‹ Les Problèmes d'Aristote; (volume 2)Chapitre 24 sur 82 · Avec l’airain. Il y a des · texte numérisé non relu

Avec l’airain. Il y a des

N'est-ce pas que l’airain est moins dense et moins corporel ? Or il y a plus de chaleur dans les corps qui sont plus solides.

Pourquoi la tisane d'orge est-elle plus légère, et plus curative dans les maladies, que la tisane de blé ?

Ceux qui prétendent que c’est la tisane de blé, font remarquer, à l’appui de leur opinion, que les ouvriers qui travaillent la farine de blé ont de beaucoup plus belles couleurs que ceux qui travaillent la farine d'orge. Ils ajoutent que l'orge est plus humide, et que ce qui est humide est de digestion plus laborieuse. Mais ne se peut-il pas aussi que certains aliments soient d’une digestion plus difficile, et que certains autres soient plus efficaces à cause de leur légèreté? Car

éditions qui ont une variante inacceptable. « Les cautérisations faites par le bas. » Cette lecon n'a pas de sens, tandis que celle que nous conservons a un sens très pratique. Elle ἃ en outre cet avantage de concorder très clairement avec ce qui précède. Non seulement l'airain coupe mieux que le fer ; mais, de plus, il est susceptible d'une chaleur plus grande ; et quand il faut brûler la plaie, il est beaucoup plus efficace.

δ 37. La tisane d'orge. Peutêtre faudrait-il conserver le mot de Ptisane, qui est non seulement plus conforme à l’étymologie, mais qui en outre correspondrait mieux à la réalité. La

ptisane de la médecine antique n’était qu'une décoction d'orge pilée; pour les modernes, la tisane peut être faite avec bien d’autres matières. — La tisane de blé. C'est peut-être de la bouillie qu'il faut entendre par là.— Que c'est la tisane de blé.

Sous entendu : « qui est la plus légère ».— Plus belles couleurs.

Il ne paraît pas qu'aujourd'hui on fasse encore cette distinction entre les ouvriers des deux professions. Voir la même remarque, section XXI, $ 24 et section XXXVIII, 8 10, -- De digestion plus laborieuse. 1] semble bien qu'il y a dans ceci quelque contradiction; car si la tisane d'orge est plus légère,

l'orge n’est pas seulement plus humide que le froment; elle est en outre plus froide. Il faut que la boisson et la nourriture données au malade, qui a la fièvre, puissent lui offrir une alimentation légère, et en même temps le refroidir. Ce sont précisément les qualités qu'a la farine d'orge et la tisane qu'on en tire ; car étant plus humide et plus matérielle, elle fournit peu de nourriture, et elle rafraichit.

Pourquoi le pourpier et le sel arrêtent-ils le saignement des gencives ?

N'est-ce pas parce que le pourpier a un certain liquide ? On peut voir sortir ce jus pour peu qu'on presse la tige et qu'on la froisse quelques instants dans la bouche. La liqueur en sort; et la viscosité, absorbée dans la gencive, atténue l’acuité du mal. Cette acuité prouve bien que la substance qui la calme est du même genre; car le jus de la plante n’est pas moins âcre. Quant au sel, c’est en faisant

elle doit être d'une digestion peu qu'on presse la tige. dans

plus facile. — Plus froide. Ou:

« plus refroidissante ». — Le refroidir. Ou : « le rafraichir. »

Aujourd'hui encore, on pense que l'orge est rafraichissante.

$ 38. Le pourpier.…. le saignement des gencives. Il ne paraît pas que cette médication soit actuellement en usage. Hippocrate ne paraît pas non plus l'avoir employée. — À un certain liquide. Le fait est exact. — Pour

y LC E

la bouche. L'expression du texte n'est pas aussi précise; et quelques traducteurs ont cru qu'il s'agissait de la trituration de la plante dans Ja main. Le sens que j'ai adopté me paraît plus naturel; car il suflit de presser un instant dans la bouche, ou dans la main, une tige de pourpier pour en faire sortir un jus qui ressemble à du lait. — N'est pas moins äcre. Il est facile de

fondre les matières qu'il fait sortir aussi l’acuité de l'humeur. Pourquoi la cendre et le nitre ne produisent-ils pas aussi cet effet ? N'est-ce pas qu'ils sont astringents et non fondants ?

Pourquoi faut-il soigner les fatigues en été par des bains, eten hiver par des frictions ?

N'est-ce pas qu'il faut, contre les fatigues d'hiver, employer les frictions pour éviter les frissons et les changements trop brusques ? On doit apaiser le mal par la chaleur, qui fait transpirer; et l’huile qu'on emploie est chaude. Au contraire, dans l'été, on peut user de liquide, parce que la saison est sèche, et qu’on n’a pas à craindre les refroidissements, puisque tout alors se tourne en chaleur. On mange peu en été, et l’on boit beaucoup. En général, il faut manger peu ; mais il est permis de boire davantage. Si l’on boit tant en été, c’est à cause de la sécheresse de la sai-

s'en convaincre.— Les matières. 8. 39. Soigner les fatigues. Ou J'ai ajouté ces mots. — La peut-être « les Courbatures ». cendre et le nitre. À cause de la -- Par les bains. Le moyen est

potasse qu'ils contiennent. Voir plus loin, section VII, $$ 9 et 10, le même problème répété. Il y a des éditions qui font un problème particulier de ce qui concerne la cendre et le nitre, Au lieu de la cendre, quelques commentateurs ont compris qu'il s’agit de la chaux. Sur le pourpier, voir le Traité général de Botanique, de Lemaout et Decaisne, p. 442.

excellent en effet. — Des frictions. Ou : « des liniments », comme la suite semble l’indiquer, puisqu'il y est parlé de l'huile chaude qu'on emploie.— En général, il faut manger peu.

C'est un excellent précepte, qu'on ne pratique pas assez chez les peuples civilisés. Ce problème est reproduit plus loin mot pour mot, section V,

son. Mais la sobriété est de tous les temps, quoiqu'elle soit encore plus nécessaire pendant la chaleur ; car, durant cette saison, les aliments échauffent encore plus que d'ordinaire.

Pourquoi certains médicaments relächent-ils le ventre et ne relàchent-ils pas la vessie, tandis que d’autres, au contraire, relàchent la vessie sans relâcher le ventre ?

N'est-ce pas parce que les substances qui sont naturellement humides et pleines d’eau relâchent la vessie quand on les emploie en remèdes ? C’est dans la vessie en effet que se déposent les liquides qui ne se purifient pas. La vessie est le récipient du liquide non digéré dans l’estomac; le liquide n’y demeure pas, et ilen est expulsé, avant d’y causer ou d’y subir une altération quelconque. Mais toutes les substances qui sont naturellement terreuses relächent le ventre,

δ 40. Ne relächent-ils pas la vessie. En d'autres termes :

fonction physiologique, dont l'auteur ne parait pas tenir

« Sont-ils diurétiques, au lieu d’être laxatifs. » La question est curieuse, et elle peut toujours intéresser la physiologie de notre temps. — Humides et pleines d’eau. Ceci ne suffit pas pour qu’une substance soit diurétique; il y a encore besoin d'une qualité spéciale pour que l'urination soit plus abondante ou plus faible. — Qui ne se putréfient pas. Qui restent à l'état normal de l’urine.— Non digéré dans l'estomac. I y ἃ ici une

compte; c'est la fonction spéciale des reins qui sécrètent l’urine, et qui changent la nature du liquide qu'ils ont recu.

