Jules Simon, Conférence du 30 mai isSO
saines, des mieux aérées, des meilleures en un jnot de la prison, est réservée aux nourrices et aux femmes enceintes. Souvent la mère, après jugement, devrait quitter Paris pour aller dans une maison centrale. Mais il n'est pas rare qu'on la garde à Saint-Lazare, par humanité, jusqu'à ce que Tenfant ait trois ans. A trois ans^ l'enfant est confié . à l'Assistance publique, et la mère peut partir. C'est la règle. Ainsi la naissance de l'enfant a été deux fois heureuse. Le nouveau-né est deux fois protecteur : non seulement la mère ne part pas, si l'enfant est né ou va naître, mais il la sauve moralement, et, parfois, l'empêche de retomber dans le mal. Il conseille le bien à la femme qui peut aimer encore, se racheter et se réhabiliter par l'amour maternel, mieux que ne le sauraient faire la sœur de charité ou le ministre du culte.
Oui^ souvent, la mère se relève et se régénère par l'amour. Il lui est beaucoup pardonné parce qu'elle a beaucoup « aimé », selon le mot si profond, si juste et si peu compris de l'Évangile. Elle devient alors capable de tous les efforts et de tous les progrès. Il n'y a pas d'obstacle qu'elle ne tente d'écarter pour abréger la durée de sa peine, pour mériter la grâce, pour obtenir de rester auprès de lui, jusqu'au moment où elle pourra l'emporter avec elle.
Entre ces condamnées majeures ou âgées de
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seize ans au moins, et les jeunes détenues qui restent à la prison si elles sont condamnées à une très courte peine, se placent les filles mineures soit condamnées, soit acquittées comme ayant agi sans discernement et retenues jusqu'à vingt ans. Ces détenues n'entrent pas toutes, sans exception, dans des maisons correctionnelles ou dans les colonies péniteniaires. Comme les filles en correction paternelle, elles sont quelquefois remises par l'administra^tion aux directrices de certains établissements religieux qui se contentent d'une subvention de 60 centimes par jour, et les reçoivent comme elles seraient reçues dans des colonies privées *.
Cette décision de l'administration est la meilleure et la plus favorable qu'il soit possible de prendre à leur égard.
£n pénétrant dans l'un de ces établissements, on oublie peu à peu, délit, juges, prison, tout le triste passé. On croit entrer dans un orphelinat. Tout oe qu'on voit et Ton peut tout voir, est propre, frais, soigné. tiCs jeunes filles travaillent à l'école ou à l'atelier. Pas de cornette, pas de robe de bure. Presque rien ne rappelle le costume de la prison. U manque un peu de linge fin, avec quelques points de broderie, autour du cou, des poignets. Mais le règl^nent n'admet aucun luxe, et ne donne poar
i, La maiaon des DiaeooMses, à Paris, par exemple. .
s'habiller, que le nécessaire. Quoique ces filles puissent avoir jusqu'à dix-neuf, vingt ans, elles portent encore 1© grand tablier à manches. On croit voir des brunisseuses tranquilles, bien peignées, qui font chaque jour laver leur tablier.
Elles se taisent. Vous remarquez qu'elles sont fâchées d'être vues là. Mais elles n'éprouvent pas toutes cet honnête et modeste embarras.
Celles qui viennent d'entrer dans la maison, et d'autres, arrivées à la fin de leur séjour sans réelle amélioration au point de vue moral, jettent sur vous un regard, un vilain regard de côté, hardi et malveillant. Comme les garçons, elles s'efforcent d'entrer en relations par lettres, à la promenade, à l'atelier, dans les endroits où il n'est pas permis de parler, et, comme eux, parfois^ elles se font mettre au cachot. La religion a eu raison d'appeler Satan <c le révolté ». Un esprit de révolte et de désobéissance est ce qui distingue tous ceux qui font et feront encore le mal. On a, plusieurs fois par jour, l'occasion d'observer chez ces filles-là, la révolte contre la discipline, contre les surveillantes, quelle que soit la douceur de celles-ci. On se borne alors à exiger d'elles jusqu'à la fin, avec plus ou moins de succès, une conversion extérieure dont il faut bien se contenter. Mais la soumission est-elle véritable et la conversion sincère ? Quel encouragement pour la directrice et les femmes dévouées
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aux soins et à la collaboration desquelles est dû. ce résultat !
On peut dire alors que la victoire est complète et que la difficile entreprise a pleinement réussi.
