‹ Les Problèmes d'Aristote;Chapitre 45 sur 78 · LYS · texte numérisé non relu

LYS

pas jusqu'à la surface. Ceci reste obscur ; mais le texte ne peut pas avoir un autre sens.— L'exaspération des plaies qu’on

. ᾽ g peut avorr. Le texte n'est pas aussi développé; il peut signifier

326 LES PROBLÈMES ceux chez qui la bile est abondante et froide, deviennent étranges et fantasques. D’autres où elle est trop abondante mais chaude, deviennent maniaques et gais, très amoureux, faciles à s’emporter et à se passionner. D'autres deviennent plutôt bavards. D’autres, parce que cette chaleur est très rapprochée du lieu où réside l'intelligence, sont pris de maladies de folie et d'enthousiasme. C’est le cas des Sibylles, des Bacchantes, et de tous ceux qui sont inspirés par les dieux, quand ce n’est pas la suite d’une maladie chez eux, mais que c'est une disposition naturelle. Maracus, le Syracusain, n'était jamais si bon poète que quand 1] était hors de lui. Quand il se produit une trop grande chaleur vers le centre, les gens deviennent en effet mélancoliques ; mais ils deviennent aussi plus réfléchis, moins bizarres ; et en bien des points, ils l’emportent sur les autres hommes, ceux-ci dans la science, ceux-là dans les arts, d’autres en politique.

Cette disposition amène de grandes différences dans la conduite des gens en face du danger, parce que la plupart des hommes sont très inégalement

aussi l'Éruption de plaies. — D'enthoustasme. Etymologiquement le mot signifie qu'un Dieu entre dans celui qu'il inspire. — Les Sibylles. Inspirées par Apollon, comme les Bacchantes l'étaient par Bacchus. Voir l'ouvrage de M. Alexandre sur les Oracles sibyllins, tome IT, excursus 1. Les sibylles sont fort anciennes dans la légende grecque; et dans la légende romaine,

la sibylle vient offrir ses livres de prophétie à Tarquin l'Ancien, qui les refuse.— Maracus.

On ne connaît ce poète que par cette unique mention. — Dans la science. dans les arts...Noir le début de cette question I. — En face du danger.Ceite observation est justifiée, et il est certain que le tempérament naturel a grande influence sur le courage. — Très inégalement émus.

SECTION XXX, DE L'INTELLIGENCE, 81 321 émus dans les frayeurs qu’ils éprouvent. Aussi, quand leur corps se trouve sous l’influence de ce tempérament et du mélange des humeurs, ils sont tout différents d'eux-mêmes; car, de même que la crase mélancolique les change tout autant que le feraient des maladies, de même cette crase est aussi très 1rrégulière. Parfois elle est froide comme de l’eau ; tantôt elle est chaude, de telle sorte que, sous le coup d’un périlqui s'annonce, si la crase est plus froide, l’homme devient lâche. C'est elle qui a déterminé la peur, et la peur refroidit, comme on peut bien le voir sur les gens quisontépou vantés, etqui se mettent à trembler. Si la crase est plutôt chaude, la peur est modérée. Au milieu du danger, l'homme reste impassible. On peut en dire autant des abattements qu’on ressent journellement. Nous sommes souvent disposés de telle sorte que nous sommes tout tristes, et nous serions bien embarrassés de dire pourquoi. Parfois, au contraire, nous sommes de bonne humeur, sans que nous en sachions plus précisément la cause.

Ces affections et celles dont nous avons parlé plus haut, se trouvent en petite proporlion chez tout le monde; mais tout le monde en a quelque mélange.

Observation très juste, qui se vérifie surtout à la guerre. — La crase. J'ai conservé le mot grec, qui répond assez bien à notre mot de Tempérament ou de Constitution.— Des maladies.

Ce rapprochement est fondé.— Froide comme de l’eau... chaude.

Répétition de ce qui précède. — D'un péril qui s'annonce. Ou :

« qui menace ». — Des abattements... Ceci est encore fort exact; et ces malaises dont on ne se rend pas compte, faute d'observation, viennent toujours de quelque dérangement dans les fonctions intérieures.

