Les chiens et les brebis
Dans l'Histoire des animaux, Aristote a consacré tout un chapitre à la question du lait, livre III, ch. 16. Dans le ὃ 15, il indique que la quantité du lait sécrété varie avec la grosseur des animaux ; il n'insiste
gros, tandis que la femme et la vache ont moins de lait proportionnellement à leur dimension ?
N'est-ce pas parce que le lait est employé à grossir le corps, tandis que, dans les autres animaux, il tourne en sécrétion et en résidu? Dans les brebis et les chèvres, tout ce qui se produit de résidu se convertit entièrement en lait. N'est-ce pas aussi parce que ces animaux font bien plus de petits que les grands, et qu'ils ont plus de résidu, ayant plus de petits à nourrir? Ou bien n'est-ce pas encore parce que, vu leur faiblesse de corps, les brebis et les chèvres produisent plus de sécrétion quand elles sont pleines ? Or le lait ne vient que de résidu.
Pourquoi certains animaux, en changeant leur boisson, changent-ils aussi de couleur et ressemblent-
son. Voir l'Histoire des animaux, Livre MI ch ἢ, Ὁ 19.
Septali sépare en trois problèmes distincts ce ὃ 7; les éditions ordinaires l'ont suivi; mais J'édition Firmin-Didot
pas spécialement surles chèvres et les brebis. — Proportionnellement. Pour bien fixer ce rapport, il faudrait faire beaucoup de comparaisons. — À leur dimension. J'ai ajouté ces mots.
— Le lait est employé à grossir le corps. Le texte n'est pas aussi précis. — N'est-ce pas aussi C'est la seconde raison que donne l'auteur, que sans doute la première n'a pas satisfait. — Ou bien n'est-ce pas encore. Troisième raison, qui n'est pas assez claire, et qui n'est pas plus décisive que les précédentes.
S7. En changeant leur bois-
réunit les diverses parties de ce problème : et nous trouvons qu'elle ἃ bien fait. Septali ajoute qu'il ne croit pas qu'Aristote soit l’auteur de cette question, et il suppose qu'elle a été tirée de ses ouvrages par quelque compilateur, comme tant d'autres questions. Voir la Dissertation sur la composition des Problèmes. La conjecture de Septali n'est peut-être
SECTION X, FAITS NATURELS, ὃ 7 291 ils alors aux animaux du pays, comme il arrive aux chèvres, tandis que d’autres animaux ne changent point, par exemple les hommes ? Ou d’une manière générale, pourquoi les uns changent-ils, tandis que les autres ne changent pas, témoin le corbeau, qui ne change jamais ?
N'est-ce pas parce que ce sont ceux dont la nature ne domine pas l'humide, qui ne changent pas, comme les oiseaux, qui aussi n’ont pas de vessie? Et pourquoi ne sont-ce pas les animaux mêmes qui changent, mais les petits qu'ils produisent ? N'est-ce pas parce que les jeunes sont plus faibles que ne le sont leurs
parents D
pas sans fondement pour quelques passages : mais pour l'ensemble de ce recueil, 1] n’est pas du tout impossible qu'il soit l'œuvre d'Aristotelui-même.
Il Qaura pu au contraire employer, pour des livres plus complets, ces questions qui s'étaient présentées successivement à son esprit, et que plus tard il aura mises à profit. — Aux animaux du pays. Le fait est incontestable ; et on peut le constater en partie même sur les hommes. Mais ces changements ne tiennent pas seulement à la boisson; et ils doivent avoir bien d’autres causes. — Témoin Le corbeau, qui est toujours noir, sous tous les climats où il vit, sans que les eaux du lieu aient d'influence
sur son plumage. Aristote,
Histoire des animaux, livre IX, ch. 10, 8 18, dit au contraire que le corbeau peut devenir blanc, par de grands froids. — Ne domine pas l'humide. C'est la traduction fidèle du texte.
Dominer l'humide signifie que les animaux ne peuvent pas digérer la boisson qu'ils prennent, de manière à la rendre sous forme d'urine. — Mais les petits qu'ils produisent. Voir l'Histoire des animaux, livrelIII, ch. 10, ὃ 19. — Sont plus faibles. La faiblesse des jeunes est incontestable ; mais l'effet qu'on attribue à cette faiblesse ne l'est pas autant.
$ 8. Septali croit devoir faire ici une nouvelle série numérique dans le texte grec, tout en continuant pour sa traduction latine commencée. — Les
la série
Pourquoi les males sont-ils ordinairement plus
grands que les femelles ?
