L'INFIRMERIE
les deux étapes du chemin que va parcourir bon gré malgré la prostituée malade.
Quatorze ou quinze médecins, ayant à leur tête un médecin en chef, doivent procéder à la visite.
Les pensionnaires des maisons de tolérance des différents quartiers de Paris attendent sur place l'examen médical.
Telle est la pratique. L'usage remonte à l'année 1798« Mais c'est un arrêté du 3 mars 1802 qui a prescrit les visites périodiques *.
On l'a vu, ceux qui demandent l'abolition de la police des mœurs réclament en même temps la suppression de la visite. Or, veut-on savoir quel est le chiffre habituel des malades à l'infirmerie de Saint-Lazare ? Plus de 400.
Voici un renseignement plus instructif encore.
Il résulte de calculs faits en 1867 et en 1868, qu'il y a au moins 10,000 personnes atteintes de cette maladie spéciale annuellement traitées dans les différents hôpitaux et dans les infirmeries particulières de Paris. A domicile, cinq fois plus; ce qui donne en tout une moyenne de S0,000. Et le dispensaire n'a pas cessé de fonctionner l Et les médecins ont fait subir plus de 100,000 visites ! Que serait-ce s'ils abandonnaient à elles-mêmes sans surveillance et sans soins, ces personnes in-
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fectées? Ne verrait-on pas cette lèpre s'étendre dans une effrayante proportion et faire d'irréparables ravages ?
V Au contraire, la surveillance donne des résultats satisfaisants, quoi qu'on puisse dire. En effet, tandis qu'il faut compter parmi les malades une moitié des insoumises arrêtées, les filles inscrites, soumises à la visite hebdomadaire, ne présentent qu'un seul cas de maladie sur plus de cinquante-neuf.
Quelque abaissement dans la moralité,* quelque oubli de tous les bons principes que la présence * à l'infirmerie de Saint-Lazare suppose, les efforts tentés en vue de la régénération et de l'amendement des femmes coupables ou des filles de mauvaise vie, ne restent pas toujours sans heureux résultats. C'est la bonne manière de leur faire du bien. 11 ne s'agit pas de leur rendre une prétendue égalité, un droit commun dont elles ne se soucient pas, mais bien de leur apprendre à vouloir elles-mêmes sortir d'esclavage et s'affranchir.
Quant aux vieilles prostituées, qui ont obtenu d'être gardées à Saint-Lazare et d'y être chargées de quelque service, ce sont, comme on l'a dit, les invalides du vice. Au dehors, elles ne sauraient où aller. Elles restent là jusqu'à leur mort.
Ces malheureuses ont si bien pris, et ont pris depuis si longtemps, l'habitude du quartier administratif, qu'elles ne sauraient plus vivre ailleurs. Pa-