CHAPITRE VI
Sommaire. — Filouteries et filous. — Variétés de caroUes. — Mauvais côté des mélanges. — Les détenus politiques à la Dette. — Leur nourriture. — Les gardiens. — ' Un type. — Sénique et Chaumette. — Une algarade nocturne. ^ M. de Lassalle. — Un gardien n'a jamais tort. — Cachot et tombeau.
— Les étrennes des détenus. — Formalités d'entrée. — Singulier interrogatoire. — Accoutrement des détenus. — Travaux d'art. — Une curieuse façon de se distraire. — Pellisson.
— Pour être scélérat en est-on moins poëte ? — Mes cartes de visite. — Le catalogue de la bibliothèque. — Le bibliothécaire.
— La visite du médecin. — Les enrhumés et les bouts de réglisse. — L'infirmerie , est-ce un abattoir ? •— M. Patty et la pharmacie.
Bien que nous ayons vu, dans le chapitre précédent, que les précautions prises contre les voleurs n'empêchaient pas d'être volé, nous devons néanmoins mettre nos confrères, futurs détenus du pavillon non privilégié de la Dette, en garde contre les filouteries et les carottes, en usage dans ce pavillon.
Les filous et les carottiers sont divisés en trois classes.
Défiez- vous d'abord de certains individus qui volit rôdant dans les corridors, surtout pendant les heures de paifloir; gardez- vous d'oublier de fermer votre porte : en rentrant chez vousj vous ne trouveriez pas dans votre cellule tout ce que vous y auriez laissé. Ceux-là sont les industriels de troisième ordre ; ils ne
s'en prennent qu'aux comestibles et surtout au tabac.
Tous les moyens sont bons aux industriels de deuxième ordre.
Ils entrent effrontément dans votre chambre, vous demandent un canif, un couteau, un livre : c'est presque toujours pour un des détenus que vous fréquentez. Si vous livrez l'objet demandé, vous ne le revoyez plus, pas plus que l'individu, qui appartient à la classe des gouapeurs. Si vous vous trouvez à une partie de dominos (les cartes sont prohibées), gardezvous bien de prêter de l'argent aux joueurs, car vous auriez beaucoup de peine à rentrer dans la dixième partie de vos fonds.
Défiez-vous aussi de certains flâneurs qui ont l'air de vous admirer; selon eux, tout ce que vous faites est bien. Si vous avez assez d'amour-propre pour vous laisser prendre aux louanges qu'ils vous donnent, ils ne manqueront pas de s'en apercevoir. Alors vous ne tarderez pas à les voir entrer chez vous, la main dans la poche de leur gilet. Ils vont diront : et J'ai tant à payer, il me manque taiit, ma femme doit m'apporter cent francs demain, prètez-moi tant, je vous rendrai cela dans vingt-quatre heures, chez moi, tenez, demain en dînant, car j'espère que vous voudrez bien me faire le plaisir de manger avec moi un pâté au gibier. » Si vous êtes assez shnple pour mordre à l'hameçon, on vous dira le lendemain que madame n'est pas venue pas plus que le pâté. Et comme on n'a rien pour diner, on s'invitera sans façon chez vous, on s'offrira même à pa^er le vin et le café, mais comme on n'a pas d'argent ou vous empruntera
cent sous; on vous rendra le tout en même temps. Vous n osez refuser. Le surlendemain, madame ne vient encore pas, on se lamente, et on finit par vous demander vingt sous, afin d'envoyer un commissionnaire savoir ce qui se passe au logis. Pour vous la farce est jouée. On s'adresse à un autre.
Les filous de première classe sont de l'espèce des voleurs. Ils entrent chez vous pendant que vous y êtes, sous un prétexte quelconque. Quelquefois c'est la monnaie de cinq francs qu'ils vous demandent; par ce moyen ils arrivent souvent à savoir où vous serrez votre argent. C'est déjà un premier pas de fait; il ne reste plus qu'à savoir le moment où vous sortirez de votre chambre.
Alors, s'ils ont vu chez vous quelques objets dignes de fixer l'attention, ils sauront, au besoin, faire sauter votre cadenas ; pour cela quelques secondes suffisent.