N'est-ce pas parce qu'ils ont plus de chaleur, et que c’est la chaleur qui détermine la croissance ? N'est-ce pas aussi parce que les mäles sont complètement formés, tandis que les femelles ne le sont qu'en partie ? N'est-ce pas encore parce que les mâles mettent beaucoup de temps à se former entièrement, et que les femelles en mettent peu ?
mâles. plus grands. Dans l'Histoire des animaux, livre IV, ch. 11, Aristote a comparé, d'une manière générale, le mâle et la femelle; et il est revenu sur ce sujet dans plusieurs passages de son histoire naturelle, dans les Parties animaux, surtout dans le traité de la Génération des animaux ; mais nulle part, il ne s’est arrêté à la comparaison de la grosseur chez les deux sexes, comme il le fait ici. Il signale seulement quelques espèces où la femelle est plus grosse que le mâle; ce qui implique que généralement c’est le contraire quia lieu, dans l'ordre de la nature. — /{s ont plus de chaleur. C'est une hypothèse plutôt qu'un fait démontré.
— Qui détermine la croissance.
I] y a aussi d'autres causes que la chaleur à la croissance des animaux. Cette croissance s’ar-
rêle à un moment de la vie, où la chaleur est aussi forte que jamais, vers l'âge de 20 à 25 ans chez l'homme. — Complètement formés... en partie. Cette assertion ne serait pas exacte, si on la prenait dans un sens général; mais c'est bien une théorie Aristotélique, comme le prouvent une foule de passages de l'Histoire des animaux et des deux traités qui la complètent.
Cette infériorité de la femme relativement à l'homme est devenue une sorte de dogme pendant le Moyen-äâge; et comme le remarque Septali, Albert le Grand a contribué beaucoup à propager cette erreur, bien que Galien l’eût dès longtemps réfutée. — Beaucoup de temps à se former... les femelles en mettent peu. Ce fait est surtout sensible dans notre espèce.
SECTION X, FAITS NATURELS, ὃ 10 259
SE
Pourquoi certains animaux ont-ils une gestation très courte, tandis que d’autres en ont une très longue ?
N'est-ce pas parce que les animaux qui vivent le plus longtemps se forment et s’achèvent plus lentement? Mais ceux qui ont une longue vie ont aussi une longue gestation. Ce ne sont pas cependant ceux qui ont la gestation la plus longue. Ainsi, le cheval a une gestation bien plus longue que l’homme, et pourtant il vit moins. La cause de ce phénomène, c’est la dureté des matrices ; car de même que la terre, quand elle est sèche, est moins féconde, de même la matrice de la jument agit dans le même sens.
Pourquoi les petits de tous les animaux leur ressemblent-ils tant, pour toutes leurs dispositions natu-
8 9. Une gestation très courte, En moyenne, le cheval ne vit
… une très longue. Aristote a particulièrement étudié cette question de la gestation, par rapport à la longévité, dans le Traité de la Génération des animaux, livre IV, ch. 9, et passim. — S'achèvent plus lentement. L’observation est exacte ; et l’on a souvent cité l'exemple de l'éléphant. — Le cheval. Le mot est pris génériquement, bien qu'il s'agisse de la jument. — 7 vit moins. Voir l'Histoire des animaux, livre V, ch. 12, $ 13, et livre VI, ch. 22, $$ 7 et suir.
guère que quinze ou vingt ans; et la gestation est de onze mois; voir l'Histoire des animaux, livre VI, ch. 22, $ 2. — La dureté des matrices. La physiologie comparée ne saurait admettre cette explication; voir l'Histoire des animaux, livre ΠῚ, ch. 1, ὃ 18. — De méme que la terre. La comparaison n'a rien de juste.
δ 10. Leur ressemblent-ils.…...
L'observation est exacte en ce sens qu'en effet, dans l'espèce humaine, les enfants ne res-
relles, tandis que, pour l'espèce humaine, les enfants ressemblent moins à leurs parents ?
N'est-ce pas parce que l’homme, au moment du rapprochement sexuel, a l'âme agitée de bien des manières ? Car, selon les dispositions du père et de la mère, les enfants varient beaucoup. Au contraire, les autres animaux, pour la plupart, ne songent qu'à l'acte lui-même. Il faut ajouter que les animaux ne sont pas remplis et transportés continuellement de ce désir.
Pourquoi les hommes et les chevaux qui sont
blancs ont-ils le plus souvent les yeux bleus ?
semblent pas aussi complètement à leurs parents que, chez les animaux, les jeunes ressemblent à leurs auteurs. Cette différence peut tenir à bien des causes ; et il est possible qu'elle vienne aussi en partie de ce qu’on observe mieux les hommes que les animaux. — À l'âme agitée. L'explication est ingénieuse, si d'ailleurs elle n'est pas suffisante. Aristote ἃ fait une longue étude de la ressemblance des enfants aux parents, Histoire des animaux, livre VII, ch. 6 ; et traité de la Génération des animaux, livre I, ch. 11, et livre IV, ch. 1 et 3. Toutes ses observations sont d’une justesse frappante. — Selon les dispositions du père et de la mère.