— Plus précisément. J'ai ajouté ces mots. — Tout le monde, parce qu’au fond l’organisation

Seulement, ceux qui en sont profondément pénétrés ontdéjàlecaractère particulier que nous venons dedire. Mais, de même que la physionomie changeen nous, non pas parce que notre visage vient à changer absolument, mais parce qu'ilaun autre aspect, soit beau, soit laid, ou que, sans avoir rien d’extraordinaire, il est de nature tout à fait moyenne, de même ceux qui n’ont, par leur nature personnelle, que peu de choses de cette disposition, sont de complexion moyenne; et ceux qui l'ont plus complètement, cessent par cela seul de ressembler à la foule des autres hommes. Si cette disposition est chez eux par trop forte, ils sont extrèmement mélancoliques ; et s'ils n’en sont que médiocrement atteints, ils deviennent simplement bizarres. S'ils négligent de soigner cette disposition, ils sont exposés aux maladies de la bile noire, dans telle ou telle partie de leur corps. Les uns donnent des signes épileptiques ; les autres sont apoplectiques ; d’autres ont de violentes syncopes et des frayeurs non moins fortes. D’autres, au contraire, ont des audaces inouïes, comme on le rapporte d’'Archélaüs, roi de Macédoine.

est pareille chez tous les hom- Archélaüs, roi de Macédoine. mes. — Que nous venons de On peut voir, dans le Gorgias dire. Le tempérament mélanco- de Platon, l'histoire abrégée lique. — Vient à changer abso- d'Archélaüs, traduction de M. lument. J'ai ajouté ce dernier V. Cousin, p. 251 et suiv. Fils mot. — Bizarres. C'est dans d'une simple esclave et de Per-

notre langue l'expression qui répond le mieux à l'expression grecque. On pourrait la traduire aussi par Singuliers. — Syncopes. Ou : « défaillances ». —

diccas, roi de Macédoine, il était parvenu au trône par une suite d’assassinats, et de forfaits, plus odieux les uns que les autres. Il régna 14 ans, de 413 à

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C’est le tempérament qui est cause de ces manières d'être, selon qu'il est plus froid, ou qu'il a plus de chaleur. Plus froid qu'il ne faudrait, il cause des abattements qui ne s'expliquent pas. Les jeunes gens surtout, et parfois aussi les personnes plus àgées sont sujettes à ces inquiétudes et à ces angoisses qui les poussent à se pendre. Il y a beaucoup de gens qui, après l'ivresse, se détruisent eux-mêmes. D'autres mélancoliques tombent sans connaissance, après avoir bu, parce qu’en eux la chaleur du vin éteint la chaleur naturelle. Au contraire, la chaleur qui se répand dans l’organe par lequel nous jouissons de la pensée et concevons l'espérance, nous met de bonne humeur ; et c'est pour cela que la plupart des hommes ne demandent pas mieux que de boire jusqu'à s’enivrer, parce que le vin, pris en quantité, provoque toujours les joyeux espoirs, comme la jeunesse rend les enfants toujours gais. La vieillesse, au contraire, est aussi rebelle à l'espérance que les jeunes gens sont toujours faciles à l'espoir. Il y a quelques personnes auxquelles le vin cause sur-le-champ de la prostration pendantqu’on le boit, par la même raison quifait qu’on est parfois non moins accablé après s'être énivré. Tous ceux donc qui tombent dans l’accablement, après que la chaleur s’est

399, année où Socrate devait — L'organe, par lequel nous

mourir aussi.— Les jeunes gens surtout. Parce que leur tempérament n'est pas encore formé, et que, dans leur inexpérience, ils ne savent pas conduire leur santé. — Tombent sans connaissance. Le texte est assez obscur.

jouissons de la pensée. L'original est aussi vague, et la traduction doit l’être autant. Cet organe indeterminé, c’est l'âme. — Ze vin. la jeunesse. Le rapprochement est juste, et la jeunesse est une sorte d'ivresse. — Por-

éteinte en eux, sont plutôt portés à se pendre. C’est là ce qui fait que le suicide par pendaison est surtout fréquent chez les jeunes gens et chez les vieillards, parce que la vieillesse éteint la chaleur, et que chezles vieillards cette passion est naturelle, en même temps que l'extinction de la chaleur. Ceux chez qui elle s'éteint tout à coup sont irrésistiblement poussés au suicide; et tout le monde s'étonne de leur mort parce qu'on n'avait vu chez eux aucun signe précurseur de la catastrophe.

