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DE LA RÉFLEXION, DE L'INTELLIGENCE ET DE LA SAGESSE

Les hommes les plus distingués sont en général mélancoliques ;

exemples divers; Lysandre, le lacédémonien; Empédocle, Platon, Socrate ; définition du tempérament mélancolique ; effets du vin et de l'ivresse analogues à ceux de la bile noire ; citation d'Homère; description de l'homme ivre; variétés des effets du vin sur le caractère et sur les actes sexuels ; action de la chaleur et du froid ; influence de l'alimentation de chaque jour sur la formation de la bile; la mélancolie est une maladie : cas des Sibylles et des Bacchantes; inspiration des poètes; effets de la mélancolie sur l'intelligence et le talent ; alternatives de dispositions contraires dans notre humeur ; variations de la physionomie ; audaces ou frayeurs excessives ; mélancolie de nature ; mélancolie acquise ; abattements ou excitations ; enfance et vieillesse ; effets des rapports vénériens chez la plupart des hommes ; ce que c'est que la science ; causes de l'intelligence supérieure de l'homme ; dimension proportionnelle de sa tête ; quand une route est bien connue, elle paraît plus courte ; indéterminée, elle paraît sans fin; progrès de la raison avec l'âge; emplois de la main et de l'intelligence dans l'homme; développements successifs de nos facultés ; facilité à apprendre dans la jeunesse; puissance variable de la mémoire selon les heures du jour ; supériorilé de l'homme sur le reste des animaux; citation de Platon; différences entre les plaisirs intellectuels ; procédés de la médecine pour la guérison complète des maladies ; équilibre du chaud et du froid nécessaire à la santé; différence du philosophe et de l'orateur ; mauvais caractère des vignerons en général ; prix pour les exercices du corps ; les prix ne sont pas possibles pour les exercices de l'intelligence ; impossibilité de juger de la sagesse avec équité; mobilité de la volonté humaine ; on dédaigne l'emploi des choses qu'on ἃ le plus désirées; disposition nécessaire de l'âme pour que la pensée s'exerce; activité de l’âme dans le sommeil.

Pourquoi tous les hommes qui se sont illustrés en

SECTION XXX, DE L'INTELLIGENCE, 81 919 philosophie, en politique, en poésie, dans les arts, étaient-ils bilieux, et bilieux à ce point de souffrir de maladies qui viennent de la bile noire, comme par exemple, on cite Hercule parmi les héros ? ΠῚ semble qu'en effet Hercule avait ce tempérament ; et c’est aussi en songeant à lui que les Anciens ont appelé mal sacré les accès des épileptiques. Ce qui prouve cette disposition chez Hercule, c'est sa fureur contre ses propres enfants, et la violence avec laquelle il déchira ses plaies, avant sa disparition sur l’Oéta. Ce sont là des emportements que cause fréquemment la bile noire. Ce sont aussi des blessures de ce genre que se fit Lysandre, le lacédémonien, avant de mourir. On en dit autant d’Ajax et de Bellérophon ; l’un en de-

$ 1. Septali constate que, dans les manuscrits, dans la vieille traduction latine et dans celle de Gaza, cette section XXX a un titre un peu différent de celui-ci, bien que cet autre titre ait le méme sens. J'ai suivi la version de l'édition Firmin Didot et celle des éditions ordinaires.

Septali ne doute pas d'ailleurs que cette longue dissertation sur les effets du tempérament mélancolique ne soit d'Aristote, et il cite à l'appui deux autorités décisives, celle de Cicéron et celle de Plutarque ; dans les Tusculanes, livre 1, ch. 33, p-109, tome XX VIII de la petite édition de Victor Leclerc, et Plutarque, dans la vie de Lysandre, ch. 2, 8 6, p. 518, édit.

Firmin Didot. Il est évident que Cicéron et Plutarque ont sous

les yeux le même texte que nous, et tous deux l’attribuent à Aristote. — Bilieux. Ou « Mélancoliques ». — Mal sacré.

