FRUITS DE L'AUTOMNE
Goût des fruits mangés avant ou après le repas ; les choses douces rassasient plus vite que les choses amères ; conservation des fruits dans des vases bien fermés; goût du vin bu après des fruits : effet des friandises et du dessert ; nécessité de boire après les fruits ; manière de manger les figues; saveur du vin, bu après qu’on a mangé des aliments rêches ; dessiccation des figues; saveur des aliments selon qu'ils sont chauds ou froids ; emploi de la paille ; action des figues sur les dents ; difficulté de broyer
les pépins.
Pourquoi la même personne, selon qu'elle mange des fruits avant ou après d’autres aliments, ne se sent-elle pas proportionnellement rassasiée et rem-
plie ἢ
N'est-ce pas parce que les fruits sont beaucoup plus lourds que les aliments ordinaires ? C’est ce qu’on voit bien quand on mange des figues ; on a beau les manger en dernier lieu, ce sont toujours les dernières qu'on vomit. Si donc on les ἃ prises les pre-
Titre. Fruits de l'automne.
Le mot grec a le double sens de Fruit et d'Automne, saison où se produisent la plupart des fruits. Quelques commentateurs ont pensé que les fruits dont il s'agit ici sont les fruits dont le péricarpe est tendre, par opposilion à ceux où il est dur,
comme les noix par exemple. — Rassasiée et remplie. Π nya qu'un mot dans le texte. — Des igues.… les dernières qu'on somit. La même observation sur l'effet produit par les figues se trouve dans les œuvres d'Hippocrate, Traité des Affections internes, tome VIE pot
Te ne ner
SECTION XXII, FRUITS DE L'AUTOMNE, 8 2 141 mières, comme elles descendent en bas à cause de leur poids, elles ouvrent un grand espace en haut, audessus d'elles; et l'estomac reçoit alors aisément une masse de nourriture. Mais si les aliments entrent en sens contraire, les figues, ne pouvant aller en bas, occupent bien vite le vide qui est en haut.
Pourquoi, bien que les substances douces nous soient plus assimilables que les substances amères, sommes-nous rassasiés bien plus vite par les aliments doux ? Il semble qu'on devrait l'être moins vite ; car on devrait se rassasier moins de substances qui s’assimilent davantage.
N'est-ce pas parce que le réceptacle qui sert à nous rassasier, ne se remplit pas aussi vite que le corps qui est nourri par lui? Mais parfois l'estomac se trouve
édit. et trad. Littré. — À cause de leur poids. 11 ne semble pas que ce motif soit le vrai; c'est la nature laxative de la figue plutôt que son poids qui agit sur lesintestins. — Æiles ouvrent un grand espace. La physiologie actuelle n'admettrait pas cette explication. — ÆEntrent en sens contraire. C'est sans doute la seconde hypothèse, où les aliments entrent dans l'estomac avant les figues. — Les figues ne pouvant aller. L'expression du texte est tout à fait indéterminée ; et quelques traducteurs ont rapporté ceci aux aliments et non aux figues. Le sens que
j'ai adopté semble plus d'accord avec le contexte.
ὃ 2. Plus assimilables. C'est l'expression même du texte; mais peut-être le fait n'est-il pas exactement ce que le croit l’auteur, bien qu'il soit certain que les aliments doux apaisent la faim plus rapidement que tous les autres. C'est là ce qui fait qu'on ne les prend qu’à la fin du repas. — Qui s’asstmilent davantage, et qui laissent par conséquent une plus grande facilité à continuer le repas. — Le réceptacle. C'est l'estomac.
— Que le corps... L'explication est ingénieuse, si ce n’est par-
plein comme il peut l'être, lorsqu'on boit pour se désaltérer ; et qu'on n’en ἃ pas moins soif, Car nous ne cessons pas d'avoir soif par cela seul que l'estomac est rempli de liquide, mais parce que toutes les parties du corps ont recu la dose de liquide qui leur convient. Ainsi, ce n’est que quand tous les organes ont reçu la mesure nécessaire pour les abreuver, que nous cessons de ressentir la soif ; et l'on peut absolument en dire autant de la faim.
Pourquoi est-on rassasié plus vite d'aliments doux que d'aliments amers ἢ
N'est-ce pas parce que le désir des substances douces cesse plus vite en nous, et que, de même que notre estomac se rassasie plus vite, de même nous aussi nous nous rassasions plus vite de ces douceurs ? Mais nous n’accordons pas que ce soit notre désir qui soit plus vite satisfait par les saveurs douces. II faut donc expliquer ceci. Tout désir est un besoin, absolument parlant; et ce besoin se fait sentir quand nous n'avons plus de nourriture en nous, ou qu'il nous en reste peu. Or, les amers ne sont pas très
faitement exacte. Il est d'expérience que l'estomac peut être plein de liquide, sans que la soif soit éteinte. — Tous les organes. Je ne sais si la physiologie actuelle approuverait cette théorie. — De la faim.
