Né en 1733, mort en 1820, à quatre-vingt-sept ans
ANNÉE iSièî. 147
celui de l'étranger! Rentré en France, il reprit le cours de ses bonnes œuvres avec une intelligence qui annonçait, si l'on peut parler ainsi, son progrès dans» l'art de faire le bien.
Il rajeunit ses anciennes fondations, il en institua de nouvelles. D'abord, c'est un prix pour récompenser l'ouvrage le plus utile aux mœurs, puis un autre pour récompenser les actes de vertu ; il consacre des fonds pour le rachat des effets déposés par les pauvres au Mont-de- Piété ; il accorde des encouragements aux enfants de troupe ; il dote richement les hospices, et non content de songer aux pauvres malades, il étend sa sollicitude jus-que sur les pauvres convalescents. Toute sa fortune, de plusieurs raillions, est consacrée à ces nobles emplois. Pendant sa longue vie, il avait été le bienfaiteur anonym-e des lettres et de l'humanité ; son testament seul a divulgué l'étendue de ses bienfaits.
La vie d'un tel riche, messieurs, ne fut-elle pas aussi une vie vertueuse, une vie dont les actes ne sauraient être récompensés par une médaille ou par un prix vulgaire, mais dont le souvenir mérite d'être consacré par les âges futurs, et qui doit rester entourée de cette vénération profonde et sincère que la postérité doit surtout garder à la vertu.
Récit des actions vertueuses jiour lesquelles des médailles ont été décernées ^:)rt}' l'Académie dans la séance publique du 11 décembre ISAo.
Marguerite-Louise Clément, née à Paris le ^22 avril 1788, y demeurant, rue de la Tonnellerie, n" 20. — L'adoption généreuse que la demoiselle Clément a faite d'un petit orphelin, et les soins maternels qu'elle lui a
prodigués pendant plus de dix ans, ont été racontés dan» le discours du directeur, page 1 40. ' Marguerite Clément a manifesté par d'autres actes son esprit de bienfaisance. Ainsi elle a été, une année entière, l'aide, le soutien, la sœur de charité d'une pauvre femme atteinte d'un mal incurable. La mort de cette malheureuse est seule venue mettre fin à sa tâche.
L'Académie a accordé à Marguerite-Louise Clément une médaille de 1,000 francs.
Caroline Soumit, âgée de quarante-neuf ans, née à Mayence, demeurant à Paris, rue du Helder, 19. — « J'ai été heureuse avec vous lorsque vous étiez riches, je ne vous quitterai pas quand vous êtes dans le malheur! «Yoilà'ce qui disait Caroline Schmità ses maîtres, M. et madame Harbaville, qu'une ruine complète venait de frapper.
Il s'est écoulé quinze longues années depuis que Caroline Schmit prononçait ces paroles, et jamais une seule minute sa conduite ne les a démenties. Souvent il s'est présenté pour elle des conditions heureuses, toujours elles les a repoussées : parce qu'elle s'est vouée au malheur de ses maîtres ; parce qu'elle est, par son travail, par ses services, par ses soins de jour et de nuit, l'unique recours de cette famille qui, pendant un temps, a compté dix enfants dans son sein, et qui a eu de bien cruelles épreuves à subir*.
L'Académie décerne à Caroline Schmit une médaille de 1,000 francs.
Jean Fantox, âgé de soixante-douze ans, né et domi-
1. Faits allestés [^ar le bureau de bienfaisance du dixième arrondissemeni de Paris, par r.lusicurs personnes notables de cet arrondissement cl par diveri ccrtific-as délaclics.
^t:^: . I ANNEE 18io. 149
cilié [au iToinet, chef-lieu de cauton, département de l'Isère. — C'est envers une orpheline, restée en has âge, sans père ni mère, indigente, atteinte dans sa constitusion d'une maladie affreuse, couverte de plaies rebutantes et abandonnée de tous, même de ses proches, c'est envers cette orpheline que Jean Fanton a accompli les actes de la charité la plus laborieuse et la plus patiente.
Il l'a recueillie n'ayant lui-même pour vivre que le travail de ses bras ; et il s'est regardé dès lors comme consacré à soutenir et à soigner cette douloureuse existence.
