Très distincts du voleur par amour
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elle. Mais le malfaiteur d'habitude lui-même peut éprouver ce sentiment, ces jalousies et ces admirationSy ces fureurs et cette ivresse. Sa passion est sans idéal, matérielle et grossière, voilà tout.
Un commis et une demoiselle de magasin, employés l'un et l'autre dans une maison des boulevards, s'étaient mis à vivre ensemble en faux ménage. Dans l'intimité de cette vie, ils s'entendirent bientôt pour détourner des marchandises qu'ils emportaient secrètement à leur domicile commun. On les soupçonne, on veille, on se cache pour constater le délit. La police, un matin, frappe à leur porte.
Ce fut \me scène curieuse, non jouée certes, mais . très sincère.
Chacun s'accusait seul, donnait des preuves de sa culpabilité propre et déclarait l'autre innocent. La jeune femme se jetait au cou de son complice, pour obtenir de lui qu'il consentît à l'accuser seule. Lui, suppliait avec larmes les agents de la sûreté, de le prendre et d'épargner celle qu'il aimait. Il fallut en finir. Le commis fut conduit à Hazas et la demoiselle de magasin à Saint-Lazare. Mais ils emportaient, Tun pour l'attacher à la cloison de sa cellule, l'autre pour la garder sur son cœur, une image, leur photographie. L'espoir d'être bientôt rendus l'un à l'autre les soutint merveilleusement pendant leur captivité. Sans remords, ils
n'avaient qu'un chagrin ; c'était, de leur propre aveu, de se trouver momentanément séparés.
Souvent, les jeunes fiancées refusent de croire à la culpabilité de celui qu'elles allaient épouser. Il leur faut des preuves certaines après son arrestation, et encore ne se rendent-elles pas toujours à Tévidence.
Ernest vient d'être arrêté pour escroquerie.
Il se hâte d'écrire à Madeleine, sa fiancée, non pas au domicile des parents, mais « au magasin ».
Madeleine après avoir lutté, se décide à répondre. Elle veut qu'il sache ce qu'elle a souffert en apprenant l'arrestation. Elle jurait quelques jours après^ dès la troisième lettre, que son amour ne finirait qu'avec la vie :
Rien ne pourra now séparer^ nion Ernest chéri. Je vous ai pardonné.
Vous n*avez pas Vidée de tout ce qu'on a dit autour de moi pour me détourner de ce mariage. Ces dem4)iselles ne m*ont point épargné leurs injures.
Mes parenês aussi, déclarent que j'ai bien fait de vous pardonner^ mais quHl ne faut plus que nous pensions Vun à l'autre.
Pour moi, je reste votre fiancée, malgré leurs conseilSy malgré tout. Ce que f entends dire ne me décourage pas. Au contraire, je déteste les personnes qui voudraient nous séparer. Celles même que f aimais le plus^ me deviennent insupportables.
Compte:: sur mon amour. Votre
Madeleine.
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Heureux coquin ! Quel sentiment pur et vrai il a eu le bqnheur immérité d'inspirer, a C'est-il ça de l'amour? » aurait dit Beaumarchais. Mais «c où diable la... fidélité.»», va-t-elle se nicher?» eût pensé Molière.
§ VI
Uénumération des épreuves que fait subir au prévenu Temprisonneraent préalable est-elle finie? 11 faudrait dire non, si, comme on l'entend soutenir quelquefois, la folie et le suicide étaient fréquents à Mazas.
Il ne peut être question, à propos de prison préventive, de traiter ici le difficile sujet de l'emprisonnement cellulaire et du régime en commun. La comparaison des deux systèmes viendra à sa place, dans un chapitre spécial *.
Mais ce fut dans la maison d'arrêt cellulaire, au moment où elle venait d'être construite que la première expérience., sur les adultes, fut faite. Aussitôt, la discussion commença, fort mal à propos. Il est