Cette cause est bien vague, quoiqu'elle ne soit pas tout à fait fausse ; et qu’en réalité la
constitution et la santé des parents aient une grande influence sur la nature des enfants qu'ils produisent. — Les animaux... L'expression du texte est indéterminée : elle doit se rapporter aux animaux plutôt qu'à l'homme, parce qu'ils n'ont qu'un temps fixe pour l'accouplement, tandis que, dans l'espèce humaine, il peut avoir lieu à toutes les époques de l’année.
Septali a compris qu'il s’agit ici de l’homme et non des animaux.
— Remplis et transportés. n'y a qu'un seul mot dans le texte.
—Continuellement. Ceci se rapporte au rut, qui, chez l'animal, n'a qu'une saison de l'année, tandis que, dans l'espèce humaine, l'appétit du sexe est continuel, durant la plus grande partie de la vie.
δ. 11. Les hommes et les che-
N'est-ce pas parce que les yeux, pouvantavoir trois couleurs, couleur noire, couleur de boue et couleur bleue, la couleur de l'œil suit la couleur du corps ? Or cette couleur est le bleu.
Pourquoi y a-t-1l des nains ? Ou d’une manière plus générale, pourquoi y a-t-il des animaux qui sont très grands et d’autres très petits ?
vaux qui sont blancs. C'est la traduction exacte du grec; mais on ne comprend pas bien ce que l'auteur entend par cette blancheur prêtée aux hommes et aux chevaux. S'agit-il spécialement de la blancheur de l'œil en dehors de J'iris? Il aurait fallu le dire; et il est assez probable que c’est en ce sens qu'il faut interpréter ce passage, qui est obscur par trop de concision. Septali, qui a commenté très longuement ce δ, ne s’est pas arrêté à cette difficulté ; il accepte les Albi homines, les Equi (albi également) sans aucune explication.
— Les yeux bleus. C'est-à-dire l'iris de couleur bleue, et non pas l'œil tout entier. — Les yeux peuvent avoir trois couleurs. Aristote ἃ fait une étude particulière de la couleur des yeux chez l'homme et les animaux, dans le traité de la Génération des animaux, livre V, ch. 1, SS 11 et suiv. — Couleur de bouc. C'est-à-dire, jaunâtre
et brun jaune, comme sont généralement les yeux de l’espèce caprine, male et femelle.
— La couleur de l'œil suit la couleur du corps. Ceci est absolument faux, et il est bien probable qu'il y a eu ici quelque méprise de la part des copistes:; mais les manuscrits ne présentent pas de variantes, d'où l’on puisse tirer quelque sens meilleur. — Or cette couleur est le bleu. L'erreur est encore plus évidente dans cette singulière assertion. Voir plus loin, section XIV,S 14, une théorie sur la coloration générale des yeux, selon les climats froids ou chauds.
S 12. Des nains. pourquoi ÿ a-t-il des animaux. I] faut sousentendre : « dans une même espèce ». La question n'est pas absolument générale ; et par exemple, elle ne consiste pas à savoir pourquoi il y a des fourmis et des éléphants, mais bien pourquoi la même race peut présenter des différences
Voici comment on peut répondre : Il v a pour ceci deux causes, d’abord le lieu, puis la nourriture. Le lieu rend les animaux petits, s’il est fort étroit; et la nourriture, si elle est peu abondante. C’estainsi qu'en prenant les animaux aussitôt qu'ils sont nés, on cherche à les rapetisser ; comme, par exemple, ces très petits chiens qu'on élève dans des cages à cailles. Les animaux sur lesquels c’est le lieu qui agit en ce sens, deviennent des pygmées. Ils ont bien la longueur et la largeur en proportion avec la grandeur de leurs parents. Mais ils sont tout petits; et cela tient à l’étroitesse du lieu qui les renferme, et qui force leurs lignes droites à se replier et à devenir courbes. De même que les chiens qui sont peints sur des enseiones de boutiques, tout en étant assez petits, semblent avoir une largeur et une épaisseur ordinaires, de même les pygmées ont une apparence analogue. Mais quand c’est par défaut de nourriture que les animaux ne se développent pas, ils ont des membres d'enfants, qui sont tout à fait petits, quoiqu'ils soient
aussi considérables. — On peut répondre. Ou, « se rendre compte » deceschangements».— Le lieu, comme les cages dont il est question plus bas. — Des pygmées. Qui sont aussi des nains, qu'ont produits la volonté et le caprice de l'homme. — En proportion. Sous entendu :
« Réduite ». — Leurs lignes droites. En d'autres termes, « les membres ». — À devenir courbes. C'est peut-être exagéré; les lignes ne se courbent pas ;
mais le développement régulier ne peut se produire. — Les chiens qui sont peints... La comparaison nest pas frappante. — De méme les pygmées.
