DÉTENUS POLITIQUES
Deux quartiers distincts de Sainte-Pélagie étaient destinés à recevoir Tun les condamnés de droit commun qui pouvaient, en payant, obtenir par faveur la pistole, l'autre les détenus pour cause politique, spécialement pour d^its de presse.
La pistole a été supprimée depuis plusieurs années comme contraire à l'égalité.
Mais tous ceux qui n'ont pas un empire suffisant sur ces démangeaisons qui nous prennent ([écrire^ savent déjà ou pourront apprendre quelque jour que l'autre quartier reste ouvert pour les recevoir.
c[ Tarquin le Superbe — écrivait Raspail, il y a 9 quarante ans — se plaisait, dans son parterre à » abattre les têtes de pavots... La verge de nos » justiciers ne frappe pas si haut. Elle laisse )» debout le lys et les pavots, et va s'appesantir » au-dessous, sur la pensée et la violette, d
La remarque est toujours juste.
Dans un coin de la maison, aux étages supé« rieurs, six ou sept cellules sont réservées aux condamnés pour cause politique. Combien d'hommes d'esprit, de cœur, de talent, s'y sont succédé!
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Quelles admirables pages furent écrites pendant leurs heures de prison, depuis un demi-siècle.
Mobilier : un lit, deux. chaises, un placard, une cuvette, une table, etc..» Le détenu peut faire apporter un fauteuil, .£t, bien plus, se meubler laimême sur une simple autorisation du directeur. On affirme qu'un ancien règlement imposait aux directeurs l'obligation de mettre un certain costume à la disposition des condamnés. Mais ; ils refusèrent tous de quitter leurs habits de ville.
Les hôtes connus, quelques-uns illustres, de ce quartier de Sainte-Pélagie, n'ont pas manqué de publier leurs remarques et leurs critiques. On passait selon la saison du froid excessif à l'extrême chaleur. De là ce nom.: la Sibérie. De là ces plaisanteries sur les tortures comparées qu'il faut subir au nord et au sud. Lamennais mourant de soif, écrivit au mois de juillet, pour avoir au moins l'illusion de la fraîcheur, une de ses plus belles légendes : la Jeune Fille au bord de la mer *.
Qu'on ne cherche plus ici l'amélioration ! Il n'y a qu'un remède sûr : la suppression. Il faut laisser à chacun la liberté d'écrire et ne soumettre au jugement des tribunaux que les délits de droit commun commis par la voie de la presse.
On voit souvent, dans les prisons, de faux hommes
< BxiLE FoRGCES, Correspondance de Lamennaù.
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de lettres. On trouve aussi des individus qui se sont fait condamner pour escroquerie, vol, etc., après avoir acquis une certaine notoriété comme publicistes. Us espèrent être conduits aux cellules des détenus politiques. Mais il est clair que la distinction de la loi porte sur la nature du délit, non sur la profession des personnes. Grande est souvent leur déception! On les conduit bien à Sainte-Pélagie, oui; et, quelquefois, sur leur demande : mais avec les autres, au quartier commun.
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