DE L'INFLUENCE DE LA TEMPÉRATURE
L'excès du froid et l'excès de la chaleur produisent le même effet sur le caractère et le visage ; conservation du blé dans la contrée froide du Pont-Euxin; action du froid sur les inflammations; conformation des Ethiopiens et des Egyptiens ; influence du vent du midi sur les naissances ; influence d’une atmosphère marécageuses sur les plaies ; influence du climat sur la longévité et sur l'intelligence ; coloration des marins; étés de chaleur étouffante dans les climats froids ; couleur bleue ou noire des yeux selon les climats; influences du climat sur l'esprit et Île
courage.
Pourquoi les peuples qui vivent dans un froid excessif ou dans une chaleur excessive, ont-ils le caractère, et même la mine, farouche ?
N'est-ce pas par la même raison ? La température, quand elle est tout ce qu’elle doit être, est avantageuse même à l'esprit, tandis que les températures excessives nous mettent hors de nous ; car, de même
S1. Les peuples qui vivent.
Le texte est moins précis.— Un froid excessif. une chaleur excessive. Le fait est certain. Avant Aristote, Hippocrate avait signalé cette influence du climat dans son admirable Traité des airs, des eaux et des lieux; voir Hippocrate, Littré, tome II.
Aristote lui-même fait des théo-
riesanalogues dans sa Politique, livre IV (5), ch. 6, de ma traduc-
tion. — Le caractère. C'est le moral.— La mine. C'est le physique. — Avantageuse méme ἃ
l'esprit. Cette influence intellectuelle n’est pas plus douteuse que l'influence matérielle. —/ors de nous. L'expression grecque a la même force; on pourrait
qu’elles bouleversent le corps, elles ne bouleversent pas moins l'équilibre de l'esprit.
Pourquoi, dans la contrée du Pont-Euxin, le blé qui ἃ été enfoui en hiver se conserve-t-il pendant plusieurs années ?
N'est-ce pas parce que le liquide étranger se vaporise et est expulsé avec la chaleur, comme on le voit pour les raisins ? Car certaines matières sont desséchées par le froid; d’autres le sont en même temps que la chaleur se dissipe.
Pourquoi est-ce surtout dans les régions les plus froides que les maladies inflammatoires se multiplient le plus ?
N'est-ce pas parce que le froid retient et accumule
traduire aussi: « Nous exas- encore aujourd'hui dans ces père ». — L'équilibre. Le texte contrées. — Desséchées par le
dit : «La crase, le tempérament »
de l'esprit.
$S 2. Dans la contrée du Pont- Euxin. Les Grecs pratiquaientle Pont-Euxin, à cause du voisinage, beaucoup plus que nous ne pratiquons aujourd'hui la Mer Noire, — Se vaporise et est expulsé. 1] n'y a qu'un seul mot dans le texte; mais 1] ἃ ces deux nuances. — Pour les raisins. Que sans doute on faisait alors dessécher, comme onlefait
froid. Le froid congèle plutôt qu'il ne dessèche.Voir plus loin, section XXV, $ 6 et suiv.
δ 3. Les maladies inflammatoires. Ou, « les fièvres ardentes ». Voir plus haut, section I, ὃ 29 et 8 20. Le mot grec est Causos. L'école Hippocratique a beaucoup étudié cette affection. Voir Hippocrate, Littré, tome II, pp. 395 et suiv.; et passim. — Retient et accumule.
Ii n’y a qu'un seul mot dans le
PC
SECTION XIV, DE LA TEMPÉRATURE, ὃ 5 8399 la chaleur à l’intérieur? Dans la saison chaude, c'est tout le contraire ; et c’est l’intérieur qui est plus froid. Mais l'inflammation est une fièvre qui survient quand les organes extérieurs sont refroidis ; et alors, elle produit à l’intérieur une chaleur excessive.
Pourquoi les Éthiopiens et les Égyptiens sont-ils cagneux ?
N'est-ce pas parce que, de même que le bois se contourne en se desséchant, de même les corps des êtres vivants sont également affectés? On peut le voir aussi par leur chevelure; ils ont les cheveux frisés, et la frisure est aussi une contraction des cheveux.
Pourquoi, quand le vent du midi vient à régner,
texte. — C’est l'intérieur qui est plus froid. Physiologiquement, c'est une erreur ; et la chaleur du dehors est bien rarement plus forte que celle du dedans, qui se maintient d'ordinaire à 36° ou 37° centigrades. — Une chaleur excessive. Les fièvres ont en général des causes intérieures plutôt que des causes extérieures.
