‹ Les prisons de ParisChapitre 13 sur 118 · CAUSES DU MAL · texte numérisé non relu

CAUSES DU MAL

Qu'ils soient bientôt arrêtés, pour vagabondage, pour mendicité, pour de légers délits, après avoir adopté ce genre de vie, c'est ce que Ton comprend sans peine. Quelques-uns sont mis en liberté sans jugement; les autres, au nombre de près de deux mille par année, sont retenus en prison et doivent être jugés.

Le mal est grand, et il ifaut avouer qu'il est dû â des causes nombreuses et diverses, mauvais conseils, mauvais exemples, tentations, le second mari de la mère ou la seconde femme du père, paresse, passions éveillées trop tôt, besoin immodéré d'indépendance, etc

Ces causes, malgré la diversité apparente, peuvent être ramenées à deux : l'indignité ou l'incapacité des parents et l'instinct du mal. Ajoutons la corruption par le contact, dans la prison même, qui fait des progrès à chaque nouveau séjour et rend les récidives très fréquentes.

La faute des parents d'abord.

Un inspecteur des prisons a eu la patience de consulter jusqu'à 1200 dossiers d'enfants arrêtés*. 11 a constaté que plus de 900 d'entre eux avaient été privés du bienfait de l'éducation dans une famille honnête. Ils étaient orphelins de père ou de mère, issus de parents séparés, condamnés ou absents.

i . Paul Biicquot. Tableau de la xiluation morale et matérielle en France r/e? jeunes détenus et libérés, etc.

80 DÉTENTION PRÉVENTIVE — L petite-roquetti

Quelquefois, ce n'est pas la faute, c'est l'absence complète des parents qu'il faut dire. Ce groupe d'orphelins, le poète Ta vu :

Oui, sans père ai mère I et pas même un grenier,

Pas d'abri ; tous pieds-nus, excepté le dernier

Qui traînait, pauvre amour, sous son pied qui chancelle

De vieux souliers trop grands noués d'une ficelle. ••■■■■•• • •«• ••••••«■••••• ••««»

Leurs mains rouges étaient roses quand Dieu les fit ^

Et ceux-là, ce n'est pas, en effet, l'indignation qu'ils méritent, c'est l'intérêt des Sociétés de bienfaisance, c'est le secours des gens de bien, en même temps que la pitié du poète.

La seconde cause, fréquente aussi, bien qu'il s'agisse d'enfants qu'on voudrait juger avec indulgence, c'est le vice à l'état d'instinct et de disposition naturelle.

Est-ce admissible ?

Dans toute question pénitentiaire, on trouve toujours deux avis, deux opinions contraires exprimées avec une égale énergie, l'étemel conflit de la peur et de la philanthropie.

Ici, le philanthrope répondrait : non.

Mais que dira son contradicteur ? Il avouera que^ pour lui, la plupart des jeunes détenus sont en effet de véritables possédés, capables de tout, physique^ ment même.

i. Victor Hugo. Les Rayons et le* Ombres.

CAUSES^ DU MAL 3t

Une dame visitait la colome pénitentiaire*. Le directeur raccompagnait. Tout à coup elle aperçoit un jeune enfant de mauvaise mine :

— Et ce brigand-là, je suis sûre qu'il a commis quelque crime abominable ?

— Il a, tout seul , arrêté une diligence ! répond sans rire le directeur.

Et la dame s'éloigne en frémissant.

Voilà la peur.

Ce qui est vrai, c'est qu'après avoir reconnu la funeste influence du milieu, de certains quartiers, de certaines familles, il ne faut pas nier les dispositions criminelles. La statistique donne, pour une seule année, 4878, les renseignements suivants sur les crimes ou délits commis par des enfants âgés de 9 à 16 ans : 2 poursuites pour faux , 10 pour vols accompagnés de circonstances aggravantes, 21 pour incendie, 230 pour coups et blessures, 2,964 pour vols, simples, etc»... Les journaux ont souvent à signaler quelque nouveau crime, quelque délit grave en ce genre, coups dangereux, incendie ou assassinat *.

Une dernière cause générale de l'emprisonnement des enfants, au point de vue surtout des rechutes et

i. Jales de Lamarqae, Des colonies pénitentiaires et du patronage à«t jeunes libérés,

a. Le crime d'Eagène OlUvler, rue NoUet^ aux BatignoUes, commis sur une dame âgée, sa parente, en 1879, est Van des plus coanuset des- plus récents.

DÉTENTION PRÉVENTIVE — L peiite-boquette t récidive, c'est la corruptiou par le contact ou mple voisinage, dans la prison même. Il est donc lin que toute mesure prise pour donner l'assise ausmineurs^c seize ans, malheureux, vaga- Is ou abandonnés, devra être, autant que possible, entive.

est facile d'imaginer quels propos peuvent être s par les mauvais sujets, dans les cours, à la iation , ou même dans l'école , les lieux de lil et de réunion d'une colonie pénitentiaire, [lypocritj?, à la sérieuse amélioration duquel ou mprudence d'ajouter foi , sera précisément celui contribue dans la plus large mesure à la démoition de ses camarades,

iDS la colonie de Z un jeune homme de

iept ans, admis dans l'appartement du directeur ;cupé chaque jour à l'office, écoutait les conyerms des domestiques sur monsieur, sur madame; , il se hâtait, son tra^'ail tint, d'aller répéter iue nouvelle histoire à ses camarades, mais uno ùre embellie, enrichie de commentaires dus à allante imagination. Le vo), l'adultère étaient, itendre, les moindres défauts des pemonnes qui :nt quelque autorité, quelque emploi dans i<i on. Que devenaient ceux qui l'avaient écouté ^ dit lui-même. Ils n'avaient plus qu'une soumisestérieure, sans désir du bien et sans véritable

PRISON DES JEUNES DETENUS î

Les communications ne tardent pas à s'élabl mùme dans les maisons où, comme à la PeLil Roquette, les jeunes détenus sont placés dans c cellules séparées .

Us réussissent à s'apercevoir, à l'école, à la pi menade. Ils parlent à travers la cloison, malgré surveillants. Ils ont certaines façons de frapper mur qui veulent dire quelque chose. Ils se re contrent au Palais lorsqu'ils y sont conduits po le jugement. Ils s'écrivent, et tantôt ils laisse tomber la lettre dans les couloirs quand ils court i'un derrière l'autre pour se rendre à la promcnac taotôt la glissent doucement sous la porte du Toîsi Signé « Cartouche » écrit parfois l'auteur au bas Icpitre. Et toujours, quelque vicieux qu'il soit, affecte plus de scélératesse qu'il n'en a réellemei Quel milieu, pour l'enlant qui n'est que vagaboD mendiant ou abandonné, par suite de la négligen ou de la mauvaise conduite de ses parents I

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