Jules SimoD, la Peine de mort, récit
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rations qui ont leur valeur passent au second rang, s'il est vrai que nous nous trouvions ici en présence d'un intérêt supérieur à tout autre, de l'intérêt social.
On le nie.
Le Portugal, certains États de TAllemagne, rAmcrique sur quelques points, ont renoncé à appliquer cette peine. En France même, dans plusieurs départements, le jury accordant toujours les circonstances atténuantes, Ta abolie en fait. Précisément, on remarque que les crimes contre les personnes continuent, dans ces pays-là, à être plus rares qu'ailleurs. N'est-il pas évident, en conséquence que l'intérêt social ne l'exige point ? N'est-ce pas une négligence, une indifférence coupable, celle qui fait maintenir dans la loi une peine injuste destinée à disparaître?
La réponse est facile.
Il est certain que dans quelques pays les habitants sont plus paisibles et ont les mœurs plus douces. Ce n'est pas l'abolition de la peine de mort qui a fait diminuer le nombre des crimes. Le soutenir, ce serait soutenir une absurdité. Mais c'est le degré de civilisation, la paix habituelle dans ces pays-là, qui ont permis d'y renoncer sans un trop grand dommage. Dans les grands pays, en France par exemple, où le Chef de l'État ne va pas en une demi-journée d'une frontière à l'autre, la se-
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curité des citoyens à laquelle il faut veiller, Tordre public, ont d'autres exigences. Peut-être quelque jour les grands pays en progrès pourront-ils imiter les petits États. Alors, ils renonceront à la peine capitale, non parce qu'ils la trouveront injuste, — elle ne l'a jamais été, — mais parce qu'en présence du danger social diminué, cette réforme est devenue possible. Ce ne sera pas un reproche de la conscience qui décidera le législateur à Tabolir; ce sera un besoin du cœur qui le poussera à déclarer généreusement que, ne la jugeant pas indispensable, il ne s'en servira plus.
Est-il donc possible d'affirmer, d'abord que dans les pays où la peine de mort a été abolie, la criminalité suit une marche décroissante par ce fait, et, de plus, que dans les pays où l'on exécute, au contraire, la vue des exécutions produit de nouveaux crimes ?
Il est bien vrai que certains criminels ne sont pas intimidés par la vue du supplice, puisque plusieurs condamnés à mort ont déclaré avoir assisté à une exécution peu de tempâ avant leur crime. Il est bien vrai que tantôt l'audace du condamné et tantôt sa souffrance, produisent parmi les spectateurs une impression fugitive d'étrange admiration ou de pitié qui s'égare l Mais chacun sait qu'il faut renoncer absolument à intimider certains criminels. C'est sur le grand nombre, non sur ces natures exceptionnelles, que Teffet d'intimidation sera produit.
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Il est d'autres personnes, il en est beaucoup, pour lesquelles le maintien dans la loi de cette peine, la pensée seule qu'elle peut leur être appliquée, deviendra un frein salutaire.
Si les malfaiteurs savaient qu'elle n'est pas dans la loi, combien de fois auraient-ils recours à l'assassinat, pour être plus sûrs de l'impunité !
Combien de préméditations criminelles sont étouffées par la crainte de la mort I Combien de crimes domestiques empêchés ! Les haines entre les membres d'une même famille, les calculs de la scélératesse, les empoisonnements, les lâches entreprises sur les faibles, sur les vieillards dont on convoite l'héritage, voilà les crimes qui seront prévenus l On s'attendrit sur l'assassin ; mais les victimes, ces six cents personnes qui, d'après la statistique, chaque année, sont bien réellement égorgées celles-ci, ou blessées grièvement, ne méritent-elles pas aussi quelque pitié?
Il ne faut donc pas dire : la société donne un mauvais exemple, parce qu'elle se venge, parce qu'elle verse le sang* Elle ne se venge pas, mais elle exerce, et chacun peut s'en rendre compte, le droit de légitime défense, qui <x)nsiste pour l'individu à frapper celui qui l'attaque, et pour la société, à frapper dans le but d'intimider et de prévenir.