Le temps a marché, la maladie n'a fait que s'aggraver et s'étendre. Marie Hovel, c'est le nom de l'orpheline, a aujourd'hui vingt-deiix ans, elle est privée de l'usage de ses membres, ses os se carient, elle ne quitte pas le lit; Jean Fanton est plus que septuagénaire : son unique gagne-pain, la force physique, l'abandonne ; avec elle diminuent ses ressources, et il continue chaque jour son œuvre d'abnégation, avec une sollicitude, avec une résignation admirées de tous les habitants de sa commune*.
L'Académie lai donne une médaille de 1,000 francs.
PauUne Copain, âgée de quarante et un ans , née à Aisey-sur-Seine, institutrice privée de la commune de Saint-Marc-sur-Seine, arrondissement de Châtillon, département de la Côte-d'Or. — En 1838, un avoué fut chargé de diriger des poursuites contre un débiteur. Avant d'agir, il voulut s'assurer par lui-même de la position de fortune de ce débiteur, et se rendit à son domicile, dans le village de Saint-Marc.
(( Jamais spectacle plus attendrissant ne s'offrit à mes
4. Faits attestés par M. le pT<!fel de T'-sère, le curé, divers membres du conseil municipal et plusieurs habitants du ïouvet.
yeux, » a-t-il écrit. Un vieillard infirme, une vieille mère à peine capable du plus léger travail, une sœur impotente, privée de l'usage de tous ses membres, et, ce qui est plus malheureux encore, de celui de sa raison, recevaient, dans un logement plus que modeste, Fabri, la nourriture, le vêtement, les soins les plus tendres et les plus constants des mains d'une seule personne. Cette l^ersonne, mademoiselle Pauline Copain, savait trouver dens une petite institution de jeunes filles qu'elle dirigeait les ressources nécessaires pour pourvoir à tant de besoins ; elle savait allier, de la façon la plus admirable, Taccomplissement de ses devoirs de famille à Faccomplissement des devoirs non moins impérieux de son état et à l'exercice incessant d'une bonté qui s'étendait sur chacun autour d'elle.
Tout ce qu'il apprit, tout ce qu'il vit lui parut prodigieux. L'officier ministériel se retirait, rejetant comme chose dure la pensée de demander à ce débiteur un sacrifice ou des efforts que la meilleure volonté du monde ne pouvait, à ses yeux, rendre possibles. Mais dès qu'elle eut vérifié la justice de la réclamation, mademoiselle Pauline Copain déclara qu'une dette légitime de son père lui imposait de nouvelles obligations, que c'était sa propre dette, et elle exigea qu'on reçût son engagement personnel de l'acquitter.
Ce qu'elle a fait pour cette dette paternelle, elle Fa fait pour toutes les autres; elle les a cherchées, elle les a réunies, elle les a toutes prises à sa charge : « Repousser les dettes de mon père, souffrir qu'une pareille atteinte soit portée à son honneur! As^ec du travail je viendrai à bout de tout ; » et voilà bien des années que lentement, jour par jour, elle demande au travail et elle en obtient le moyen de nourrir sa famille et de dégager la parole de son père.
ANNEE lS4o. 151
Ce père est un vieux soldat de la république et de l'empire; ses infirmités proviennent des blessures qu'il a reçues ; sa misère et ses dettes, des invasions de 1814 et de 1815, qui deux fois ont laissé sa maison pillée de fond en comble. Joignez-y la réaction politique qui, s'étendant jusque sur l'obscur, jusque sur le pauvre invalide, vint lui retirer, en ces jours de calamités nationales, le i^etit bureau de tabac que depuis 1812 il occupait à Saint-Marc.
Pour se vouer à la mission qu'elle accomplit , mademoiselle Pauline Copain, à l'âge de la jeunesse et des espérances d'avenir, a abandonné sans hésiter Paris, la position dont elle y jouissait, ceux qui voulaient Ty retenir; et voici dix-sept ans que, répondant à Tappel de ses parents, qui ne pouvaient se passer d'elle, elle est venue reprendre auprès d'eux l'humble profession d'institutrice de village.
