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CHAPITRE XIV

Sommaire. — Les douceurs relatives du règne de Louis-Philippe. — Cours d'assises et polices correctionnelles. — Les étrivHères de la Thémis politique. — M. de Genoude. — Le zénith de la Gazette de France. — M. Aubry-Foucault. — Son triomphe au tribunal. — Inconvénients de la loquacité.

Abstraction faite de T aurore du gouvernement de juillet, qui fut fort nébuleuse, nous devons dire que pendant les dix -huit années du règne de Louis- Philippe, Sainte-Pélagie a été relativement peu fournie en hommes politiques et en écrivains. Dieu sait pourtant si les attentats sur la personne du roi et les pamphlets les plus vh'ulents pleuvaient drus I II est vrai de dire que la police correctionnelle n'avait plus à s'occuper de ces sortes de délits. Les écrivains, les hommes politiques ne relevaient que de la cour d'assises ou de la cour des pairs; aussi étaient-ils assez souvent acquittés.

Le gouvernement du second empire a rompu avec ces bonnes traditions en ressuscitant les polices correctionnelles, d'où, je le sais par expérience, on sort rarement les épaules vierges des étrivières de la Thémis poH tique.

Parmi les condamnés après l'attentat Fieschi, nous

devons citer Janot, un des plus caustiques écrivains du moment; puis, en 1840, le baron Verteuil de Feuillas, condamné à un an d'emprisonnement comme gérant de la France; en 1841 , Lamennais, dont nous avons parlé; revint ensuite M. de Genoude, l'éminent rédacteur en chef de la Gazette de France, qui eut — nous devons le reconnaître — le rare bonheur de jouir sa vie durant de l'estime des hommes politiques de tous les partis. Sous la puissante direction de ce loyal polémiste, de cet habile logicien, de cet honnête homme, l'organe du droit divin atteignit l'apogée de ses succès. Après la mort de M. ds Genoudp, en effet, la Gazette de France perdit en un clin d'œil toute son importance ; elle déclina de jour en jour davantage, jusqu'à ce qu'enfin elle arriva à l'état où nous la voyons aujourd'hui, c'estTà-dire vivant sur son passé et s'éclairant de temps en temps aux derniers reflets de son ancienne splendeur. Un homme que dis-je? un héros du règne florissant de M. de Genoude est pourtant encore debout, comme un autre Marins sur les ruines de cette Carthage. Plus de trente années il est resté fidèle à son poste , sans sourciller, sans maugréer, le front toujours placide, l'œil toujours serein, en dépit des horions de toute sorte qui pleuvaient sur son dos. Je veux parler de M. Aubry- Foucault, le gérant, autrement dit Vhomme de paille delà Gazette de France, Étrange poste que celui-là! Vendre son nom, faire abnégation de sa personne, endosser la responsabihté d'articles qu'on n'a seulement pas lus, et qui sont souvent ineptes quand ils ne sont pas dangereux, enfin être sans cesse exposé à recevoir j pour la somme de trois à quatre cents

francs, soit des volées de bois vert, soit un coup d'épée, soit quelques mois de prison! Il est vrai qu'on a la satisfaction de voir son nom émàiller quotidiennement les colonnes du journal et de jouir auprès des graves abonnés et du vulgum pecîcs d'une haute considération.

Quels hommes, je vous le demande, sont plus connus que MM. Boniface et Aubry-Foucault, ces deux doyens des faits divers?

M. Boniface a, comme M. Aubry-Foucault, le désavantage d'être gérant du Constitutionnel, Il faut bien dire que les gérants de cette dernière feuille n'ont jamais été trop inquiétés, depuis 1851 surtout. Il n'en a pas été de même pour la Gazette de France, qui s'est mainte fois vue dans l'obligation d'entretenir à Sainte-Pélagie son honorable éditeur responsable.

Ce dernier est la crème des hommes ; sa simplicité va jusqu'à la bonhomie. Tirer vanité de sa position, se prendre au sérieux, s'ériger en personnage, il n'y a jamais songé, j'en suis convaincu.

— Je vous félicite, monsieur Aubry-Foucault, lui disait-on quelquefois à Sainte-Pélagie.

— Et pourquoi donc? faisait-il tout surpris.

— Pour votre article de ce matin.

— Ah ! ah ! exclamait naïvement notre homme, je vais le lire.

M. Aubry-Foucault, paraissant une nouvelle fois devant la cour, obtint un succès dont il se serait, je crois, bien passé; qu'on en juge. Entre autres manies, M. Aiibry-Foucault a, parait-il, celle de parler beaucoup ; ce qui ne serait rien eucore| s'il n'avait

pas la rage de donner à tout bout de champ des crocs-en-jambe à MM. Noël et Chapsal; ce dont ses amis se méfiant :

— Surtout ne répondez au président que par oui et non, lui recommandèrent-ils en raccompagnant au tribunal.

Le plus complet mutisme est promis; mais bah! le moyen de chasser le naturel?

Arrive Tinterrogatoire. Aubry-Foucault se lève. M. de Genoude et quelqpes autres rédacteurs de la Gazette de France étaient dans les transes.

M. LE PRÉSIDENT : Vous recounaissez que vous êtes Tauteùr de Tarticle incriminé ?

AuBRY-FoxjCAULT : Oui, monsieur le président, c'est moi que je suis V auteur de la petite artique (sic).

Là-dessus, on le comprend, explosion générale, exaspération et confusion des confrères du trop loquace gérant; et au milieu de cette hilarité, qui gagne même les juges, une belle et bonne condamnation, fortement motivée, s'étala en lignes de vingt-cinq lettres sur le papier timbré obligatoire ! 1 1 altitudoî.. Quant à Aubry-Foucault, parfaitement tranquille et ne comprenant rien à cet infernal tapage, il n'a dû saisir des récriminations dont il fut l'objet que sa condamnation était sans doute causée par ses insultes à la grammaire I

Heureux homme I

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