CARTOUCHE
niait ce pauvre monsieur Cartouche! A la fin. Cartouche consentit à dire la vérité, grâce à TinQucnce persuasive de la question; il passa, dit-on, une nuit tout entière à nommer ses amis et ses complices : ils étaient tant!... Il dénonça trois jolies femmes qui avaient été ses maîtresses.
Un jour, Cartouche reçut, dans son cachot de la Conciergerie, un visiteur d'une indiscrétion passablement cruelle ; c'était M. Legrand, Fauteur dramatique de tout à l'heure, qui poussait le ridicule de la couleur locale jusqu'à réclamer, d'un criminel, des détails de mise en scène pour le spectacle dramatique de sa vie et de sa mort.
Ledramatiste salua Cartouche de la meilleure grâce du monde; il lui parla du théâtre comme d'une école de mœurs ; il déplora le hasard qui avait fait d'un homme d'esprit un voleur, un assassin, un grand misérable, et il finit par lui demander les renseignements précieux dont il avait besoin pour les menus plaisirs du parterre.
— Monsieur, lui dit Cartouche, je remercie M. d'Argenson du plaisir qu'il a bien voulu me faire : grâce à votre visite, je vais contribuer peut-être à l'amusement d'un peuple que j'ai bien souvent désolé.
Le voleur répondit à toutes les questions de M. Legrand, et, à son tour, l'homme de lettres daigna raconter à Cartouche le scénario de sa comédie de mauvaises mœurs.
— Et quel jour doit être représenté votre ouvrage? demanda le prisonnier,
— Le jour même de votre exécution en place de Grève! lui répondit l'auteur.
— Sil en est ainsi, vous ferez bien de consulter le bourreau : il pourra vous fournir, pour votre dénoûment, des détails qui auront le mérife d'une affreuse exactitude. Adieu, monsieur Legrand... que les sifflets du parterre vous soient légers !
Apcès avoir fait de la politesse et de l'esprit avec un littérateur, Cartouche essaya de faire de la vertu et du patriotisme avec un jésuite ; il disait au père Guignard, en parlant de la mort de Henri IV : « Tous les assassinats que j'ai commis ne sont que de légères peccadilles, en comparaison du forfait dont votre compagnie s'est
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souillée. Est-il un crime plus énorme que celui de faire périr son maître, son roi, son souverain, et quel souverain ?... le meilleur prince de l'univers, Famour des peuples, la gloire de la France, le père de la patrie ! Je veux vous donner une preuve que j'étais moins fait au crime que vous autres : j'avais un si grand respect pour la mémoire de Henri IV, que si un homme se fut réfugié sur le pont Neuf, au pied de la statue équestre, je n'aurais jamais osé l'y égorger! L'original n'a pas produit sur vous l'effet qu'une faible copie aurait produit sur moi... »
N'est-ce pas quelque chose de bien étrange, que cette oraison funèbre de Henri IV prononcée dans un cachot de la Conciergerie, à la face d'un jésuite, par un prédicateur de l'espèce de Cartouche!
Après plusieurs tentatives d'évasion, Cartouche sembla se résigner à ne plus sortir de son cachot que pour marcher au supplice; cependant, condamné à être rompu vif, il ne désespéra ni de sa bande, ni de sa fortune : près de mourir, il attendait encore que des bras dévoués, des amitiés fidèles, vinssent l'arracher aux mains du bourreau! Il se vengea de ses anciens amis, en dénonçant de nouveaux complices.
Les convulsionnaires de saint Médard, ces fanatiques sensuels du dix-huitième siècle, payèrent leur tribut de liberté à la suzeraineté pénale de la Conciergerie. La persécution avait fait grandir cette incroyable secte, tombée de la robe d'un jésuite sur le tombeau du diacre Paris. Les convulsionnaires publiaient une feuille intitulée : Nouvelles ecclésiasliques ; on l'imprimait impunément à Paris, dans la banlieue, en province, partout, en dépit de l'infatigable vigilance de la police. On emprisonna bien des gens, que l'on soupçonnait d'avoir trempé le bout d'une plume dans l'écritoire des convulsionnaires , mais ou ne put jamais empêcher la collaboration, l'impression, la distribution des Nouvelles ecclés{a,^ldques.
