‹ Les Prix de Vertu, fondésChapitre 21 sur 43 · Louis Dor'is, demeurant à Toulouse (Haute-Garonne · texte numérisé non relu

Louis Dor'is, demeurant à Toulouse (Haute-Garonne

ANNÉE 1832. m

que, ses jugements , après tout, ne certifient que ce qu'elle\oit, c'est-à-dire des actes, et non des intentions. Celui-là seul connaît et juge les intentions à qui les consciences sont ouvertes. Si donc, par exception, une fois entre mille, des actes charitables, trompant tous les regards, ont caché de honteux desseins, que faut-il en conclure? Que la misanthropie a quelquefois raison, sans que pour cela M. de Montyon ait eu tort. Et rassurez-vous , messieurs , ces occasions d'erreur ellesmêmes ne peuvent se multiplier; car, dans les actes que nous glorifions, il faut presque toujours payer de sa personne : c'est un jeu dangereux. Trouve-t-on beaucoup de gens qui par hypocrisie se jettent dans les flots, s'exposent à la mort? De cette fausse vertu-là, s'il en existe, donnez-nous-en; ce monde en ira mieux, puis les comptes se régleront dans fautre.

Il est vrai qu'on nous arrête ici devant une objection plus haute. « Vos concours, vos récompenses, le bruit de vos louanges, sont des profanations; vous troublez les bonnes consciences sans être bien certains d'amender les mauvaises. Le véritable homme de bien n"a pas besoin de vos couronnes; s'il y prend goût, il compromet ses droits aux récompenses éternelles. Laissez donc conduire les hommes à la vertu par ceux-là qui ne leur en parlent qu'à l'oreille, avec Dieu seul poui^ témoin ! »

Messieurs, l'Académie, qui sait et qui proclame qu'elle n'est i^as juge des intentions, sait à plus forte raison qu'elle n'engendre pas la vertu. L'émulation, la renommée, la récompense, tous ces moyens humains dont elle dispose, ne créent point ce qui plait à Dieu. S'il s'agit du salut des âmes, l'Académie se tait et se retire. Mais dans quel monde sommes-nous? Voulez-vous courir la chance de lutter contre le mal, armé comme vous 1«

voyez, avec le seul secours du bien accompli pour luimême dans le calme désintéressé de quelques nobles consciences ? Si nous vivions, non pas à l'âge d'or, non pas même dans un siècle de foi et de croyance, mais sous l'empire d'institutions depuis longtemps assises, protégées par les mœurs ; si la simple notion du droit, cette base de toute société, était comprise et respectée à tous les étages de la nôtre, on comprendrait cette confiance. Mais, vous le savez bien, vous n'en êtes pas là. Aux grands maux, tous les remèdes, même les petits. Nous sommes trop malades pour négliger ces vulgaires recettes que la science dédaigne. Laissez-nous donc continuer d'innocentes expériences, si nos rémunérations, nos sympathiques éloges adressés aux plus pauvres de nos concitoyens ne font pas germer la vertu dans les cœurs, nous sommes au moins certains qu'ils ne l'étouffent point. Nous en acceptons une épreuve. Visitez dans quelques jours un de ces villages où nous sommes allés chercher nos modestes lauréats; voyez comment seront accueillis ces honneurs, ces récompenses ; quels sentiments éclateront sur les visages ; voyez, étudiez ; puis, entrez au presbytère, et demandez à celui qui l'habite s'il redoute jDOur son troupeau la contagion de ces exemples, s'il croit qu'il en sera plus rebelle à ses leçons? Sa réponse, nous la savons d'avance : il bénira, comme nous, la mémoire de M. de Montyon.

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