Qui doit être satisfaite par des aliments solides.
ἃ 3. Ce SK est la suite du pré-
cédent et ne fait qu'un avec lui. — Doux... amers. Ce contraste est très réel ; il est remarquable que l’école Hippocratique ne s'y soit pas arrêtée, bien qu'elle ait attaché beaucoup d'importance à l'alimentation.
— Le désir... nous. La distinction est vraie; mais elle est fort délicate. — Mous n’accor-
nourrissants ; ils n’ont que très peu de partie nutritive, et ils ont beaucoup de déchet. Il est donc tout simple que nous cherchions à en manger beaucoup, et que nous ne puissions pas en rassasier notre besoin, parce qu'il nous faut toujours de la nourriture, et que ces aliments ne nous en donnent pas assez. Les substances douces au contraire sont tout entières nourrissantes ; et même quand elles sont en moindre quantité, le corps en tire beaucoup plus d'aliments. Quand donc on a pris une nourriture abondante, on ne peut plus manger, parce qu'on ne pourrait pas absorber des aliments nouveaux. Ainsi, il est dans l’ordre que nous soyons rassasiés plus vite par les aliments doux.
Pourquoi les fruits, comme les viandes et les substances analogues, ne se gâtent-ils pas quand on les met dans des outres qu'on ἃ bien gonflées, pas plus que les choses ne se gâtent dans les vases qu’on a bouchés avec soin ?
dons pas. Le texte n'est pas de reste; elles apaisent mo-
aussi précis. — Ve sont pas très nourrissants. La chimie physiologique pourrait contester cette théorie ; mais l’explication n'en est pas moins sagace. — De déchet. Ou de « Superfluités excrémentilielles ».
— Tout entières nourrissantes.
Il est tout au moins certain qu'elles apaisent très vite le besoin, et que cette action est à la fois rapide et passagère.
Toutes les sucreries le prouvent
mentanément le besoin sans le satisfaire. — 7 est dans l’ordre.
Le texte est un peu moins formel.
δ 4. Des outres qu'on a bien gonflées. Aujourd'hui on ne se sert plus de ce procédé ; et l’on a une foule de manières de conserver les fruits fort longtemps. Les outres serventencore dans bien des pays pour garder les vins. — Les choses ne se gätent. Le texte aussi s'exprime
N'est-ce pas parce que toutes les matières se pourrissent quand on les remue, et que les choses pleines sont sans mouvement ? Or, il n'y a pas de mouvement possible s'il n’y a pas de vide ; et ici tout est plein.
Pourquoi, après qu'on ἃ mangé des fruits gâtés, le vin qu'on prend semble-t-il acide et amer ?
N'est-ce pas que c’est la putréfaction des fruits qui a celte amertume ? Ce qui en reste sur la langue, se mêlant au breuvage et s’y répandant, le rend très amer. Pris lui seul et pour ce qu'il est, le fruit semble avoir moins d’amertume. Mais, avec le vin, cetteamertume a touché beaucoup de points de l'organe, et se répand en parcelles très tenues, en propageant le goût qu'elle a.
Pourquoi doit-on manger des friandises ?
d'une manière générale; et il ne semble pas s'adresser spécialement aux fruits. — Qu'on a bouchés avec soin. C'est encore ce qui se pratique de nos jours, comme on le voit
des fruits notoirement mauvais.
Mais il n’est pas même nécessaire que les fruits soient gàtés pour que la saveur du vin soit changée. C'est l'acidité qui en modifie le goût. — Acide
pour les conserves. — Les et amer. Il n'y a qu'un seul mot choses pleines. L'expression du dans le texte; mais 1] ἃ ce texte est aussi vague. — S'il n'y double sens. — Ze fruit. Le
a pas de vide. Ce n'est pas le texte est indécis ; et il pourrait
plein qui produit cet effet; mais il tient uniquement à ce qu'il n’y a plus d'air, ou du moins, qu'il y en a très peu.
$S 5. Des fruits gâlés. La supposition est singulière ; et en général on ne mange pas
se rapporter au vin aussi bien qu'aux fruits. J'ai préféré le dernier sens, qui est plus conforme au contexte. — Avec le vin. J'ai ajouté ces mots pour plus de clarté.
$ 6. Des friandises. Ou peut.
N'est-ce pas parce qu'elles font boire autant qu’on en ἃ besoin ? Car on ne boit pas seulement pour éteindre la soif que provoquent les aliments ; on boit aussi même après avoir mangé.
Pourquoi les marrons qu’on fait griller deviennentils plus mauvais, après qu'ils se sont refroidis, ainsi que le pain, le gland et d’autres substances analogues, tandis qu'en les échauffant de nouveau elles redeviennent meilleures ?
N'est-ce pas parce qu'en se refroidissant le suc de ces substances s’est coagulé, et qu’en réchauffant la matière, le suc s’y répand de nouveau ἢ Or, c’est le suc qui nous procure le plaisir que nous ressentons.