— Une action quelconque. Ceci n'est pas exact; car on peut tout au moins remarquer que les urines sont d'autant plus colorées qu’elles ont séjourné plus longtemps dans la vessie.

— Qui sont naturellement terreuses. Ceci se rapporte à la théorie des quatre éléments. — Reléchant le ventre. Comme

si l’on en fait des remèdes. C’est dans le ventre que se rendent toutes les matières terreuses : et si le remède est actif, il trouble l'intestin.

Pourquoi certains médicaments provoquent-ils une évacuation par en haut, et d’autres par en bas? Ainsi, l’ellébore agit par en haut, tandis que c’est par en bas qu’agit la scammonée. D’autres médicaments

plus haut, il faut ajouter ici une qualité spéciale qui rend les substances laxatives. — Dans le ventre. On doit entendre par là toute la cavité abdominale audessous du diaphragme. — 7 trouble l'intestin. C'est une qualité particulière qui peut seule causer cet effet.

$ 41. Évacuation par en haut...

par en bas. Le texte est un peu différent; et il dit précisément:

« la cavité d'en haut... la cavité d'en bas » Le mot grec qui signifie Cavité signifie aussi Estomac. J'ai dû prendre une expression plus générale, qui pût représenter mieux la réalité des choses. Par Estomac d'en bas, il faudrait simplement entendre le ventre; et l'Estomac d'en haut serait le véritable estomac. — L’'Ellébore. On distinguait deux espèces d'ellébore, le blanc et le noir: tous les deux servaient de purgatifs, mais surtout le premier, qui semble appartenir à la famille des Col-

chiques. On écrit aussi Hellébore avec une H, quoiqu'il n’y ait pas d'aspiration dans le mot grec. C’est ordinairement de cette dernière orthographe que Littré se sert dans sa traduction d'Hippocrate ; il n’en donne pas la raison, non plus que le dictionnaire de l'Académie francaise. Dans la thérapeutique d'Hippocrate, il n’y a guère de purgatif plus fréquemment employé que les deux ellébores.

— La scammonée. Employée moins souvent que l’ellébore par les Anciens. La Scammonée est de la famille des Convolvulacées, ainsi que les jalaps et les liserons de nos contrées.

L'ellébore, dont on distingue maintenant quatre espèces au moins, est de la famille des renonculées, dont sont aussi les aconits ; voir le traité général de Botanique, de MM. Lemaout et Decaisne, p. 170 et 399. Ces auteurs écrivent Hellébore avec une H, comme le fait Littré. —

SECTION I, QUESTIONS MÉDICALES, δ 11 37

agissent des deux manières, comme l'élatérion et le suc de thapsia.

N'est-ce pas parce qu'entre les médicaments qui agissent sur l'estomac, les uns sont chauds et que les autres sont froids. Les uns, à cause de leur chaleur, sont à peine dans l'estomac d’en haut qu'ils descendent dans le lieu inférieur ; et c’est de là qu'ils agissent, surtout quand les matières qu'ils dissolvent sont par trop étrangères au corps, et qu'elles ne s’y assimilent pas. Si la potion est violente et que la dose soit trop forte pour le tempérament du malade, elles remontent dans l'estomac, qui les rejette, ainsi que les sécrétions, s'ilyen a; et l'air s’accumulant par la chaleur du médicament, qui est en grande quantité, détermine un trouble et provoque les vomissements par sa pression. Les médicaments qui sont froids de leur nature sont portés en bas, par leur propre poids, avant de rien faire ou de rien subir ; et partant de ce lieu inférieur, ils font le mème effet que ceux du haut. En effet, s’élevant de là par les vaisseaux, et mettant en mouvement les excréments et les concré-

L’élaterion. C'était un médicament fait avec des pousses de jeune sapin. La pharmacopée d'Hippocrate en fait un assez grand usage. — Thapsia. De la famille des ombellifères, dont font partie également Ja ciguë et l'assa fœtida. Voir Lemaout et Decaisne, tbid., p. 251. — Sont chauds... sont froids. Il faut encore d'autres conditions moins générales que celles-là. — L’estomac d'en haut. C'est l'estomac

proprement dit. — La potion...

la dose. Il est possible que la dose du médicament soit cause de certains effets: mais ce sont surtout les qualités spéciales du médicament qui agissent. — L'air s'accumulant.…. par sa pression. La physiologie actuelle n'admettrait pas sans doute ces explications, dont les Anciens se con!entaient. — Par leur propre poids. Même remarque.

— S’élevant de là par les vais-

tions qu'ils y maitrisent, ils les entrainent par les mêmes voies. Ceux des médicaments qui participent des deux conditions, et qui sont un mélange de chaud et de froid, produisent les deux effets à la fois, à cause de leur double puissance ; et c'est pour cela que les médecins de nos jours savent les amalgamer les uns aux autres.

Pourquoi certains médicaments purgent-ils, tandis que, d’autres qui sont plus amers et plus astringents, ne purgent pas, bien qu'ils aient des qualités plus fortes ?

N'est-ce pas parce qu'ils ne purgent point réellement par ces qualités, mais seulement parce qu'ils sont indigestes? En effet tous les corps qui ont un excès de chaleur ou de froid ne peuvent être digérés, quelle que soit la petitesse de leurs dimensions. Mais tous les corps qui peuvent dominer la chaleur de l'animal, et qui ne sont pas dominés par elle, et qui en même temps peuvent facilement circuler dans les deux ventres, sont des médicaments. Une fois entrés dans l'estomac et fondus, ils se répandent dans les

seaux. Rien n’est moins prouvé.

— Qui participent des deux conditions. Comme l'élatérion et la thapsie, cités plus haut.— Les médecins de nos jours. Par opposition, sans doute, aux médecins du temps d'Hippocrate.

