‹ Les Problèmes d'Aristote;Chapitre 28 sur 78 · Ne devient-il pas humide · texte numérisé non relu

Ne devient-il pas humide

C'est la traduction exacte; mais on pourrait traduire: «Ne se mouille-t-il pas». L'air ne se mouille certainement pas; mais au contact de l’eau, il est plus humide qu'il ne l’est à distance. Seulement, le fait est difficile à constater ; aujourd’hui l’hygrométrie répondrait clairement à cette question. — Qui ne devienne humide. Ou, « qui ne

se mouille ». — La surface de l’un. Les surfaces se touchent ; mais elles ne se confondent pas. — Sont plus lourdes, que l'eau; et par conséquent, elles s’y enfoncent, tandis que l'air demeure à la surface. — Superficielle. J'ai ajouté ce mot. — 71 ne se mouille pas. C’est ïci l'expression même du texte.

L’explication du reste n’est pas péremptoire ; mais l'air, par sa légèreté même, ne peut adhérer suffisamment à l’eau pour s’en imbiber ou s’en mouiller. Voir plus loin, $ 10, une question qui se rapproche de celle-ci.

Pourquoi le temps est-il serein surtout à minuit et à midi ?

N'est-ce pas parce que l'absence de vent cause alors l’immobilité de l’air, et que l'air est surtout immobile quand c’est lui qui domine, ou qu’il est dominé ἢ C’est seulement lorsqu'il lutte qu'il est agité. Or, le vent domine surtout vers le milieu de la nuit; mais il est dominé à midi. Dans la nuit, le soleil est le plus loin possible, tandis que, dans le jour, il est au plus près. Ajoutez que les vents commencent, ou de lorient, ou de l'occident, coucher du soleil. Ceux du levant cessent quand ils sont dominés ; mais le vent du soir ne finit que quand une fois il est vainqueur. Il en résulte que, parmi les vents, les uns cessent à midi, et

que les autres cessent au milieu de la nuit.

S 4. Est-il serein, et calme.— Surtout. La restriction est nécessaire, puisque le temps est variable. — Z’absence du vent.

L'air en effet n'est mis en mouvement que par le vent. — Qui domine ou qu'il est dominé.

C'est-à-dire, plus fort ou moins fort que l'action du soleil. Il paraît, d'après ce passage, que l'auteur croyait que le soleil est la cause des vents. Cette théorie n'est plus acceptable ; le soleil a sans doute une grande influence ; mais il n'est pas la seule.— De l'occident. J'ai ajouté: « Coucher du soleil », pour rendre toute la force du mot

grec. — Dominés.…. vainqueur.

Les deux mots ont la même étymologie dans le grec. Théophraste ἃ discuté la même question, et presque dans les mêmes termes, dans le Traité des Vents, S 18, p. 380, édit. Firmin-Didot. La ressemblance des deux passages est si complète que nécessairement l'un a dû être inspiré par l'autre. Nous avons déjà signalé plusieurs rapprochements de ce genre entre Aristole et son disciple, ou bien entre Théophraste et quelque auteur postérieur, qui a fait ce plagiat. Voir la Dissertation sur la composition des Problèmes.

Pourquoi, lorsque l'aurore commence à paraitre, et qu'il est encore de grand matin, fait-il plus froid que dans la nuit, bien que le soleil soit plus près de nous ?

N'est-ce pas parce que, vers le jour, la rosée tombe, ainsi que la gelée blanche ? Or, l’une et l’autre sont froides. On dirait donc que, tout l’espace étant arrosé par l'humidité froide, le refroidissement se produit.

Pourquoi est-ce dans le Pont que se produisent les grands froids et les plus fortes chaleurs ?

N'est-ce pas à cause de l'épaisseur de l'air? En hiver, 1l ne peut pas se réchauffer ; et en été quand il est chaud, il est étouffant par suite de cette même cause. C’est encore la même cause qui fait qu'en hiver les régions marécageuses sont froides, et qu’elles sont

ὃ 5. Fait-il plus froid que dans la nuit. Le fait est exact ; et c'est une observation que chacun de nous peut avoir faite.

Voir plus loin, ὃ 15, la même question et plus haut, section VIII, 8 17. — La rosée tombe.