8 4. Sont-ils cagneux. Il est probable que l'auteur avait tiré cette conclusion de quelques cas isolés qu'il avait observés personnellement ; mais il avait conclu un peu vite du particu-
lier au général. Les Égyptiens et les Ethiopiens (ou nègres) ne sont pas cagneux plus souvent que les blancs. — Le bois se contourne. La comparaison est assez singulière, et elle n’est pas juste.— Par leur chevelure. Voir le Traité de la Génération des animaux, livre V, ch. 8, 858 10 et suiv., où Aristote a étudié la frisure des poils et des cheveux.
8 5. Le vent du midi. Aristote a exprimé les mêmes idées dans le Traité de la Génération des animaux, livre IV, ch. 2; et 1] s'appuie surtout sur le témoi-
les accouplements produisent-ils des femelles en plus
grand nombre ?
N'est-ce pas parce que le liquide, qui est alors en plus grande quantité, s’épaissit plus lentement? Or,
par le vent du midi, l'humidité de la température
rend le sperme plus liquide.
Pourquoi, dans les ulcérations, les plaies de tête guérissent-elles promptement, tandis que les plaies de jambes ont beaucoup de peine à guérir ?
N'est-ce pas parce que l'humidité est lourde à cause
gnage des bergers. Les faits recueillis d'après cette autorité sont bien peu certains ; et les explications ne sont pas plus exactes. On ne sait pas même aujourd'hui ce qui produit la différence des sexes; et 1] est possible que ce soit là un de ces mystères qui resteront toujours
impénétrables. — Le liquide.
Ou plus précisément, «la liqueur séminale ». — Le sperme
plus liquide. Ce qui prouve péremptoirement la fausselé de cette théorie, c’est que le rapport entre le nombre des mäles et des femelles est à peu près constant ; il ne varie donc pas avec les individus et avec l'influence des saisons et du climat.
S6. Dans les ulcérations. J'ai adopté cette variante, qui est absolument d'accord avec le contexte, tandis que la lecon ordinaire, « Dans les contrées
marécageuses», n’a pas de sens.
Plus haut, section I, $ 18, j'ai dû faire la même correction. Il est évident qu'il s'agit du corps humain, où les plaies de la tête guérissent plus aisément que celles des jambes.— L’humidité est lourde. Cette explication n'est pas très satisfaisante, et il semble qu'il était facile de comprendre que les jambes, portant tout le poids du corps, s’engorgent plus fréquemment que les parties supérieures, et notamment la tête. La variante, que j'ai préférée ici, comme plus haut, s'appuie tout à la fois sur la vieille traduction latine et sur celle de Gaza. C'est peutêtre le problème suivant, où il est question de l'influence des marais sur la santé des habitants, qui aura causé la confusion. Voir Hippocrate, Littré, tome III, le Traité sur les plaies de tête.
de sa nature terreuse, et que les choses lourdes tombent dans le bas ? Les parties placées en haut ont une coction aisée, parce qu’elles sont débarrassées de tout ce qui est descendu; au contraire, les parties basses sont remplies d'une excrétion qui se pourrit facilement, à cause de son abondance.
ΕΣ Le
Pourquoi vieillit-on lentement dans les lieux où l'air est bon, tandis qu'on vieillit plus vite dans les régions basses et marécageuses ?
N'est-ce pas parce que la vieillesse est une sorte de pourriture, et que tout ce qui reste en place se gâte ? Au contraire, le mouvement fait que les choses ne se gatent pas, ou se gätent moins, comme on le voit pour l’eau. Dans les lieux élevés, bien exposés au vent, l’air est en un mouvement continuel ; dans les lieux bas, il est en repos. De plus, dans les lieux élevés, l'air est très pur à cause de son agitation; car il se renouvelle sans cesse ; mais dans les régions marécageuses, il ne bouge point.
8. 7. Veillit-on lentement... La question, exposée dans ce ὃ οἱ les suivants, avait été admirablement étudiée par Hippocrate dans le Traité des Airs, des eaux et des lieux, tome II, pp. 12, 93, édit. et trad. Littré. Il n'est pas d'ailleurs certain que le climat ait une action si décisive sur la longévité, qui tient surtout au régime que suivent les individus. — Une sorte de pourriture.
Le mot grec n'est pas moins fort. — Ou se gâtent moins. La restriction est exacte. — 21 est en repos. Ceci dépend surtout du vent qui souffle ; et les lieux bas peuvent être atteints, sans l'être peut-être autant. — L'air est très pur. Sur les montagnes en effet, l'air est très particulièrement pur ; et de là, son action fortifiante. — Jl ne bouge point.
C'est exagéré.
Pourquoi, dans Îles climats chauds, les hommes sont-ils peureux, et pourquoi sont-ils braves dans les climats froids ?
