F. Desportbs, l^ RéforvM des prisons, 1M
t* Recherches sur la folie pinitentiMre, Marseille, 4855.
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ne serait pas impossible, à la rigoeur, d'emprunter à l'histoire des prisons sous Tancien régime, quelques traits semblables. Mais Texceptioa ne prouve rien.
On montrait au philosc^e ancien les présents déposés aux pieds de la statue des dieux par les marins sauvés du naufrage. « Il y en aurait bien plus, répondit-il, si tant d'autres qui avaient prcnnis d'en apporter à leur tour, s*ils échappaient à la mort, n'avaient pas péri dans les flots » l II est permis de faire, en prison, la même réjQexion^ aloi^ que, par miracle, on voit dans leur cellule des détenus ayant subi une longue captivité comme ceux de Louvain ou de Gand. Us seraient, certes^ phis nombreux, si les autres n'étaient pas morts oa n'étaient pas devenus fous !
Physiquement, au point de vue de la bonne santé^ l'expérience reste à faire. Les médecins consultés qui ont émis une opinion contraire à Tisolement à long terme, ont toujours été les plus nombreux.
Mais ce n'est pas tout.
Moralement même, le but que la société doit poursuivre en punissant ne«serait pas atteint.
Le repentir, dit-on, a besoin de solitude. Voyez les moines.
La eompatraison n'est pas bonne. Les moines sont parfois des mystiques. Souvent, ils ne se sont qv&sm soumis à la règle et ils n'ont accepté la réclusion que parce qu'ils étaient fatigués de vivre dans le mcHide.
Vous voulez procurer le repentir. Craignez de produire Taigreur et la haine.
Labruyère a écrit ; « Tout notre mal vient de ne » pouvoir être seuls : de là le jeu, le luxe, la dissi- » pation, les femmes, Tignorance, la médisance, » l'envie, Toubli de soi-même et de Dieu. »
Si c'est vrai pour des hommes libres, à combien plus forte raison est-ce vrai pour des détenus !
André Chénier, pauvre et seul à Londres, écrivait à son tour ces quelques lignes sur la solitude : « Elle est, quoique chère aux malheureux, un » grand mal, encore plus qu'un grand plaisir. Car ils » s'y exaspèrent, ils y ruminent leur fiel, ou, s'ils » finissent par se résigner, c'est découragement » et faiblesse; c'est impuissance d'en appeler des » injustes institutions humaines à la sainte nature » primitive ; c'est en un mot, à la façon des morts » qui s'accoutument à porter la pierre de leur tombe, » parce qu'ils ne peuvent la soulever. »
Cette fatale résignation rend dur, farouche, sourd aux consolations des amis, et le poète prie le ciel de l'en préserver.
Le travail, les promenades, les entretiens avec les surveillants, anciens militaires, les visites de l'aumônier, tout cela, quoi qu'on en dise, ne les distraira pas, ne remplacera pas pour eux le mouvement et la vie. Cela doit avoir, — pour continuer la comparaison d'André Chénier — la gaieté de visites
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que les parents vont faire à la tombe de leurs morts. ,
La conclusion, c est qu'il convient de généraliser la cellule pour les courtes peines. Mais Tisolement à long terme ne doit être imposé à personne. Il faut le conseiller à ceux qui pourront le supporter et, par de fortes réductions de peine, les engager à s'y soumettre.
On pourrait emprunter au système irlandais sa série d'épreuves : d'abord l'isolement ; puis, le tra- < vail en commun dans les grands ateliers de travaux publics ; enfin, la liberté préparatoire. Trois séries, et des marques de bonne conduite permettant d'entrer d'une série dans l'autre.
L'administration, cela est certain, ne doit pas soumettre tous les tempéraments, toutes les organisations à un système invariable.
C'est faire du détenu un patient, c'est l'étendre sur un lit de Procuste.
Il faut laisser au directeur, d'accord avec le médecin, la liberté d'ordonner un changement de régime, s'il voit que le système appliqué est funeste à l'ua de ses pensionnaires.