ΤΊ faudrait avoir vu les peintures des enseignes pour juger jusqu'à quel point le rapprochement peut être exact. — Par défaul de nourriture. C'est la seconde cause indiquée plus haut. — D'enfants. Cette expression spéciale à la race humaine doit s'appliquer également aux petits
SECTION X, FAITS NATURELS, ὃ 13 263
bien proportionnés, comme les petits chiens de Malte. La cause en est que la nature n'agit pas sur eux comme le lieu peut agir.
Pourquoi y a-t-il des animaux qui peuvent provenir les uns des autres, tandis que d’autres animaux ne peuvent provenir que de combinaisons semblables à celle que leur génération ἃ pu d’abord présenter ?
Est-ce qu’il est vrai, comme les naturalistes Île prétendent, que l'origine première des animaux soit venue des changements et des bouleversements énormes du monde et de l'univers tout entier; et que,
des animaux. — Les petits chiens de Malte. Outre l’île bien connue de ce nom, il y avait une autre ile nommée de même par les Anciens, sur les côtes de 'Π|γrie. D’après Callimaque, cité par Pline, Histoire naturelle, III, 30, 3, édit.et trad. Littré, p.
180, c'est de là que venaient ces petits chiens. IL faudrait alors nommer cette autre île Mélita, pour la distinguer de Malte.
ὃ 13. Provenir les uns des autres... leur génération a pu d'abord présenter. Septali trouve avec raison qu'il n’y ἃ pas de question plus difficile que celleci; au lieu de commenter le texte d'Aristote, il passe en revue les diverses théories sur l’origine des êtres animés ; et 1] donne sa théorie personnelle sur cet obscur sujet, qui est de nos jours encore l'occasion de
tant de controverses. Septali a ie mérite de ne pas croire aussi aveuglément qu'on le faisait de son temps à la génération spontanée, sortant de la putréfaction.
Il attribue cette génération à la chaleur solaire, et même à l'intervention de Dieu. — Les naturalisles. Il est à regretter que l'auteur ne désigne pas nommément les naturalistes dont il veut parler. — Est venue des changements et des bouleversements énormes. C'est encore l'opinion des évolutionnistes de notre temps; et l'on voit que cette théorie, qui fail aujourd'hui tant de bruit, est fort ancienne. Il est vrai que nous en savons davantage, par suite des observations accumulées :
mais le fond du mystère n’en reste pas moins impénétrable ; il le sera toujours. Mais l'An-
quand il faut que les animaux naissent de nouveau, des mouvements analogues sont de nouveau nécessaires ? Le point de départ est ce qu'il y a de plus important dans toute œuvre, puisque c’en est la moitié; et que c’est le germe qui est ici le point de départ. Ainsi, pour les animalcules et pour les animaux qui ne naissent pas les uns des autres, c’est la petitesse du germe qui fait qu'ils naissent de la même façon qu'ils sont nés à l’origine. Quand l'animal est plus petit, son principe est plus petit aussi. Les changements sont alors suffisants pour que son germe soit produit ; et c'est en effet de cette manière que les choses se passent; car les animaux se produisent surtout par ces changements. Seulement, le changement est plus grand pour un grand animal.
Pourquoi certains animaux ont-ils beaucoup de petits, comme le cochon, le chien, le lièvre, tandis
tiquité s'en était préoccupée comme l’auteur semble le croire.
comme nous. Îl était peu probable en effet que ce problème échappät à l'intelligence grecque. — Le point de départ. ei, c'est l'origine des êtres et du monde. — C'est la petitesse du germe. C'est cette extrême petitesse qui a empêché les Anciens, dépourvus des instruments indispensables, de voir les choses comme nous les voyons, et qui les ἃ poussés à la théorie de la génération spontanée. Mais cette petitesse n’explique pas du tout l'origine,
— Son germe soit produit. Il est absolument démontré par la science contemporaine que tout êlre animé a des parents auxquels il ressemble ; la vie vient toujours de la vie; et selon la profonde formule d'Aristote, c'est l'homme qui engendre l'homme. — Par ces changements. Cette indication est tellement vague qu’elle ne peut pas servir à faire comprendre la pensée réelie de l'auteur.