8 42. Purgent-ils..…. ne purgent pas. La question est curieuse; et elle doit paraître neuve en

ce sens qu'elle n'avait pas été traitée par Hippocrate.— Parce qu'ils sont indigesles. Cette raison parait exacte. — Un excès de chaleur ou de froid. Ceci ne parait pas aussi exact. — Sont des médicaments. Cette définition est remarquable. Il ne parait pas qu'Hippocrate ait pensé à définir ce qu'il faut entendre

vaisseaux, que parcourt la nourriture pour arriver aux veines. Mais comme ils n'ont pas été digérés et qu'ils sont les maitres, ils cheminent, en entrainant avec eux tout ce qui leur faisait obstacle ; et c'est là ce qu’on appelle une purgation. L’airain et l'argent et les matières analogues ne peuvent pas être digérés par la chaleur animale ; mais ils ne se fondent pas aisément dans les ventres. L'huile, le miel, le lait et les aliments analogues à ceux-là sont des purgatifs, non par leur qualité propre, mais quand on les prend en quantité. Si leur masse les rend indigestes, ils font la purgation, telle qu’ils peuvent la faire. Il y a deux causes qui rendent les aliments indigestes, d’abord parce qu'ils le sont par eux-mêmes, et ensuite par la quantité dans laquelle on les prend. C’est là ce qui fait qu'aucun des corps dont on vient de parler ne sont des médicaments, puisqu'aucun d'eux ne purge par sa propre puissance. L’àpreté, l’amertume, la mauvaise odeur sont les conditions des médecines, parce que la médecine est le contraire de la nourriture. La nourriture, digérée selon les lois naturelles,

par Médicament. — Jls sont les maitres. C'est la traduction fidèle de l'expression grecque.

Il faut entendre par là que l'action de ces substances est plus puissante que celle des aliments.

— Une purgation. Le purgatif est défini dans Hippocrate, Littré, tome VI, p. 341. — L'airain et l'argent. 11 n’est pas probable que les Anciens fussent parvenus à employer les métaux comme médicaments,

quoique ce passage puisse le faire supposer. — Dans les ventres. C'est l'expression même du texte. Il s'agit de l'estomac et des intestins. — Quand on les prend en quantité. Ce ne sont plus alors des purgatifs ; c'est une indigestion.— Ne sont des médicaments. Ce qui est dit ici de l'huile, du miel et du lait pourrait s'appliquer à bien d'autres substances. — Sont les conditions des médecines. Ce

s'assimile au corps : et c'est précisément ce qu'on appelle la nourriture. Mais quand une substance qui n’est pas naturellement absorbable vient à pénétrer dans les veines, et qu’elle les trouble par l'excès de chaleur ou de froid qu'elle y apporte, c'est là ce qui constitue la nature d’un médicament.

Pourquoi le poivre pris en quantité relàche-t-1l la vessie ? et pourquoi pris à petite dose relàche-t-il le ventre ? Pourquoi la scammonée, prise à haute dose, relàäche-t-elle le ventre, et pourquoi prise à dose petite et étant vieille relâche-t-elle la vessie ἢ

N'est-ce pas parce que l’un et l’autre de ces médicaments sont, suivant le cas, plus en état d'émouvoir les organes ? Le poivre en effet est diurétique; et la scammonée purge par en bas. Le poivre, pris en grande quantité, se rend à la vessie et n’est pas dissous dans le ventre; pris en petile quantité, 11 est

sont des conditions fréquentes et nécessaires.— Par l'excès de chaleur ou de froid. C'est le fond de la théorie exposée dans ce ὃ: mais cette théorie n’est pas exacte; il y a bien d'autres actions que celles de la chaleur ou du froid.

8 43. — Le poivre... Les pipéracées forment une famille, qui est en effet employée en médecine. On distingue le poivre noir et le poivre blanc, non pas qu'ils soient de différente nature ; mais le second est travaillé,

tandis que l'autre est à l'état naturel. Le poivre est fréquemment employée dans la pharmacopée hippocratique. Il n’a peutêtre pas toutes les qualités qui lui sont attribuées ici. La comparaison des effets de la scammonée et de ceux du poivre n'est pas non plus très exacte.

— Ces médicaments. Le poivre est pour les Modernes un condiment plutôt qu'un médicament.

Il est très probable d'ailleurs que les Anciens faisaient usage de ces médicaments comme

dominé par les organes; il dissout les matières, et il devient un médicament pour l'estomac. Quant à la scammonée, si on la prend à forte dose, elle est absorbée au point de se répandre; et ainsi répandue, elle devient un médicament par le motif que nous venons d'indiquer. Si elle est en petite quantité, elle est resorbée, avec la boisson, dans les vaisseaux ; et avant qu’elle n’ait pu causer le moindre trouble, elle est entrainée dans la vessie. Là, par la vertu qui lui est propre, elle entraine les excrétions et les concrétions superficielles. Prise en grande quantité, ainsi que nous l'avons dit, elle produit une forte purgation terreuse, après avoir séjourné longtemps dans les organes, à cause de sa violence.

Pourquoi les médecins guérissent-ils les mêmes inflammations, les uns par le froid, les autres par la chaleur, qui les murit ?

C’est que les uns guérissent par l'effet d'une chaleur qui est extérieure ; et les autres, qui emploient le froid, guérissent en concentrant la chaleur propre.

Pourquoi faut-il changer fréquemment les cataplasmes ?

purgatifs bien plus que nous.

— Une forte purgation terreuse.

L'expression peutsembler assez singulière; elle se rapporte à la théorie des quatre éléments.

Sans doute, on veut dire ici que ce purgalif amene une évacuation de matières solides.

8 44. Par le froid... par la chaleur. Cette question de fait résultait de la pratique médicale; mais la réponse est ingénieuse ; et peut être vraie.

ὃ 45. Les cataplasmes. Les Anciens entendaient par Cata-

l'explication

N'est-ce pas pour que le malade en sente davantage l'effet ? Les remèdes auxquels on s’habitue, comme on s’habitue à des aliments, ne sont plus des remèdes ; ils deviennent de la nourriture. Il en est de même pour les cataplasmes.

Pourquoi est-il très profitable à la santé de réduire son alimentation, et de se fatiguer davantage ?

N'est-ce pas parce que la cause de la maladie n’est qu'une accumulation d’excrétions, et que cette accumulation peut avoir lieu, soit par excès de nourriture,

soit par défaut d'exercice et de fatigue ἢ

je

Pourquoi les médecines, et ordinairement les choses amères et de mauvaise odeur, purgent-elles ? N'est-ce pas parce que toutes les substances amères

plasme ce que nous entendons nous-mêmes; ils les composaient, comme nous, de matières diverses selon les cas, comme on peut le voir dans les œuvres d’Hippocrate. La remarque faite ici sur les cataplasmes peut s'appliquer à peu près à tout, parce quen effet l'habitude change complètement la nature des choses. Les médicameuts ne font pas exception.

8 46. Réduire son alimentation. se fatiguer davantage.

Ce sont des préceptes excellents, qui s'appliquent à tous les

temps et à tous les climats. On peut trouver aussi ces recommandations salutaires dans Hippocrate. — Une accumulation de sécrétions. L'explication est fort admissible. Voir plus haut, $ 1, la définition de la maladie; et plus loin, section V, $ 46, la même question, répétée en termes identiques.

