‹ Les prisons de ParisChapitre 61 sur 118 · LÀ SOURICIÈRE · texte numérisé non relu

LÀ SOURICIÈRE

n y a un dépôt judiciaire destiné à recevoir un peu avant le jugement, et aussitôt après, les prévenus, hommes ou fenmies qui sont traduits, au Palais, devant les chambres correctionnelles*.

- LA SOURICIÈRE i«9

Les habitués des prisons, dans leur langage pittoresque,, l'ont nommé : to Souricière. Ils ont également baptisé Panier à salade la voiture cellulaire dans laquelle ils montent pour se rendre de la prison au tribunal.

La Souricière est au rez-de-chaussée du bâtiment long et étroit qui termine,, du côté de la Seine,^ le Palais de justice. On y entre, à Tintérieur du vaste édifice, par la cour de la Sainte-Chapelle. Les quatre chambres correctionnelles sont situées au premier et au deuxième étages du même corps de bâtiments»

Pendant longtemps, on le croirait à peine, il n'y a pas eu d'employés chargés de surveiller d'une manière particulière ce dépôt. Le service était fait par les huissiers audienciers de la police correctionnelle. Cependant, le dépôt judiciaire a une réelle importance. Il reçoit chaque jour, en moyenne, 90 à 100 prisonniers. Ce n'est, à la vérité, qu'un lieu de passage, mais quelle émotion doit éprouver le détenu î II va subir, souvent pour la première fois, la flétrissure d'une condamnation publique. Il fau~ drait que tout, autour de lui, disposât au recueillement. Il lui faudrait l'isolement, la paix. Or, le pêle-mêle et la confusion semblent inévitables, puisqu'il n'y a que 87 cellules étroites et une petite salle commune.

Les détenus arrivent jusqu'à onze heures» Us com-

170 LE JU&EHENT. GONCIBRGERIS.

mencent k revenir, après le jugement, vers deux heures. Les derniers sont rentrés à six heures du soir. Comme ils viennent de quitter la cellule de la prison préventive, ils sont très disposés à parler entre eux. Comment de dangereux renseignements ne seraient-ils pas donnés ou reçus pendant les heures d'attente? La surveillance d'un sous-brigadier et de quelques rares gardiens, môme exercée avec zèle et intelligence, doit souvent être insuffisante.

Quant aux femmes prisonnières, £aut-il répéter encore aujourd'hui , qu'elles ne doivent jamais être dans les mêmes maisons que les hommes?

Le système des prisons communes, telles qu'on les trouve dans certains départements, est absolument condamné. De plus, des surveillantes ou des sœurs, en un mot des personnes de leur sexe, doivent, comme à Saint-Lazare ou dans les maisons centrales, faire le service, et donner les soins nécessaires à celles qui sont indisposées.

On a maintes fois demandé la suppression des cantines dans les prisons, au nom de l'égalité. Mais non, ne manquait jamais d'ajouter ironiquement celui qui écrivait sur ce sujet : devant la loi des pri> . sons, il n'existe d'autre égalité <{ae l'égalité de la bourse !

Convient-il donc d'interdire rigoureusement la cantine aux prévenus qui ont quelques ressources ? Non. I^s autres ne seraient pas, pour cela, plus heu-

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