δ 1%. Certains animaux ontils beaucoup de petits. Aristote
SECTION X, FAITS NATURELS, ὃ 15 265
que d’autres n'en ont pas de si nombreux, par exemple, l’homme, le lion ὃ
N'est-ce pas parce que ceux-là ont beaucoup de matrices avec des formes en même nombre, et qu'ils désirent l’accouplement qui remplit les matrices où se répartit la semence, tandis que c’est le contraire chez les autres ?
Pourquoi l’homme est-il, de tous les animaux, celui qui, proportion gardée, a le moins de distance entre les veux ?
N'est-ce pas parce que c'est l’homme qui, de tous les animaux, est le plus conforme à la nature ? Or la
a traité cette question, appliquée δ 15. L'homme... a le moins
à plusieurs espèces parliculières, dans l'Histoire des Animaux, passim ; et la question générale, dans le Traité de la Génération des animaux, livre IV, ch. 4. — Ceux-là ont beaucoup de matrices. C’est une erreur manifeste ; et l'exemple bien compris de la multiparité dans l'espèce humaine était suffisamment elair.
— Avec des formes en même nombre. C'est supposer qu'il y a autant de matrices que de petits ; il n'en est rien. — C'est le contraire. C'est-à-dire qu'il u y a qu'une seule matrice. Pour réfuter cette singulière théorie, il n'y avait qu'à se rappeler que le nombre des petits est variable ; le nombre des matrices le serait donc aussi.
de distance entre les yeux. La question est curieuse ; et il ne semble pas que, depuis Aristote, personne l'ait agitée de nouveau. Le fait n’est peut-être pas fort exact; et pour s'en assurer, il faudrait multiplier les mensuralions précises sur l'homme et sur une foule d’animaux. L'Antiquité n’était pas assez avancée pour les faire, quelque faciles qu'elles fussent; et la science moderne ne paraît pas y avoir songé. — Le plus conforme à la nature. Cette assertion est bien vague ; mais elle atteste que les Anciens se formaient de la nature de l'homme une haute idée: et qu'ils le regardaient comme un être privilégié. Mais quelle était
sensation, selon les lois naturelles, doit avoir lieu en avant; et il faut voir devant soi l’objet vers lequel le mouvement nous porte. Plus la distance entre les yeux est grande, plus les regards se portent de côté. Ainsi, pour être conforme à la nature, il faut que l’intervalle soit le plus petit possible; car à cette condition, on se dirigera le plus sûrement en avant. Comme les autres animaux n’ont pas de mains, 11 faut nécessairement qu'ils regardent de côté. Aussi, leurs veux sont-ils à une distance plus grande; et c’est ce qu'on peut remarquer surtout sur le bétail, parce que ces animaux spécialement marchent en baissant la tête.
Pourquoi, parmi les animaux, les uns n’ont-ils jamais de pollutions nocturnes ? Pourquoi les autres n'en ont-ils que très rarement ?
N'est-ce parce qu'aucun animal ne se couche sur
cette nature dont l'homme est contre Anaxagore sur l'usage
la plus fidèle image? — Doit des mains; Traité des Parties avoir lieu en avant. L'observa- des animaux, livre IV, ch. 10,
tion est vraie pour tousles sens, mais surtout pour la vue.— Plus les regards se portent de côté.
I] y ἃ des animaux, comme le bison, sur lesquels cette organisation est très sensible; ce qui ne veut pas dire absolument que ces animaux aussi ne voient pas directement devant eux. — Pour étre conforme à la nature.
Même remarque que plus haut.
Quelle est précisément cette nature ἢ — Les autres animaux n'ont pas de mains. Voir l'admirable discussion d'Aristote
δὲ 14 et suiv. ; et aussi livre IT, ch. 4, 8 9. — En baissant la tête. C’est déjà le même sentiment qui plus tard inspirera à Ovide les beaux vers que l'on sait. La muse latine était l'écho de la sagesse grecque.
δ 16. De pollutions nocturnes.
Il n'est pas directement question de l’homme dans ce problème ; mais cependant c'est à lui que pense l'auteur, dans la comparaison qu'il fait entre les divers animaux. — Aucun animal ne se couche sur le dos. L'explica-
ss
hé LD Le.
SECTION X, FAITS NATURELS, ὃ 18 267
le dos, et qu'il n'y a de pollution que quand on se couche ainsi ? Mais n'est-ce pas encore parce que les autres animaux ne rêvent pas, comme l’homme, et que la pollution ne se produit jamais sans l'influence de Pimagination ?