8. 47. Les choses amères et de mauvaise odeur. Ce n’est pas général ; mais ordinairement les médecines sont d'un goût fort désagréable; il y a cependant des exceptions assez nom-

SECTION 1, QUESTIONS MÉDICALES, ὃ 47 43

et de mauvaise odeur sont indigestes ? Or ce n’est que par suite, que les médicaments agissent parce qu'ils sont amers et d’odeur mauvaise. Etant indigestes, et agissant par leur amertune, c’est ce qui en fait des médecines ; et si on les prend à trop forte dose, ils font mal. Toutes les susbtances qui, même à petite dose, peuvent être si nuisibles, ne sont plus des médicaments; ce sont des poisons mortels. Ce qui ne purge pas par sa seule vertu n’est pas un remède. Il va une foule d'aliments qui, si on les prend en une certaine quantité, produisent le mème effet que l'huile, le miel, le vin doux. Tous ces corps sont des purgatifs, parce qu'ils ne sont pas de digestion facile; et ils purgent les malades qui ne peuvent pas les digérer facilement. Car, selon les gens, les aliments sont ou digestifs ou indigestes. C’est là ce qui fait que les mêmes substances ne sont pas des remèdes pour tout le monde, et qu'il y a des remèdes spéciaux à cerlains tempéraments. En général, il faut non seulement que le remède ne puisse pas être digéré ; mais

breuses. — Sont indigestes. Il est possible que ce soit une des causes de l'action purgative de certaines substances.— C’est ce qui en fait des médecines. L'explication quoique un peu confuse dans la forme, peut être au fond assez juste. La mauvaise odeur et le mauvais goût font que les organes se refusent à digérer

ces substances. — Ce sont des poisons mortels. La distinction est très juste. — Ce qui ne

purge pas... Cette remarque en-

core est juste, comme la précédente ; et le remède se trouve par là très bien défini. — Selon les gens. C’est une observation que chacun peut vérifier. Tel médicament est de facile digestion pour telle personne, et indigeste pour telle autre. — Spéciaux à certains tempéraments C'est fort exact. Il en est des remèdes comme des aliments. — Être digéré.… qu'il ait une action.

C'est la répétition de ce qui a été dit plus haut, sous une autre

il faut encore qu’il ait une action. C’est absolument comme l'exercice qui, soit qu'il vienne du dehors, soit qu’il vienne du dedans, expulse les éléments étrangers, par l'effet du mouvement qu'il procure.

Pourquoi les graines et les plantes odorantes sontelles diurétiques ?

N'est-ce pas parce qu'elles sont chaudes et de facile digestion ? Or les substances qui sont dans ce cas provoquent l'urine. La chaleur qu’elles renferment allège le corps ; et l'odeur n’a rien de corporel. Les choses odorantes, comme l'ail, sont diurétiques à cause de leur chaleur; mais cependant elles sont encore plutôt fondantes. Les graines odorantes sont chaudes également.

Pourquoi, lorsque les plaies sont impures et de nature mauvaise, faut-il les traiter par des remèdes secs,

forme. — Comme l'exercice. La Corporel est pris ici pour Macomparaison n’est peut-être pas tériel. — À cause de leur cha-

aussi exacte que l'auteur semble le croire. L'exercice s'adresse aux muscles avant tout.

S 48. Les graines et les plantes odorantes... Voir plus loin, sections XII, $ 12, et XX, 8. 16, la même question, posée et résolue à peu près dans les mêmes termes. — Sont-elles diuréliques. Le fait n'est pas général, ainsi que cela semble résulter de ce texte. — Æien de corporel.

C'est la traduction littérale.

leur. Cette cause n’est pas la seule, ni sans doute la principale. — Sont chaudes. Le fait n’est pas certain. Au lieu de Chaudes, on pourrait traduire aussi : Échauffantes.

$ 49. Les plaies. Le mot de Plaies est plus général que celui d'Ulcères, employé par quelques traducteurs. — /Zmpures. C'est-à-dire, purulentes.— Par des remèdes secs.Et notamment, par la chaleur, comme le

àcres et astringents ? et pourquoi quand elles sont pures et qu'elles guérissent, faut-il des remèdes humides et n’employer que ceux-là ?

N'est-ce pas parce que, pour les plaies qui ne sont pas pures, il y ἃ toujours à ôter quelque chose, et que c’est entièrement l'humidité étrangère qu'il faut faire disparaitre ? Or les remèdes mordants, âcres et astringents sont précisément dans ce cas ; et le sec a ces qualités plus que l’humide. Une fois que les plaies sont pures, elles n’ont plus qu’à se cicatriser.

Pourquoi dans les maladies qui viennent du phlegme, l'acte vénérien est-il bienfaisant ?

N'est-ce pas parce que le sperme est une expulsion d'excrétion, et qu'il ressemble naturellement au phlegme ? Il en résulte que la cohabitation sexuelle

prescrit Hippocrate, dans une foule de passages. — Et qu'elles guérissent, EL se cicatrisent. — À ôter quelque chose. Sans doute la suppuration, que l'auteur appelle aussi Humidité étrangère. — Et le sec a ces qualités.

Cependant une substance peut être sèche sans être astringente.

$ 50. Qui viennent du phlegme.

Le phlegme, dans la médecine des Anciens, où il tient une grande place, répond à peu près à ce que les Modernes entendent par la pituite. Le phlegme, que le Dictionnaire de l'Académie

écrit Flegme, est une espèce de décomposition du sang, formée par une inflammation intérieure.

L'étymologie indique une sorte de combustion, puisque la racine grecque signifie Brüler. Au contraire, le phlegme emporte aujourd'hui pour nous une idée de refroidissement et non de chaleur.— L'acte vénérien est-il bienfaisant. La médecine actuelle re serait peut-être tout à fait de cet avis. — 7| ressemble naturellement au phlegme. On ne saurait admettre cette assimilation. Le sperme est une sécrélion très régulière, tandis

est utile parce qu'elle enlève le phlegme en grande quantité.

Pourquoi vaut-il mieux donner de la nourriture au début de la phlegmasie, plutôt que d'en permettre plus tard ?

N'est-ce pas plutôt au début de la maladie, afin que l'inflammation qui survient ne trouve pas le malade trop affaibli ? Ainsi donc, ou il faut affaiblir le malade sur-le-champ, ou il faut le nourrir fortement le plus tôt possible. On doit le refaire d'abord par des potions ; elles sont plus douces, plus légères et plus fondantes ; et le corps, affaibli comme il l’est, peut alors en tirer plus aisément la nourriture dont il ἃ besoin ; car lorsque la nourriture doit d’abord être transformée dans l'estomac, puis se fondre en se ré-

que le phlegme est une corruption. — Elle enlève le phlegme.

C'est toute autre chose que le phlezgme qui est expulsé dans l'éjaculation.

S 51. De la phlegmasie. J'ai ajouté ces mots, afin d'être plus clair ; ils sont justifiés d'ailleurs par ce qui suit. On peut traduire aussi : « Au début de l’inflammation ». Quant à la question même, elle est fort intéressante; mais il est bien difficile de la trancher d’une manière générale. Le moment et la dose de l’alimentation du malade varient selon les cas. Hippocrate

s’est beaucoup occupé du régime; et il a fait un traité spécial sur le Régime dans les maladies aiguës ; voir Littré, tome II, pp. 214 et suiv. — Au début de la maladie. Ceci semble en effet plus utile, par la raison qu'en donne l’auteur. — Affaiblir le malade sur-le-champ.Sans doute pour atténuer l'inflammation, quand elle survient. — Par des potions. Au lieu d'aliments solides. — La nourriture doit d'abord étre transformée. La potion liquide doit bien aussi subir cette transformation ; mais la digestion est plus facile. —

Lois

pandant et s’échauffer, le corps ne souffre qu’avec peine tout ce travail.