Le tempérament qui tient à la bile noire, cause, comme nous l'avons dit, des abattements de toute sorte, quand elle est plus froide, tandis qu'étant plus chaude, elle cause la bonne humeur. Ainsi, les enfants sont d'humeur plus gaie, tandis que la vieillesse est plus morose. C’est que les uns sont chauds et que les autres sont froids, parce que la vieillesse est une espèce de refroidissement. Il se peut d’ailleurs que l'extinction subite de la chaleur vienne de causes extérieures, comme il arrive aux matières en ignition qu'onéteintcontrenature, parexemple, un charbonsur lequel on jette de l’eau. C’est là aussi ce qui fait que,

tés à se pendre. Le texte ne peut pas avoir un autre sens ; mais l'idée de suicide est peu attendue ici, et elle a quelque chose qui surprend, bien que les détails qui suivent la confirment. — De la catastrophe. J'ai ajouté ces mots. — Comme nous l'avons dit. Dans la longue discussion qui précède. — Les enfants.. Répétition de ce qui a

été dit un peu plus haut.— Plus morose. Tous ces détails sont d'ailleurs fort exacts, et ils se trouvent déjà dans la Rhétorique, livre lt,"chap: 12, $ 2 von lon peut voir l'admirable peinture des trois âges, tant de fois reproduite d'après Aristote. — Jl se peut d’ailleurs. On ἃ pu supposer, non sans quelque raison, que toute cette phrase n'était

dns

en sortant de l'ivresse, il y a des gens quise tuent, parce que la chaleur que leur donnait le vin était factice, et que, dès qu’elle s'éteint, la résolution se produit.

Après l'acte vénérien, la plupart des hommes sont languissants ; mais ceux qui, avec le sperme, rejettent beaucoup d’excrétions se sentent plus dispos, parce qu'ils sont allégés de cette sécrétion, et aussi de l'air, et de l’excès de la chaleur. Au contraire, d’autres sont souvent dans un abattement plus grand, parce qu'ils sont refroidis par l'acte sexuel et qu'ils perdent quelques-uns des éléments dont ils auraient besoin, comme le montre bien la petite quantité de l’évacuauon.

Pour nous résumer en quelques mots, nous dirons que les effets de la bile noire étant irréguliers, les mélancoliques le sont autant qu'elle; car la bile peut être, ou très froide, ou très chaude. C’est ainsi qu’elle peut agir sur le moral, puisque, dans notre corps, il n’y a rien qui agisse autant sur le caractère que le chaud et le froid. Elle transforme notre caractère, comme le vin, selon qu'il entre dans le corps en quantité plus ou moins grande. C’est que tous les deux, le vin et la bile noire, sont de l'air. Comme 11 se peut que la bile, tout irrégulière qu'elle est, s’équilibre, et qu'elle peut aussi rester irrégulière ou être saine à quelques égards; comme elle peut encore, selon la

qu'une interpolation. — Après l'acte vénérien..…. Tous ces détails attestent une exacte observalion des faits. — δέ aussi de l'air.

Cette théorie est d'accord avec ce qui vient d'être dit plus haut;

mais l'air n’a rien à faire dans ces phénomènes, — Quelquesuns des éléments dont ils auraient besoin. Cette explication, quoique très générale, n'en est pas moins juste. — Le vin et la bile

condition des choses, être tantôt plus chaude et ensuite plus froide, ou tout le contraire, les excès qu'elle offre font que tous les mélancoliques se distinguent des autres hommes, non pas à cause d’une

maladie, mais à cause de leur nature originelle.

Pourquoi dit-on pour certaines sciences que nous les possédons, et pourquoi dit-on pour d’autres sciences que nous ne les possédons pas ?

