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CHAPITRE IX

Sommaire : Lamennais et M. l'abbé Caille Des Mares. — La théorie des barreaux. — Le Journal de ma prison. — Peut-on travailler en prison? — M. Louis- Auguste Martin et le Petit journal. — Réponse de Léo Lespès. — Les bourriches d'huîtres. — Peut-on toujours boire ou manger? — Les tortures morales. — Le verrou ! — Nos Falstaffs modernes. — Vitu et les travaux forcés. — Les infortunes de Bussières. — Belescluze et Pilette. — Une erreur de Victor Hugo. — Cournet el Barthélemv.

Nous ne savons au juste combien de modifications a subies le règlement du pavillon de l'Est; mais nous pouvons dire qu'à toutes époques ce règlement a été relativement doux, bienveillant môme parfois, comme nous l'avons vu dans le chapitre précédent. Nous regrettons que les célébrités politiques et littéraires qui, depuis la restauration surtout, ont illustré Sainte -Pélagie, n'aient pas, à l'instar de Lamennais, laissé une relation de leur séjour dans cette maison. Le fougueux auteur des Paroles d'un croyant — cette bible de l'humanité — fut condamné, comme on le sait, en I H i J à

un an de prison, pour un virulent pamphlet contre la chambre des pair?. Ce fut avec une certame joie que, le 4 janvier de cette année, labbé philosophe se constitua prisonnier. « Je vais enfin pouvoir travailler librement, loin des agitateurs du dehors, dans ce calme profond où mon âme se sent à Taise, où les horizons s'ouvrent devant moi. » Ainsi, dit-il à Taumônier de Sainte-Pélagie, M. Caille Des Mares , qui. hochant la tête, répondit, en montrant du doigt à Lamennais les barreaux de ses fenêtres : « Allez, allez, et vous me direz si ces gaillards-là ne nuisent pas à Téclosion de vos idées. Dans la solitaire mansarde que vous avez si longtemps habitée dans votre jeunesse, les bouffées d'un air pur, vivifiant, inspirateur, arrivaient librement jusqu'à vous ; ici, pas de soleil, partant pas d'air pur, partant pas de vie. » Lamennais ne parut pas partager cette opinion, et se plongea avec son ardeur accoutumée dans ses austères travaux. Mais il s'aperçut vite que l'aumônier avait dit vrai : l'inspiration ne lui vint pas.

« Vous aviez deviné, mon cher CaiUe Des Mares, fit-il d'im ton attristé, peu de jours après sa réclusion, les idées se brisent contre les barreaux de fer de ma cellule ; à peine s'il m'en arrive quelques éclats. »

Voici, du reste, le Journal de ma prison , publié récemment dans les œuvres inédites de Lamennais. L'illustre auteur de i' Essai sur Vindiférence et du Livre du peuple commence son journal le 4 janvier 1841, jour de son entrée à Sainte-Pélagie, et cesse de l'écrire le 16 de ce môme mois.

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