Il aurait fallu expliquer pourquoi la rosée tombe à ce moment ; mais l'Antiquité n'avait pas pu analyser mieux le phénomène ; etce n'est que dans ces derniers temps qu'il ἃ été bien expliqué. — Tout l'espace. Ou en d'autres termes, « toute l'atmosphère. »

S 6. Dans le Pont. Voir plus

haut, section XIV, ὃ 12, une question analogue appliquée à d'autres contrées que le Pont- Euxin. Les Anciens pratiquaient cette mer plus que l'Occident de l'Europe ne la pratique aujourd'hui. Ces alternatives de chaud et de froid extrêmes sont réelles. — À cause de l'épaisseur de l’air. Cette cause peut n'être pas absolument fausse; mais ces températures extrêmes dans les deux sens tiennent encore à

bien d'autres causes. — [est étouffant. C'est l'expression même du texte. — Les régions

marécageuses. D'où s'exhalent

᾽ r 2 ᾽ ν᾿ chaudes en été. Ou bien, n'est-ce pas à cause du mouvement du soleil ? En hiver, le soleil est loin de nous,

et en été, il est proche.

Pourquoi le temps est-il plus calme dans la nuit que durant le jour ?

N'est-ce pas parce que le soleil est une cause de vent et d’agitation ? Or, ces phénomènes se produisent quand survient un mouvement quelconque du soleil. C’est donc sa chaleur qui en est la cause. Quand cette chaleur disparait, tout demeure en repos; mais quand le soleil est disparu, c’est là ce qui a lieu plutôt que le contraire. La terre ne pourrait jamais rien produire de pareil; c’est-à-dire que là où il y a le plus fort mouvement, là les choses peuvent le moins être immobiles et demeurer en repos, parce que la substance qui devrait être tranquille n’a pas une force

sans cesse des évaporalions humides. — Æn hiver le soleil est loin de nous. On sait maintenant qu'en réalité c'est Juste le contraire. En hiver, le soleil est plus proche de la terre ; mais ses rayons sont obliques et moins ardents.

S7. Le temps est plus calme.

L'observation est généralement vraie ; et l'explication est exacte en ce sens que la présence du soleil sur l'horizon produit toujours une grande agitation dans l'atmosphère. — Du soleil. J'ai ajouté ces mots, qui éclaircissent la pensée, sans d'ailleurs être indispensables. — La terre

ne pourrait... Gaza semble prendre ceci pour le commencement d'un vers que l'auteur cite sans l’achever. Plusieurs éditeurs ont adopté cette variante, que les manuscrits ne justifient pas.Septali la repousse; et la fin du $ paraît démontrer qu'il a raison. Il reconnaît d'ailleurs qu'il esttrès difficile de saisir la vraie pensée de ce ὃ.

— Quand le soleil est disparu.

Le sens du mot grec n’est pas très certain; je l'ai interprété en me conformant le plus possible au reste du contexte. — La substance qui devrait étre tranquille. ci encore, l’ex-

égale et ne l'emporte pas. En hiver, c'est la mer qui est en cet état ; mais en été, c’est la terre.

Pourquoi, lorsqu'on a versé un liquide d’un tonneau dans des outres, le même tonneau peut-il ensuite rececevoir non seulement le liquide des outres, mais encore quelque autre liquide de plus ?

N'est-ce pas parce qu’il y ἃ de l'air dans le liquide ἢ Cet air, quand il reste dans le tonneau, ne peut pas sortir à cause de la grandeur du vaisseau où 1] est; car il est d'autant plus difficile de faire sortir le liquide et l'air, que le tonneau est plus grand, comme il arrive aussi quand on veut faire sortir l’eau des éponges.

pression grecque est très vague.

— En hiver c’est la mer... en été c'est la terre. Cette phrase donne raison à la conjecture de Septali; mais la question, telle qu’elle est posée, est relative au jour et à la nuit, et non pas à la terre et à la mer.

δ 8. Lorqu'on verse un liquide.

Cette question est fort curieuse en ce qu'elle atteste une observation très attentive, appuyée d'abord sur des faits, et ensuite sur une expérience fort intelligente. Mais l'exposition de ce problème n'est pas aussi claire que le trouve Septali, qui s’abstient de la commenter, sous prétexte qu'elle est évidente de soi.

Nous ne sommes pas de cet avis : et l’auteur a été trop sobre de développements pour qu'on soit tout à fait sûr de le bien

τς 5 PA

comprendre. — D'un tonneau dans des outres. On doit supposer que le liquide contenu dans un tonneau a été versé, en quantité diverse, dans des outres plus petites que le tonneau.

Lorsqu'ensuite on verse ἰδ liquide des outres dans le tonneau, on observe que le tonneau peut recevoir de cette facon plus de liquide qu'auparavant.

Grâce à cette hypothèse, on comprend mieux tout ce problème. — 7! y a de l'air dans le liquide, qui est primitivement renfermé dans le tonneau, où il tient une assez grande place. — L'air des éponges, Ou, peut-être, « L'eau » au lieu de « L'air ».