La piété filiale n'est pas l'unique sentiment qu'elle ait poussé jusqu'à la vertu. Sa nature compatissante, prompte à venir en aide à toutes les afflictions, s'est révélée de bonne heure, et si l'on remonte le cours de sa vie, d'année en année on le retrouve semé des traits de la plus douce, de la plus vive charité.
Tantôt (en 1819) c'est une femme presque morte, près d'accoucher dans un fossé, avec une petite fille de quatre ans perçant l'air de ses cris, que Pauline Copain recueille, à la nuit, sur la grande route; qu'elle fait transporter dans la pauvre demeure de son père ; qu'elle y garde, qu'elle y soigne jusqu'à ce que la mort, frappant cette malheureuse avec l'enfant dont elle était enceinte, ait mis fin à ses souffrances. En mourant, elle reçut du moins la promesse que la petite fille qu'elle laissait aurait toujours un refuge : et cette promesse a été tenue.
Tantôt c'est un petit Savoyard, âgé de dix à douze ans, qui retournait, au printemps, dans ses montagnes avec ses compagnons, et que ceux-ci ont laissé en route parce que ses pieds, profondément blessés, ne lui permettent plus d'avancer. C'est encore Pauline Copain qui lui donne un asile, qui le panse, qui le guérit, qui lui fait trouver quelque occupation, jusqu'à ce que l'année révolue ramène une bande nouvelle de ses compatriotes qui le reprennent. Depuis, aux approches de l'hiver, dans les émigrations annuelles, pas une de ces bandes, descendant des montagnes , ne passe à Saint-Marc , qu'elle ne vienne apporter de la part du Savoyard, aujourd'hui homme fait, établi dans son pays, un souvenir pour celle qui fut sa bienfaitrice.
Ou bien c'est une fille abandonnée dès le berceau, que sa mère, en disparaissant, a laissée à la charge d'une nourrice, pauvre bergère, mère elle-même de six enfants. Celle-ci a gardé son nourrisson; elle l'a élevé aussi longtemps qu'elle a pu ; mais enfin sa misère succombe au fardeau : elle envoie cette enfant avec les siens, mendier, implorer la pitié de porte en porte. Pauline Copain prend pour elle la fîUe délaissée, l'entretient, l'instruit pendant deux ans, lui trouve une place dans une salle d'asile et continue à venir au secours de la bergère et de sa famille.
Dans ses fonctions d'institutrice, Pauline Copain a su trouver une occasion quotidienne d'exercer, de propager son esprit de bienfaisance.
Les indigentes sont reçues dans son école , sans frais ni gratification quelconque de la commune ;
Les pensionnaires dont les parents ont perdu les moyens d'acquitter la pension continuent à être gardées comme si nul changement n'était survenu dans leur fortune ;
ANNEE i8io. lo3
Y a-t-il quelque pauvre fille à vêtir, à munir de quelques hardes pour lui procurer une condition, on cherche du linge, de vieilles rohes : la classe entière est transformée en atelier de couturières, et le trousseau est bientôt complet :
Y a-t-ii quelque malheureux à nourrir, Técole se cotise avec la maitresse ; chacun a retranché quelque chose de son repas de midi ; chaque élève a puisé dans son panier : et les malheureux sont nourris.
« Cent fois j'ai été témoin de ces actes, dit un simple habitant du village : admirables leçons de bienfaisance, plus capables de former le cœur de la jeunesse que tous les sermons du mondée. »
L'Académie a voté pour mademoiselle Pauline Copain une médaille de 1,000 francs.
Catherine Champeau, âgée de trente-quatre ans, née à Barre, arrondissement de Castres, département du Tarn. — Catherine Champeau n'est entrée au service du sieur Granitr, instituteur primaire au village de Barre, que pour y accomplir une œuvre de charité.
Cette famille se composait d'une f mme et de six enfants, presque tous atteints successivement, et quelquefois plusieurs ensemble , de maladies longues, contagieuses ou rebutantes. Catherine a été la garde-malade de tous, veillant la nuit au chevet des lits, allant le jour au travail, au bois, à la recherche de tous les moyens propres à alléger la douleur ou la misère qui avaient élu domicile dans la maison : refusant les conditions avantageuses, les mariages inespérés qui lui étaient olTerts ;
1. Faits atteslt'S par l'ancien et le nouveau uiaire de Saint-Marc, par MM. les desservants de cette comamnc et de celle de Magny-Lambert, par un grand nombre d'Labitants et parles cerlificai^ de plusieurs créanciers.
io4 PRIX DE VERTU.
sentant elle-même, sans rien dire, s'en aller peu à peu ses forces et sa santé.
