‹ Les prisons de ParisChapitre 53 sur 118 · L'INFIRMERIE · texte numérisé non relu

L'INFIRMERIE

les receleuses, les inculpées d'excitation de mioeures à la débauche, ont habituellement parcouru tous les degtés du vice avant d'arriver au plus complet abaissement.

La vue des souffrances de l'homme dans une salle d'hôpital, et même dans une infirmerie de prison où se trouvent des malheureux atteints de maladies ordinaires, fait naître la sympathie, éveille la pitié. L'impression que laisse une visite à l'inlîrmerie de Saint-Lazare n'est pas la môme. On ne parvient ici que par un effort de la volonté et du sentiment à surmonter une répugnance instinctive et un certain dégoût, taut la nature surmenée, soit par l'abus du plaisir, soit par les remèdes mêmes, marque la chute en traits visibles et prend des revanches

Non, vous n'éprouverez pas ailleurs au même degré, parmi des malades, cette profonde tristesse. Non, vous n'aurez pas sous les yeux cet ce ment vivant. Ce précoce épuisement de la p encore jeune, née avec une constitution i et réduite quelquefois, avant l'âge mùr, à la sic qui commence, à l'infirmité des vieillards comme un châtiment sévère et rigoureux, UQ douloureux avertissement donné au noi vertu, de la morale, de la sagesse outragées.

Le chevalier des Grieux, malgré sa jeuoes!

inexpérience et ses illiwions, découragé pai

148 DÉTENTION PRÉVENTIVE — III. saint-lazarb

Spectacle, n'oserait plus s'écrier : a Quel sort, pour uae créature toute . charmante qui eût occupé le premier trône du monde, si tous les hommes eussent eu mes yeux et mon cœur ! On ne l'y traita pas barbarement ; mais elle fut resserrée dans une étroite prison, seule, condamnée tous les jours à remplir une certaine tâche de travail, comme une condition nécessaire pour obtenir quelque dégoûtante nourriture. » Saint-Lazare ne ressemble pas à la vieille Salpôtrière. Aussi l'abbé Prévost qui voulait rendre intéressante sa trop légère Manon, s'estil bien gardé de supposer qu'elle avait déjà reçu les présents funestes de Vénus.

Quand on essaie d'entrer au Dépôt de la préfecture par la première des deux portes qui donnent sur le quai de l'Horloge, on reçoit d'un agent de police de garde dans la première cour, l'invitation de faire encore quelques pas, et d'aller à la seconde porte plus rapprochée de la place Dauphine. Cet agent est mis là tout exprès pour veiller, de 10 heures à 4 heures, à ce que les curieux ne s'arrêtent pas aux abords du dispensaire dont la porte est à l'intérieur, sous la voûte, à égale distance à peu près des deux entrées. Il veille également à ce que les femmes qui viennent à la visite soient introduites aussitôt et ne stationnent pas.

Il y a un rapport étroit entre le dispensaire de la préfecture et l'infirmerie de Saint-Lazare. Ce sont

Page 1