Il n'est pas bon de rappeler sans cesse aux filles prisonnières quelle est leur véritable situation. Mais on n'agirait pas sagement en la laissant tout à fait oublier. Le but de la loi est double ; répression et correction. Point de dortoirs. Les cellules sont fermées la nuit. On a posé devant les fenêtres, jusqu'à la moitié de leur hauteur, des volets. Voilà ce qui rappelle la prison.
Mais on ne passe que la nuit dans ces cellules ! Mais on a un peu de linge, suspendu au court portemanteau 1 Il n'est pas interdit de clouer au mur une ou deux gravures, d'avoir sur la table de toilette un peu d'huile, d'eau de Cologne, et même — grand luxe ! — une brosse à dents.
Il est donc bien vrai que sous tous les rapports, matériellement et moralement, ces jeunes filles se trouvent mieux là qu'à Saint-Lazare, à la colonie, et, souvent même, si elles avaient de mauvais parents, mieux que dans leur propre maison.
§IV
irfaut, pour arriver à la division réservée aux filles détenues à Saint-Lazare par mesure administrative, quitter la première section ou prison proprement dite, et entrer dans la deuxième section.
Le quartier administratif ne date que du Gouvernement de Juillet. Il est bien construit et il a Tair neuf, comparé à Fautre. C'est un hospice plutôt qu'une prison. La pharmacie, les bains, les cuisines occupent le rez-de-chaussée. Les infirmeries des syphilitiques, salles d'hôpital, et d'hôpital de Paris, Tastes et propres, occupent les étages supérieurs. Au premier, les filles soumises. Les insoumises sont plus haut. Les unes et les autres trouvent dans le même bâtiment toutes les choses nécessaires, c'està-dire, avec les soins que leur maladie réclame, le dortoir, le réfectoire et l'atelier.
Toutes les filles soumises ne sont pas malades. Quelque infraction a fait conduire à Saint-Lazare un certain nombre d'entre elles, un tiers peut-être, en vertu de décisions prises par le Préfet de police. Les infractions commises par des créatures qui
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joignent habituellement à la prostitution tous les vices œnnus, ne sauraient être rares. Elles subissent, d'^ordinaire, un court emprisonnement dans le quartier réservé aux femmes publiques.
Quelques insoumises, c'est-à-dire quelques filles non inscrites sur les registres de la police, se trouvent dans le même cas. Mais c'est le très petit nombre. Celles que la police retient après les avoir arrêtées, sont malades pour la plupart. La statistique consultée S ne permet de conserver aucun doute à cet égard : 123 filles soumises et 10 insoumises valides, et, dans le même temps, 376 syphilitiques, malades des deux catégories, voilà, pour Tune des dernières années, les chiffres qu'elle fournit.
Qu'elles soient malades ou saines, retenues dans la deuxième section pour .l'une .ou l'autre cause, maladie ou contravention, on voit aujourd'hui des écrivains, des journalistes, des philanthropes, s'élever contre cette détention qu'ils regardent comme injuste et arbitraire.
Ils réclament, sans se lasser, la suppression de la police des mœurs.
Cette police supprimée, il est clair qu'on ne ferait plus de semblables arrestations. Il faudrait, fermer le dispensaire de k préfecture de police. Plus de visite médicale infligée aux prostituées ! Plus d'ins*
i. Enquête parlementaire, t VII.
criptioû ! C& serait aux particuliers h veiller suï* leur santé. Ep un mot, on veut délivrer les femmes de mauvaise vie de la gêne et des rigueurs d'une réglementation spéciale. On veut faire cesser leur état de filles soumises, et les ramener au droit commun.
Pour répondre, il est nécessaire de dire d'abord comment on a dû sortir du droit commun à leur égard, et dans quelle mesure on s'en écarte encore avec elles.
C'est une Ordonnance du 20 ^ivril 1684 qui a particulièiement réservé, dans le passé, une maison, la Salpôtrière, à la réclusion des femmes de mauvaise vie, et qui les a soumises à l'autorité du lieutenant de police. Ces dispositions ont été confirmées dans la suite, par de nouvelles ordonnances *.
Avant la Révolution, ces femmes étaient déjà soumises à l'inscription sur un registre spécial, à la visite sanitaire et à la réclusion par voie administrative, soit à titre de mesure disciplinaire ou préventive, soit en vue d'un traitement médical.
La première République * « pour prévenir par des précautions convenables et faire cesser des fléaux calamiteux is> veut aussi que la surveillance soit exercée sur les lieux livrés notoirement à la débauche. C'est une attribution municipale. Le préfet