Elle a vu mourir ainsi, tour à tour, dans ses bras la mère, deux des enfants; et eJle continue pour le reste de la famille l'œuvre qu'elle a commencée depuis dix ans^.
L'Académie lui décerne une médaille de 1,000 francs.
Marianne Otay, âgée de quatre-vingt-cinq ans, demeurant à la Rochelle, département de la Charente- Inférieure. — Depuis cinquante ans, Marianne Otay est au service de sa maîtresse ; depuis quarante-cinq ans elle l'a nourrie, d'abord avec les économies amassées dans une autre domesticité, ensuite avec les petits profits du blanchissage qu'elle faisait au dehors ; enfin quand l'âge a amené l'impossibilité de travailler, avec le prix de ses efî'ets, de son linge et de ses vêtements personnels, cachant ses sacrifices, voilant la misère qui était arrivée, dissimulant même le prix des choses qu'elle apportait.
La maîtresse a quatre-vingt-dix ans, la servante quatre-vingt-cinq : dignes femmes, entourées ensemMe du respect public 2.
L'Académie accorde à Marianne Otay une médaille de 1,000 francs.
Perrine-Michelle Berlivette, née le 23 mai 1771, lingère à Nantes, département de la Loire-Inférieure. — Perrine-Michelle Berlivette exerçait à Nantes la profession de lingère ; elle avait la confiance des maisons les plus honorables, et son travail prospérait.
1. Faits attestés par le sous-préfet, le maire, le curé et plusieurs habitants de Castres.
2. Faits signalés et attestés, comme étant de notoriété publique, par le maire de La Rochelle et par le préfet de la Charente-Inférieure.
ANNÉE 1845. loo
En l'832, elle consentit à recevoir dans son petit logement une demoiselle Rose-Renée-Jeanne Yeillechèze , fille d'un médecin ruiné par les désastres de la Vendée, qui vivait bien pauvrement en faisant des écritures pour le palais. Un an après, cette demoiselle, atteinte d'une maladie articulaire, tombait dans Fimpossibilité de se livrer à aucun travail, puis de faire aucun mouvement et de se rendre à elle-même le moindre service.
L'ouvrière renverra-t-elle, en cet état, celle à qui elle avait donné Thospitalité? Elle est étrangère, elle ne tient à elle que par les liens d'un premier service et par ceux d'une àme compatissante : c'est assez pour Perrine Rerlivette ; elle se voue à cette infortune. Sa profession en souffre, ses gains décroissent d'une manière sensible, les petits capitaux qu'elle avait placés en des temps plus heureux sont retirés et consommés, son mobilier est en partie vendu ; douze ans se passent ainsi. Perrine Berlivette, arrivée à l'âge do soixante-quatorze ans, se trouve aujourd'hui elle-même dans un état de dénûment qui n'a pas d'autre cause que la mission vertueuse qu'elle s'est donnée et dans laquelle elle persévère ^
L"x\cadémie lui décerne une médaille de 1,000 francs.
Julie Màntraxt, née en 1773, domiciliée à Charroux, arrondissement de Givray, département de la Vienne. ^- Restée de bonne heure veuve et sans enfants, madame Julie Mantrant a pris pour famille les malheureux.
Réduite, pour tout bien, à un modeste logement et à une rente annuelle de 150 francs, elle est au nombre de ceux qui pensent qu'on n'est riche véritablement que de ce qu'on donne, que tki l>iea qu'on fait autour de soi. Car, comme a dit un moraliste, « ce que l'on tient et
1. Faits attestés par M. le maire de Nantes et par plusieurs habitants de cette ville.
garde si serré se gaste, diminue et eschappe par tant d'accidents et la mort en fin; mais ce qui est donné ne se peut dépérir ou envieillir. »
Yoilà plus de trente ans que madame Julie Mantrant consacre exclusivement sa vie à la pratique de toutes les vertus charitables. A défaut de fortune, elle donne, ce qui vaut mieux encore, son temps, ses veilles, ses soins, sa personne, son âme. Ni Tâge, ni les privations, ni les peines, ni les infirmités, n'ont ralenti son zèle. Elle compte aujourd'hui soixante-douze ans, et elle est toujours dans la ville qu'elle habite, même dans la campagne au dehors, la providence des pauvres et des affligés!.
