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Voleurs qui vont jusqu'à l'assassinat

8. Voleurs qui ont la spécialité d'entrer au hasard dans les maisons, et de pénétrer à l'aide de fausses clés dans les chambres de ceux qu'ils dévalisent.

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meuvent, marchant par deux, trois, quatre ou cinq, en rangs écartés, les hôtes du lieu. Vous croiriez, en quelques secondes, a^oir tait un long voyage. De l'avenue de la Roquette à cette cour intérieure, vous avez fait plus que changer de pays. Il semble que vous arrivez chez des hommes formant une r^ce à part dans l'humanité.

Au milieu de la cour, le robinet d'une fontaine laisse couler l'eau dans un étroit et long bassin de pierre. Une lanterne est posée auprès, sur un pied en fer, haut et mince. Les prisonniers, qu'on plie déjà à la discipline des maisons de force ou de correction, décrivent un cercle, on se promenant, autour de ce point central. De loin en loin se détache sur le fond afireusement terne, sur le déroulement sans rayons de cette procession lugubre, grâce à la toile cirée de la casquette et aux boutons de métal de la tunique, le corps, droit, un peu raide, d'un surveillant ancien militaire.

Ceux qui ne marchent pas, soit qu'ils mangent tenant à la main la cuiller en bois, et entre les genoux leur écuelle, soit qu'ils aient un métier fatigant qui les oblige à se tenir debout dans l'atelier 'dès le matin, restent adossés au mur ou accroupis sur le banc de pierre qui borde, au pied, les bâtiments. Au-dessus, à deux ou trois mètres de hauteur, une large marquise, leur permet selon la saison, de se mettre à l'abri du soleil ou de la pluie. Plus haut

jusqu'au toit les grands murs blanchis laissent voir une triple rangée de fenêtres, les fenêtres grillées des ateliers et des dortoirs. D'un seul côté, au fond, en face de l'entrée, le coup-d'œil est différent : c'est la chapelle, c'est-à-dire quatre hautes croisées d'église, une grande porte et une horloge.

Deux boutiques, ou plutôt deux» larges guérites vitrées, s'adossent, fragiles et posées de travers aux deux extrémités de ce mur d'église. Ici l'on rase. La haute pègre, habituée à voler en gants jaunes et en bottes vernies, comme le disent les agents de police, qui ont une prédilection avouée pour ces bandits distingués, paie le coiffeur. Mais on rase pour rien ceux qui n'ont pas d'argent. Dans Tautre guérite, installée là sans doute pour la symétrie, n'entrent que les détenus employés comme auxiliaires. On voit encore, dans un coin de la cour, une boite aux lettres, et tout près, collé au mur, le règlement de la prisoa.

Pas un arbre, pas une fleur. Point de verdure. Partout le pavé. Cette fontaine et ces deux guérites pour la toilette, cette lanterne de prison et cet éternel cadran, voilà le décor.

Quant aux hommes, on a peine à les reconnaître dans cette foule, où à cause du costume, du règlement qui veut qu'on ait la barbe et les cheveux coupés, 'chaque condamné ressemble à l'autre.

lis peuvent garder le chapeau qu'ils portaient au dehors. Quelques-uns ont encore leur cravate.

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Ils ont de l'audace; et pourtant, lorsque, après les avoir connus pendant la prévention, on les retrouve sous ce costume, ils baissent les yeux. Qu'on essaie de se figurer un homme autrefois élégant, serré dans une veste grossière de droguet du cou à la ceinture, les jambes enfouies dans un pantalon de même étoffe qui flotte sur de gros sabots ; im homme rasé, raclé, et ridiculement coiffé de son chapeau de soie devenu trop grand, qui ne tient plus que sur les oreilles. C'est indescriptible.

Pour être voleur ou faussaire, pour avoir tenté de se débarrasser de quelqu'un qui vous gênait, ce n'est pas à dire pour cela qu'on ait nécessairement

vécu dans des bouges ou aux. carrières d'Amérique. Pour plusieurs, le contact journalier à la Roquette avec des malfaiteurs de profession est réellement un supplice. On forme des groupes selon le rang social, la nationalité. Précieuse indication pour ledirecteur, pour l'aumônier ! La pègre seule résiste avec obstination à Tamendement.

On dit que les loups ne se mangent pas entre eux. Certains loups, peut-être, vivant en liberté. Mais il est certain que les meurtriers et les voleurs se prennent réciproquement pour dupes, et, entre eux, commettent des actes de brutalité.

C'est un monde à part, une société particulière. On a affirmé qu'il y avait ressemblance physique entre les criminels, qu'un certain profil bien caracté-

risé permettait de les distinguer ' . Il faudrait à Tanthropologie mieux que des conjectures et des apparences pour faire croire à la vérité de cette observation. II faudrait des preuves certaines. Mais, moralement, il est vrai qu'il règne à la Roquette un certain esprit qu'on peut retrouver en général chez les malfaiteurs, l'esprit de la maison.

Le trait principal, c'est Tégoïsme.

Un prisonnier avait versé d'abondantes larmes en apprenant la mort de sa femme, à la Roquette. Quand il fut sorti, le jour de sa libération, on parlait de lui dans un groupe.

— Il aimait bien sa femme !.. .

— Pour lui ! dit aussitôt son confident habituel. Il m'a révélé, dans les larmes, que s'il était si désolé, c'est qu'il ne restait plus personne pour lui apporter de l'argent et pour demander sa grâc3, au ministère.

Ils commettent, au dortoir, à l'atelier, dans la chambre que plusieurs ont en commun, des vols au préjudice les uns des autres. Un jour, ils se trouvaient réunis en petit nombre dans une salle de l'établissement pour entendre une instruction morale. Â. la fin, un prisonnier qui passait dans cette salle le temps de sa détention, s'aperçoit qu'on lui a volé divers objets.

i. LaPsycho-physique. Aeime scientifique du 84 novembre i9n. Anthropologie par F. GaltOQ.

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