qui accompagna Julien dans les Gaules.
Le grand Châtelet fut supprimé en 1792; les vastes bâtimenls de cette forteresse lurent complètement déhiolis en 1802 et 1804. Une colonne triomphale a remplacé le donjon du prévôt de Paris, cl le Génie de la victoire plane sur ce coin de terre où l'on vit s'abattre plus d'une fois les aigles victorieuses des Romains.
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