Septali fait avec raison remarquer qu'il aurait fallu appeler ce mal Herculéen, plutôt que Sacré ; et il paraît qu'on trouve cette addition dans quelques manuscrils; elle serait justifiée.

Nous disons encore le Haut mal, en parlant de l'épilepsie. — Contre ses propres enfants... sur l’Oéta. Ces détails de la légende d'Hercule sont bien connus. — Lysandre, le lacédémonien. Voir la vie de Lysandre par Plutarque, ch. 28, p. 538, édit. Firmin Didot et passim. — Avant de mourir. Ceci ne s'accorde pas avec le récit de Plutarque, qui fait mourir Lysandre dans une embuscade dressée par les Thé-

vint tout à fait fou, et l’autre ne recherchait que les solitudes. Voilà comment Homère ἃ pu dire de lui : « Comme il était en horreur à tous les Dieux, il par- « courait seulles plaines de l’Alée, dévorant son propre « cœur, et évitant la rencontre des humains. » Bon nombre de héros semblent avoir souffert des mêmes affections que ceux-là. Parmi les modernes, Empédocle, Platon, Socrate et une foule de personnages illustres en étaient là. Il en est de même de la plupart des poètes. C’est cette espèce de tempérament qui a causé les maladies réelles d’un certain nombre d'entre eux; et chez les autres, leur disposition naturelle avait évidemment tendance à ces affections. C'était là, ainsi qu'on vient de le dire, le tempérament particulier de tous ces personnages.

Il faut rechercher la cause de ce tempérament; et nous prendrons d’abord un exemple qui nous la fera comprendre. Le vin, quand on en boit en trop grande

bains. Homère, voir l’'Iliade, chant VI, vers 200. — Parmi les modernes. L’Antiquité pouvait distinguer comme nous ces nuances, daus les générations qui se succèdent. Hercule, Bellérophon, Ajax étaient bien éloignés dans le temps; Empédocle et les autres étaient rela= tivement très récents.— Platon, Socrate. Âristote avait bien connu Platon; mais il ne pouvait parler de Socrate que par oui-dire. — De la plupart des poètes. Cette assertion est trop générale, même avec la restriction qui la limite.— Aëinsi qu'on

vient de le dire. Le texte est un peu moins précis, et l’on pourrait traduire encore : « ainsi qu'on l'a dit ». — Rechercher la cause de ce tempérament. Cette étude des tempéraments divers est fort délicate, et la psychologie pourrait y avoir autant de part que la physiologie. Descartes a fait une tentative qui a quelque analogie avec celle-ci, dans son Traité des passions de l'âme. — Un exemple. La précaution est sage ; et chacun connait l'effet que produit l’ivresse. — Le vin. Les phénomènes de l'ivresse sont très

quantité, semble surtout nous mettre dans l’état où nous disons que sont les mélancoliques. Et selon que nous en prenons, nous déterminons en nous toutes les affections dont ils sont atteints, et qui rendent les hommes colères, tendres, miséricordieux, effrontés, tandis que le miel, le lait, l’eau ou telle autre liquide analogue ne produisent jamais de semblables effets.

On peut se convaincre de ce fait en observant les changements que cause livresse sur la tenue de ceux qui s'y livrent. Ainsi, on peut remarquer qu’à jeün, ils sont de sang-froid et taciturnes, mais que, s'ils boivent un peu trop, ils deviennent bien vite excessivement loquaces. S'ils s’enivrent encore davantage, ils se mettent à déclamer, et ils prennent un singulier aplomb. Un peu plus encore, ils deviennent d’une activité étonnante. S'ils poussent encore plus loin, ils ne regardent plus à insulter les gens, et ils finissent par la folie. C’est le vin pris en trop grande quantité qui leur ôte la raison, comme en sont privés ceux qui, dès leur enfance, ont des attaques d’épilepsie, ou les malades qui se laissent aller trop aisément à des accès de mélancolie.