Protéger des malheureux que tous abandonnent, patroner des libérés, c'est bien. On a dit ici, et l'on
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dira à roccasion tout ce qu'il est possible de dire en leur faveur. Mais cette sympathie pour la misère physique et morale, ne doit pas aller jusqu'à épargner les pires criminels en attirant sur eux la pitié. On ne doit à ceux-là que la vérité.
Chose étrange ! cependant. L'excès même de la perversité a fourni un argument aux adversaires de la peine capitale. Ce qu'ils disent déjà des simples voleurs, ils l'ont dit, à plus forte raison, des meurtriers. Ce sont des malades. On a imaginé une monomanie du vol, de l'immoralité, de l'assassinat, bien commode pour mettre les malfaiteurs à l'aise, et pour les décharger de toute responsabilité.
Il est vrai, si l'on se sert des termes mêmes du docteur Lélut, que des rapports nombreux, soit explicatifs, soit expiatoires lient le crime à la folie. Mais cette folie, quand elle est réelle, est constatée avec soin. Un médecin connu, fondateur d'une importante maison d'aliénés, est, presque chaque jour, appelé. Et alors, on va le voir, ce qui se passe est bien simple.
C... venait d'être mis en prison. Il avait assassiné sa femme. Gardé en commun avec deux autres prisonniers dans une cellule, il se lève tout à coup, s'empare d'une bouteille, et, d'un coup violent qu'il porte , blesse grièvement l'un de ses codétenus encore endormi. Puis, il s'étend de nouveau sur son propre lit et s'endort. Les médecins appelés cou-
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statent la folie. 11 devait passer aux Assises. On se borne à l'envoyer à la Maison des fous.
Que Ton procède à un examen attentif et que Ton agisse de la même manière dans les cas, moins nombreux qu'il ne semble à certains écrivains, de folie impulsive ou d'épilepsie larvée ; rien de plus naturel. Mais qu'on se garde avec soin de considérer dans tous les cas le criminel' comme un malade. Si certains auteurs d'ouvrages d'anthropologie ont raison ; s'il est vrai que le volume du cerveau et la courbe frontale ne sont pas les mêmes chez l'assassin que chez l'homme civilisé ; si les meurtriers forment un peuple à part, et si leurs organes présentent des lésions morbides ; il faut alors se hâter de déclarer qu'ils sont tous des êtres irresponsables, des victimes de notre barbarie. Ils n'écouteraient pas sans gaieté cette étrange théorie, si quelqu'un venait l'exposer devant eux à la Roquette. D est possible que ce soit là ce que révèlent, quand on les consulte, les crânes des morts. Mais on a une tout autre impression, quand on entend parler et quand on voit agir les criminels vivants.
Ce qu'on peut remarquer encore d'une manière certaine, c'est qu'ils ne craignent que la mort. Sontils sur le point d'être jugés? Us n'ont qu'une pensée, qu'un espoir : les circonstances atténuantes qui permettront de ne les condamner qu'aux travaux forcés à perpétuité. C'est là-dessus qu'ils vous con-
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sulleat presque iuvariablement. Quand Us accuse UQ complice de les avoir trahis, quel châtiment I réservent-ils ? La mort ! Enfin, s'ils rédigent enl eux, avant d'être en prison, pour la bande dont font partie, quelque odieux règlement, quelle san tton, quelle menace inscrivent-ils à la fin de chaq article, et presque à chaque ligne ? La mort 1 I mort!
La conclusion est naturelle : il faut conserver cel peine dans le Code.
On refuse à l'étranger aussi bien que chez noi de la supprimer. Les partisans de l'abolition • France voulaient se hâter, en 1791 d'imiter la To cane et la Russie, en 1848 d'imiter Francfort Berlin, en 1870 d'imiter la Suisse et les États-Uni Mais est-il possible d'imiter ce qui n'existe pas Ce qui est vrai, c'est qu'en Russie, en Prusse, ( Angleterre, la peine de mort est prononcée et aj pliquée aujourd'hui comme autrefois; c'est qu't Suisse même, l'Assemblée fédérale décidait le i mars 1879, la suppression de l'article 65 de la Coi stitution, interdisant l'applicallon de la peli de mort, et le peuple consulté, ratiiiait par se vote, l'acte du Conseil, â 20,000 voii de majorit
Jamais ceux qui proposaient de l'abolir n'oi trouvé une majorité qui consentit à voter immi!