Le texte est tout à fait indeterminé. Septali ajoute, dans sa traduction, que l'on ἃ d'autant plus de peine pour les éponges

Lorsqu’au contraire, on divise le liquide en le versant par petites parcelles, l’air sort du tonneau en même temps que l’on introduit le liquide, et alors la place que l’air occupait devient vide. C’est ainsi que le tonneau peut contenir alors non seulement le liquide des outres, mais encore une autre quantité de liquide par surcroît. Le phénomène est surtout sensible pour le vin, parce qu'il y ἃ plus d'air dans le vin que dans l'eau. C’est encore là ce qui fait que le mème vase contient tout ensemble autant de cendre et d’eau réunies qu'il contiendrait de chacune d’elles si l’on versait chacune d’elles séparément. Cela tient, en ce cas, à ce que les interstices de la cendre sont très nombreux. L'eau, étant plus légère, pénètre davantage ; et elle tasse la cendre de manière à la rendre plus compacte. Dans ces conditions, le tassement a lieu alors plus complètement pour chaque parcelle, parce qu’en effet toute matière se tasse d'autant mieux qu'on la tasse petit à petit, au lieu de la tasser en masse. A la suite de ce tassement, la cendre s’affaisse, et en même temps elle reçoit en elle le liquide par les creux qu’elle contient. Mais sila cendre qu'on jette dans l’eau est brü-

qu'elles sont plus grosses. Le on le verse des outres dans le

contexte se prète à cette interprétation ; mais le grec est moins explicite. — En le versant.

J'ai ajouté ces mots, pour correspondre mieux à l'hypothèse que je viens d'indiquer. Dans le tonneau, le liquide est en masse ; et il contient beaucoup d'air. Ilest, au contraire, divisé en portions plus petites quand

tonneau ; et 1] y fait entrer moins d'air. — Plus d'air dans le vin. 1] eût été bon d'expliquer comment on peut s'assurer de ce fait. — Le méme vase contient tout ensemble. Cette observation n'est peut-être pas fort exacte ; et à première vue, elle semble fausse. — Mais si la cendre qu'on jette... Ceci

er

SECTION XXV, DE L'AIR, ὶ 8 211

lante, elle la divise et la convertit en air. C’est du reste le même phénomène qu'on observe quand on verse l’eau d’abord, et qu'ensuite on y jette de la cendre. On dirait que l’eau elle-même a aussi des creux et qu’elle a également des vides en elle. Mais ne peut-on pas dire aussi que ce n'est pas l’eau qui reçoit la cendre, mais qu’au contraire, c’est la cendre qui reçoit l’eau, parce qu'il est tout simple que ce qui a les parties les plus légères soit aussi ce qui pénètre le plus ? On peut s’en convaincre par l'observation et par l'expérience suivante: Lorsqu'on saupoudre de la cendre, le reste de l’eau se précipite vers le point où on l’a saupoudrée. Il faudrait pourtant que ce fût justement le contraire, si c'était l’eau qui absorbait la cendre. Mais cet effet ne se produit pas, quand c’est l’eau qu'on a versée d'abord, et qu'on en a rempli complètement le vase; car pour peu que l’on ajoute quoi que ce soit, le vase déborde. Si, au contraire, au moment où le vase est plein, on y fait tomber de la cendre, le phénomène ἃ lieu, parce que c'est la cendre qui reçoit et absorbe l’eau. Cela explique encore comment les trous faits dans le sol ne peuvent plus contenir la terre qui en ἃ été extraite. Il semble que

peut paraître une interpolation, qui ne tient pas assez directe-

ment à la pensée. — Mais ne peut-on pas dire... Le texte n'est pas aussi précis. — Qui

recoit. Ou, « qui absorbe ». — Qui recoit l’eau. Parce que l'eau ayant des parties plus ténues, pénètre d'autant plus aisément la cendre, où elle est

absorbée, — Le phénomène a lieu. C'est-à-dire que l'eau est absorbée par la cendre. — Recoit et absorbe. I] n'y ἃ qu'un seul mot dans le texte. — Ne peuvent plus contenir. Il semble toujours qu'il y ait de la terre de reste, parce qu'elle est moins pressée ; et alors en effet elle contient aussi plus

l'air en a pris la place en une certaine mesure ; et c’est là ce qui empêche que la terre ne rentre dans son trou.

de

Pourquoi l'air, quiest plus épais que la lumière, traverse-t-il des corps solides et compactes ?

N'est-ce pas parce que la lumière ne va jamais qu’en ligne droite ? C'est là ce qui fait que la vue ne peut voir non plus à travers les corps poreux, comme est la pierre ponce ; car les pores s’y contrarient, ce qui ne se présente pas dans le verre. Mais l'air n’est pas arrêté dans les corps, parce qu'il ne va pas en ligne

droite dans ceux qu'il traverse.

Pourquoi l’air devient-il froid par son contact avec l’eau, et ne devient-il pas liquide, même quand on le

d'air qu'auparavant. — L'air en a pris la place. Ce n’est pas tout à fait faux.

