XIX
transport des blés en vue d'assurer rapprovisionnement de certaines régions ; elles ont gêné le commerce et aggravé plus -d'une fois la disette à laquelle elles se proposaient de porter remède. Pendant les guerres de Louis XIV, les fournitures des armées ont été souvent une aggravation à cet état de choses.
Quelques villes possédaient des privilèges qui étaient aussi des obstacles au nivellement des prix. Lyon en avait à regard de la Bourgogne. Paris, à l'approvisionnement auquel les rois veillaient tout particulièrement, en avait de beaucoup plus étendus. Des éruditsont remarqué qu'à cause de ces privilèges, le prix du blé à Paris ne devait pas être accepté toujours comme représentant le prix moyen en France, qu'il était en général moins variable que celui des provinces et que, dans les années de disette, il montait rarement aussi haut que dans certaines provinces.
Cette liste des disettes, qui peut être considérée comme un complément de la connaissance du prix du blé, a été -composée, jusqu'en 1790, à l'aide de divers documents au nombre desquels sont : les Lectures sur V histoire de l'agriculiure dans le département de Seine-et-Marne faites à la Société d' agricultwe , sciences et a^Hs de Meaux, par l'abbé A. Denis (1 vol. 1881) ; \q Journal d'un bourgeois de Pa7ns{8LU xv® siècle) ; les Archives statistiques, publiées en 1837 par le ministre des Travaux publics, de l'Agriculture et du Commerce ; l'ouvrage intitulé : Be la cherté des grains et des préjugés populaires qui déterminent les violences dans les temps de disette , par M. Victor Modeste. M. Rocquain, membre de l'Institut et chef de section aux Archives nationales, a eu la complaisance de relever, dans la collection des Historiens des Gaules et de la France et dans quelques autres publications, les textes relatifs aux famines jusqu'au xiv® siècle; je n'ai eu qu'à les insérer à leur date dans la série.
J'ai dit que le ministère de l'Agriculture (jadis ministère des Travaux publics, de l'Agriculture et du Commerce) avait publié le prix moyen annuel du froment par généralité et, pour la France entière, de 1756 à 1790, le prix moyen dans les départements et dans la France entière, de 1797 à 1835 ;
LES PRIX. lo:
qu'il avait publié non seulement le prix moyen de Tannée, mais le prix moyen de chaque mois depuis Tan IX jusqu'en 1870 dans un volume in-folio et dans des publications annuelles, les prix de 1871 à 1891 (excepté pour les années 1879-1881); enfin qu'il avait publié, d'autre part, la quantité -de froment récolté dans chaque département depuis Tannée 1815 (les années 1819 et 1870 manquant seules dans la série). Il est donc possible de trouver, à partir du milieu du xviip siècle, sans avoir à recourir au témoignage des chroniqueurs, des données authentiques sur la cherté du blé et, depuis 1815, sur les quantités qui ont été la cause de la <îherté, et d'établir ainsi avec précision la date et l'intensité des disettes.
Pour fixer la date des disettes, il suffit de quelques indications sommaires tirées des historiens ou de quelques lignes d'un chroniqueur. Il n'est fait d'exception que pour les deux disettes de 1693-1694. et de 1709, qui ont été au nombre des plus terribles sous le règne de Louis XIV et pour lesquelles le lecteur trouvera des extraits étendus de la correspondance des contrôleurs généraux (éditée par M, de Boislisle, membre de l'Institut) afin de donner une idée de l'administration des subsistances au xvii® et au xvni* siècle. Quelques détails sont donnés aussi sur les disettes du xïx° siècle.
X® SIÈCLE (depuis l'aVÈNEMENT DE HUGUES CAPET) ET XI® SIÈCLE
Il y a eu des famines sous Hugues Gapet en 987, 989, 990, ^92. « Les hommes,. dit Raoul Glaber, furent réduits à se nourrir de reptiles, d'animaux immondes et, ce qui est plus horrible encore, de la chair des hommes. »
Il y a eu une série d'années de famine de 1010 à 1014 et de 1021 à 1029.
En 1031, il y a eu une famine. On égorgeait et on mangeait des voyageurs sur les routes. « Plusieurs attiraient des enfants de leur voisinage par de petits présents et, si ces enfants se laissaient prendre à ce piège, ils étaient tués et leurs corps servaient de nourriture. On mit en vente, au marché de Tournus, de la chaire humaine cuite. »
De 1030 à 4033, des pluies presque continuelles causèrent une cruelle famine, particulièrement en Bourgogne.
De 4034 à 1066, il y a eu de fréquentes famines, particulièrement celle de 1043-1044 et années suivantes qui se fit sentir durant sept années en Normandie.
En 1053, il y a eu une longue sécheresse et une épidémie dans le pays de Gaux.
En 4082, il y a eu une famine en France et particulièrement en Normandie.
En 1085, il y a eu une famine en Normandie.
En 1091, il y a eu sécheresse et disette en Normandie.
En 1095-1096, il v a eu sécheresse et famine.
En somme, sous les règnes de Hugues Gapet, de Robert I" et de Philippe P', dans l'espace de 73 ans, il y a eu, dit-on, 48 années de famine.
1100. — u Quo anno magna fuit anuonie penuria, et multi famé periciitati suiit. » (Hug. Flavin. Chron, Vird.)