N'est-ce pas qu'on dit que nous les possédons quand nous sommes capables d’y faire quelque découverte? Car découvrir quelque chose dans une science ne peut provenir que de ce qu’on la possède.

Pourquoi l’homme est-il le plus intelligent de tous les êtres ?

N'est-ce pas parce que proportionnellement à son corps, c'est lui qui a la tête la plus petite ? Ou, n’est-

notre. J'ai suppléé ces mots, pour plus de clarté. — Se distinguent des autres hommes. Et leur sont supérieurs.

δ 2. Que nous les possédons.

C'est la force du mot grec. — Quand nous sommes capables.

Le texte n'est pas aussi formel.

— Quelque découverte, et de faire avancer la science par quelque progrès nouveau. Septali ne trouve pas que cette définition de la science soit bien d'accord avec les définitions

qu'Aristote en a données plusieurs fois, dans les Analytiques et passim. On pourrait penser plutôt que cette explication n'est pas très juste; car on peut posséder une science à fond sans être en état de la faire avancer.

δ 3. C'est lui qui a la tête la plus petite. Il est de toute évidence que ceci est faux ; carune foule d'oiseaux ont, proportionnellement à leur corps, la tête beaucoup plus petite que l'homme. Septali est fort em-

ce pas parce que sa tête est la plus petite inégale. ment ? Car si c’est là ce que lui donne une petite tête, il s'ensuit que les hommes ainsi conformés sont plus intelligents que les autres.

Pourquoi une route nous paraît-elle plus longue quand nous la parcourons sans en connaître la longueur, que quand nous connaissons sa longeur, bien qu'a tout autre égard, les conditions restent les mêmes ?

N'est-ce pas parce que savoir la dimension d’une chose, c’est en savoir aussi le nombre précis ? Or, être indéterminé et être sans nombre, c’est une même chose ; et l’indéfini semble toujours plus grand que le défini. Lors donc qu'on sait quelle est la longueur de la route, c’est que nécessairement elle est définie ;

barrassé d'expliquer ce problème, et il déclare que pas un seul ne lui a offert plus de difficulté que celui-là. 1] veut toujours donner pleine raison à Aristote; et dans ce passage, il a grand'peine à le trouver en faute. — La plus petite inégalement. C'est la traduction fidèle du texte; mais on sent que l'expression de la pensée est ici tout à fait insufhisante. L'auteur a voulu dire sans doute que cette petitesse de la tête est fort inégale d'un homme à un autre homme, comme il est dit à la fin du ὃ. — Si c’est là ce qui lui donne une petite tête. Ceci encore est fort obscur, et il faut

comprendre que, si c'est l'intelligence de l’homme qui fait qu'il a la tête plus petite que le reste des animaux, il s'ensuit que, entre les hommes, celui-là est le plus intelligent qui à la tête la plus petite. Il est à peine besoin de faire remarquer combien cette théorie diffère de toutes les théories actuellement admises par l'anthropologie.

δά. Une route nous paraitelle plus longue. La même question a été traitée plus haut, section V, ὃ 25. Elle est reproduite ici mot pour mot. Septali ne la commente pas, afin de ne pas se répéter ; on fera comme lui.

L'observation est d'ailleurs

de même que, quand on ne sait pas sa dimension, l'esprit est tout désorienté. La route nous parait être sans fin, parce qu’une quantité quelconque se trouvant définie, le défini est une quantité fixe. Quand donc une chose ne paraît pas définie, elle passe pour être sans fin, parce que ce qui devrait être naturellement défini, quand il ne l'est pas, parait infini. Il en résulte qu'une chose qui parait n'être pas définie, doit nécessairement paraître en quelque sorte infinie.

Pourquoi, en vieillissant, acquiert-on plus de raison? Et pourquoi dans la jeunesse apprend-on plus vite ?