L'Académie accorde à madame Julie Mantrant une médaille de 1,000 francs.
Augustine Vallé, âgée de quarante-cinq ans, née à Blainville, domiciliée à Frévent, arrondissement deSaint- Pol, département du Pas-de-Calais. — L'année même où Augustine Vallé entra au service de M. Effroy, curé de Frévent, cet ecclésiastique fut atteint d'une fièvre cérébrale, à la suite de laquelle il resta presque entièrement privé de sa raison, dans lïmpossibilité de continuer l'exercice de ses fonctions sacerdotales, et réduit, pour toute ressource, à de faibles secours annuels.
Augustine A^allé s'attacha religieusement à cette infortune.
Presque aveugle, sourd, épileptique , en proie à une monomanie qui lui fait voir partout des persécuteurs, M. Efi'roy proscrit d'auprès de lui ses parents et ceux qui lui sont le plus affectionnés ; il injurie, il frappe les
1. Faits attestés par M. le maire, le juge de paix, le curé, les membres du conseil municipal et im grand nombre d'habitants de Charroux.
ANNÉE 1843. lo7
personnes qui l'approchent, il déchire ses vêtements, il repousse les aliments qui ne lui conviennent pas, et les jette à la figure de celle qui les lui présente.
Augustine Yallé endure tous ces mauvais traitements sans se plaindre. Attentive, pleine de sollicitude et de douceur, elle n'abandonne jamais son maître, elle le suit dans ses promenades quotidiennes, ne l'approchant qu'à distance, car il ne peut la souffrir près de lui; surveillant tous ses gestes; toujours prête à prévenir les actes de désespoir auxquels il pourrait se porter. Rien ne la rebute : elle s'est imposé un devoir; il y a douze ans qu'elle le remplit, elle le remplira jusqu'à la fin. Aucune autre personne ne voudrait, d'ailleurs, la remplacer i.
L'Académie accorde à iVugustine Yallé une médaille de 500 francs.
Louis-Henri Panier, dit Henriton, âgé de cinquantedeux ans, marinier dans la commune de Saint-Mammès, arrondissement de Fontainebleau, département de Seineet-Marne. — Il existe des hommes qui se font une profession de sauver la vie de leurs semblables en la disputant au péril : profession noble et désintéressée, qui ne veut d'autre récompense que le bonheur d'avoir réussi.
Tel est Louis-Henri Panier, dit Henriton, marinier de Saint-Mammès ; il en a le brevet, que lui a délivré la Société générale des naufrages et de l'Union des nations : si pour vivre il est marinier, pour tous ceux qui sont près de périr dans la rivière dont il occupe les bords, il est scmv eteur-maitre .
1. Faiis attestés par le sous - préfet de Saint- Po!, le maire, les adjoints, le curé, le vicaire, le médecin et les principaux habitants de Frévent.
Les personnes qu'il a sauvées sont déjà au nombre de neuf*.
L'Académie lui décerne une médaille de 500 francs.
Simon-Marie-Madeleine Bernard, né le 24 juin 1770 à» Fontenay-le-Comte, département de la Vendée, commis-greffier du tribunal de Fontenay. — Simon Bernard était encoi'e un écolier lorsqu'il perdit son père. Celui-ci mourut laissant sa veuve sans fortune, avec huit enfants, dont cinq fds et trois filles.
Simon Bernard, l'ainé de cette famille, comprit que c'était lui qui devait en être le soutien. Il a commencé dès lors une vie laborieuse où on le voit, sans cesse aux prises avec l'adversité, faire face aux besoins de tous, excepté aux siens, par l'abnégation la plus complète, par la patience la plus résignée.
