PORTRAITS DE JEUNES DÉTENUS
Sur d'autres, habitués dès Fenfance à n*être jamais contrariés, gâtés et même pourris, le châtiment reste sans effet réel. Gourmand, lascif, insolent et béte, le fils de parents riches qui ont été réduits à le mettre là, est parfois incorrigible. Il ne résiste pas longtemps : au contraire. Il fait vite sa soumission, consent à ce que la famille lui impose, voyager, s'engager. Mais il se promet bien de surprendre la bonne foi de son guide et de s'échapper à la ville prochaine. On finira par se lasser, par l'abandonner à lui-même. Il est mis en liberté, et ce jour-là tout le monde est content : le directeur, qui n'attendait rien de ce pensionnaire, et l'honnête surveillant, ami de la règle, que la fantaisie, les caprices de ce prisonnier distingué, recommandé à l'administration, jetaient chaque jour dans un nouvel embarras.
Arrivons à ceux qui sont dignes d'intérêt ou de pitié, à certains mineurs de seize ans livrés à euxmêmes, vivant dans la rue, abandonnés au moins moralement par leur famille.
Us doivent à cette vie en plein air, on ne sait quelle sauvage indépendance. Ils ont horreur de toute discipline et sont devenus nomades.
Le vagabond est en première ligne. Il n'est pas toujours abandonné. Certains enfants ne peuvent ' plus rentrer le soir à la maison, s'enfermer dans une chambre, coucher dans un lit. Il leur faut, au grand désespoir des familles, un banc des boule-
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vards, une guérite, Therbe verte des fortifications. Us sont nés irréguliers.
Mais las autres, les abandonnés, le deviennent aisément. Ils prennent avec une inconcevable facilité, l'habitude duvagabondage. Placés chez un patron qui sera payé pour les recevoir et chargé de les surveiller, ils profitent de la première distraction, le quittent au bout de quelques jours. Les Sociétés de patronage tentent malgré tout de les habituer à Tinternat, et s'ils ont pris la fuite une première fois, ne refusent pas absolument de les recevoir de nouveau. Sage concession ! Il faut de la persévérance pour rendre à un tel enfant le goût de la vie régulière.
C'est le hasard des rencontres qui expose le petit vagabond au plus sérieux danger.
Un jour, il en vient un au Dépôt. Il sortait à peine de la Petite-Roquette ! Que s'est-il passé ? Errant à l'aventure, il a vu quelques jeunes gens qui jouaient au tonneau, à l'ombre, dans la cour d'un cabaret de barrière. Il s'est approché; ils l'ont fait boire. Il est resté, puis revenu. Ses nouveaux amis étaient des voleurs. Le huitième jour, toute la bande a été arrêtée. Acquitté, mais non réclamé par ses parents, il ne peut manquer d'être conduit jusqu'à vingt ans dans une colonie pénitentiaire.
Un enfant de douze ans, disait : « Quand je vois un bijou, une montre, de l'argent, un objet ayant quelque valeur, rien ne m'arrêterait; il faut, si je
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suis seul, qu'il m'appartienne. » Voilà Tinstinct. Apprendra-t-il, à la colonie, à respecter la propriété d'autrui? Peut-être. Il faut toujours essayer de l'instruire.
Mais le jeune détenu qui a pénétré avec des mauvais sujets de son quartier, dans un jardin, pour dérober quelques fruits, n'est-il pas excusable, dans une certaine mesure, lui qui n'a presque jamais un sou pour acheter ce qui le tente? Qu'on ne le Remette pas en liberté, par intérêt pour lui ! Qu'on le protège contre lui-même î Ce sera bon et sage. Mais dans quel lieu? Non dans la colonie, où de plus corrompus, de plus habiles lui apprendront le mal, mais dans une maison d'éducation et de protection préventives. Encore a-t-il fallu supposer qu'il était coupable. Mais les enfants commettent aussi des délits qu'il faut attribuer à la simple étourderie, non à leur perversité. II y a, de ce fait, mille exemples.
Le a pâle voyou » des faubourgs, physionomie parisienne que les dessinateurs et les écrivains ont rendue familière même aux étrangers, n'est pas un inconnu à la Petite-Roquette. Vu tel qu'il est , il séduit moins que dans leurs compositions, mais il intéresse davantage. Quand il est conduit à la maison d'arrêt, il a déjà des vices, de mauvaises habitudes, assez de vices et d'habitudes mauvaises pour qu'il puisse être utile de le retenir jusqu'à vingt ans.
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L'infortune de Fenfant des villes est, en vérité, navrante, et, comme Texpriment bien ces vers d'un récent poème, particulièrement digne de pitié :
Ah ! Fenfant que je plains, c'est celui qui pâlit
Dans un taudis de rille où la fange salit,
Gênante, immonde, obscure, et son corps et son âme,
Au milieu des ferments de la débauche infâme.
La fleur des champs prospère et se passe de soins... <.
Ce qu'il faut ajouter, c'est que parfois les mauvais traitements rendent le taudis même inhabitable. Comment vivre entre une mère indifférente et l'étranger, l'homme qui est maintenant avec elle? Oui, mais s'il s'éloigne, l'enfant ne peut manquer d'être arrêté pour vagabondage et conduit en prison. Est-ce là qu'il devrait être ? Il suffit de le voir pour l'excuser. Il se tient loin de vous, défiant, craignant d'être frappé. Il est resté petit et presque contrefait sous la persécution. Il n'a de l'enfant de son âge que le regard déjà vif et pénétrant. Il se découvre, et, sans qu'il ait parlé, vous savez son histoire. Dans ses cheveux coupés courts, rayés de lignes blanches qui sont des cicatrices, vous voyez encore la trace des coups qu'il recevait au logis.
Enfin, on peut trouver quelquefois, mais exceptionnellement, à la maison d'arrêt, l'enfant d'un bon naturel, docile, aimant le travail.
Maltraité par des parents qui ne l'aimaient pas,