N'est-ce pas parce que le Dieu a mis en nous deux organes, qu'il nous a donnés et à l’aide desquels nous employons les instruments extérieurs, la main dans le corps et l'intelligence dans l’âme ? En effet l’intelligence est, par le bienfait de la nature, comme l’instrument de tout ce quiest en nous. Les autres sciences et les autres arts sont des choses que nous pouvons

exacte; et plus on fait de fois le même chemin, plus il semble court, quoique de fait il ne change pas. Le changement n'est que dans notre esprit. La conclusion donnée ici et dans la section V peut être contestable. L'habitude tient une très grande place dans le phenomène, et plus on parcourt de fois le même chemin, plus il s'accourcit pour nous; tout en restant immuable, il devient plus facile.

8 5. Le Dieu. C'estl'expression même du texte; on pourrait aussitraduire simplement : Dieu; mais ce serait moins aristotélique.— La main dans le corps.

Voir l'éloge de la main, dans les Parties des Animaux, livre IV, ch. 10, ὃ8 14 et suivants. — L'instrument de tout ce qui est en nous. Le texte est aussi obscur; on pourrait encore traduire : « Est un instrument parmi toutes les facultés qui

SECTION XXX, DE L'INTELLIGENCE, δ 8 3939 faire par nous-mêmes; mais c’est la nature qui fait l'intelligence. De même donc que ce n'est pas tout d'abord, dès notre naissance, que nous savons nous bien servir de nos mains, mais que c’est après que la naturelesa complètement développées, puisqu'avecles progrès de l’âge, la main arrive à remplir parfaitement bien son office, de même l'intelligence, bien qu'elle soit naturelle aussi, ne se manifeste pas sur-le-champ. C’est surtout dans la vieillesse qu'elle est complète ; à ce moment elle agit plus puissamment que jamais, si rien ne vient la mutiler, comme il en arrive pour toutes les autres choses que la nature nous donne. Ce n’est en effet qu'après la faculté de nous servir de nos mains que l'intellisence se manifeste en nous, parce que les instruments de l'intelligence ne viennent aussi qu'après les instruments dont la main se sert. Or, l'organe de l'intelligence, c'est la science; car la science, qui est à l'usage de l’âme, est comme la flûte au musicien qui sait en Jouer. Les mains ont aussi une foule d'instruments naturels ; mais la nature est antérieure à la science, ainsi que tout ce qu'elle produit.

sont en nous. » — C’est la nature qui fait l'intelligence. L'opposition n’est peut-être pas assez marquée entre l'intelligence et les œuvres qu’elle produit, grâce à la liberté dont l'homme est doué. — Me se manifeste pas sur-le-champ.

Toutes ces observations sont aussi vraies que faciles : mais elles élaient très neuves au temps d'Aristote.— Après. L'an-

tériorité est à fois en temps et en raison. Les facultés, instruments de l'intelligence, sont infiniment supérieures aux instruments que la main emploie.

— L'organe de l'intelligence, c’est la science. Ou simplement : « le savoir ».— Comme la flûte. La comparaison se retrouve plus d'une fois dans Aristote, et notamment dans le Traité des Parties des Animaux, loc. cit.

Il est tout simple que, pour les choses dont les instruments sont antérieurs, les facultés qui employent ces choses puissent s'exercer de même en nous, avant toutes les autres. C’est en nous en servant, que nous parvenons à en bien posséder l'exercice. L’instrument de chaque chose est dans un rapport pareil avec cette chose même. Et à l'inverse, ce que les instruments sont relativement les uns aux autres, les choses dont ils sont les instruments le sont également entre elles. Voilà donc comment l'intelligence aussi ne se développe en nous qu'à mesure que nous vieillissons. Si nous apprenons plus vite dans notre jeunesse, c'est qu'alors nous ne savons, pour ainsi dire, rien. Au contraire, quand nous savons déjà quelque chose, nous ne pouvons plus apprendre dans des conditions pareilles. Mais alors nous pouvons mieux être pris par les choses, de même que nous nous souvenons plus précisément de tout ce que nous avons vu dans la matinée, tandis qu'à mesure que la journée s’avance, notre mémoire n'est plus aussi sûre, parce que nous avons eu déjà une multitude de choses à retenir.

— L'instrument de chaque chose.