En 1737, Carré de Monigeron, conseiller au parlement de Paris, s'occupa de raconter dans un gros volume toutes les grâces divines, tous les miracles opérés par la convulsion, sur la tombe de ce bienheureux Paris, qui n'en pouvait mais. Carré de Montgeron eut un double tort qui lui coûta cher : d'abord, il publia cet ouvrago indigeste, écrit tout entier contre la raison, contre la justice, con-
Irc la vérité; ensuite, il se rendit à Versailles, pour offrir à un monarque, au maîlre couronné de la société française, un livre antimonarchique et antisocial. Il osa se présenter devant Louis XV, son chef-d'œuvre à la main, et le roi emprunta, pour lui répondre, ces jolis vers de Vollaire :
Un grand tomhcàii, sans orncnieni, sansar!, Ksi élevé non loin de sainl Mcdard ; L'Esprit divin, pour ccialrcr la Franco, Sous celle tombe enferme sa puissance.
L'aveugle y court, et, d'un pas chancelanl. Aux Quinze-Vingts retourne en làlonnanl ; Le boiteux vient, clopinant sur la tombe, (^rie : Hosanna ! saule, gigolte et tombe ; Le sourd approclie, écoute et n'entend rien. Tout aussitôt, de pauvres gens de bien, D'aise pâmés, vrais témoins du miracle.
Du bon Paris baisent le tabernacle.
Louis XV se permit de rire, en récitant ces vers, au nez du con-
vuIsionnairCy et la duchesse du Maine ajouta le quatrain suivant h
la réponse du roi de France :
Un décroticur à la royale, Du talon gauche estropie, Obtint, par grâce spéciale, D'êlrc boitcui de Tautre pied.
Par malheur pour Carré Je Montgeron, la police n'était pas forcée d'avoir de l'esprit comme Voltaire, de l'indulgence comme Louis XV, de la malice comme la duchesse du Maine : elle arrêta l'ancien conseiller au parlement, qui fut renfermé d'abord à la Bastille, et, un peu plus tard, à la Conciergerie.
En 1775, sous le règne de Louis XVI, M.deMalesherbes,chargé de visiter les prisons de Paris, trouva dans les cachots de la Conciergerie deux malheureux convulsionnaires, un homme et une femme, qui expiaient depuis trente-huit ans la sottise d'avoir cru aux miracles de saint Médard. Ils furent mis en liberté, bien étonnés d'apprendre qu'il n'y avait plus en France ni jésuites, ni convulsionnaires. Frappés, en 1764, par un édit de Louis XV, les jésuites avaient brisé, dans leur chute, le théâtre sépulcral du diacre Paris; leur dernier soupir se mêla au gémissement de la der* nière convulsion.
Il n'avaitfallu rienmoins que le dangerd'un scandale qui durait depuis plus de trente ans, et l'influence de la philosophie militante, et les mémoires des bailliages et des universités, et les arrêts du parlement, et les conseils obstinés de M. de Choiseul, et peut-être les ordres de madame de Pompadour, pour décider Louis XV à •signer l'édit de 1764. Le roi se souvint du couteau de Damions, et il ordonna l'expulsion définitive d'une secte qui en voulait à la fois a la liberté des petits et à l'indépendance des grands.
L'opposition de madame de Pompadour à la cause des jésuites n'était guère le résultat d'une conviction politique ou religieuse: elle haïssait, dans cette cause, une influence rivale qui menaçait à chaque instant son crédit, son pouvoir, son ambition. Entre ces deux ennemies irréconciliables, une secte et une femme, il ne s'agissait que d'une inimitié personnelle. La maîtresse de Louis XV no
pardonnait pas plus aux jésuites leurs injures et leurs calomnies, qu'elle n'avait pardonné à bien des pauvres diables un bon mot, une chanson, une épigramme, une satire, un regret, une critique ou un reproche. Sous le règne galant de la marquise-reine, quatre mille personnes furent jetées , par l'ordre de la favorite, à la Bastille, à Vincennes et à la Conciergerie î Quelle curieuse et singulière histoire on pourrait écrire, avec les prisonniers de madame de Pompadour !