Il y a là, contre les coups du sort, contre les privations sans cesse nécessaires, une longue et obscure lutte qui échappe à la narration, mais oii celui qui soutient cette lutt^ déploie chaque jour, sans les épuiser, les trésors d'une âme généreuse et dévouée.
Rien n'a manqué aux épreuves que Simon Bernard a subies : ni la mort de sa mère, de tous ses frères, de toutes ses sœurs, à l'exception d'une seule; ni les fautes, ni l'ingratitude de ses enfants. Ces dernières afflictions,, les plus cruelles de toutes, lui ont donné de nouvelles occasions de mettre au jour les nobles qualités de son cœur '^.
L'Académie lui décerne une médaille de 500 francs.
1. Faits attestés par le maire, l'adjoint, le curé et les n -abies habitants de Sainl-Mamrnès.
2. Faits attestés par le scus-préfet, les membres du tr banal et les membres du barreau de Fontenav.
ANNÉE 18io. 159
Marie-Catherine Burdz, née à Paris le 28 janvier 1797, y demeurant, rue du Faubourg-Saint-Honoré, n'' 84. — Si FAcadémie a eu à récompenser plusieurs fois la bienfaisance recueillant un orphelin sans appui et lui donnant un père ou une mère d'adoption, voici l'exemple du dévouement filial de l'un de ces orphelins, devenu à son tour le soutien de ceux qui l'avaient recueilli.
Catherine Burdz, qui, restée sans père ni mère depuis l'âge de huit ans, avait trouvé un asile auprès de M. et de madame Heilmann, a passé sa vie à s'acquitter de ce bienfait.
Madame Heilmann, devenue veuve, est tombée dans la gêne; remariée quelques années après, les chances du commerce ont été mauvaises pour son nouveau ménage, et sa gêne a été plus étroite encore. Ses véritables enfants, dispersés et luttant eux-mêmes contre le besoin, n'ont jamais pu venir à son aide; mai* il en est un qui ne Fa jamais abandonnée, qui Fa consolée, secourue, environnée de l'assistance la plus tendre et la plus courageuse : c'est Fenfant à qui elle avait donné asile dès le jeune âge.
En des temps plus heureux, madame Heilmann était parvenue à mettre de coté et à placer secrètement, au nom de cette enfant, une somme de 300 francs, restée depuis pour elle un objet sacré, même dans les jours de dénùment. Catherine Burdz vient à l'apprendre : le sacrifice est bientôt fait, et les 300 francs reviennent comme une ressource à celle qui les lui avait donnés.
La conduite dévouée de cette excellente fille dure depuis plus de trente ans*.
L'Académie donne à Catherine Burdz une médaille de 500 francs.
i. Faits signales par le bureau de bienfaisance du premier arrondissement de Paris et attestés par plusieurs signatures.
Marie Bergera, âgée de ciaquante-deux ans, née à Tonnerre (Yonne), demeurant à Amiens, déparlement de la Somme. — Marie Bergera est au nombre de ces êtres qui s'attaclient au malheur comme d'autres à la fortune.
Sa maitresse, frappée par divers événements, et enfin par la mort de son mari, est tombée dans le plus absolu dénûment; des maladies cruelles, Tépilepsie et Thydropisie, sont venues se joindre à la misère. Chaque nouvelle infortune a été pour Marie Bergera un lien de plus qui l'unissait à sa maitresse, une occasion de plus de révéler les richesses de son âme dévouée i. L'Académie lui accorde une médaille de 500 francs.
Adrien-J. an-Pierre-François Philbert, né le 17 septembre 1808, à Paris, oii il demeure, rue Beauregard, n° 5. — Dès Tàge de vingt ans, Philbert est resté, par la mort de son père, chargé seul de soutenir sa mère et ses deux sœurs, toutes les deux malades et hors d'état de travailler.
La mère est morte elle-même il y a dix ans, et le pauvre Philbert, qui du moins pouvait se reposer sur elle du soin de surveiller et de soigner ses deux sœurs, est seul maintenant pour remplir toutes ces tâches.
