‹ Les prisons de ParisChapitre 93 sur 118 · Révélateurs · texte numérisé non relu

Révélateurs

296 LE DEPOT DES CONDAMNÉS — OEANOE-ROonT»

ils l'auraieat sans doute tué, si les surveillants ne l'avaient pas arraché de leurs tnains pour le conduire au quartier spécial.

Ces vengeances s'impose^it parfois à ceux qui ont . le malheur de faire partie de ce monde bizarre et odieux des pègres, comme ailleurs, dans la société régulière, un due], une affaire d'honneur. G.., qui frappa naguère d'un coup mortel l'homme qui vivait avec sa maîtresse, passa pour un jaloux. II n'a pas cessé de soutenir que c'était une erreur. Revenu à Paris après un séjour dans une maison centrale où il disait être allé seul pour une af&iire dans laquelle il avait eu, deux années auparavant, sa victime pour complice, il n'avait pas pu supporter, devant leurs amis communs, la pensée de s'être ridiculement dévoué pour un homme qui se bâtait de dénoncer à la police sa rupture de ban aussitôt après son retour.

« Voilà, disait-il, pourquoi j'ai frappé, moi qui, d'ailleurs, ai toujours été un peu fou. Mais je n'étais certes pas jaloux de mon ancienne marmite.' •

Il est rare qu'on puisse exercer une sérieuse influeoce sur ceux-là, sur ces voleurs, hommes de mœursinfâmes, chanteurs passés maîtres, meurtriers,et pour tout dire en un mot sur ces malfaiteurs de profession.

ais sont-ils seuls à la Roquette ?

Un homme jeune appartenant à une famille aisée gagnait honorablement sa vie dans les affaires. Sa siXDté étant devenue mauvaise à vingt-sept ans, son médecin l'envoie à Nice pour quelques mois. Si près des maisons de jeu, comment ne pas jouer? 11 perd ; il n'a plus rien. Sa famille envoie de Targent. D joue de nouveau et perd encore. Il emprunte et voit bientôt disparaître la somme empruntée. Exaspéré, rendu fou par ces pertes successives, il imite enfin une signature. Le voilà condamné! Le. voilà dans cette cour de la Roquette , confondu avec les grands criminels. Qui croira qu'il est devenu semblable à eux? Qui considérera sa perte comme définitive ? Personne. Le fait a été très grave, criminel si Ton veut. Mais enfin, c'est un égarement unique ! U pourra, dans le recueillement de la prison se repentir, se relever. Il suffit de lui venir en aide moralement, d'augmenter ses regrets en parlant avec lui de sa faute. Ce n'est que par accident qu'il a été joueur et faussaire.

Le raisonneur bourru semble mauvais, incorrigible. C'est l'individu le moins dangereux de la prison et parfois le plus facile à diriger.

M.., soutient, au milieu de ses codétenus, mais sans succès, qu'il a été condamné à tort. Jamais il ne pourra regarder comme honnêtes ceux qui l'ont jugé. S'il en avait un devant lui, il le f . . . . par-dessus le mur. On l'enverrait à la Nouvelle!...

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Mais ça lui est égal ! Il ne viendra donc jamais le jour où Ton se débarrassera une fois pour toutes de ces gens-là par une bonne révolution ! etc., etc..

— Mais, vous n'avez été condamné qu'à quelques mois. C'est peu. . .

— Moi, je trouve que c'est beaucoup.

— Beaucoup ?

— Oui ! quelques mois pour n'avoir rien fait!.. Renseignements pris, ilsetrouvequeM.. . . ancien

marin, a d'assez bons états de service. Il travaille beaucoup dans la prison. Il a pris la fuite, en 1871, pour éviter de servir la Commune.

La science, toute nouvelle encore, observe chez les criminels comme signes distinctifs trois faits constants :

1<* Conscience presque nulle ;

2'* Instincts vicieux ;

3** Force de libre arbitre insuffisante.

C'est juste. Mais c'est le criminel idéal qu'elle a caractérisé ainsi. En fait, dans la pratique, la conscience avec les remords, la privation de sommeil et les hallucinations vengeresses, une certaine puissance de libre arbitre, et de bons instiiicts qu'on peut développer, pour les opposer victorieusement aux mauvais, se rencontrent également.

Telles sont les observations utiles qu'il est possible de faire sans sortir de la cour. La cloche sonne alors et chacun reprend sa place à l'atelier.

Dans un coin, quinze ou vingt hommes sont restés Ce sont les malades du jour qui vont se rendre à la visite du médecin. Malades, ils le sont souvent ces hommes condamnés par leurs premières fautes à la vie irrégulière.

Les épileptiques sont nombreux.

Quelquefois, dans là cour, au milieu du va-etvient des détenus, un groupe se forme tout à coup. Un homme vient de toniber. On s'agite. On apporte à la hâte un matelas pour que le patient ne heurte pas sa tête aux marches de la fontaine et ne se déchire pas les mains aux pierres de la cour. Dans celte vie sans règle et sans but, se développent les germes non contrariés d'horribles maladies. Quand ils sont soignés, c'est ainsi : pendant la captivité. Pour un grand nombre d'entre eux la prison se confond avec l'hôpital.

Le malheureux se roule, fait des bonds, claque des dents, gémit. Le cœur se serre en présence de tant de misère physique et morale. Sera-t-il plus vite usé par la maladie que par la prison ? C'est, pour celui-là, tout le problème de l'avenir- Dieu 1 dans quelle misère et dans quel vice sont donc nées, de quelle mère avilie et de quel flanc maudit sont sorties de telles créatures !

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fin.

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