Pourquoi faut-il observer les symptômes que fournissent les urines, en interrompant l’urination, qu'elle soit ou ne soit pas complètement élaborée, et en faisant uriner plus souvent qu’à l'ordinaire ?

- N'est-ce pas parce que la preuve de sa complète élaboration, c’est qu’elle soit jaunâtre, et que cette condition s'obtient surtout en la retenant plus longtemps ? Ou bien, n'est-ce pas parce que tout liquide montre mieux sa couleur quand il est en petite quantité, plutôt qu'en grande quantité ἢ Lorsque le liquide est abondant, on y reconnait mieux les formes des objets; mais quand il y a peu de liquide, on distingue mieux les couleurs ; par exemple sur la rosée, sur les

Tout ce travail. Le texte est tenant plus longtemps. Tous ces

peut-être moins précis. faits sont exacts; plus l'urine

8 52. Les symptômes que four- séjourne dans la vessie, plus nissent les urines. Hippocrate elle est colorée.— Montre mieux tient le plus grand compte des sa couleur. — L'assertion est

symptômes tirés de l'urine ; et peut-être trop générale. Dans c'est encore aujourd'hui le sujet une petite quantité, la couleur de constantes observations. Ja- 56 discerne mal; dans une quanmais l’uroscopie n’a été étudiée tité trop grande, elle est égalemieux qu'elle ne l'est de nos ment altérée. On peut s’en conjours, grâce aux progrès de la vaincre en observant l'eau de chimie, — En interrompant l'uri- mer, là où elle paraît bleue. — nalion, c'est-à-dire en nepre- Les formes des objets... les counant que le premier jet, sans æ leurs. La première remarque attendre que l'émission soit est plus vraie que la seconde.—

complète. — Plus souvent qu'à La rosée... Tous ces liquides l'ordinaire. Afin d’avoir un li- sont par eux-mêmes incolores ; quide moins élaboré. — C’est οἱ quand ils sont colorés, c’est

qu'elle soit jaunâtre... en la re- qu'ils reflètent la couleur des

gouttelettes d'eau et sur les larmes qui sortent des paupières. Donc, par une émission continue, le liquide est plus abondant; mais si on le divise, il a plus de couleur. Par conséquent, si c’est la coction qui l’a déjà rendu tel, la division fait mieux voir la couleur, parce qu'alors il y a une réfraction et comme un miroir.

Do:

Pourquoi faut-il, dans l'intérêt de la santé, ne pas rendre les chairs très épaisses, et pourquoi faut-il plutôt les amaigrir ?

C’est que, de même qu'une ville est saine et qu'un lieu est salubre, comme l'air de la mer est sain, de même le corps qui respire bien est aussi plus sain. En effet, il faut qu’il n’y ait rien de superflu ; ou s’il y en ἃς il faut s'en débarrasser au plus vite. Le corps doit être maintenu dans cette disposition que, s’il a pris quelque chose d’inutile, 11 le rejette sur-le-

corps environnants. — Une ré- santés plus robustes. — L'air fraction. La réfraction vient de la mer. Le texte dit simplepeut-être aussi du vase qui ment : La mer est saine. Il est

contient l'urine. — δὲ comme un miroir. L'observation est exacte.

δ 53. Trop épaisses... les amaigrir. Ces observations sont très vraies et très pratiques. Les Anciens pouvaient les faire

d'autant mieux qu'ils cultivaient %»

la gymnastique plus que nous ; ils voyaient ainsi l'effet du mouvement sur le corps, et ils pouvaient constater que ce genre d'amaigrissement produisait des

évident que pour l'auteur les lieux les plus sains sont ceux où l'on respire le mieux. La comparaison d'ailleurs a quelque chose d'un peu singulier.

Le corps respire ; mais les lieux ne respirent pas; on respire dans les lieux. — Æien de superflu. C'est précisément ce superflu dangereux que le mouvement élimine, — Le corps doit étre maintenu... Excellent précepte d'hygiène, mais difficile à

champ ; et qu'il soit toujours en mouvement et non en repos. Ce qui reste immobile et en place ne peut que se pourrir, comme l’eau se corrompt quand elle demeure stagnante. Mais la putréfaction engendre la maladie; au contraire, ce qui est expulsé sort du corps avant d'être corrompu. C’est ce qui est impossible si la chair est trop épaisse ; car alors les pores sont pour ainsi dire bouchés, tandis que c’est facile quand la chair est raréfiée. Ceci explique encore pourquoi on ἃ tort de se promener tout nu au soleil; car, dans ce cas, la chair se resserre, et peu à peu elle s'épaissit, tandis que le corps devient plus humide. Le dedans reste ce qu'il est; la surface s’amoindrit, de même que les viandes bouillies sont plus épaisses que les viandes rôties. Il ne faut pas non plus sortir avec la poitrine nue, parce que le soleil enlève quelque chose aux parties les mieux organisées du corps, qui n'ont pas besoin de cette diminution, tandis que

réaliser.— En mouvement et non qu'elle est opposée à la maigreur,

en repos. C'est la gymnastique régulière et énergique qui sssure ce résultat. — Comme l'eau.

Comparaison plus juste que la précédente. — La putréfaction.

Le mot est peut-être exagéré.

Nous l’avons cependant conservé, puisque nous reconnaissons toujours des fièvres putrides. — Trop épaisses. C'est l'énoncé du début de ce $. Trop épaisses, ne signifie ici que trop grasses ; mais j'ai gardé l'expression grecque, qui d'ailleurs ne peut faire de doute, puis-

dans le texte même. — La surface s'amoindrit. C'est la traduction littérale. L'auteur aurait pu donner à sa pensée une forme plus précise. — Les viandes bourllies. Cette comparaison est encore assez étrange ; elle se borne seulement à assimiler l'action du feu, qui rôtit, à l’action du soleil, desséchant la surface du corps. — Sortir avec la poitrine nue. C'est un précepte d'hygiène qu'on applique aussi dans nos climats. — Aux parties les mieux organisées. 11 faut

les parties intérieures en auraient plutôt besoin. Comme ces dernières parties sont les plus éloignées, on ne peut les faire transpirer que par la fatigue; au contraire, c’est plus facile pour la portion qu’on ἃ sous la main.

Pourquoi l’eau froide et l’eau chaude sont-elles également bonnes contre les engelures ?

N'est-ce pas parce que les engelures viennent d'un excès de liquide? L'eau froide contracte et durcit l’'humide ; l’eau chaude le vaporise et le fait sortir, en donnant une issue à l’air, et en raréfiant la chair.