Pourquoi, quand on a mangé des fruits, par
nairement les noix; mais on ne grille pas les noix.— Plus mauvais... Le fait est exact pour
être, « du dessert ». C’est le second service, que les Anciens
semblent avoir soigné plus
encore que le premier. — Ælles font boire. Il ne semble pas que l’explication soit très juste.
On a déjà bu selon toute sa soif dans la première partie du repas; et le dessert, surtout celui des sucreries, ne fait qu’exciter une soif nouvelle. — Après avoir mangé. Ou pour mieux dire: « Après la première partie du repas et avant le dessert ».
$ 7. Les marrons. J'ai cru devoir adopter ce sens, bien que le mot du texte signifie ordi-
les marrons et les châtaignes.
— Ainsi que le pain. Voir une question analogue sur le pain, plus haut, section XXI, ὃ 25.
Le pain frais est meilleur que le pain rassis. — Le gland. 11 y a une espèce de gland qui est comestible. Le chêne est de la famille des cupulifères ; le gland contient beaucoup d’amidon ; el en le faisant bouillir, on en tire une boisson astringente; voir le Traité général de Botanique de Le Maout et Decaisne, p- 526.
exemple, des figues ou des fruits analogues à celuilà, doit-on boire du vin pur par-dessus, ou tout au moins de l’eau, bien que le vin et l’eau soient des contraires ?
N'est-ce pas parce que les fruits sont chauds et humides, par leur production même ? Car 115 contiennent beaucoup de feu et de liquide. Par le feu, le suc produit à l’intérieur du fruit une sorte de bouillonnement, comme le vin doux en fait un au dehors. Mais cette ébullition ἃ moins de force, ainsi que pour toutes les autres espèces de fruits. D'autre part, l'abondance de liquide fait que le fruit reste sans coction. ΓΘ απ. par sa froideur, éteint le bouillonnement ; mais le vin l’éteint d'ordinaire par sa propre chaleur. Il se passe alors le même phénomène que quand un feu, qui est considérable, éteint la force d’un autre feu qui l’est moins. C’est que le vin, par sa chaleur, est plus di-
$ 8. Des figues... et en général « des fruits très sucrés ».— Du vin pur par-dessus, ou tout au moins de l'eau. Est-ce pour faciliter la digestion, ou pour avoir un goût plus vif de ce qu'on a mangé ? Il semble que c'estcette seconde interprétation qui serait la plus vraie; mais le contexte semble prêter aussi bien à la première. Septali n'a pas commenté lui-même ce ὃ; et il cite, au lieu de sa propre opinion, un Jong et savant commentaire de Latinus Tancredus,auteur d’un ouvrage sur la faim et la soif. — Par leur production méme. C'est-à-dire
qu'ils mürissent par suite d'une grande chaleur, vers la fin de la canicule.— Beaucoup de feu.
C'est la théorie des quatre éléments appliquée à la maturation des fruits.— Du fruit. J'ai ajouté ces mots.— Comme le vin doux, dont la fermentation se produit à la surface du liquide. — Cette ébullition. ἃ l'intérieur du fruit. — À moins de force, que la fermentation du vin dans la cuve. — Mais le vin, que l’on boit après avoir mangé des fruits sucrés. — Plus digestif...
C'est le mot du texte: on le comprend bien dans notre propre langue, bien qu’en ce sens
gestif que l'humidité ; et par son poids, il fait cesser les oscillations superficielles du bouillonnement.
Pourquoi les figues sont-elles meilleures quand elles se fendent en deux, plutôt que quand elles ont plus de fentes, ou qu'elles n’en ont pas du tout ἢ
N'est-ce pas parce qu'avec plusieurs fentes, la plus grande partie de leur suc agréable et doux s’est évaporée, et a coulé avec le liquide ? D'autre part, quand les figues restent entièrement fermées, elles contiennent beaucoup de liquide, parce qu'elles n’ont rien exhalé dans l'air; mais celles qui sont fendues, sans avoir plusieurs fentes, sont à l’abri de ces deux aceidents.
Pourquoi les figues qu'on fait sécher au four deviennent-elles plus dures, si on les laisse refroidir dans ce four, que si on les fait refroidir en les en enlevant ?
N'est-ce pas parce que, dans le four, toute l’eau que
il soit assez étrange. — Les oscillations superficielles. Le texte n'est pas aussi précis.
S 9. Les figues... Il semble bien qu'il s'agit ici de figues mûres, qui se fendent, ainsi que le pense Septali. D'autres commentateurs ont cru qu'il s’agissait de figues sèches; mais ces figues ne se fendent plus, tandis que les figues prises sur l'arbre ont souvent des fentes dans leur
parenchyme. L'observation, qui vient sans doute d'un gourmet, est juste, et l'explication est très admissible. — À l'abri. Le texte dit précisément : « en dehors... »