PRISON DES JEUNES DÉTENUS
dans un pot de terre, une porte et une fenêtï^e entre deux cloisons rapprochées, voilà la cellule. Point de siège d^aisances : c'est sain, sans doute, mais bien incommode.
Le costume des jeunes détenus est tout à fait semblable à celui des adultes dans les diverses prisons de Paris. On ne leur laisse pas, comme à Mazas, leurs habits pendant la prévention. Un béret, une cravate, une chemise de forte toile, une courte veste d'étoffe grossière avec le gilet et le pantalon pareils, un mouchoir à carreaux, des sabots : c'est le trousseau complet. Ce n'est pas beau, ce n'est pas fin, mais c'est propre. On ose s'approcher de l'enfant et avoir un entretien avec lui.
Au petit vagabond, si malheureux dehors, souffrant du froid, de la faim, la Petite-Roquette offre un asile, des aliments, un bon lit. Un bon lit, quel bienfait ! Il s'étendait, la nuit, sur des bancs, dans le fossé des fortifications, pour dormir. Enfin, il s'est rendu lui-même au Poste, une nuit, pour voir iin peu de feu, grelottant, les pieds gonflés, épuisé de fatigue et mourant de fa^im.
Il a son lit, à présent. Les premières nuits, il ne fait qu'un long somme. Pendant quelque temps, il jouira de ce bien-être. 11 en jouira trop même, à son gré, si le temps est venu des jours si courts, des soirées sans lumière, des nuits si Ion- |[ues de l'hiver.
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Ce qui calme le jeune détenu, ce qui lui rend vite sa sérénité habituelle, c'est qu'il n'est pas, comme l'homme arrêté, couvert de honte, accablé de son malheur ou humilié de sa maladresse, irrité contre les autres et contre lui-même. La première émotion passée, il attend, il espère. Obligé de travailler, il se met à l'ouvrage avec la résignation facile des enfants; les insoumis contre lesquels il est nécessaire de recourir aux punitions et au cachot, sont, en eifet, en petit nombre. 11 sent bien que son âge le protège et que vous allez vite le prendre en pitié, s'il n'a pas abusé déjà de vos bonnes dispositions à son égard. Jusqu'à dix ans, on lui donne une place dans l'infirmerie que les malades assez peu nombreux ne pourraient remplir, et la porte de sa cellule reste ouverte. Pour lui, la justice elle-même hésite à se montrer sévère. Les magistrats le rendent sans peine à sa famille et ne prennent souvent le parti de le garder que dans son intérêt, s'il n'est pas réclamé. *
On a cru que l'enfant était très malheureux en prison, bien moins capable que l'homme de supporter la cellule. C'est une erreur. Pourvu que son emprisonnement n'ait qu'une durée moyenne, il le supportera mieux.
Il n'est pas entièrement privé de distractions.
Il travaille, dans la cellule, depuis son lever jusqu'à l'heure où se fait la distribution de la soupe.
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Puis, il va passer l'heure de la récréation dans des préaux qui séparent, des deux côtés de l'immense maison, le chemin de ronde du mur extérieur. Tant que dure la promenade, le surveillant enfermé dans un cabinet vitré qui sert d'observatoire, suit d'un œil attentif ses jeux, et ses mouvements.
Au préau, ce n'est point par le jeu, ainsi qu'on pourrait le croire, que l'enfant commence. Il n'a pas encore été question, dans l'énumération des objets composant le mobilier, de tables ou de simples ^ planches de toilette. C'est qu'il n'y en a pas. L'eau est en bas. Comme à la guerre il faut se laver en plein air.
Il faut que l'enfant se remue. Ceux qui voulaient courir avaient déjà des cerceaux à leur disposition. Mais l'administration qui cherchait le moyen de les distraire, a eu naguère l'heureuse inspiration de leur apprendre les premiers mouvements de l'exercice des soldats. Le sergent instructeur est bientôt trouvé, la plupart des surveillants étant revenus du service. On peut les entendre aujourd'hui compter vivement et crier à plein gosier : « Une, deux! — Un, deux, trois » l
En rentrant dans sa cellule, le jeune détenu se remet au travail, boutons, boites, bourses, clous, fleurs artificielles, etc.. Pour n'être pas forcé de le surveiller sans cesse, le contremaître lui indique un minimum de travail, raisonnablement fixé, qu'il doit avoir fait, à la fin de sa journée.
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La tâche imposée ne suffit pas à ceux qui sont adroits et laborieux. Ils font deux ou trois fois plus d'ouvrage que les autres. Pourquoi ? Pour gagner de l'argent. Ils veulent avoir des économies au jour de la sortie, du voyage, quand ils seront conduits pour y rester jusqu'à vingt ans dans une colonie pénitentiaire. Les surveillants, pour dix centimes, leur vendent quelques brochures empruntées à la Bibliothèque utile, des modèles de dessin, un cahier de papier à lettre pour correspondre avec leurs parents. C'est le fruit du travail ! Le contremaître ne manquera pas de dire, en payant, au bout des dix jours réglementaires : « Voilà ce que tu as gagné » ! Si l'aumônier arrive sur ces entrefaites, il profitera de l'occasion, non seulement pour donnera l'intéressant prisonnier la notion, mais pour lui inspirer le désir et lui recommander au moins le respect de la propriété.
Il s'instruit. Le temps de la captivité peut être pour lui, véritablement, un temps d'instruction et de progrès. Il reçoit des leçons à l'école, et dans l'intervalle des heures de travail, le gardien devient pour les pensionnaires qui sont confiés à sa garde, comme un vrai surveillant d'institution ou de collège qui exige que les devoirs soient faits à temps et avec soin.
La matinée du dimanche est consacrée au culte. L'après-midi, nouvel exercice. C'est la lecture à haute voix.