DISCOURS DE M. SAINT-MARC GIRARDIN
DIRECTEUR -DE l'ACADÉMIE
Prononcé dans la séance publique du 19 août 1838.
Le récit que l'Académie française fait des belles actions qu'elle honore chaque année n'a pas pour but de donner à la vertu une gloire que la vertu n'a point cherchée. Ceux dont nous racontons les pieux et touchants dévouements n'ont point songé que le public connaîtrait leurs noms; ils n'ont point visé à la renommée, et ils ne se plaindront point si je ne lis pas tout entiers aujourd'hui ces bulletins de la vertu obscure et modeste. C'est le public surtout qui a besoin de la publicité de nos récits ; les vertus que nous signalons peuvent se passer de nos hommages, nous ne pouvons point nous passer de leurs exemples.
Je ne veux pas dire par là que sans ces exemples nous languirions tous à bien faire, et que nous ne sommes bons que d'après leur modèle : ce serait calomnier notre société; j'ai toujours mieux aimé la louer, afin de la relever. Je ne veux pas dire non plus que grâce à ces exemples nous allons tous être pris d'une généreuse émulation, et que nous allons tous nous dévouer les uns aux autres et nous oublier nous-mêmes. Nos récits an-
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nuels sont fails dans une autre pensée et pour un autre effet. Nous apprenons dans les exposés administratifs ce que la France a de soldats, de vaisseaux, de forteresses, de ports, de routes, d'usines, de manufactures, et nous découvrons avec une joie orgueilleuse l'organisation de sa vie militaire, agricole, industrielle et commerciale. Ici nous voyons un des secrets de sa vie morale ; nous apprenons qu'il y a encore parmi nous beaucoup de bonnes âmes dévouées au soulagement des malheureux et des malades, beaucoup de bienfaiteurs persévérants, même parmi les pauvres. C'est un chapitre du budge^ moral de la France que nous venons vous lire tous le^ ans, et nous sommes heureux de pouvoir dire que dans ce budget il n'y a pas de déficit.
?>ous aimons surtout à vou" comment les vertus que nous signalons à votre attention se soutiennent et se fécondent, pour ainsi dire, l'une par l'autre. Je lisais dernièrement un roman américain dont un des principaux personnages ^ est une petite fille pauvre infirme qui par sa douceur et par sa bonté éveille de bons sentiments dans Tàme de tous ceux qui l'approchent, pauvres ou riches. Elle n'a rien et semble ne pouvoir rien faire, puisqu'elle est clouée par la souffrance sur son fauteuil de douleurs. Cependant elle fait faire beaucoup de bien, et son influence est efficace à soulager les peines des uns et à attendrir la dureté ou l'insouciance des autres. La vérité de nos dossiers surpasse, grâce à Dieu, de bien loin la fiction du roman, et témoigne du pouvoir de la bonté en ce monde. Ici, c'est une simple lingère de Bonnétable, dans la Sarthe, qui depuis son enfance se dés'oue au soulagement des malades. Mademoiselle Lejeune n'a rien que son travail pour secourir