Ces détails sont un peu subtils, quoique vrais au fond. — Voila donc comment... La conséquence ne semble pas très bien justifiée.— Nous ne savons pour ainsi dire rien. I] ἃ aussi d'autres motifs, par exemple, la vivacité des premières impressions, qui frappent plus

que les impressions postérieures, et qui s’effacent moins vite.

— Ëtre pris par les choses.

L'original n’est pas plus précis.

— De tout ce que nous avons vu dans la matinée. L'observation est délicate ; et même encore aujourd'hui, elle peut sembler neuve. — À retenir. J'ai ajouté ces mots. |

RE CRET

Pourquoi doit-on se fier à l’homme plutôt qu'à tout autre animal ?

N'est-ce pas, comme Platon le répondit à Néoclès, parce que l’homme est le seul des animaux qui sache compter, ou parce que seul 1] connait les Dieux ὃ N'est-ce pas aussi parce qu'il est lanimal le plus imitateur ? Et c’est par limitation qu'il peut apprendre et s’instruire.

te

Pourquoi n’éprouve-t-on aucun sentiment de plaisir, ni aucune espérance, en pensant que les trois angles d’un triangle sont égaux à deux droits, non plus qu'en pensant à des choses de même genre, et que tout en ceci se réduit à la pure jouissance de la

δ. 6. Plutôt qu'à tout autre animal. Il est difficile de comprendre ce que l'auteur veut dire, attendu que l'homme est le seul être à qui la confiance peut s'adresser. Mais il n'y a pas de variante dans aucun manuscrit. — Comme Platon répondit à Néoclès. I y a dans l’'Epinomis quelque chose d’analogue à ce qui est dit ici; mais on sait que ce dialogue est apocryphe. Voir l'Epinomis, pp. 6 et suiv. de la traduction de M. V. Cousin. — Méoclès. Dans l'Épinomis, un des interlocuteurs est Clinias et non Néoclès.

Y a-t-il quelque confusion de ces deux noms? — Qui sache comp-

ter. Voir l'Épinomis, loc. cit.

— Parce que seul il connait les Dieux. L'argumentest plus fort; et c’est là le fondement de la formalité judiciaire du serment, qui implique de la part des deux plaideurs la croyance commune à l'existence de Dieu.— L'animal le plus imitateur. C'est vrai; mais on ne voit pas par quel lien ceci se rattache à la question.

— Apprendre et s'instruire. Xei encore, la question est perdue de vue. Il est probable que tout ce $ aura été mal transcrit par les copistes ; mais on n'a aucun moyen de corriger l'original.

S7. À la pure jouissance de la théorie. Le texte n’est pas

théorie, qui serait également agréable pour nous, soit que le triangle eût trois angles droits, soit qu'il en eùt même davantage ? Et pourquoi notre triomphe dans les jeux Olympiques, ou le souvenir de la victoire de Salamine, nous causent-ils un vif plaisir, soit que nous n’ayons que ce souvenir, soit que nous ayons l'espérance de pareils succès ? Et comment les choses contraires à celles-là ne nous causent-elles aucun plaisir ?

N'est-ce pas parce que nous jouissons de ces événements qui se sont produits jadis, ou qui sont actuellement, tandis que pour les choses qui viennent de la nature, c’est le plaisir de les contempler dans toute leur vérité qui suffit à notre bonheur, et que dans les choses que nous faisons nous-mêmes, ce sont les résultats qui en sortent qui nous font un plaisir réel ? Nos actes élant si différents entre eux, les conséquences qui en sortent sont également différentes ; les unes pénibles, les autres agréables; et c’est tou-

aussi développé. La théorie se confond avec la science ; mais il n'est pas exact que la théorie ainsi comprise ne nous cause aucun sentiment de plaisir. Ce qui est vrai, c'est que ce plaisir est d'un tout autre genre que le plaisir des sens. — Ou le souvenir. Le texte dit seulement :

« la victoire de Mais pour la postérité, il n’y a qu'un souvenir. — Contraires à celles-la. C'est bien vague. — Qui se sont produits jadis. Il faudrait ajouter : « par l’action

Salamine ».

des hommes ; » mais l’expression grecque contient implicitement cette nuance. — Qui suffit à notre bonheur. Le texte est ici encore un peu moins précis.

