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leur sort, c'est la seule chance d'évasion. 11 suffit d'avoir visité, à Paris, quelques lieux de détention pour s'en convaincre. En effet, un être fait de chair et d'os, s'il n'a pas le don de se rendre invisible, comme le héros d'un roman connu, peut être rusé. Comment sortirait-il de Mazas ou de la Grande-Roquette? Il y a tant de portes à ouvrir et un si grand nombre de surveillants derrière ces portes que ce serait folie de le tenter.
n est matériellement impossible de sortir malgré l'administration d'une cellule de Mazas ou de la Santé.
Seuls, les auxiliaires qui circulent dans toutes les parties d'une prison et les détenus qui vivent en commun dans les maisons centrales, peuvent, à de longs intervalles, profiter d'une circonstance exceptionnellement favorable.
n n'y a pas longtemps, deux détenus d'une maison centrale de l'Est, mirent ainsi en défaut la surveillance de tous leurs gardiens. Ils étaient venus dans la cour d'entrée, à la fin d'une semaine, déposer le travail fait, et le remettre à l'entrepreneur. Celui-ci part, une heure après. Il emportait dans des sacs, sur sa voiture, les objets qu'il était venu chercher. Mais il emportait aussi sans s'en douter les deux détenus étendus sous les sacs, dans un espace qu'ils avaient eu soin de laisser libre en chargeant la voiture. Au bout d'une heure, en pleine campa-
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gne, libres/ au grand air» ils sortent de leur retraite avec mille précautions, et., n'étant pas aperçus, se mettent à courir dans la direction du prochain village . Hélas ! tout n'est pas fini quand on n'est plus prisonnier. Le télégraphe, la gendarmerie, la police sont encore à craindre. Les deux amis se séparèrent. L'un fut pris presque aussitôt ; l'autre cx)urt encore.
On n'entend jamais parler de telles évasions à Paris. Les détenus le savent bien. Aussi n'est-ce guère que des voitures cellulaires, lorsqu'ils vont à la Conciergerie ou lorsqu'ils en reviennent qu'ils cherchent à sortir.
D, . • qui fut condamné à mort, il n'y a pas longtemps, pour incendie volontaire, et, par grâce spéciale, envoyé seulement à la Nouvelle-Calédonie, l'avait tenté à plusieurs reprises, et môme, la première fois avec succès. Pendant le trajet de la maison d'arrêt à la maison de justice, il enfonçait dans la voiture les planches du fond. Le bruit qu'il faisait était couvert par le bruit plus fort des roues courant sur le pavé. Alors, hardiment, il se laissait aller et glissait jusqu'à terre.
Mais, il faut l'avouer, en fait d'évasions, on n'entend guère parler que de tentatives. Encore ces tentatives sont-elles rares.
L'accusé, après avoir quitté Mazas, la maison d*ar* rêt, arrive donc à la Conciergerie. Derrière la porte de fer qu'on voit sur le quai, près du Pont-au-
MAISON DE JUSTICE i65
Change, il entre dans la première cour. Dans l'angle de cette cour, à droite, sur une porte basse, on lit l'inscription : Maison de Justice.
On trouve dans cette maison, erï même temps que les accusés, quelques détenus que les chefs de la police ont besoin d'avoir sous la rnain, et des condamnés, soit en appel, soit ramenés à Paris pour une nouvelle affaire.
Les détenus ne font, pour la plupart, qu'un court séjour à la Conciergerie. C'est dire qu'elle appartient plutôt à l'histoire et à l'architecture qu'à la science pénitentiaire. Nos anciens rois, aux temps de la première race, et de la seconde, avaient leur habitation dans les bâtiments où la justice est actuellement rendue. Tout près, dans le lieu même où se trouve aujourd'hui la prison, le concierge du palais avait son logement ^ De là, ce nom de Conciergerie, qui est resté. Il y a dans les livres spéciaux des récits et des légendes sur chaque tour', et presque sur chaque salle de l'ancien palais.
Mais c'est l'intérieur qu'il importe à présent de connaître.