Pourquoi le froid cause-t-il et guérit-il les engelures ? Et pourquoi la chaleur guérit-elle et cause-

t-elle les brûlures ἢ

comprendre : « les plus sèches.»

— En auraient plutôt besoin.

Comme plus humides. — Transpirer que par la fatigue. C'est de là que vient la grande utilité des exercices, quand ils sont assez énergiques et assez continus. — Qu'on a sous la main.

C'est la traduction exacte du mot grec; peut-être aurait-il fallu dire simplement : « pour la portion extérieure du corps. »

Voir la même question plus loin, section V, ὃ 34, et section XXX VII ἃ ὃ.

ὃ 54. Les engelures. Voir Hippocrate, Littré, tome V, pp. 197

et 436. — D'un excès de liquide.

Il n’est pas sûr que ce soit là ce qui cause les engelures ; mais l’explication est assez ingénieuse. Quant au remède, on se sert aussi aujourd'hui du froid contre les engelures, en frottant de neige la partie malade. —- Contracte et durcit l’'humide. Il aurait fallu ajouter comment cette double action du froid peut contribuer à la guérison, -- En raréfiant la chair. Même remarque, pour la double action de la chaleur.

$ 55. Le froid... la chaleur.

C'est la même question que la

es

SECTION 1, QUESTIONS MÉDICALES, S 56 of

N'est-ce pas par la même raison? Le froid et la chaleur causent le mal en contractant les parties; ils guérissent le mal en les desséchant.

Dans les fièvres, il faut administrer la potion souvent et à petites doses. Trop abondante, elle ne fait que passer ; à faible dose, mais répétée souvent, elle humecte ; et elle circule dans les chairs. C’est comme pour les biens de la terre; si l’eau est répandue en trop grande dose, elle s'écoule ; si on ne la donne que modérément, elle imbibe simplement. Il en est tout à fait de même pour les fièvres. Le sillon boit les eaux courantes, si on les détourne successivement en petite quantité ; si au contraire on amène tout d’un coup la même masse de liquide, l’eau s’en va où la pente la

conduit et l’entraine.

précédente; et la solution est aussi à peu près la même.

ὃ 56. Cette question n’est pas posée comme les autres sous forme interrogative. Cette différence est dans l'original. — Souvent et à petites doses. Le précepte est très pratique ; mais il ne s'applique pas seulement au traitement de la fièvre; même quand on est en santé, 1] vaut mieux ne boire qu'à petits couns.

Des deux comparaisons développées dans ce $, la première est la plus juste ; l'absorption de la potion prise à doses modérées ressemble assez à la dis-

tribution de l'eau d'arrosage. La seconde comparaison qui assimile la fièvre au feu est peutêtre moins exacte. — Ælle ne fait que passer. Ceci est vrai de toutes les boissons que l'on prend; et si l’on boit trop vite, on est moins rafraîchi, parce que le liquide passe trop promptement. — Pour les biens de la terre. L'arrosage est plus utile quand il est à petites doses, et qu'on le répète fréquemment. La potion qu'on donne au malade importe peu; quelle qu'elle soit, il convient de l’administrer de la manière que l'on indique ici. —

(al +

D'autre part, il faut que le malade reste dans le plus grand repos possible. Ainsi le feu, quand rien ne l’excite et qu'on ne le remue pas, finit par s’éteindre. Que le malade ne s'expose pas non plus au vent; car le vent ne fait que réveiller la flamme ; et un petit feu, si on l’attise, prend des proportions énormes. Il faut envelopper le malade avec soin, parce que, si l’on ne donne pas de l'air au feu, il s'éteint; et il ne aut pas se dévêtir jusqu’à ce que la sueur s’établisse; car on sait de reste que l’eau éteint le feu. Il en est de même pour la nature humaine. Quand la fièvre est intermittente, il faut à l'avance préparer le malade par des bains, et lui appliquer de vives fomentations aux pieds. Il doit rester en repos, bien vêtu, pour qu'il ait le plus chaud possible quand l'accès le prend ; car si un feu est considérable, une simple lampe ne sauraitbrüler auprès, parce que le feu le plus grand attire à lui un feu plus petit. C’est pour cela qu’il faut développer le plus grand feu possible dans le corps, afin que la fièvre ait peu de feu et que le feu le plus grand attire à lui le plus petit.

Que le malade... Sans doute après avoir pris la potion. — Ainsi le feu... Cette comparaison qui tient jusqu'à la fin du $ est trop prolongée ; et poussée audelà d'une certaine limite, elle risque de n'être plus convenable.

— Finil par s'éteindre. C'est vrai ; mais le feu intérieur qui dévore le malade ne tient pas au mouvement extérieur quil se donne. — Ne s'expose pas non plus au vené. Précepte très

bon en soi; mais le grand air n'excite pas la maladie, comme le vent excite la flamme.— 7 en est de méme pour la nature humaine. C'est contestable, parce que les circonstances sont tout autres. Le texte grec dit simplement : « la nature » : mais 1] est clair que c'est de l'homme qu'ii s'agit. Pour la fin du &, j'ai suivi l'édition Firmin-Didot. Le sens d’ailleurs ne peut pas faire de doute.

ds

Dans les fièvres quartes, il ne faut pas atténuer la chaleur ; mais il faut faire rentrer le feu dans le corps. IL faut aussi faire beaucoup d'exercices. Si l'accès vient dans la journée, on doit prendre un bain et ne pas chercher à dormir. C’est là aussi ce qui fait qu’un régime échauffant est bon, parce que la fièvre quarte est toujours faible; car si elle n’était pas faible, elle ne serait pas quarte. Ne voyez-vous pas que là où 1 y ἃ un feu très fort, la lampe ne peut plus rester allumée ? C'est que le feu, quand il est fort, attire à lui un feu plus petit. C’est pour cela qu'il faut développer beaucoup le feu dans le corps, parce que le feu de la fièvre est faible. Ainsi donc, le régime du jour de fièvre consiste tantôt à accroitre le feu dans le corps, et tantôt à V provoquer la moiteur.

Les fièvres ont deux causes: les unes viennent du feu ; les autres viennent de la moiteur. Celles qui

$ 57. Dans les fièvres quartes.

CeS n'est guère que la répétition du précédent. Le cas n'est pas tout à fait le même; mais l'explication est presque identique. Hippocrate s'est beaucoup occupé de la fièvre quarte et du traitement qu’elle exige. Voir Hippocrate, Littré, tome VIIT, pp. 652 et suiv. — Faire beaucoup d'exercices. C'est souvent difficile quand on a la fièvre. — La lampe ne peut rester allumée.

C'est la comparaison qui termine le $ précédent.

δ 58. Deux causes. Il y a probablement plus de deux causes ; mais on peut croire que les deux qui sont indiquées ici, sont les principales. — Za moiteur. C'est le mot qui semble répondre le mieux à celui du texte.

La théorie peut d'ailleurs paraîitre bien contestable. Il est vrai que, même dans l'état actuel de la science, il serait bien

ennent du feu se guérissent par la moiteur ; celles

qui viennent de la moiteur se guérissent par le feu, qui la dessèche.