AE
Pourquoi certains animaux peuvent-ils mouvoir le tête, tandis que d’autres ne le peuvent pas ?
N'est-ce pas parce que certains animaux n'ont pas de cou, et que, par suite, il est bien impossible à ces animaux-là de mouvoir leur tête ?
Pourquoi l’homme est-il, de tous les animaux,
celui qui éternue le plus ?
N'est-ce pas parce que l’homme ἃ de larges canaux dans lesquels circulent l'air et l'odeur ? Quand ces
tion est exacte, en se bornant à ce simple fait; mais l'homme peut avoir des pollutions nocturnes, sans être couché sur le dos, bien que cette position dans le sommeil soit la cause la plus fréquente de ces accidents. — Jl n'y a de pollutions.
C'est exagéré. — Les autres animaux ne révent pas. Les animaux rêvent aussi ; mais on ne saurait dire si c'est sous Îles mêmes influences que l'homme.
— Ne se produil jamais. C'est trop dire, etil peut arriver souvent que la pollution se produise
sans être accompagnée d'aucun rêve.
δ 17. Certains animaux n'ont pas de cou. Sur les fonctions du cou chez les diverses espèces, voir l'Histoire des animaux, livre II, ch. 1, $ 2, et surtout le Traité des Parties des animaux, livre IV, chapitres 10 et 11.
S 18. L'homme... éternue le plus. La même question est reproduite plus loin, ὃ 54, et résolue autrement. On la retrouve encore section XXXIII, $ 10; et elle est résoluc dans ce passage comme dans celui-ci. —
canaux se remplissent d'air, l'homme éternue. Ce qui prouve bien la largeur de ces canaux, c’est que l'homme est l'animal qui a le moins d'odorat. Plus les canaux sont étroits, plus la perception est vive. Si donc l'humidité, qui, en se vaporisant, produit l’éternuement, entre en plus grande quantité et plus souvent dans de larges canaux, et si les hommes ont plus que les autres animaux des canaux ainsi faits, 1] est tout simple qu'ils éternuent davantage. Ou bien, n'est-ce pas parce que le nez n’a presque pas de longueur, de telle sorte que l'humide, qui s’y échauffe, peut vite y devenir de l'air? Dansles autres animaux, l'humide se refroidit avant l’éternuement, à cause de la longueur de l'organe.
Pourquoi chez aucun animal la langue n'est-elle grasse ?
Quand ces canaux se remplissent d'air. Ce ne peut pas être la la cause de l’éternuement, puisque l'air circule constamment dans ces canaux pour la respiration. Voir Béclard, Traité élémentaire de physiologie humaine, 6° édition, p. 957. --- Qui a le moins d'odorat. Le fait n’est rien moins que certain. S'il est vrai que quelques animaux ont l’odorat beaucoup plus devéloppé que l'homme, il en est d’autres aussi chez qui ce sens l’est bien moins que chez lui. — Plus la perceplion est vive. 1] est bien douteux que ce soit là la vraie
cause des différences. — ZL’humidité, qui, ense vaporisant. La physiologie actuelle n'admet pas cette explication. — Le nez n'a presque pas de longueur. Ceci encore est inexact; et la plupart des animaux ont le nez plus court que l'homme. Du reste, l'éternuement est un phénomène assez délicat, qui n’a peut-être jamais été assez étudié.
ὃ 19. Πα langue n'est-elle grasse ? Aristote s'est beaucoup occupé de l'organisation de la langue dans toute la série animale ; voir l'Histoire des animaux, livresIlf, IV, V,etc.etpas-
SECTION X, FAITS NATUREIS, 8 21 269
N'est-ce pas parce que tout ce qui est gras est épais, et que la langue doit, par sa nature, être peu dense, afin de percevoir les saveurs ?
Pourquoi les femelles s'accroupissent-elles pour uriner, tandis que les mäles ne le font pas Ὁ
N'est-ce pas parce que la vessie des femelles est plus reculée, plus profonde et plus large ? Chez elles, la matrice est placée entre le siège et la vessie, de telle sorte qu'il y a besoin de plus de force pour expulser le liquide, à cause de la position écartée de la matrice. L'urine sort avec force, chassée par l'air.
Pourquoi tous les animaux qui ne volent pas perdent-ils leurs poils en hiver, saufle cochon ? Ainsi, le
chien et le bœuf perdent leurs poils.
sim ; et le Traité des Parties des Animaux, livre IT, ch. 16 et 17, — Peu dense. I] aurait fallu dire qu'elle est spongieuse ; car le fait est de toute évidence.