On arrive, après avoir descendu plusieurs marches, dans une immense salle voûtée. C'est la salle des gardes. Un surveillant se tient toujours à Ten-
•I, Synonyme, autrefois, de préfet ou maître du palais, fonction très importante.
i. Les toars d'Argent, Bonbec, Montgomery, etc,.'
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trée, pour ouvrir la porte de cette salle gothique. Une grande table posée en face de cette entrée, supportant quelques registres, remplace à peu près le rond-point de-Mazas et de quelques autres prisons. Fraîche en été, bien chauifée en hiver, cette salle of&e à ceux des employés que leur service oblige à s y tenir, un séjour très supportable et même très agréable.
' Au fond, dans là partie la plus rapprochée du quai, s'ouvre la porte vitrée par laquelle on arrive aux chambres des prisonniers.
On ne peut comparer qu'à une vaste cage, placée au milieu d'un immense espace libre, le bâtiment intérieur, composé d'un rez-de-chaussée, et d'un étage à balcons où s'alignent les cellules. Ces cellules d'attente, avant jugement, sont en tout semblables à celles de Mazas.
« Souterraine, insalubre, entièrement privée d'air, » — écrit l'auteur d'un article d'Encyclopédie — » la Conciergerie présente plutôt l'aspect des ca- » chotsde l'Inquisition qu'un lieu de détention proi) visoire. Mais ces cachots sont enfouis sous le siège » même du tribunal qui n'a qu'à évoquer les » ombres pour qu'elles sortent aussitôt de l'enfer. »
Il faut avouer que la première impression n'est pas très favorable. Mais il y a, dans ce sombre, dans ce funèbre tableau, une erreur ou une exagération à^ chaque ligne.
Il est vrai qu'une demi-obscurité enveloppe les énormes piliers qui soutiennent Tédifice, mais il ne peut guère en être autrement, au rez-de-chaussée, sous la voûte épaisse du premier étage. Dans les prisons nouvelles, à Mazas par exemple, le gaz, sur divers points, reste également allumé en plein jour, pendant plusieurs mois de Tannée.
Cette obscurité d'ailleurs, n'envahit pas les cellules. Elles ont des fenêtres qui s'entr'ouvrent en plein air et en plein ciel sur .les préaux intérieurs.
Il est vrai encore que les cellules sont souterraines, placées au-dessous du quai ; mais pas aussi bas que la Seine. Ici, comme au Dépôt, et comme dans toutes les maisons du bord de l'eau, les caves sont quelquefois inondées par infiltration, mais les caves seulement.
Enfin, ce n'est pas l'observation exacte, c'est une imagination féconde qui peut seule permettre d'établir une sérieuse comparaison entre la Conciergerie et les cachots de l'Inquisition.
C'est là que l'accusé passe quelques jours, avant de comparaître, au tribunal, devant ses juges.
Il est, ici, plus calme qu'à Mazas. A-t-il avoué son crime? Il veut connaître son sort, savoir quelle sera la durée de la peine. Estril innocent?.. Enfin!.. C'est la justice, la réhabilitation; c'est la liberté proehaine.
En finir, c'est son idée fixe. Il appelle une solution
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de tous ses vœux. Et puis, n'a-t-il pas l'espérance ? Par elle, il yity il se console. Coupable ou non, il croit jusqu'au dernier moment qu'il pourra être acquitté.
Les accusés de crime, eux-mêmes, ceux dont le pom seul prononcé excite dans le public une indignation mêlée de dégoût, se persuadent qu'on aura pour eux de l'indulgence. Prévôt, le gardien de la paix, avait été selon l'usage, mis en commun, dans une cellule, avec trois autres prévenus ou accusés qui devaient en même temps vivre avec lui et le surveiller. Il crut jusqu'à la fin qu'on ne le condamnerait pas à mort.
« J'ai appartenu, disait-il, à l'armée, à la police. Ils craindront le scandale. Ils n'oseront pas rendre contre moi une sentence de mort. Je veux même supposer qu'une telle sentence soit prononcée. Une exécution n'est pas possible. L'ordre de me livrer au bourreau ne sera jamais signé ! »