PORTRAITS DE JEUNES DÉTENUS
cation correctionnelle pour les condamnés à de courtes peines, des types divers s'y trouvent, curieux, étonnants, nombreux, comme ils peuvent l'être à Paris. On passe presque sans transition du meilleur au pire. Une observation minutieuse, approfondie, permet de désigner ceux qu'il serait possible de disputer au vice et au mal.
La nature crée rarement des monstres.
Les héros de quelques faits divers de journaux, effrayants, complets, nés malfaiteurs, pour ainsi dire, ne sont conduits ici que de loin en loin. S'ils sont encore mineurs de seize ans, ils ont presque atteint la limite d'âge. L'autorité les traite alors comme des criminels adultes dont ils ont déjà la brutalité, la scélératesse. Elle leur donne une place, en attendant leur jugement, parmi les surveillés de Mazas.
Il ne faut pas confondre avec l'empoisonneiir, l'incendiaire, le meurtrier d'instinct, le vulgaire fanfaron du vice. Pour celui-ci le procès devient une affaire personnelle, une lutte entre la justice et lui. Il triomphe secrètement, s'il a pu provoquer la colère ou l'indignation du juge. Il évite avec soin de se faire envoyer jusqu'à vingt ans dans une colonie pénitentiaire et personne n'oserait dire, lorsqu'il a commis un délit, qu'il a agi sans discernement. Une précoce érudition lui permet de critiquer déjà le Code, et de citer, comme un bon écolier ses
54 DÉTENTION PRÉVENTIVE — I. petite-roquette
classiques, quelques traits de la vie des malfaiteurs célèbres. Il prend lui-même un nom de guerre, et rit, quand il s'aperçoit que son nom, ses projets, ses remarques, tout ce qu*il fait ou ce qu'il débite, vous a plongé dans la stupé&ction.
Les criminels ne sont pas des malades. Mais si l'on pouvait être tenté de le croire, de nier entièrement la responsabilité, ce serait auprès des jeunes détenus.
L'un jure que s'il n'a pas obtenu, à telle heure, ce qu'il demande, un objet désiré, une faveur, il se donnera un coup dangereux, se rendra malade. Le moment venu, il &it ce qu'il avait annoncé.
L'autre, trouvant la cellule insupportable, casse un carreau , s'élance du premier étage dans la cour, ou bien, tente de s'étrangler, de se pendre. Arrêté à temps presque toujours, il pense aussitôt à autre chose, et vous le voyez, quelques heures après, assis tranquillement, comme s'il ne s'était rien passé, à sa table de travail.
Ce qu'on peut voir de pire, après cette espèce, ce sont les fils en correction, et surtout ceux que quelques surveillants appellent a les fils de famille »• Sur quelques-uns, l'effet de la cellule est lent. Cependant, comme ils n'avaient jamais été soumis à un •dur régime, la règle de la prison en son insupportable monotonie, les plie, les dompte. Ils demandent grâce. Il faut se hâter d'implorer pour eux la famille.