Nous avons nommé Damiens, à propos de Texpulsion des jésuites : nos lecteurs savent déjà que ce nom est attaché à l'histoire de la Conciergerie, par le collier de fer qui tortura Ravaillac.
Le 5 janvier 1757, à six heures du soir, le roi se disposait à monter dans son carrosse, pour se rendre de Versailles à Trianon. U se sentit frappé tout à coup, sans savoir où ni comment; il passa la main sous sa veste ensanglantée, et il s'écria : Je suis blessé! 11 regarda instinctivement un homme qui avait gardé son chapeau sur la tète, et il reprit en montrant son assassin : C'est lui qui m'a frappé y qu'on l'arrête, mais qu'on ne le tue pas !
L'assassin s'était servi, contre le roi, d'un couteau dont la lame était assez semblable à celle d'un canif. On trouva sur lui quelques pièces d'or, et un livre intitulé : Instructions et Prières chré-tînmes.
Questionné provisoirement dans une des salles du château de Versailles, Dajniens se mit à dire plusieurs fois : Que l'on prenne garde à monseigneur le dauphin! Torturé horriblement pour qu'il avouât s'il avait des complices, il répondit que ses complices étaient bien loin, et qu'on ne les trouverait plus.
Le 18 février, la Conciergerie ouvrit de nouveau son cachot des régicides, pour y questionner l'assassin de Louis XV. L'écrou de Damiens décrit ainsi le costume qu'il portait à Versailles, au moment même de son arrestation : « Un habit de droguet d'Angle- « terre, pelit-gris, doublé de serge; une veste rouge de velours de « gueux, doublée de serge blanche; une culotte de panne cra- « moisie, doublée de peau ; une paire de bas de laine petit -gris, « des souliers, et une chemise de toile d'Alençon, garnie en ba- « tiste. »
Le 28 mars, Damiens sortit de la Conciergerie pour aller subir, sur la place de Grève^ un de ces épouvantables supplices dont nous avons déjà parlé. Ce fut pendant le dernier acte de cette tragédie judiciaire, que l'on entendit une grande dame de la cour s'écrier, en regardant les quatre chevaux qui desmembraient le régicide : Mon Dieu ! que ces pauvres bêles se donnent de mal!
Damiens fut le dernier régicide questionné, torturé, mutilé, tenaillé, brûlé, écartelé par la colère que la loi féodale avait trouve le moyen de mettre dans la justice. Louis XVI eut Timmortel honneur d'abolir les tortures sauvages de Tancien régime; et si, depuis Texécution de Damiens, des fanatiques, des insensés, ont expié sur un échafaud quelque attentat contre la vie d'un consul', d'un empereur, d'un roi ou d'un prince, du moins la peine qu'ils ont subie n'a point ressemblé à un passe-temps de cannibales : ils sont morts d'un seul coup de hache, et c'est bien assez.
En 1770, le mariage de LouisXVI, qui n'était encore que l'héritier présomptif de la couronne, fit faire à la police de Paris une espèce de rafle ie filous, une véritable presse de voleurs, au profit de la Conciergerie. Ce jour-là, ou plutôt cette nuit-là, le 30 mai, le bureau de la ville de Paris, c'est-à-dire le corps municipal de cette époque, offrit au peuple et à la royauté une fête splendide, dont le principal théâtre était la place Louis XV. Le feu d'artifice que l'on devait tirer dans les Champs-Elysées avait attiré sur cette place et sur tous les points qui l'avoisinent, les flots pressés d'une population curieuse, avide, impatiente. A la dernière gerbe, à la dernière fusée, au dernier éclair du bouquet d'artifice, la foule voulut remonter jusqu'aux boulevards par la rue Royale, dont les édifices n'étaient pas encore terminés. Des filous avaientprofité de l'obscurité assez profonde de cette nuit, pour tendre des cordes à decertaines distances dans toute la largeur de la rue Royale. Des milliers de personnes tombèrent au premier pas ; le danger, le désordre et l'épouvante ne se firent pas attendre : on se précipitait, en essayant de fuir, dans les fossés de la place Louis XV; on se cramponnait à des échafaudages^ et les échafaudages écrasaient la fouleens'abimant; des femmes mouraient sous les pieds des chevaux, en cherchant à escalader des voitures dont on n'avait pas interdit la circulation;
des hommes se frayaient un passage avec leur épée ; des enfants passaient, de main en main, au-dessus de toutes les têtes, pour retomber, hélas ! dans un gouffre vivant qui les étouffait; des soldats, effrayés sans doute, blessaient avec leurs armes des malheureux qu'ils auraient dû protéger ; deux mille sept cent quarante personnes périrent dans cette sanglante mêlée ! Les voleurs de Paris, qui venaient de gagner cette horrible bataille, ne laissèrent qu'un seul bandit sur le carreau : il se nommait Petit-Jean; les volés avaient étouffé le voleur : on trouva sur lui cinquante montres, et à peu près autant de chaînes d'or ou d'argent.
