‹ Les prisons de ParisChapitre 101 sur 118 · Jules Favre, au Corps législatif, séance du 6 avril I86i · texte numérisé non relu

Jules Favre, au Corps législatif, séance du 6 avril I86i

3â2 LE DÉPÔT DES CONDAMNÉS — geande-roqustte

Ne convient-il pas, du moins, que la société suspende Vexercice de son droit, avant d'arriver à la dernière limite, le sacrifice de la vie même de Thomme ? Et ceux qui font cette question, posent aussitôt d'une manière absolue, le principe de Tinviolabilité de la vie humaine ^ Mais si la vie humaine est absolument inviolable, que devient le droit de la guerre? Que devient le droit de légitime défense? Défense individuelle ou défense sociale, on se sent forcé par r instinct de conservation et par son propre droit à l'existence, de frapper l'agresseur qui s'est mis luimême hors la loi, de méconnaître son droit à l'inviolabilité, et de lui prendre, si c'est nécessaire, la vie qu'il tenait de Dieu seul. « Ces mêmes drdts » naturels que le pouvoir doit habituellement » garantir en nous, forment le domaine de la » pénalité quand l'agent s'est rendu indigne de » les exercer '. »

Le droit à Ja liberté n'est pas moins inviolable que le droit à lexistence. Et pourtant les partisans de l'inviolabilité humaine, le violent tous les jours dans la personne des malfaiteurs qui sont mis en prison, par un motif pareil, identique, la nécessité.

Les philosophes de l'antiquité, qui l'avaient com-

1. Victor Hugo, Assemblée nationale de 1848, séance du 15 septembre et suivantes.

2 Faustin Hélie.

pris, n'ont rien dit de cette inviolabilité *. C'est une prétention toute nouvelle. Le christianisme n'a eu aucune parole de blâme contre la mort envisagée comme peine. Grotius Tadmettait ' aussi bien que ce Bentham à qui Ton attribue souvent la première conception du système pénitentiaire.

C'est au xvni® siècle que la question se trouve décidément posée comme elle l'est aujourd'hui et presque dans les mêmes termes. Beccaria venait d'écrire : « Quel peut être ce droit que les « hommes se donnent d'^^or^er leur semblable? « Qui jamais a voulu donner aux autres le droit de lui ôter la vie *» ? Bientôt Voltaire adoptait ces vues et faisait un commentaire spécial du traité de Beccaria. II écrivait à son tour: u On a dit depuis longtemps qu'un homme pendu n'est bon à rien *. »

L'opinion de Beccaria ne pouvait être admise telle qu'il l'avait présentée. Il s'appuyait pour la défendre, sur une erreur, la supposition d'un con» trat sofcial primitif. On répondit avec raison que le malfaiteur n'était pas puni pour avoir voulu la punition, mais pour avoir voulu une action punissable. Cependant, ce qui resta, depuis la publication du livre de Beccaria, ce fut, dans la pensée de

\. Platow, le» Lois, livre IX.

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