‹ Les Prix de Vertu, fondésChapitre 10 sur 43 · Charron · texte numérisé non relu

Charron

tour l'intrépidité, Ja force ci ame, îa patience, le tiavaii, le dévouement et toutes les richesses morales que Dieu lui a départies ; celle dont le propre est de se résoudre en bienfaits ! Cette vertu, qui dépasse la bienfaisance des anciens, qu'il ne faut pas non plus confondre avec la philanthropie moderne, et qui, née du sein de la morale évangélique, n'a trouvé son véritable nom que dans le vocabulaire du christianisme ; cette vertu, c'est la charité.

L'Académie n'oublie pas non plus que la vertu, pour nous servir des expressions de Montaigne, « présuppose « de la difficulté et du contraste ; )> qu'elle refuse la facilité pour compagne, qu'elle est l'apanage d'un être souvent faible de sa nature, mais fort par sa volonté.

« Tant s'en faut, écrit le disciple de Montaigne *, tant s'en faut que l'honneur soit deu à non mal faire, qu'il n'est pas deu à tout bien faire, mais seulement à celuy qui est utile au public, et où il y a de la peine, de la difficulté, du danger. »

Lorsqu'il s'agit de bienfaits surtout, nous admirons ces êtres secourabies qui, n'ayant rien , si ce n'est leurs cœurs et leurs bras, ont trouvé le moyen de devenir la providence des autres ; ceux qui, dans l'unique désir d'être agréables à Dieu en se rendant utiles à leurs semblables, ont donné tant qu'ils ont pu, et même au delà « de ce qui faisoit de besoin ou estoit le plus cher ; » de ce qu'ils enlevaient à leur propre nécessité, pour subvenir à la nécessité d'autruy *.

Voilà comment le legs que nous sommes chargés de leur déhvrer, en même temps qu'il est un hommage à leur vertu, se tourne en de nouveaux bienfaits, et va le

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