‹ Les prisons de ParisChapitre 43 sur 118 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

Les libérés ne doivent pas jouir seuls des bienfaits du patronage. Le prévenu, sa famille, sont souvent dignes d'intérêt. Est-il acquitté ? D a peutêtre besoin qu'on lui vienne en aide. Est-il con-

damné ? Il faut l'avoir connu, surveillé pour pouvoir affirmer qu'en lui faisant du bien, la Société de patronage n'oblige pas un incorrigible et un ingrat.

Nul n'est prophète. Mais en écoutant seulement certains prévenus arrêtés pour la première fois, il est possible de reconnaître, comme un médecin sait le faire, si le mal dont il est atteint est aigu on chronique, si c'est par accident qu'il se trouve là, ou s'il vient pour la première fois dans un lieu qu'il est destiné à revoir souvent.

Le vrai malfaiteur, qui sera bientôt un habitué, n'est pas difiBcile à distinguer des autres. Il a, si l'on peut dire, sa physionomie propre.

Le prévenu, d'ordinaire, n'avoue point, s'il n'a pas été pris en flagrant délit. Il devine instinctivement . qu'il faut nier pour embarrasser le juge. Hais un indice certain qui révèle et un premier trait qui distingue celui qu'on peut réellement appeler « le malfaiteur », c'est qu'il est porté au mensonge aussi bien qu'au vol, de naissance. S'il a été trouvé nanti de l'objet volé, il n'essaiera plus de nier le vol, mais il ne conviendra pas franchement de sa culpabilité. Il s'efforcera de paraître intéressant, il soutiendra qu'il ne pouvait faire autrement, il .plaidera toujours les circonstances atténuantes. Les magistrats ont raison d'attacher une grande importance aux aveux de l'accusé. Lo malfaiteur ne sa

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laisse pas émouvoir. Il n'a pas d'élan. Il ne sait pas» il ne peut pas avouer.

On s'étonne, assez souvent, qu'il se soit laissé prendre presque pour rien, qu'il se soit exposé à la prison pour réaliser un profit insignifiant. Rien n'est plus commun. C'est sa nature même: un mélange inexplicable de niaiserie et de ruse. Ecoutezle parler. Vous restez surpris d'abord de ses combinaisons, de ses calculs, de ses inventions, des comédies qu*il a su jouer. Mais là, dans le moment même, en parlant, il se livre, il se laisse voir. Il ne ae rend pas compte de l'horreur qu'il vous inspire. Il étale devant vous en même temps sa perversité et son ignorance. Il a rarement assez d'esprit pour dissimuler. Sans pénétration, il ne voit pas que vous le jugez et que sa scélératesse éclate odieusement étalée, épanouie, dans son regard faux, dans son rire canaille et dans toute son allure de bandit.

Voici quelques fragments de dialogue empruntés à une note écrite aussitôt après un semblable entretien. L'accusé avait vingt ans. Il a été condamné à huit ans de réclusion.

— Croyez-vous en Dieu?

— Ma foi non.

— N'éprouvez- vousaucun remords, aucun repentir ?

— Puisque c'est fait, à présent.

-^ Je crains que vous ne vous corrigiez jamais, puisque vous ne regrettez rien.

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