820. S'accroupissent-elles pour uriner. L'observation est exacte; et quelle que soit la valeur de l'explication ici donnée, la question vaut au moins la peine qu'on la pose. — La vessie des femelles. La physiologie moderne n'accepte pas peut-être cette explication; mais il est certain que c’est dans l’organisation anatomique qu'il faut chercher la cause de cette différence. — Chassée par l'air. Ceci
n'est pas exact ; l'action de l'air n'entre pour rien dans le phénomène, et ce n'est pas l'air qui détermine les contractions de la vessie nécessaires à l'urination.
Voir Béclard, Traite élémentaire de physiologie humaine, p. 512, 6e édit. Bien des physiologistes ont omis de signaler cette différence entre les deux sexes,
δ 21. Tous les animaux. C'est exagéré ; et tous les animaux «qui ne volent pas» ne sont point dans ce cas. — Sauf le cochon. Peut-être faudrait-il plutôt dire : « la truie » à cause de ce qui suit: La chaleur qui
N'est-ce pas parce que le cochon a beaucoup de chaleur, et que les poils naissent de la chaleur dans cet animal ? C’est la graisse qui produit cet effet. Chez les autres animaux, les poils tombent, soit parce que l'humide se refroidit, soit parce que la chaleur qui leur est propre ne suffit pas à la coction de la nourriture. Ou bien encore, n'est-ce pas parce que l'humidité qui est dans la truie ne souffre aucun changement ? La nourriture subissant alors une coction complète, l'animal ne perd pas ses poils ; et quand il y a quelque cause qui amène la perte des poils, la graisse suffit pour l'empêcher. Le bétail et l’homme ne subissent pas cette perte, parce que leur poil est bien fourni et épais. Le froid ne pénètre pas assez profondément pour coaguler l'humidité et empècher la chaleur de faire la coction.
Pourquoi les poils des moutons deviennent-ils plus
est dans la truie. — Le chien.
Les chiens à poils ras ne semblent pas perdre leurs poils en hiver, — Le cochon a beaucoup de chaleur. 11 s'agit bien ici du cochon, puisque l'article en grec est au masculin ; plus bas, un pronom démonstratif sera mis au féminin, et s'adressera à la truie. Ces divergences ne sont pas très importantes ; mais il convient de ne pas les omettre.
— Qui est dans la truie. Ici le pronom est, dans l'original, mis au féminin ; mais ce qui est dit de la truie ne s'applique pas
moins au cochon. — Le bétail.
Ou peut-être : « les moutons ».
— Leur poil est bien fourni.
Ceci s'applique à la race ovine ; mais ne s'applique pas à la race humaine. On peut donc croire que ces mots : « Et l'homme », sont une interpolation, ou une erreur de copiste.— Le froid ne pénèlre pas assez profondément.
Cecin'est vrai que des moutons.
8.22. Les poils. Aristote a fait une très intéressante étude du pelage des animaux en général, Traité de la Génération des Animaux, livre V, ch. 3, 4 et 5. —
SECTION X, FAITS NATURELS, $ 22 ΠΗ doux à mesure qu'on les coupe, tandis que ceux de l'homme deviennent plus durs ἢ
N'est-ce pas parce que les poils des moutons sont superficiels ? On peut les arracher sans faire de mal à la bête, parce que le principe de leur nutrition, qui est dans la chair, reste sans subir aucune altération. Alors, les résidus de sécrétions s'exhalent pluscomplè-
tement, parce que les pores sont ouverts ; et la laine continue à prendre la nourriture propre de la chair. Or la chair ne se nourrit que de matières molles et douces. Au contraire, les poils chez l'homme viennent du fond, et on ne les arrache qu'avec une certaine force et quelque douleur. La preuve, c'est qu'on fait ainsi jaillir le sang. Le lieu ayant été une fois blessé, il s’y fait même des cicatrices. A la fin, les poils repoussent après qu'on les ἃ arrachés; mais en repoussant, ils sont durs, parce qu'il leur manque toute la partie nutritive de la chair, et qu'ils ne viennent plus que des résidus. Ce qui le prouve bien,
différences que celle qui résulte de la diversité des fonctions organiques.— Viennent du fond. Les
Deviennent-ils plus doux. Le fait n'est peut-être pas exact pour les moutons.— Ceux de l’homme
deviennent plus durs. C'est sans doute ce qui fait quon hésite toujours à couper les cheveux des jeunes filles. — Sont superficiels. C'est-à-dire qu'ils ne sont pas enfoncés dans la peau autant qu'ils le sont chez d'au-
tres espèces. — Les résidus de sécrétions. 1 n'y a qu'un mot dans l'original. — La nourriture
propre de la chair. La chair a la nourriture commune de tout le corps, quiest le sang ; iln'y a de
poils comme les cheveux ont un bulbe, qu'on ne peut arracher qu'avec un certain effort et avec quelque douleur. — Jaillir le sang. C'est exagéré. — Des cicatrices. S'il se forme des cicatrices, elles sont presque imperceplibles. — Que des résidus. Il n'est pas probable que ce soit la vraie cause de la rudesse des poils. — Ce qui le prouve bien.