N'est-ce pas parce que la nature des hommes est toute contraire à celle des lieux et des saisons, attendu que, si les dispositions étaient les mêmes, les hommes y seraient nécessairement bientôt brülés ? Or ceux dont la nature individuelle est chaude sont courageux ; les lâches sont ceux qui sont naturellement froids. Ainsi, il arrive que les habitants des climats chauds se refroidissent, et que ceux des lieux froids sont chauds naturellement. Cependant les uns et les autres sont fort grands, ceux des climats froids par la chaleur qui est originellement en eux; ceux des climats chauds, par la chaleur propre au pays. Dans les tempéraments chauds, la chaleur naturelle fait grandir ; le froid, au contraire, resserre. Il est
ὃ 8. Dans les Climats chauds.
Voir la même question répétée dans des termes identiques, $ 16.
— Peureux... braves. Ces généralités ne sont pas très exactes; mais elles ne sont pas non plus absolument fausses. — Des hommes. J'ai ajouté ces mots qui me sembleut indispensables, puisque la nature est opposée, dit l'auteur, aux lieux et au climat.— Les dispositions étaient les mêmes. C'est-à-dire, si les hommes étaient chauds ou froids en même temps que le climat. —
Bientôt brûlés. Le texte ne peut pas avoir un autre sens; mais la théorie est excessive, et le climat ne va jamais jusqu'à cet excès qui le rendrait inhabitable. — Se refroidissent. Parce que leur tempérament est le contraire du climat où ils vivent.
— Sont fort grands. Ceci n’est pas exact, et dans les climats extrêmes, les hommes sont petits, les Esquimaux et les Samoyèdes au nord, les Nyam- Nyam (ou pygmées) au midi. — La chaleur naturelle. J'ai ajouté
SECTION XIV, DE LA TEMPÉRATURE, S 9 408 donc tout simple que les uns et les autres grandissent beaucoup, les uns, ayant en eux-mêmes le principe dela croissance; les autres n'étant pas arrêtés dans leur développement par le froid du dehors. Quant à nous, nous sommes moins grands, d'abord parce que nous avons en nous un principe de force moins puissant, et ensuite parce que les peuples qui habitent des lieux froids, sont tout resserrés sur eux-mêmes.
Pourquoi sont-ce les habitants des climats chauds qui vivent le plus longtemps ?
N'est-ce pas parce qu'ils ont une nature plus sèche, et que ce qui est plus sec est moins corruptible et plus durable, attendu que la mort est une sorte de pourriture? N'est-ce pas aussi que la mort est le refroidissement de la chaleur intérieure, puisque tout corps se refroidit sous l'influence d’un milieu ambiant et plus froid ? Or, l’air ambiant est chaud dans les climats chauds; il est froid dans les pays froids. I]
l'épithète. — Grandissent beaucoup. Ceci n'est pas conforme aux faits.— Quant à nous. Ceci se rapporte au climat de la Grèce, qui est tempéré. — Qui habitent des lieux froids. 1] semble qu'il y a dans cette dernière phrase quelque contradiction avec ce qui précède.
Septali trouve, non sans raison, que tout ce $ est obscur; mais son long commentaire ne l'éclaireit pas suffisamment. Nous
ne nous flattons pas d'avoir fait beaucoup mieux.
ὃ 9. Qai vivent le plus longtemps. De nos jours, la science statistique pourrait contester l'exactitude de cette assertion.
C'est pourtant dans les climats tempérés que la vie est Ja plus longue. Voir plus haut, ὃ 7, une théorie qui se rapproche de celle-là. — Une nature plus sèche. Cette remarque est exacte.
— Une sorte de pourriture.C'est
en résulte que, dans les climats froids, la chaleur qui est en nous dépérit plus vite et d'une manière plus
complète.
Pourquoi, dans les climats chauds, la vie est-elle
Er plus longue :
N'est-ce pas parce que le chaud et l’humide s’y conservent mieux ? Car la mort n’est que la destruc-
tion de l’un et de l’autre.
Pourquoi, dans les lieux marécageux, sommes-nous portés davantage au sommeil ?
N'est-ce pas parce que, dans ces contrées, nous sommes plus refroidis ? Or, le refroidissement est une sorte de repos ; et le repos prédispose à dormir.
la
Pourquoi les mariniers, bien que vivant sur l’eau, ont-ils un teint plus coloré que les habitants des ma-
r'ais ?
ce que l'auteur vient déjà de dire, $ 7. — La chaleur... dépérit plus vile. Ou « s'épuise ».
Cette action délétère du froid n’est pas prouvée. Voir aussi le $ suivant.