De même donc qu'un individu change absolument de caractère, s’il se met à boire et s’il absorbe du vin en une certaine quantité, de même il y a des gens pour représenter toute espèce de caractères; et l’état où se met un homme, quand il s’est enivré, est pour telautre un état où ilest naturellement. Ainsi, l’un est bavard ; l’autre est agité; l’autre pleure à chaudes larmes;

bien décrits et l’exemple est plus de vin, les effets en detrès clair. À mesure qu'on boit viennent de plus en plus vio-

tels sont également les effets du vin. C’est là ce qui a fait dire à Homère : «Il prétend que quand 16 suis «allourdi par le vin, je verse des larmes. » Les uns sont alors pleins de tendresse; les autres sont farouches; d’autres sont taciturnes. D’autres gardentle plus profond silence ; et parmi les mélancoliques, ce sont ceuxlà surtout qui sont aliénés. Le vin rend aussi les gens

très affectueux. La preuve, c’est que l’homme ivre est | porté à embrasser, même sur la bouche, ceux qu'il n’embrasserait jamais s’il était à jeun, soit à cause de leur position sociale, soit à cause de leur âge. D'ailleurs, le vin ne nous meten ces états que pour peu de temps et assez légèrement, tandis que la nature nous y met toujours et tant qu’on vit. Les uns sont audacieux ; d’autres sont mornes; d’autres sont sympathiques; d’autres sont lâches; et tout cela naturellement. Il est donc clair que la nature fait pour chacun de nous ce que fait le vin, et lui donne son caractère. Tout cela résulte de l’action précieuse de la chaleur; et l'élément

lents; les gradations sont ici silence. C'est à peu près la

même

très bien marquées. — Ce qui a fait dire à Homère. Il est évident que ce vers est celui qu'on trouve dans l'Odyssée, chant XIX, vers 1422: mais notre texte n'est pas tout à fait identique. [ ÿ ἃ ici quelque divergence, comme dans une foule d'autres cas. Le sens est le même; mais les mots ne sont pas les mêmes. On sait d’ailleurs que ce vers se rapporte à l'entretien d'Ulysse et de Pénélope, avant que le héros ne se soit fait reconnaître. — Taciturnes.… le plus profond

chose, et la différence n'est pas assez indiquée. — Méme sur la bouche. C'est la force de l'expression grecque.

— Qui sont aliénés. Ce silence obstine est en effet un des signes les plus frappants de la folie. — Pour peu de temps.

La remarque est parfaitement juste. C’est une différence considérable entre les effets passagers du vin et l'action permanente du tempérament. — De l’action précieuse. J'ai ajouté cette épithète, dont le sens est

de la bile noire, ainsi que son mélange, n’est que de l'air. C'est pourquoi les médecins appliquent le nom de mélancoliques aux affections où l'air joue un rôle, et aux affections de l’'hypochondre. Le vin aussi a naturellement une puissance d’agir pareille à celle de l'air ; et ce que produit le vin et ce que produit le tempérament naturel se ressemblent beaucoup. Ce qui prouve bien que le vin contient de l'air, c’est sa mousse. L'huile, quoiqu’elle soit chaude, ne produit pas de mousse; mais le vin en fait beaucoup, et le vin rouge en fait plus que le vin blanc, parce qu'il est plus chaud et qu'il a plus de corps.

C'est par la même raison que le vin porte les hommes au plaisir de l'amour ; et l’on a bien raison de dire que Bacchus et Aphrodite se tiennent et vont ensemble. En général, les mélancoliques sont débauchés; car l'acte vénérien a la nature du vent. La preuve, c'est que le membre honteux prend tout à coup du gonflement, parce qu'il s'emplit de vent. Mème avant l’âge où l’on peut émettre de la semence, les enfants ont un certain plaisir à palper leurs organes, quand s'approche pour eux le moment de la puberté. Il est clair que cela tient à ce que l’air sort des canaux par lesquels doit passer plus tard le liquide séminal. Il

implicitement compris dans le mot grec. — Que de l'air. Ou :

aussi à d'autres causes. — Que le vin blanc. Il semble qu'ici la

« un souffle ». — Les médecins.