Vous vous plaignez au directeur ; une fouille générale est faite aussitôt, on explore la prison de fond en comble, mais on ne trouve jamais rien, les objets volés ne sont plus dans la maison au bout de deux minutes. Comment cela se fait-il? C'est ce que les gardiens eux-mêmes ne peuvent s'expliquer, ni nous non plus, à fortiori.
En tous cas, ces vols se commettraient moins si la promiscuité n'existait pas entre les prisonniers. Pourquoi ne pas réserver un bâtiment aux pistoliers, un autre aux gotmpews, un troisième aux détenue politiques.
Le pavillon de l'Ouest, dit de la Préfecture ou Travées, est le seul qui contienne des prisonniers de
même acabit, tous condamnés soit pour escroqueries, tentatives de viol, recèlement, etc., à une durée d'emprisonnement excédant six mois.
Le pavillon de la Dette, au contraire, renferme toute sorte de prisonniers dont, en général, la durée de Temprisonnement est inférieure à six mois. On y voit de jeunes Mandrins dont les débuts n'ont pas été heureux; des boulangers, des épiciers, dont les balances s'obstinaient à osciller au désavantage du client; des marchands de vin, des laitiers, qu'un excès de zèle pour la religion, mal interprété par la justice, avaient poussés jusqu'à baptiser leurs marchandises ; des débiteurs envers l'État, des faillis, et enfm au milieu de cette honorable société, des hommes politiques et des hommes de lettres.
Le pavillon de l'Est, tout en étant spécialement destiné à ces derniers, ne Test pas d'une manière efficace, car, outre que ce pavillon ne renferme que six cellules, chacune ajSectée à un seul prisonnier, il faut encore, pour y être admis, une autorisation du préfet de police. Au cas oii les six cellules sont habitées, on vous loge au pavillon de la Dette» où l'on est aussi mal traité qu on est bien traité dans le pavillon de l'Est.
C'est là une anomalie dont je ne me suis jamais rendu compte. L'incarcération des hommes de lettres et des hommes politiques étant admise, il me semble qu'il devrait exister pour eux égalité de traitement) que ce traitement soit doux ou dur, suivant le bon plaisir de ^administration, peu importe, pourvu qu'il soit uniforme, que le détenu ait sa cellule ici ou là, au pavillon de la Dette, à celui de la Préfecture dû à celui de l'Est, Au lieu de cela, le journaliste, l'hommfe
politique est assujetti au règlement sévère ou bienveillant du pavillon où il est placé. Est-il à la Dette, voici comment il y est traité. Je puis en parler, car c'est là qu'on a jugé à propos de me faire purger ma première condamnation à deux mois de prison, encourue par le journal le Gaulois.
A peu de différence près, mes deux compagnons de cellule. Sénique et Chaumette, deux courageux ouvriers condamnés avec Blanqui, et moi , nous étions soumis au règlement des pistoliers. Voici les faveurs qui nous étaient octroyées : exemption de travail sans rétribution, bouillon gras tous les matins, au lieu de bouillon maigre, morceau de bœuf, chopine de vin; nous avions , en outre, le droit de ne pas assister à la messe et de laisser nos bougies allumées toute la nuit, si bon nous plaisait. A part cela, même pain, mêmes légumes, même parloir et mêmes égards de MM. les gardiens. Ces derniers, stricts exécuteurs du règlement qui régit chaque pavillon, sont loin de se ressembler tous. Leur caractère, leur voix, leurs allures, tout en eux varie suivant le milieu dans lequel ils soné placés. L'administration, du reste, a prévu le cas ; elle a harmonieusement réparti les attributions de ses surveillants. Je suis certain que les gardiens de la cour de la Préfecture, dite cour des Govapeurs, doivent atteindre le maximum de la brutalité, si j'en juge par ceux de la cour de laDette. L'un d'eux — je me souviendrai toujours de lui — n'avait d'humain que la forme, et encore I toujours triste, noir, taciturne, du matin au soir il errait conune une ombre vengeresse, se blottissait dans un coin obscur ou se cachait derrière une porte, épiant les gestes, recueillant les pro-
pos des détenus, et si, par malheur, le plus mince délit se commettait, notre homme se dressait subitement, la face contractée par un sourire hideux, l'œil exorbitant et enflammé, sa main gauche agitant, par une convulsion satanique, un immense trousseau de clefs : a Suivez-moi chez le directeur ! » hurlait-il d'une voix rauque en harponnant le pauvre hère. On allait chez. le directeur, et quelques minutes après notre gardien, précédé de sa proie, se dirigeait vers le cachot. J'ai appris depuis que des peines conjugales avaient ainsi barbansé cet homme ; le malheureux s'était fait gardien pour se venger de l'humanité. Il est à présumer que s'il avait jadis surveillé madame son épouse comme il surveillait maintenant ses détenus Mais bah! suis-je assez naïf! est-ce que les
Rosines de tous temps et de tous pays ne se sont pas moquées des ingénieuses précautions de leurs Ba^ tholos?