Le lendemain, trois à quatre cents voleurs et vagabonds furent arrêtés par l'ordre de M. de Sartines, conduits à la Conciergerie, et fouillés en présence du lieutenant de police. A chaque fouille opé-
Suiacm Âtjc^
rée dans les habits, dans les chapeaux, dans les poches, dans les souliers de ces malfaiteurs, il tombait aux pieds de M. de Sartines une montre, un bracelet, une boucle d'oreille, une bague, une
bourse, un collier, des bijoux de tous les prix et de toutes les formes. Un seul voleur en avait caché, dans son mouchoir, pour plus de six mille livres.
M. deSartines ne réussit à prendre tous ces malfaiteurs, du matin au soir, d'un seul et immense coup de filet, que par Tintermédiaire intéressé de quelques repris de justice. Ce fut sous le règne de Louis XV, que la police employa pour la première fois les voleurs et les forçats libérés, dans l'intérêt de la sûreté publique. Tout le monde connaît la réponse de M. de Sartines à des hommes de cour qui lui reprochaient la bassesse de ses nouveaux aides de camp : « Indiquez-moi, je vous prie, les honnêtes gens qui voudraient faire un pareil métier ! »
La lieutenance de cet habile magistrat amena une singulière ré«volution dans les coutumes, dans les moyens, dans les expédients, dans le génie pratique des voleurs et des filous de Paris : ils essayèrent de lutter ingénieusement, spirituellement, contre l'inépuisable esprit d'invention du lieutenant de police.
La police de M. deSartines est adroite, vive, enjouée, rieuse, bouffonneilevoletlafilouterie se mettentàexécuter leurs tours dépassepasse, avec une dextérité merveilleuse, en plaisantant, en riant, en se moquant de la galerie, comme les bateleurs du pont Neuf ou de Saint-Germain-l'Auxerrois. La police de M. de Sartines devient mondaine et presque galante quand il le faut: les filous et les voleurs se cachent sous les dehors de la politesse et de la galanterie. La police de M. de Sartines sautille parfois dans la rue, en fredonnant un refrain équivoque: le crime et le délit s'en vont à travers la ville, en chantant les couplets les plus lestes du théâtre de la foire. Quand la police applique une mouche sur sa figure, les petits-fils de Cartouche mettent du fard sur leur visage. Quand la police porte des manchettes, les neveux de Mandrin portent des flots de dentelle. Si la police éternue, en ayant l'air de mettre le nez dans une tabatière, les voleurs abusent du tabac d'Espagne dans une boîte de Petitot; enfin, si la police de M. de Sartines préfère aux allures du drame les expédients de la comédie, la filouterie et le vol empruntent leurs armes au répertoire comique: à cette époque, la Conciergerie, habituée à la tragédie du crime,
reçoit, a sa grande surprise, des voleurs qui ressemblent à Mascariile, et des filous qui ressemblent à Frontin.
La Conciergerie, empoisonnée par la peste en 1548, fut dévastée par l'incendie en 1776. Le premier de ces deux terribles visiteurs lui avait légué le bénéfice d'une infirmerie; le second lui valut une ordonnance de Louis \VI, qui obéissait à l'inspiration de Turgot pour améliorer la demeure et le régime des prisonniers. En réalisant la généreuse pensée de son ministre, le roi ne se doutait guère qu'il préparait, au fond de cette prison, le dernier logement, la chambre suprême de Marie Antoinette, reine de France! Nous voilà sur le seuil de la Conciergerie révolutionnaire, et nous allons toucher à la hache, baptisée parle docteur Guillotin.