Peut-être l’auteur veut-il désigner Hippocrate, qui s'était beaucoup occupé des effets de la bile. — C'est sa mousse. Il y a du vrai dans cetteobservation, bien que la mousse puisse tenir

réalité soit tout le contraire. Le vin blanc est en général plus mousseux que le vin rouge. — A la nature du vent. I] ne faut pas trop s'étonner de la bizarrerie de ces explications. — Les enfants... Ceci pourrait bien

n'est pas moins clair que l’expulsion du sperme dans le rapprochement sexuel, et l’éjaculation sont causées par la pression du vent. Il en résulte que, parmi les aliments solides et liquides, ceux-là surtout excitent au plaisir qui emplissent de vent la région qui avoisine les parties honteuses. C’est par la même raison que le vin rouge vous met, autant au moins que toute autre . substance, dans l’état venteux où sont les mélancoliques. On peut bien le voir sur quelques personnes.

La plupart des mélancoliques sont amaigris, et leurs veines sont saillantes. Ce qui cause cette disposition en eux, ce n’est pas la quantité de sang ; mais c'est la quantité de l'air. Quant à ce qui fait que tous les mélancoliques ne sont pas maigres et ne sont pas noirs, mais que ce sont surtout ceux qui ont des humeurs mauvaises, ce sera l’objet d’une autre étude.

Quant à celle que nous venons de commencer, nous devons dire que le tempérament mélancolique est tout d’abord donné par la nature, parce que ce tempérament n’est qu'un mélange de chaud et de froid, et que c’est de ces deux éléments que la nature se compose. Aussi, la bile noire est-elle à la fois ce qu'il ya de plus chaud et ce qu'il y a de plus froid ; car une mêmesubstance peut avoir ces deux qualités ensemble,

n'être qu'une interpolation. — Par la pression du vent... qu emplissent de vent. Ce rôle prêté a l'air n’a rien de réel ; ce n'est qu'une hypothèse. — L'état venteux... Même remarque. — La quantité de l'air. Ou : « du vent ». — Et ne sont pas noirs.

L'expression grecque ne peut

pas avoir un autre sens ; mais on ne voit pas bien ce qu'elle peut signifier ici, à moins qu'elle ne se rapporte au mauvais teint des mélancoliques. — D'une autre étude. On ne saurait dire si cette autre étude a jamais été faite; du moins, on ne la retrouve pas dans les œuvres

comme l’eau, qui est froide et qui devient très chaude quand elle est échauffée convenablement jusqu’à bouillir, et qui alors ἃ plus de chaleur que la flamme elle-même. La pierre et le fer, en passant par le feu, deviennent aussi plus chauds que le charbon, bien que par nature, ces matières soient froides. Mais nous avons expliqué plus clairement tous ces phénomènes dans nos ouvrages relatifs au feu. Par nature, la bile noire est froide ; et elle ne monte pas jusqu’à la surface, quand elle est comme on vient de dire ; mais pour peu qu'elle soit en excès dans le corps, elle y cause l’apoplexie, les engourdissements, les syncopes, les frayeurs. Poussée à un degré extrême de chaleur, elle y développe ces gaietés qui s’exhalent par le chant, par les transports exstatiques, et par l'exaspération des plaies qu'on peut avoir, et par tant d’autres affections de même genre.

La bile, formée chez la plupart des gens par leur nourriture de chaque jour, ne change en rien leur caractère ; mais elle développe en eux le germe du mal de la mélancolie. Si cette combinaison d'humeurs a été formée par la nature elle-même, ils présentent dès lors les caractères les plus différents, chacun variant selon le tempérament qu'il a reçu. Par exemple,

d'Aristote. — Dans nos ouvra- feu. — La bile notre est froide. ges relatifs au feu. Dans aucun Ceci semble une contradiction des catalogues des ouvrages de ce qui précède. — Ne monte

d'Aristote, il n'est fait mention de ce traité sur le feu. Septali fait remarquer que les mêmes théories sur l’action du feu se retrouvent dans le petit traité de Théophraste, intitulé : Du

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