Garde-malade, chargé des soins domestiques du ménage, obligé de travailler de son métier de correcteur pour gagner de quoi vivre, comment peut-il trouver le
1. Faits attestes par le préfet de la Somme, le maire, lAJgr l'évêque, le curé de Saint- Jacques, d'Amiens, divers membres de la cour royale, du tribunal de première instance, du conseil de préfecture, divers ingénieurs dos raines, des ponts et chaussées et plusieurs notables habitants.
temps et les forces nécessaires à raccomplissement de tant de devoirs*?
Que de vertus morales mises en pratique dans une telle vie 1
L'Académie décerne à Pierre-François Pliilbert une médaille de 500 francs.
Catherine Lafage, dite Perrine, née et domiciliée à Maurs, arrondissement d'Aurillac, département du Cantal. — « Qu'allez-vous faire à l'hospice : est-ce que vous voudriez y placer votre mère ? — Non, certes ! J'espère que Dieu me conservera la santé et que mon travail pourra continuer de la nourrir : je vais voir comment les sœurs de la Charité soignent les malades, pour apprendre à les soigner comme elles. »
Ces paroles de Catherine Lafage font deviner ce qu'a dû être la vie de cette excellente fille : une vie de travail, de charité, d'amour de Dieu et des pauvres.
Vingt ans elle a été le guide d'un vieillard aveugle, son beau-père ; elle était jeune, elle était enfant, âgée de huit ans à peine, lorsqu'elle a commencé à accomplir cette pénible mission : ce sont toutes les belles années de sa vie qui ont été enchaînées pas à pas à cette infortune, sans qu'elle les ait jamais regrettées, sans qu'elle ait recherché d'autre bonheur que le bonheur de soulager celui pour qui elle s'était chargée de voir.
L'aveugle mort, elle a été dix ans un exemple de piété filiale auprès de sa mère, vieille et infirme, qu'elle nourrissait de son travail du jour et entourait de ses soins dans les veilles de la nuit.
Après avoir perdu sa mère, elle s'est donnée à tous
1. Faits attestés par le maire du cinquième arrondissement, ^JM. les curés de Bonne-Nouvelle et de Saint-Merry, l'un des vice-présidents du tribunal de première instance et plusieurs autres signatures.
les malheureux; elle a secouru les dénûments plus grands que le sien, elle a gardé les malades, elle a pansé les plaies, elle s'est chargée de deux orphelins dont les parents venaient de mourir et qui étaient seuls au monde ; elle les a éleyés chrétiennement, elle les a placés dès qu'ils ont été en âge de travailler, sans abandonner pour cela le rôle maternel qu'elle avait pris, l'affection charitable qu'elle leur avait vouée*.
L'Académie décerne à Catherine Lafage une médaille de 500 francs.
Marie "Bertin, âgée de trente-cinq ans, née à Chaillevette, arrondissement de Marennes, domiciliée actuellement à Taillebourg, arrondissement de Saint-Jean-d'Angély, département de la Charente-Inférieure. — Dès l'âge de dix-huit ans, Marie Bertin, en entrant au service de mademoiselle Risat, s'est consacrée à soigner des infirmités incurables, dans une maison où la gêne existait souvent.
Une sœur de sa maîtresse s'étant trouvée dénuée de toute ressource par la perte d'une modique pension dont elle jouissait, Marie Bertin, en renonçant à toute espèce de gage, en donnant le capital de 100 francs qu'à grand'peine elle était parvenue à économiser toute sa vie, en apportant au logis tout ce que son travail a pu lui procurer, a su trouver Je moyen de réunir les deux sœurs, et le secret de vivre à trois sur le petit morceau de pain qui ne pouvait suffire à deux.
Au lieu d'une maîtresse, au lieu d'une infirme, depuis dix ans elle en a deux ; depuis dix ans, allant d'un lit
i. Faits attestés par le maire, les membres du conseil municipal, Je curé, les prêtres de la paroisse et les habitants notables de la ville de Maurs.
ANNÉE 184o. 163
à l'autre sans jamais se lasser, elle prodigue à chacune les soins les plus touchants*.
L'Académie lui décerne une médaille de 500 francs.
1. Faits attestés par le sous-préfet de Saint-Jean-d'ArigéI}% le maire, les membres du conseil municipal, le curé et plusieurs habitants de Taillebouro:.