SECTION Il.

Rapports de la respiration et de la sueur ; effet de l'eau chaude

sur la sueur ; salure de la sueur ; la sueur plus forte dans les parties hautes du corps que dans les parties inférieures ; sueur provenant du travail manuel ; sueur de la tête sans odeur ; sueur après la fatigue ; sueur provenant des lolions ; sueur provoquée par les vêtements ; sueur du visage ; sueur provoquée par le feu ; sueur épongée ; plantes sudorifiques ; sueur plus forte dans le dos : sueur dans le sommeil ; sueur causant des nausées ; sueur aux pieds ; sueur en hiver et en été; soulagement que procure la sueur ; sueur produite en courant; sueur pendant le repas ; sueur produite par la peur; sueur dans les étuves ; sueur de fatigue ; sueur de frisson ; sueurs chaudes, sueurs froides ; sueur venant de la vivacité des mouvements ; sueurs spontanées ; salubrité de la sueur.

Le

Pourquoi ne sue-t-on pas quand on pousse éner-

giquement son souffle, ou qu’on le retient ? Et pour-

difficile de donner une explication générale qui serait satisfaisante de tous points.

81. Quand on pousse énergtquement son souffle. Le texte est plus concis et n’a qu'un seul mot. Ceci rappelle l'habitude

de certains ouvriers qui, dans de grands et continuels efforts, poussent un Han, qui les soulage. Quant au phénomène luimême de la sueur, plus ou moins abondante selon qu’on retient son souffle, ou qu'on le

À ct RE .. ..»....

SECTION If, QUESTIONS SUR LA SUEUR, ὃ 2? 58

quoi sue-t-on davantage quand on le laisse aller tout naturellement ?

N'est-ce pas que le souffle, quand on le comprime, remplit les veines, et qu'alors la sueur ne peut plus sortir ? C’est comme l’eau des clepsydres, qui ne peut pas sortir, quand on les arrête toutes pleines. Lorsque le souffle sort, la sueur devient abondante, parce qu’elle s’est accumulée peu à peu, par cela même qu'on la retenait.

ds

Pourquoi les parties du corps plongées dans l’eau

pousse, il est peut-être difficile de prononcer. Hippocrate s'est beaucoup occupé aussi de Ja sueur, mais surtout à un point de vue pathologique; ce qui n'est pas le cas ici. — Tout naturellement. J'ai ajouté ces mots, qui me semblent ressortir du

contexte. — ARemplit les veines.

On peut aisément vérifier Île fait par soi-même. Tous les

vaisseaux du corps semblent se gonfler quand on retient son haleine.— L'eau des clepsydres.

Voir plus loin, section XVI, καὶ 8, une comparaison toute semblable. — Quand on les arrête toutes pleines. C'est la traduction littérale, mais peu claire dans sa concision. La clepsydre avait deux trous, l'un par où l'on introduisait l'eau, et l’autre par où l'eau s'échappait. Lorsque la clepsydre était pleine, on pouvait boucher le trou supé-

rieur avec le doigt ; et l’eau ne pouvait plus s'échapper par le bas, grâce à la pression de l'air inférieur, qui était alors le seul a agir. Cette petite expérience est bien connue. Voir Théophraste, Fragments de son traité sur la sueur, édition Firmin-Didot, p. 407, $ 25; il y rappelle aussi le phénomène de la clepsydre.

8. 2. Pourquoi les parties du corps. Théophraste avait fait un traité spécial sur la sueur ; il y agitait les mêmes questions qui sont agitées ici; il ne nous reste que des fragments de ce traité, qu'avait sans doute inspiré Aristote, comme ïil en avait inspiré tant d'autres à son disciple, notamment la Botanique. Dans ces fragments assez étendus, se trouve une question analogue à celle du $ 2. Voir Théophraste de Firmin-Didot,

chaude chaudes ?

N'est-ce pas parce que l’eau empêche la sueur de se liquéfier ? La sueur n’est au fond que ce qui, dans la chair, s’est mal combiné ; et c’est là ce qui ne lui permet pas de se liquéfier, quand la chaleur vient à la diviser.

ne suent-elles pas uoiqu’elles soient ?

Pourquoi la sueur est-elle salée ?

N'est-ce pas parce qu’elle est produite par le mouvement et par la chaleur, éliminant tout ce qui dans le corps est étranger à l'assimilation de la nourriture, convertie en sang et en chair? Cette matière, qui n’est pas propre à nourrir, se détache rapidement ; et elle suinte au dehors. La sueur est salée, parce que la partie la plus douce et la plus légère a été employée et perdue dans le corps, tandis que la partie la plus étrangère et la plus indigeste s’est séparée.

p. 408, ὃ 35. — L'eau empéche la sueur de se liquéfier. L'explication est tout au moins plausible. — Quand la chaleur vient à la diviser. Et par suite, l'empêche de se former en gouttelettes, comme 1] arrive quand Îa sueur est régulière.

8 3. Pourquot la sueur est-elle salée? La question est curieuse, et vaut la peine d'être discutée.

La physiologie actuelle ne l'a peut-être pas encore résolue.

Théophraste se pose aussi ce problème ; et il donne à peu près les mêmes explications ;

édition Firmin-Didot, p. 403, SS 2 et 3. — Par le mouvement et par la chaleur. On peut admettre que ce sont bien là les causes les plus ordinaires de la sueur.— Cette matière, qui n'est pas propre à nourrir. On peut en dire autant de toutes les excrétions, quelles qu’elles soient.

— Se détache rapidement. Sous l'influence du mouvement, et de la chaleur qu'il provoque.— La plus indigeste. C'est-à-dire rebelle à l'assimilation, qui constitue la nutrition proprement dite, — Ce résidu... La sueur et

SECTION II, QUESTIONS SUR LA SUEUR, ὃ 4 91

Ce résidu, quand il est dans le dépôt inférieur, s’appelle l’urine; mais dans la chair, c'est de la sueur. C’est une même cause qui rend salées la sueur et l'urine.

Pourquoi sue-t-on dans les parties hautes du corps plutôt que dans les parties inférieures ?

- N'est-ce pas parce que le chaud est en haut, où il se dirige, et qu'il y reste, en y faisant monter le liquide ? N'est-ce pas aussi que le souffle produit la sueur, et que le souffle est dans les parties supérieures ? N'est-ce pas encore parce que la sueur est un liquide non digéré, et que ce genre de liquide se

dirige en haut ? Or la crase n’a lieu qu’en haut.

l'urine sont bien l’une et l’autre des excrétions; mais il y a cette grande différence que lPurine est élaborée par un organe spécial, tandis que la sueur peut sortir de toutes les parties du corps, bien qu'elle sorte plus abondamment de quelques-unes.

— C’est une méme cause... La physiologie actuelle ne peut pas être de cet avis.

δ. 4. Les parties hautes... les parties inférieures. Théophraste discute les mêmes questions, édition Firmin-Didot, p. 407, 8 32. Le phénomène d'ailleurs est certaiu ; et ce sont bien en effet les parties supérieures du corps qui suent davantage. — En y faisant monter le liquide.