Règle générale, les gardiens n'ont jamais tort; qui dit gardien, dit infaillible. Exemple : Nous étions barricadés depuis une heure à peu près, mes deux compagnons et moi, lorsqu'il prit fantaisie à Chaumette de fredonner un air quelconque, a Voulez-vous bien vous taire ou je vous f... au cachot ! » s'écria aussitôt le surveillant de service, qui avait ouvert sans que nous Tçussions entendu le petit judas pratiqué à chacune des portes des cellules. Irrité du ton brutal dont lui fut faite cette injonction, et surtout de l'étrange menace qu'elle contenait, mon compagnon riposta vertement, comme chacun de nous l'eût certes fait.
— Vous ignorez donc que vous avez affaire à des détenus politiques, qui out droit, cerne semble, à être
autrement traités que les gens tarés qui nous entourent?
— Qu'est-ce que came fait à moi? grommela le gardien, je vous traite comme les autres.
— Polisson I exclama Ghaumette, poussé, en dépit de nos conseils, à un point d'exaspération indicible, si la porte ne nous séparait, vous payeriez cher vos insolences.
— Ah! ah! des menaces, murmura le surveillant en refermant le judas, vous verrez ce qu'elles vous coûteront.
Le lendemain matin nous rédigeâmes à la hâté une plainte contre le surveillant insulteur, et nous la fîmes parvenir à la direction. Au bout de dix minutes nous fûmes appelés tous les trois devant M. de Lassalle, alors directeur de Sainte-Pélagie, et ensuite directeur de Clichy. Sous des dehots doux, affables même, sous une enveloppe polie, luisante, l'enveloppe de Vhomme du monde, le directeur de Sainte- Pélagie cachait une excessive froideur et une rare énergie ; avec cela beaucoup d'adresse , de la finesse, et une logique passablement machiavélique : toutes les qualités d'un excellent directeur de prison. Quand nous arrivâmes, il était entouré de son état-major, qui se compose ainsi : lebrigadi3r et deux sous-brigadiers, n y avait naturellement notre accusé, qui, de son côté avait fait son rapport. Le directeur ne voulut rien entendre de nos explications. Pour lui, une seule chose existait : l'insulte faite au gardien ; nous eûmes beau dire, nous eûmes beau faire; nous criâmes, nous tempêtâmes, nous faillimes écharper l'insulteur, qui s'obstinait à rabâcher un petit récit des faits
brodé pour la circonstance, le directeur resta inflexible. « Non, messieurs, c'est impossible, fit-il en conservant une placidité révoltante, mon surveillant n'a pas pu agir ainsi avec vous, il l'affirme, je dois le croire.» Et, se tournant gracieusement vers le brigadier, il ajouta : « Conduisez M. Chaumette au cachot, où il restera trois jours, »
Que voulez-vous? la discipline ! la discipline ! les directeurs de prison ne connaissent que ça. Les gardiens représentent la force et partant le droit. Donc, pas de réplique, pas de plainte: on commande, obéissez ; on vous collette, on vous houspille, taiseavous. Le fablier de M"* de La Sablière n'a-t-il pas dit:
La raison du plus fort est toujours la meilleure.