8 9. L'air. est plus épais que la lumière. La lumière est ainsi considérée comme un corps.

Septali remarque avec raison que cette théorie est contraire à celle du Traité de l'âme, où il est déclaré que la lumière n'est pas un corps, livre IT, ch.

2,87. — Ne va jamais qu’en ligne droite. Cette observation est fort curieuse, et elle était très facile à faire; mais les Anciens ne connaissaient pas le prisme, qui fait dévier la lumière en la réfractant. — Solides et compactes. Le grec

n'a qu'un seul mot. Il n’est pas exact d'ailleurs que l'air traverse des corps solides ; il ne fait que traverser leurs pores. — Poreux. Le texte dit: Rares. — S'y contrarient. Et la lumière se trouve ainsi arrêtée dans son trajet direct. — Dans le verre qui est transparent, par une cause qu'il serait bien difficile de déterminer. — Ne va pas en ligne droite. C'est exact. Voir plus haut une question semblable, section XI, 88 49 et 59, où la lumière est comparée au son.

8 10. Devient-il froid par son contact avec l’eau. Le fait est exact, et la raison qui en est

SECTION XXV, DE L'AIR, ὃ 11 216 souffle avec assez de force dans l’eau pour qu'il y fasse de l’écume ? Ce qui prouve bien alors qu'il est froid, c'est qu’on sent son déplacement ; et en effet il est refroidi en sortant des eaux.

N'est-ce pas aussi parce que l'air est naturellement froid et chaud, et qu'il change au contact de la chose qu'il touche, selon ce qu’elleest, sans pouvoird'ailleurs être liquide, parce qu'il est plus léger que l’eau ? De plus, il ne va jamais au fond de l’eau ; mais il reste toujours à la surface, quelque effort qu’on fasse pour le pousser violemment en bas. L'eau elle-même est toujours poussée un peu plus bas, et l’air ne va pas cependant jusqu’au fond.

Pourquoi Pair qui s'échappe des bulles et qui s'élève du fond de l’eau, ne sort-il pas mouillé ?

N'est-ce pas parce que le liquide ne demeure pas sur la bulle, et que l’eau glisse sur elle en s’écoulant ἢ Ce qui reste alors du liquide sur la bulle est trop peu de chose pour y faire de l'humidité et pour la mouiller.

donnée semble péremptoire. — Et l'air ne va pas. I] serait L'air qui sort de l'eau setrouve plus exact de dire : « Ne reste refroidi. — Pour qu'il y fasse jamais au fond ».

de l’écume. Ou, « pour que δ 11. Qui s'échappe des bulles, l’eau fasse de l’écume ». — On qui se forment dans l’eau, et qui

viennent crever à la surface. — Sur la bulle. J'ai ajouté ces mots dont le sens est implicitement compris dans la composition du verbe grec. — Ce qui

sent son déplacement. L'original est encore moins explicite que notre traduction. — Naturellement froid et chaud. 1] vaudrait mieux dire que l'air peut être

tour à tour froid et chaud, suivant les objets qu'il touche. — Que l’eau. J'ai ajouté ces mots,

reste. du liquide sur la bulle.

Il ne semble pas que le liquide s'attache du tout à la surface

Pourquoi l’air ne remplit-il pas le vase tandis que l’eau l’emplit, bien que l’eau, se transformant en air, produise de l'humidité ἢ

N'est-ce pas parce qu'il en est comme de la pierre, qui ne remplit pas le vase tout entier ? Car toute matière n’est pas capable de remplir ; il n’y ἃ qu'une matière visqueuse ou liquide qui le puisse.

Pourquoi les outres remplies d’air surnagent-elles ?

N'est-ce pas parce que l'air tend toujours à monter?

Car l’outre, quand elle est vide, tend à descendre ; au

contraire, quand loutre est gonflée, elle reste en haut, SN ᾽ - ON IC LUE

parce que l'air l'y porte. Mais si l'air la rend légère et

l'empêche de descendre,

de la bulle, — Faire de l’humidité et pour la mouiller. n'y a qu’un seul mot dans le texte.

812. Le vase. J'ai ajouté ces mots, qui sont indispensables pour que la question ait un sens. L'air remplit bien le vase; mais il ne déborde pas comme l'eau, quand le vase est trop plein. C'est que l'air est invisible. — Comme de la pierre. La comparaison est assez singulière, bien qu'elle ne soit pas fausse.— Tout entier. J'ai ajouté ces mots.— De remplir. Sous entendu : « le vase où on la met».

Septali ἃ joint ce ὃ au suivant ;

pourquoi l’outre gonflée

mais il les juge trop obscurs pour les commenter.

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