La guillotine ne date en France que de l'année 1792, dans l'exécution publique des hautes œuvres criminelles; mais elle est antérieure à la pénalité capitale de la fin du dix-huitième siècle : elle se dresse toute sanglante, sous d'autres noms, avec d'autres accessoires, en Ecosse, en Allemagne et en Italie. La machine qui servait au supplice de la noblesse écossaise, au seizième siècle, les instruments à décoller, chez les Allemands et chez les Italiens de la même époque, préparèrent, sans doute, l'invention du docteur Guillotin qui adressait à l'assemblée constituante, le premier décembre 1789, cette phrase assez singulière : « Avec ma machine, je vous fais sauter la tête, d'un coup d'œil, et vous ne souffrez point! »
Le docteur Guillotin n'offrait pas seulement à l'assemblée constituante un mécanisme applicable à un instrument de supplice : îi lui présentait aussi un projet de loi qui devait réformer notre procédure criminelle, au profit de la justice et de l'humanité. Le code pénal de 1791 consacra les généreux principes du docteur sans oublier d'abolir la roue, l'écartèlement, le bûcher, la corde, pour les remplacer par la décollation, au moyen d'une pièce mécanique suhsiiinée à la main du bourreau.
Au mois de mars 1792, les docteurs Louis et Guillotin furent chargés de diriger la fabrication d'une machine qui tranchât rapidement^ et à peu près sans douleur, la tête du patient.
Le premier essai de la guillotine eut lieu à Bicélre, le 17 avril
1792, sur trois cadavres, en présence de rexécuteur Samson^de ses deux frères et de son fils : « Le poids seul de la hache , a dit Cabanis, trancha les têtes avec la vitesse du regard , et les os étaient coupés net. » Le docteur Louis conseilla de donner à cet instrument de mort une disposition oblique, afin qu'elle pût couper, en tombant, à la manière d\ine scie. La guillotine fut définitivement adoptée, et huit jours plus tard, le 25 avril, elle faisait sauter d'un coup d*œH la tête d'un assassin nommé Pelletier.
Trois hommes surtout s'étaient efforcés de traduire en action, sur un échafaud, l'article de loi voté par les législateurs de 91 : Louis, Guillotin et Mirabeau. Le nouvel instrument de mort s'appela d'abord une louisetle; on Tappela ensuite une guillotine: elle faillit s'appeler une mirabelle.
Les condamnés politiques de la révolution qui tombèrent les premiers sous le fer de la guillotine, moururent au mois d'août 1792 : c'étaient CoUcnot d'Angremont, employé dans les bureaux de l'hôtel de ville; de la Porte, intendant de la liste civile; Farmain de Rosoi, rédacteur de la Gazette de Paris. A cette époque, déjà , huit mois avant le 21 janvier 1793, l'inscription suivante, deux vers de Malherbe ! fut proposée pour la guillotine :
Et la garde qui veille aux harrièrcs du Louvre N'en défend pas nos rois !
Louis XVI était sur la route du Temple.