Chaumette alla donc au cachot. C'était le 31 décembre, il y gelait à pierre fendre. Quelle nuit affreuse a passée là notre ami ! Prenez une des dalles de la morgue , placez-la entre quatre murs longs de six pieds et larges de trois, noirâtres et distillant le rhumatisme, meublez cela d*un seau servant dek^ater-closets et d'une cruche ébréchée pleine d'urie-eau congelée; flairez ce charmant intérieur au moyen d'un mTcroscopique soupirail donnant sur les fossés de ronde de la prison» et dites-moi si cela ne vous rappelle pas les frissonnantes aventures de nos célébrités de cours d'assises ? Bien évidemment Cartouche et Mandrin ne devaient pas être plus mal logés. C'est pourtant là que passa la nuit notre ami, un détenu politique ! Vous devez penser
si ce fut une nuit blanche! Blême, grelottant, nous vîmes arriver le lendemain matin, à notre grande surprise et à notre grande joie, l'infortuné cacaotier^ Comme les autres détenus, il profitait de YamnistU du jour de Fan, c'est là une générosité annuelle de Tadministration.
Le !•' janvier on fait également, en faveur des prisonniers de troisième catégorie, une distribution de chaussons, de casquettes et de cravates : ce sont les éf rennes des détenus. Les honorables membres de celte classe d'usuriers dont nous avons parlé ne se contentent pas de participer à ces dons, ils spéculent dessus. C'est à qui en escamotera le plus possible, et cela au nez des gardiens. J'ai été témoin, — ces messieurs me faisaient l'honneur de ne pas se cacher devant moi, bien persuadés que je ne les vendrais pas, confiance dont je les remercie ! — j'ai été, dis-je, témoin de soustractions commises avec une audace et une dextérité qui m'ont épouvanté, non pour l'avenir des soustracteurs, mais pour ma tranquillité future. Je dis future, car l'administration avait pris des mesures, dès mon entrée, afin d'assurer ma tranquillité présente : ma montre et mon argent étaient restés au gre£Fe; on ne m'avait laissé que 20 francs, ^t pareille somme m'était délivrée, sur ma demande, une ou deux fois par semaine. Au milieu de gaillards pareils, d'un esprit si inventif, une telle mesure est on ne peut plus louable.
Lorsqu'un prisonnier est écroué à Sainte-Pélagie, il est d'abord conduit au greffe où, après l'avoir toisé, et pris son signalement avec une irréprochable inexactitude, comme cela se pratique habituellement, après
lui aToir fait subir un court interrogatoire dans le genre de celui-ci :
— Vos nom et prénoms, ceux de vos père et mère?
— Pourquoi ôtes-vous ici?
— Quelle est votre religion?
— Quelle est votre profession?
— Quelle est la date de votre jugement?
— Êtes- vous marié?
— Avez- vous des enfants?
Après, dis-je, cet invariable interrogatoire, auquel on est souvent fort embarrassé de répondre catégoriquement, il est minutieusement fouillé de pied en cap; bijoux, argent, canif, couteau, rasoirs, journaux, papier de toute sorte, tout cela est retenu. Le lendemain les papiers sont restitués, s'ils ne contiennent rien d'illégal; quant au couteau, il est assez généralement rendu.
Ces formalités accomplies, on livre le détenu à un gardien, qui le conduit aux magasins de la prison, où il est équipé. On l'habille, on le déguise, on lui remet une gamelle, une cuillère en bois, une paire de draps de grosse toile et une couverture de laine grise. Ainsi chargé, il fait son entrée triomphale dans le corps de bâtiment qui lui est destiné. Moyennant finances, on peut obtenir des draps plus fins, un oreiller et deux couvertures au lieu d'une. Les pistoliers et les détenus politiques ont le droit de refuser le costume de la prison. Ce costume se compose, pour les prisonniers ordinaires, d'un pantalon, d'une veste, d'un gilet et d'une casquette en toile grise, d'une paire de sabots et de chaussons : Pour les détenus politiques, d'un pantalon , d'un gilet , d'une twine ou jaquette et d'une
casquette en velours de colon à côtes brun fauve, d'une paire de souliers ou sabots, au choix. Ces costumes ne sont renouvelés que tous les six mois.
