‹ Les prisons de ParisChapitre 11 sur 118 · partie de cette population de passage. Des lits de · texte numérisé non relu

partie de cette population de passage. Des lits de

camp sont disposés le long des murs dans toute rétendue de la salle. Sur une étagère, placée à hauteur d'honmie au-dessus des lits, s'entassent les paquets et les vêtements. Chaque matin les matelas, sur lesquels tâchent de dormir les hôtes du lieu, sont enlevés et des employés lavent toute la pièce à Teau phéniquée.

La salle des paletots, plus étroite, est séparée de la première par une épaisse cloison. Elle reçoit ceux des individus arrêtés qui se distinguent des autres par un soin plus visible de leur personne.

Si le temps le permet, on passe la journée au préau. Ici, dans les cours ou préaux, les séparations qu'il est facile d'établir par un simple mur de clôture, sont plus nombreuses encore. Les vieillards et les infirmes qui pourraient être frappés ou tourmentés par de turbulents voisins, sont mis à part. Les jeunes gens également. De plus, des cellules entièrement séparées, reçoivent, parmi les personnes arrêtées, celles dont Tétat, les besoins, l'honnêteté relative, paraissent réclamer l'application de ce système ou mériter cette faveur.

Les mêmes excellentes dispositions et le même classement intelligent se retrouvent dans le quartier des femmes. Elles sont placées sous la direction des sœurs de Marie-Joseph.

Il faut bien le dire, les filles publiques et les

insoumises, destinées également ,à être envoyées après examen, non en prison, mais au dispensaire, puis à l'infirmerie de Saint-Lazare, sont en majorité dans ce quartier. Une distinction ou une catégorie de plus slmposait donc dans la distribution des logements qui leur sont réservés. Des deux grandes salles communes qui se trouvent dans leur quartier comme dans celui des hommes. Tune est destinée spécialement à recevoir les prostituées.

Enfin, ceux qu'il importe surtout de tenir éloignés des habitués de la prison, les jeunes détenus des deux sexes, sont mis dans les cellules disponibles. Mais il faudrait encore en construire de nouvelles, prévoir le cas où les enfants arrêtés sont trop nombreux. 11 est toujours mauvais de réunir ces enfantslà, même dans des dortoirs attentivement surveillés.

Voici quelques lignes empruntées à une description du Dépôt en 1831 : « Sur le lit de camp,... une » couverture commune abrite du froid les prison- » niers. On y a douze heures de contact immédiat » pour gagner la gale et les autres espèces de ver- » mine et pour être témoin de choses que la plume » se refuse à tracer... Dans le coin de la salle, un » gogueneau immonde et un balai de basse-cour. » Chacun à son tour est tenu d'aller vider le vase » et de balayer la salle *. » Quel Dépôt... d'ordures I

i Raspail. Lettres sur les prisons de Paris. 18S9.

18 L'ARRESh ATION

La comparaison suffit. Elle est instructive et permet de constater d'immenses progrès.

Cependant tout n'est pas fait encore. 11 serait bien nécessaire d'avoir plus d'espace et de jour.

Plus de jour d'abord. Il y a des parties sombres à l'intérieur, un double inconvénient, l'obscurité et le voisinage trop prochain de la Seine, dans ces sous-sols du Palais de Justice.

Plus d'espace surtout, et c'est sur ce point qu'il faut insister, parce que la vie en commun des prisonniers, comme on le verra bientôt, est le plus sérieux obstacle à leur régénération. La population du dépôt e«t toujours de 400 personnes au moins. Et quel est le nombre -des cellules? 200, dont le quart est absorbé par les différents services 1

Un jeune homme, un étranger, par exemple, sans argent et sans domicile^ sachant à peine quelques mots de français, vient d'arriver dans Tune des salles du dépôt. Il est comique sans le vouloir, un niais qui se croit rusé, le Pierrot de l'ancien théâtre. Les habitués du lieu ne laisseront pas échapper cette occasion de s'amuser.

On lui vole, ou on fait semblant de lui voler son pain. Injures ! Cris I

Le prévôt de la salle accourt, avec le surveillant.

— Quelle est la cause de ce tapage?

L'étranger fait comprendre qu'on lui a pris son pain.

— Mensonge! vocifère le chœur des habitués.

Cest notre pain qu'il cherchait, au contraire, à voler.

Tel est, nul ne l'ignore, le procédé habituel de certains escrocs et pick-pockets qui crient les premiers « au voleur l » si quelqu'un s'aperçoit qu'un objet a été soustrait.

L'étranger ne peut répondre.

Troublé, ne sachant pas que le vagabondage est un délit, ne comprenant rien ni à son arrestation, ni à ce qui se passe, il commence à ne plus savoir ce qu'on veut dire quand on lui parle de justice.

Ou bien, sa colère éclate : il frappe autour de lui, exaspéré.... Voilà une vilaine affaire.

Ne vaiait-il pas mieux, pour lui et pour les autres, qu'il fût mis en cellule ?

Certaines scènes nocturnes produisent et laissent la même impression.

Il n'est pas possible de s'isoler dans quelque partie de la salie. Deux matelas doivent nécessairement servir pour quatre personnes. C'est la règle. L*homme arrêté ne dort guère. Il a trop de soucis, de chagrin. Et d'ailleurs, le moyen de dormir tranquille, quand on voit étendu là, assez près pour vous toucher, quelqu'un qui paraît malade, quelqu'un qui semble tourmenté d'incessantes démangeaisons ?

LARHESTATION

•,ez qu'ua voisin se lève, cnllamnic une aU it soumette le coin de matelas sur lequel eposc à une inspection dont il n'est pas le comprendre le motif. Les craintes de lont alors confirmées. On n'essaiera plus e dormir. On prendra le parti d'attenir, avec toute la résignation rendue népar l'ennui, le malaise et le dégoût, loute, la séparation serait déjà établie si matériellement possible dans l'espace trop nt la Préfecture dispose auprès du Palais : et dans certaines parties mômes du Palais.

iicentration de Services très divers dans le !U est un obstacle aussi. Le Dépôt n'est pas it un lieu de passage, comme une salle à l'entrée de la maison d'arrêt, c'est eninstitution de prévoyance, int ramenés, à l'heure de la libération, jers qu'un arrêté d'expulsion, pris par le ! police, va rejeter à la frontière, vagabonds, qui viennent des départements >ays voisin du nôtre, le voyageur sans pain asile, l'enfant perdu ou abandonné, les es malheureux qui ont tenté de se déli- Tardeau de la vie, trouvent, ou du pain, ou iers soins, ou, au moins, un premier abri, u quai, quelques cellules sont réservées à )ce publique. Chaque matin, des infortu-

nés, les uns atteints de paralysie, les autre épileptiques, alcoolisés, viennent attendre 1 tion médicale, pour être conduits ensuite à Anne, à la Salpètrière ou !i Bicêtre. C'est 1 de la maladie. L'accès qui se déclare exige fois, ici. comme dans les quartiers de ces h où le service est le plus pénible, une surv de tous les instants, l'usage de la camisole c qui tient le démon intérieur dompté, dans et sous la courroie. D'autres fuis, mais plu ment, vous n'observerez plus en passant toi du guichet des cellules, sur quelque fig femme, qu'un sourire enfantin, une folie qui ne fait plus souffrir et ne laisse pas méi longs intervalles la conscience d'un tel état.

Quels maux! Quelle misère! Quoique un ordre extrême, règne partout, le prison s'éloigner sans regret do ce milieu, a Enfii dit plus d'une fois le prévenu, avec un so soulagement, lorsqu'il entre dans sa cellule d<

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