A la facon sans doute de l'eau

qui bout. — Le souffle produit la sueur. La pensée de l’auteur reste obscure, comme le sont aussi les explications qui suivent. -- Que le souffle est dans les parties supérieures. Cette indication trop générale et trop vague se rapporte à l'action des poumons, placés au-dessus du diaphragme et dans la partie supérieure du corps. — Un liquide non digéré. C'est-à-dire :

« Incomplètement élaboré ». — La crase. J'ai dû conserver le mot grec, qui n'a pas d’équivalent dans notre langue médicale.

Littré a gardé aussi le mot de Crase dans sa traduction d'Hippocrate. La crase est, dans la médecine hippocratique, l’équilibre des quatre humeurs, qui

Qt

Pourquoi sue-t-on davantage quand on se fatigue par un travail des mains, bien que le reste du corps demeure dans son état ordinaire ?

N'est-ce pas parce qu'on ἃ plus de force dans cette partie du corps ? C'est aussi pour cette raison qu'on retient son souffle; ce qui se rapproche beaucoup d’un effort. Dans ces conditions, nous avons plus de force pour le travail que nous faisons ; et c’est surtout en ces moments qu'on retient sa respiration. En outre, quand nous frottons nos mains, nous faisons plus d’efforts que quand nous frottons tout autre membre ; et en retenant notre respiration, nous nous influençons à la fois par le frottement que nous su-

bissons et par celui que nous produisons.

constitue la santé. La physiologice actuelle use encore quelque fois du mot de Crase, pour le juste mélange des parties constituantes des liquides de l’économie animale. Voir le grand dictionnaire de Littré à ce mot. Le Dictionnaire de l’Académie ne donne à Crase qu'un sens grammatical, et non un sens médical.

ὃ 5. Le texte grec de ce $ présente des variantes qui rendent le sens obscur et douteux; je ne suis pas sûr de l'avoir bien saisi. La pensée générale est que le travail des mains provoque la sueur plus que le travail de toute autre partie du corps.

Ceci est vrai; mais les détails

particuliers que donne l'auteur ne sont pas assez clairs. — On a plus de force... C'est exact; et la force des bras est en effet plus grande que celle des jambes, par exemple. — Ce qui se rapproche le plus d'un effort. C'est encore l'interprétation la plus probable qu'on puisse tirer du texte. — Dans ces conditions.C'est-à-dire, quand on retient son souffle. — Quand nous frottons nos mains.

Le texte est loin d'être aussi précis ; mais la suite semble autoriser la traduction que nous donnons. L'une des mains agit sur l’autre ; et alors il y a tout à la fois une action produite et une action subie.— Voir cette même

Pourquoi la sueur qui coule de la tête n’a-t-elle pas d’odeur, ou en a-t-elle moins que celle de tout le reste du corps ?

N'est-ce pas parce que la tête est la partie la plus aérée ? Ce qui montre bien que le lieu est mou, c'est l'abondance des cheveux qui y poussent. Les organes sentent mauvais, ainsi que tout ce qui s'y trouve, quand ils ne sont pas accessibles à l'air.

Pourquoi, quand on s'exerce, sue-t-on davantage lorsque, après avoir suspendu ses efforts, on les reprend, que lorsqu'on les continue sans interruption ?

N'est-ce pas parce que, quand on se repose, la sueur s’accumule? En reprenant son exercice, on fait sortir cette sueur, qui s'est accumulée depuis

question résolue presque dans des termes identiques par Théophraste, loc. cit., p. 408, 8 34.

8.6. N'a-t-elle pas d'odeur. Le fait est cerlain, et quand la sueur de la tête parait avoir de l'odeur, c’est que l'on confond l'odeur de la sueur venue de toute autre partie du corps avec la prétendue odeur de la tête. — La plus aérée. On pourrait aussi traduire : « La plus perméable à l'air »:; et cette traduction s'accorderait peut-être mieux avec le contexte. — L'abon-

dance des cheveux, qui supposent des pores nombreux, où l'air peut circuler plus aisément. — Ainsi que tout ce qui S'y trouve.

Comme certaines suppurations ou sécrétions, qui sentent d'autant plus mauvais qu'elles sont plus renfermées.

87. Sue-t-on davantage... C'est un fait qu'ont pu constater tous ceux qui font de violents exercices. L'explication donnée ici peut passer pour fort probable.

— La sueur s'accumule. Physiologiquement, il n’y a là rien

qu'on a cessé. Au contraire, un exercice continu dessèche peu à peu la sueur, comme [6 fait le soleil.

Pourquoi sue-t-on davantage quand on provoque la sueur en l’essuyant à de courts intervalles ἢ.

N'est-ce pas parce que la sueur ne se produit pas seulement par l'humidité, mais aussi parce que les pores sont plus ouverts, et que les corps sont plus perméables ? Si l'on ne fait pas usage de ces lotions, les pores se bouchent, tandis qu'ils s'ouvrent si on se les donne.

Pourquoi, puisque le soleil nous échauffe plus quand nous sommes nus que quand nous sommes

d'impossible. — Comme le fait sort au dehors sous forme de

le soleil, qui dessèche la sueur, dès qu’elle parait à la surface de la peau. Voir dans Hippocrate, Littré, tome VI, p. 571, $8.Voir aussi dans Théophraste, éd. Firmin-Didot, p. 407, ὃ 31, la même question.

ὃ 8. En l'essuyant. J'ai un peu développé le texte pour rendre toute la force de l'expression grecque, où le sens d'Essuyer se trouve implicitement compris. — Par l'humidité. Le texte ne dit pas davantage; maisilest évident que la pensée n'est pas suffisamment exprimée. On comprend du reste qu'il s'agit ici de l'humidité intérieure, qui

sueur. — Plus ouverts. L'explication est exacte, ou du moins elle est très plausible. — Les corps sont plus perméables.

C'est encore le mot de Perméables qui m'a semblé répondre le mieux au mot du texte. Le sens est d'ailleurs évident. Les pores sont ceux de la peau, où la sueur se manifeste ; mais l’intérieur du corps doit aussi être perméable, pour que les liquides puissent y circuler aisément. — De ces lotions. Le texte n’est pas aussi précis. Voir plus loin, 12.

δ 9. Le soleil nous échauffe plus... Voir plus loin, 8 37, la même question, résolue de la

habillés, suons-nous pourtant davantage avec nos habits ?

Est-ce parce que le soleil en nous brülant ferme les pores? Ou bien n'est-ce pas que le soleil dessèche la transpiration, et que cet effet se produit moins quand nous sommes vêtus ?

Pourquoi est-ce le visage qui sue le plus ?

N'est-ce pas parce que la sueur peut sortir davantage des parties qui sont perméables el très humides, comme l’est le visage? En effet, la tête semble être une source d'humidité. La chevelure sue, parce que l'humidité y est très forte; le lieu est perméable et maigre; il est donc tout naturel que la sueur le traverse,

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