Union médicak, 49 avril
)) sibîes et intelligents, même très vicieux, il décourage, désespère, opprime, abrutit et dégrade. » N'est-ce pas enfin une prétention anti-hygiénique » de soumettre au même régime des caractères, des » organisations, des tempéraments si divei'S? »
Ces dernières affirmations sont assez graves, quand on n'a pas de parti pris, pour faire concevoir des doutes sérieux sur la possibilité d'établir un emprisonnement cellulaire à long terme.
Les partisans du système américain ont d abord dû i^econnaître que ce système était excessif. Ils se sont bornés, en France, à proposer la séparation toute simple des prisonniers, tandis que dans les premiers temps, à Philadelphie, au pénitencier de Clierry-Hill, « le détenu, privé de travail, ne rece- » vait ses aliments que par un tour et était enseveli » dans une sorte de tombeau ».
On soutient que la cellule est, non pas contraire, mais favorable à la santé des prisonniers. En 1843, cette remarque était déjà faite en Amérique. La mortalité était à Cherry-Hill, maison cellulaire, de 2.14 p. 100, et à Aubum où était établi le régime en conunun avec solitude de nuit, 2.41 p. 100.
La France, en vingt-trois ans, donnait, dit-on, dans les prisons, les chiffres suivants :
Mortalité :
^.ff"'*' JMazas ......... 1.20/0
cellulaire: )
ra PRISONS DÉPARTEMENTALES - II. la sant4
! Roquette 2. 0/0 Santé 2. 2 0/0 Maisons centrales.. ... 3 à 40/0 — départementales.. 4 à S 0/0 Aliénation mentale:
[azas Détenus. . . . 24,949
Cas d'aliénation 493 Moyenne ... 1.90/0
risons départementales. Cas d'aliénation. 2. 2 0/0 Quant aux suicides, la moyenne, soit en France, )it à l'étranger, est environ de 1 p. 1,000 en cellule, mdis qu'on a vu dans les maisons centrales jusqu'à 2, et dans les prisons départementales jusqu'à 64 iiîcidespour 1,000.
Il faut mettre à part Mazas, où, comme on l'a vu, > suicide plus fréquent s'explique par des raisons idépendantes du mode de répression. On va jusqu'à ttribuer le chiffre relativement énorme de ces actes e désespoir, à Mazas, à la contagion du suicide*. Il serait facile de contester ces chiffres.
Le docteur Pietra-Santa, par exemple, est arrivé ar l'observation à des résultats bien différents, ous le régime en commun, dit-il, 1 détenu sur 2,000 se suicide et 48 deviennent fous. En cellule, 2 se suicident, et un peu plus de 45 deviennent )us. N'estKîe pas effrayant, même en supposant que
i. En 25 aos, il y en a eu 75, c'est-à-dire 3 fur 1,000.
dans la cellule, Tétai général de la santé des autres sera bien meilleur * ?
En admettant même, avec le docteur Sauze S qu'on arrive à un égal nombre de suicides et d'aliénations dans les deux systèmes, ce renseignement serait insuffisant pour déterminer, en connaissance de cause, la durée possible de Tisolement. L'expérience n'est pas faite, et la loi ne permet pas encore en France ce qu'elle n'a jamais permis, l'emprisonnement cellulaire à long terme.
Il devient doue nécessaire d'emprunter des chiffres à l'étranger.
L'Italie, dit-on, fait des essais. On cite certains États de l'Allemagne qui infligent la cellule jusqu'à deux ou trois ans de suite, si les détenus y consentent. Quels timides essais ! Comme on voit bien que la difficulté est grande !
Dans le quartier cellulaire de la prison de Gand, M. Félix Voisin et M. d'Haussonville ont vu deux détenus qui avaient supporté l'un dix ans, l'autre sept ans de cellule, et qui ne souffraient pas. Ils ont vu également à Louvain, deux détenus ayant passé, l'un six ans et huit mois dans l'isolement, l'autre six ans et cinq mois. On comprend qu'ils aient consigné cette observation dans leur rapport. Un pareil fait est aussi rare que curieux. Il