Il ne nous sied pas de tâter le pouls à la révolution française, sur le lit de douleur de la Conciergerie; il ne nous sied pas de compter les condamnations que son artère a pu battre au jour, à l'heure et à la minute, dans les redoutables accès de sa fièvre chaude; nous ne songeons pas à copier les pages affreuses, les listes impitoyables du Journal des Guillotinés^ publié par un libraire du Palais- Egalité; nous ne voulons pas soulever, anneau par anneau, les chaînes forgées par la grande maison de justice de la république; nous ne prendrons garde qu'à des mains illustres, qui ont porté les fers de la conciergerie républicaine, et nous dirons adieu à la politique pour saluer à la fois du même geste, du même regard,
de la même pitié, des prisonniers et des victimes de toutes les classes^ vaincus par la fatalité de l'histoire, dévorés parles terribles nécessités du lendemain révolutionnaire, et dont le souvenir faisait dire à M. Thiers, Téloquent historien de la révolution française : « Nous, qui pour être libres n'avons eu que la peine de naître, a nous serions bien lâches, bien infâmes, de laisser périr la liberté, « car nos pères nous l'ont achetée au prix de bien des vertus et de « bien des crimes. »
IlélasI a tout seigneur, tout honneur! Le 13 octobre 1793, un huissier audiencier au tribunal révolutionnaire fut chargé d'écrouer à la Conciergerie la veuve de Louis XVI , exécuté le 21 janvier de la même année. Marie-Antoinette fut transférée de la prison du Temple à la maison de justice du département, et riiuissicr Monot rédigea ainsi, entre deux guichets, l'écrou de la reine de France :
« La nommée Marie - Antoinette , dite Lorraine d'Autriche, « veuve de Louis Capet, prévenue d'avoir conspiré contre la « France, et recommandée à la requête du citoyen accusateur « public du tribunal révolutionnaire établi au Palais, à Paris, « par la loi du 10 mars dernier, qui fait élection de domicile au « greffe dudit tribunal, en vertu d'un jugement rendu par ledit « tribunal, en date de cejourd'hui, dûment en forme, pour, « par elle, rester en cette maison , comme en celle de justice, juste qu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné; et l'avons laissée à « la charge du citoyen Baulc , concierge de ladite maison, qui a « promis de la représenter quand il en sera requis ; et ayant à « ladite veuve Capet, en parlante sa personne, entre les deux gui- « chets de cette maison, comme en lieu de liberté, laissé copie de « l'acte d'accusation dressé contre elle le jour d'hier, réquisitoire u étant en suite du jugement susdaté et du présent. »
Écrouée à quatre heures du matin, à l'issue de l'audience du tribunal révolutionnaire, Marie-Antoinette écrivit à madame Elisabeth une lettre testamentaire, un adieu suprême qu'elle adressait à ses enfants et à ses amis ; ensuite, elle s'humilia devant Dieu, pour lui demander pardon, non pas de ses crimes, disait-elle dans sa prière, mais de ses fautes.
La chambre de la reine de France, à la Conciergerie^ était tout simplement un cachot. Marie-An loi nette y fut servie par un galérien que Ton avait dispense d'aller travailler aux galères ; soyons justes: cet homme, ce misérable, nommé Barasin, se crut obligé de désobéir à sa cruelle consigne , et il respecta quelquefois la veuve du roi Louis XVI; les gardiens du Temple n'auraient pas eu la singulière faiblesse de Barasin.
L'administrateur Michonis et le concierge Richard respectèrent aussi Marie-Antoinette; ils eurent le courage de la pitié en faveur de Cette femme , de cette malheureuse dont le front avait porté une couronne! Le premier expia, sur l'échafaud, le tort d'avoir permis au chevalier de Rougeville de pénétrer dans la prison et de remettre un billet à la reine ; le second fut destitué, pour n'avoir été qu'un homme au lieu de n'être qu'un geôlier. Deux gendarmes furent préposés, la nuit et le jour, à la garde de Marie-Antoinette ; la pudeur révolutionnaire daigna jeter un paravent entre la prisonnière et les gardiens.
Un matin, à onze heures, un huissier vint écrire ces mots sur la marge de Técrou de Marie-Antoinette :
« Du vingt-cinquième jour du premier mois de l'an deuxième de c< la république française, une et indivisible.
« La nommée Marie-Antoinette, dite Lorraine d'Autriche, veuve « de Louis Capel, a été, à la requête du citoyen accusateur public c( du tribunal révolutionnaire, extraite de cette maison et remise u à l'exécuteur des jugements criminels, et conduite à la place de c( la Révolution pour y subir la peine de mort à laquelle elle a été « condamnée par jugement du tribunal révolutionnaire, en date tt de cejourd'hui, par nous, huissier audiencier audit tribunal, et u soussigné,
<( IIappieh. )>
Près de sortir de la Conciergerie, Marie-Antoinette coupa ellemême ses cheveux et se vêtit d'une robe blanche. A la vue du tombereau qui devait la porter jusque sur la place de la Révolution , elle se plaignit de ne point avoir le droit d'aller au supplice, comme Louis XVI, dans une voiture.
I)c-»»nie |iai JiLKS David.
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