M. Maxime du Camp
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n'ont-ils pas Thabitude de tout entendre au fond des faubourgs de Paris? Les jeunes détenues qui sont nées dans certains milieux, n'inventent pas ces mots étranges. Elles n'ont qu'à se souveîiir.
Quoi qu'il en soit, ces incompréhensibles caractères, ces types sont rares. Il faudrait tenter d'épargner aux autres jeunes filles, en si grand nombre, une vie malheureuse et unie triste fin, au moyen d'institutions sérieusement préventives. Actuellement elles vivent dans le même lieu que les filles soumises. On se borne à les empêcher de se rencontrer aux mêmes heures. Il devrait y avoir au moins un petit Saint-Lazare, comme il y a une Petite-Roquetfe.
Leurs cellules seraient grandes. Mais l'espace est toujours insuffisant pour la population nombreuse de la maison d'arrêt et de correction II a fallu partager en deux chaque cellule au moyen d'une simple cloison grillée. La porte reste presque toujours ouverte, et le jour vient du couloir, aucune fenêtre ne s'ouvrant sur la cour. Vêtues de la robe brune réglementaire, d'un fichu et d'une cornette d'indienne de couleur claire, les jeunes prévenues travaillent, attendant chaque jour l'heure de la récréation, et, dans trois ou quatre semaines, le jugement.
Sur une moyenne habituelle de douze cents femmes de tout âge détenues à Saint-Lazare, moins de quatre cents subissent la détention préventive.
Les prévenues adultes supportent avec moins de
peine et d'ennui que les hommes, à Mazas, les lenteurs de rinstruction. C'est qu'elles vivent en commun.
Réunies ainsi, dans leurs deux ateliers, elles n'y sont pas confondues. On a l'habilude de les grouper suivant des présomptions de moralité sérieuses, fournies et maintes fois justifiées par l'expérience. En s'appliquant au travail, dans ces ateliers, la femme qui a peut-être laissé plusieurs enfants au dehors peut réserver pour eux quelque chose, gagner 75 centimes par jour.
Enfin, les prévenues ne vont au réfectoire ou dans les cours qu'après les condamnées el les filles soumises. Il n'est jamais permis aux unes et aux autres de s'y trouver en même temps.
Telles sont les règles, actuellement établies* à l'observation desquelles veille l'administration.
Le déplorable effet de la promiscuité, même lorsqu'il s'agit de personnes condamnées à des peines courtes et d'égale durée, a été cent fois observé et signalé. Il est facile de le constater une fois de plus,
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manifeste, indéniable, parmi les condamnées à une peine ne dépassant pas un an, gardées à Saint-Lazare. Dans cette catégorie se trouvent comprises en même temps, comme dans la prison des hommes à Sainte- Pélagie, des détenues ayant encore de bons sentiments, punies après une première faute, et des récidivistes habituées de la prison départementale ou de ]a maison centrale, qui ont commis entre deux délits d'importance, une plus légère infraction. On comprend quels pernicieux conseils, une peu reeommandable matrone, déjà mûre, profitant d'un contact quotidien, peut donner à une jeune femme. Des conversations dangereuses entre ces condamnées sont inévitables, malgré toute-surveillance,, dans les salles de travail.
Une voisine plusieurs fois arrêtée, c'est Fàvocat du diable. Non seulement elle enseigne le mal et détruit Teifet des exhortations qui pourraient être salutaires, mais elle conununique on ne sait quoi d'ellemême, sa triste expérience, son assurance dans le vice et son mépris du bien. Après l'avoir connue, celle qui a reçu ses confidences, sera non seulement plus corrompue, mais, suivant une expression fort juste, « en garde » contre toute bonne influence.
Physiquement, ce qui frappe d'abord dans le quartier commun des femmes, c'est le costume. On ne voit mieux nulle part, à quel point le vêtement semble élégant ou disgracieux, original ou plate-
ment vilain, selon l'expression du visage, le maintien et toute l'attitude de la personne qui le porte.
Quoiqu'il soit fait d'une étoffe grossière, le costume des détenues n'est certainement pas aussi déplaisant à voir que celui des hommes. Eh ! bien, quelques-unes l'embellissent jusqu'à en faire un travestissement qui semble piquant ; d'autres en y encadrant leur visage, usé, lûdé, jauni par Ja misère ou la débauche, le feraient prendre en horreur.
On l'a fort bien remarqué, la femme garde toujours, dans toutes les situations, un peu de coquetterie.
Les regrets, à cet égard, la privation des objets indispensables, commencent au dépôt de la Préfecture. L'arrestation a été inopinée, s'il y a eu flagrant délit. Ou bien, si les agents sont venus à domicile, la femme arrêtée s'est mise aussitôt à leur disposition pour se soustraire plus vite aux regards curieux des voisins. Peut-être aussi. n'avait-elle reçu qu'une assignation à comparaitie, et le juge d'instruction l'a retenue. Gomment faire alors? Pour un peigne, une serviette, un morceau de savon, elle fait une incroyable dépense d'esprit, de diplomatie. Elle promettrait de bonne foi une reconnaissance éternelle.
Quelques-unes doivent à leur obstination naturelle ou au vif désir qu'elles ont d'échapper à certaines
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prescriptions impérieuses des règlements administratifs, de trouver parfois des réponses spirituelles, des objections d'un tour piquant et inattendu. Le modèle, en ce genre, c'est cette femme de soixante ans, qui refusa, dans une maison centrale, de se laisser priver de sa blanche et rare chevelure*.
— Allons, qu'on la tonde, dit brusquement le brigadier.
— Je m'y oppose, répond la vieille.
— Et la raison? fait l'employé d'un ton railleur.
— La raison, c'est que ces cheveux ne sont pas ma propriété. Je viens de convoler en quatrièmes noces, ayant déjà perdu trois maris. Ainsi, ces cheveux ne sont pas à moi. Ils appartiennent à mon époux.
A Saint-Lazare, on reçoit la visite d'une fille, d'un parent, de quelque membre de la famille. Il n'est pas difficile d'avoir en parfums, vinaigres, articles de toilette, ce que chacune selon son luxe ordinaire et ses habitudes^ juge indispensable. Ces ressources font-elles défaut? Le travail reste. Enfin, si le travail manque également, il n'est pas défendu de trouver, d'inventer alors quelque chose.
L'une grande, robuste, et pouvant servir de mo dèle à l'artiste qui voudrait tailler dans le marbre ou représenter sur la toile la « forte fille » d'Auguste