Quelques détenus qui ont un état obtiennent quelquefois Tautorisation de l'exercer dans leur cellule ; mais cela est fort rare. Sénique, l'un de mes codétenus, sculpteur sur bois, avait son établi et ses outils, et travaillait pour le compte des ébénistes du faubourg Saint-Antoine. Sa sœur venait régulièrement deux fois par semaine prendre l'ouvrage fait et lui apporter de nouvelles commandes. Cet honnête et lahorieux ouvrier a dû ainsi réunir pour sa sortie une certaine somme susceptible de l'indemniser tant soit peu des pertes immense^ qui, comme chef d'atelier, étaient occasionnées par son incarcération.
Ici, c'est un peintre qui fait pour cinq francs un portrait que dans le monde on payerait trente francs ; là, c'est un artiste en cartonnage dont les chefsd'œuvre ont plus d'une fois honoré les étalages de Susse et de Giroux. D'autres encore confectionnent des fleurs en étoffes ou des corbeilles composées de petits cylindres en papier multicolore. Enfin j'ai vu des auxiliaires façonner des objets d'art en stuc ou en mie de pain. La plupart des détenus intelligents et pour lesquels l'aptivité est une nécessité s'occupent diverswnent, soit par distraction, soit par intérêt. L'essentiel est de tuer le temps, de feur que le temps ne vous tue.
Malheur à celui qui n'a pas eu assez d*empire sur lui-môme pour dominer, au moyen d'une occupation manuelle ou intellectuelle, les noires pensées qui l'obsèdent, qui le minent. M. de Verteuil de Fouillas.
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gérant du journal la France, et qui fit en 1840 une station d'un an à la xue de la Clef, raconte, dans ses Souvenirs de Sainte-Pélagie, qu'il y avait de son temps à cette prison un détenu qui, ne sachant ni lire ïii écrire, et étant, en outre, inapte à quelque travail manuel que ce fût, s'était imaginé, à seule fin de raccourcir le temps, qu il avait un long voyage à faire, mesurant trois mille six cent cinquante lieues, c'està-dire dix lieues par jour, poinr arriver au terme de sa captivité, représentée par cette course; aussi tous les jours, régulièrement, aussitôt qu'il était levé, il faisait son paquet, le plaçait au bout d'un bâton, et se mettait à arpenter la cour de la Dette jusqu'à ce que, d'après son calcul , il eût fai^ cinq lieues. Il rentrait alors chez lui, déjeunait; après s'Mre reposé une heure, il se remettait de nouveau en route pour faire encore cinq lieues; il rentrait pour diner, puis se couchait.
Il eut la constance de faire ce manège penchant toute son année ; il ne comptait pas les jours qu'il avait à faire, mais les lieues. Si on lui demandait combien il luirestait de temps à faire, il répondait : J'ai oftcore tant de lieues; et si l'on s'informait de l'endroit ptiil coucherait le soir, il répondait :
— Maïs, à Bayonne,oubien à Saint-Malo,etc., etc.
Voilà ce que l'on peut appeler de l'originalité. Au moins, celui-là faisait quelque chose I
Ce trait est , du reste, renouvelé de Pellisson, qui, pour passer le temps à la Bastille, s'amusait chaque matin à répandre sur les dalles de sa cellule un millier d'épingles, et passait la journée à les ramasser ensuite une à \me.
N'oublions pas de mentionner les rêveurs, les illusionnés, les âmes tendres, les poëtes. Ma foi, oui il y a des poëtes parmi les prisonniers les plus tarés ; hélas I Vécorce ne vaut pas le diable, le cœur ne vaut pas mieux, mais l'esprit peut avoir conservé quelques lueurs d'en haut. Ne voit-on pas, du reste, de belles fleurs naître sur un fumier? Il serait trop long de citer ici toutes les pièces de vers dont nous avons pris copie et qui ont été élaborées par des cerveaux de fieffés coquins.
Pour ôtro scélérat, en est -on moÎDS poëte?
Je me bornerai à reproduire celle-ci ; elle date du 1*' janvier 1848 et a pour titre :