Cette preuve prétendue n'est pas assez directe, — De tous les
c’est que les cheveux de tous les peuples méridionaux sont durs, parce que la chaleur du dehors, pénétrant profondément, fait évaporer la nourriture, qui est bien cuite. Au contraire, les cheveux des peuples du Nord sont très doux. En eux, le sang est plus à la surface, ainsi que les humeurs douces ; et voilà comment ils ont un beau teint.
Pourquoi la laine des moutons devient-elle d’autant plus rude qu'elle grandit davantage, et qu'au contraire, les cheveux de l’homme deviennent plus doux ?
N'est-ce pas parce que la laine des moutons, ayant la nourriture, qu'on vient de dire, loin du principe, est moins nourrie ; et que leur nourriture, étant mal cuite par la chaleur, sort aisément de leurs corps, et s'évapore ἢ En se desséchant, les poils durcissent,
peuples méridionaux.....…. des peuples du nord. Le contraste est très réel ; et la chevelure des nègres le démontre suflisamment. — 75 ont un beau teint.
Probablement l’auteur fait allusion à la blancheur du teint des peuples du Nord, comparativement au teint de plus en plus foncé de ceux du Midi.
δ 23. D'autant plus rude qu'elle grandit davantage. Ce n'est peut-être pas que la laine devienne plus rude ; mais étant plus longue, elle se salit davantage, et l'ordure la rend plus raide. — Deviennent plus doux.
Ce n'est pas non plus que les cheveux eux-mêmes deviennent plus doux; mais étant plus longs, ils offrent moins de résistance et sont plus flexibles.
Ils sont d'ailleurs en général plus soignés que les poils de Ia bête. Q'on vient de dire. Dans le ὃ précédent. — Loin du principe. Ceci est bien vague; et sans doute l’auteur veut dire que la laine est d'autant plus mal nourrie que le poil, en grandissant, s'éloigne davantage de la peau qui en est le principe. — Mal cuite. Il y a des manuscrits qui disent le contraire: « bien
SECTION X, FAITS NATURELS, $ 24 273 tandis que c’est l’humide qui est mou. Les cheveux de l’homme sont plus courts ; mais ils sont plus près du principe. La coction s’y fait mieux, parce qu’ils sont plus courts; et la nourriture bien digérée rend le cheveu plus doux. En effet, tout ce qui est bien cuit est plus tendre que les matières mal cuites. Le poil de l’homme vient d’une plus grande sécrétion
et de plus de résidu que celui du mouton. Ce qui le prouve bien, c'est que la laine des jeunes moutons
est plus douce que celle des vieux.
Pourquoi les hommes velus et les oiseaux sont-ils lascifs ἢ
N'est-ce pas parce qu'ils sont d’une nature chaude et humide ? Or, il faut ces deux conditions pour Faccouplement. La chaleur en effet sécrète, et l’humidité est sécrétée. C’est là aussi ce qui fait que les boiteux sont lascifs. Chez eux, la nourriture ne se dirige
cuite ». Septali adopte cette dernière lecon. J'ai préféré l’autre, qui s'accorde mieux avec le contexte, et que donne l'édition Firmin-Didot. — Qui est mou.
Il vaudrait mieux dire : « Qui fait la mollesse ». — Plus près du principe. C'est-à-dire, de la peau et du bulbe, qui est leur origine. — Plus tendre que les matières mal cuites. On ne doit pas attacher à ces théories, trop insuffisantes par leur généralité, plus d'importance qu'il ne convient. — Ce qui le prouve bien.
Teil
Cette preuve prétendue n'a rien de péremptoire.
8 24. Les hommes velus et les oiseaux. Voir plus haut la même question, résolue d'une manière un peu différente, section IV, ὃ 32.— Les oiseaux. Il y en a en effet qui sont très lascifs, comme les passereaux; mais il y à beaucoup d'espèces volatiles qui ne le sont pas; et, en général, les oiseaux de proie. — D'une nature chaude et humide. C'est là une théorie habituelle à Aristote. — Les boiteux sont lascifs.
274 LES PROBLÈMES en bas qu’en faible quantité, à cause de l'infirmité de leurs jambes. Elle se dirige abondamment dans la