Réunion publique du 10 avril 1880, à Paris
rive à empêcher la contagion que dans une mesure encore insuffisante, est-ce une raison pour renoncer même au bien qu'il fait, et pour se priver des services qu'il peut rendre ?
Il y a de faux agents, c'est certain. Les vrais euxmêmes se sont trompés quelquefois. Dans le premier cas la plainte est fondée. Mais dans le second, n'est-il pas juste d'avouer que ces erreurs sont rares en somme et que l'allure étrange de certaines personnes peut au moins les expliquer ?
On veut revenir au droit commun. Mais on s'en écarterait au contraire en exposant aux plus sérieux dangers un grand nombre de jeunes gens plus étourdis que pervertis *. Si les prostituées sont des esclaves, ce sont habituellement des esclaves volontaires» Serait-il juste de respecter en elles la vie privée, la liberté individuelle, aux dépens de ceux qu'elles prendraient, sans obstacle désormais, pour dupes et pour victimes?
On soutient que les hommes ne supporteraient à aucun prix, une visite pareille à celle que les femmes subissent. Ils seraient, à la vérité, tenus de s'y soumettre, s'il y avait dans leurs mœm's ou leur genre de Vie, une menace pour la santé d'autrui. Heureusement il n'en est pas ainsi. Nul ne les voit deman-^
1. L'ouverture forcée des MadelonnetLes, le 20 juillet 1830, rejeta dans Paris 600 filles publiques... Trois mois après, ao9 militaires vénériens étaient entrés au Val-de^Grâce. — Legour, la Prostitution à Paru et à Londres, 1870»
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der, des moyens d'existence au plus honteux commerce.
Le dernier argument semble le plus fort. Parce qu'une fille a été infâme une fois, voulez-vous la condamner à l'être toujours?
Non. Le travail reste à celles qui veulent cesser d'être infâmes. Il y a des asiles, des refuges. En fait, on peut voir, si l'état do fille soumise est, ainsi qu'on le dit, un enfer, que plusieurs en sortent. A la formalité de l'inscription correspond en effet celle de la radiation dont il leur est permis de faire usage. Le chiffre des radiations par mariage, disparition, entrée dans un asile hospitalier, abandon de la prostitution, ou par quelque autre cause, s'élève annuellement presque au quart du nombre total des filles inscrites.
L^INFIRMEiUE
Gnq ou six mille femmes de mauvaise vie passent chaque année par Saint-Lazare. Toutes ne viennent pas directement du dehors. Plusieurs sont déjà des prévenues ou des condamnées. En effet, les voleuses, les concubines d'affiliés aux bandes de malfaiteurs.