— Que nous faisons nous-mêmes.

Ou : « que font les hommes », par opposition aux phénomènes naturels, sur lesquels nous ne pouvons rien. — Les unes pénibles, les autres agréables. En soi, les choses n’ont aucun caractère de ce genre; mais c'est en nous seuls que se trouvent la douleur ou le plaisir.

jours par le sentiment du plaisir, ou de la douleur,

que nous recherchons les unes et que nous fuyons s autres.

le tres

Pourquoi les médecins ne traitent-ils le malade que jusqu’à guérison, puisque le médecin fait d’abord maigrir le malade ; qu'ensuite il le purge; qu'enfin il obtient la santé, et qu'une fois là 1] s'arrête ?

N'est-ce pas parce qu'il est impossible que, de ce point une fois acquis, 1l sorte autre chose; et que si c'était possible, ce serait alors l’objet d’une autre science que celle du médecin, quelque chose qu'un autre que lui doit faire, en partant de la santé rendue au malade. Si la maladie résulte des contraires ou des intermédiaires, il est évident que le malade souffre, soit d’être trop sec, soit d’être trop humide, ou d’être dans telle autre disposition analogue. Du moment qu'il en est ainsi, le médecin fait passer le malade d'un froid très vif à un froid moindre, et il arrive ainsi à la chaleur. Il passe au sec et à l’humide, en partant de leurs contraires, ou de leurs nuances intermédiaires, jusqu'à ce qu'il amène le malade au point qui constitue la santé. Après cela, naturelle-

ὃ 8. Que jusqu'à guérison. La question peut paraître assez inutile ; car il est par trop clair que,la guérison une foisobtenue, le médecin, en tant que médecin, n'a plus rien à faire. — D'abord... ensuite... enfin. Le texte

n’est pas aussi formel.— L'objet d'une autre science. Par exemple, celle dela morale, enseignant la tempérance et la modération, conditions essentielles de la conservation de la santé; mais ce n’est plus un office médical.

ment, iln’y a plus rien à faire; et1l n'y a plus de possible que des nuances moyennes. Voilà tout ce que peut faire le médecin qui possède son art. Au point où il est alors arrivé, il peut se retirer et laisser son malade. Ce n’est plus son art à lui, puisqu'il ne peut rechercher qu'une amélioration, et que, par con-

séquent, ni un art autre que la médecine, ni celui du ἡ

médecin ne feront rien de plus pour la santé. En effet, il ne pourrait se produire rien autre chose que son contraire, puisqu'il n’y ἃ qu'une même science pour les contraires. On ne pourrail pas non plus davantage faire rien de contraire à la maison qu’on a bâtie. Une fois construite, il n’y a pas un autre art qui y puisse quelque chose, si ce n’est pour une partie quelconque de la batisse, comme l’art du cordonnier met une pièce à un soulier qui est usé. De part et d’autre, on n’a que deux partis à prendre : ou l’on raccommode, ou l’on détruit.

Pourquoi pense-t-on que le philosophe l'emporte sur l’orateur ?

— Il n'y a plus rien à faire.

Répétition de ce qui vient d'être dit. — Qu'une amélioration. Et que la santé une fois obtenue, le médecin ne peut plus aller au delà et faire mieux. — Une même science pour les contraires.

Aristote a reproduit bien des fois ce principe, et ici la science du médecin qui guérit la maladie pourrait aussi la produire ;

ou plutôt le médecin, sachant ce que c'est que la santé, sait aussi ce que c’est que la maladie. — Une fois construite. J'ai ajouté ces mots. — Qui est usé.

Même remarque.

8 9. L'emporte sur l'orateur.

Ou simplement : « diffère de l’orateur ». L'expression grecque a les deux sens. Voir plus haut, section XVIII, $ 5, la

N'est-ce pas parce que le philosophe ne s'occupe que des idées générales, tandis que l’orateur s’occupe des applications particulières des idées ? Ainsi, l’un se demande ce que c’est que l'injustice ; l’autre se demande si tel individu a Commis un acte injuste ;

l’un

recherche ce qu'est la tyrannie ;

l’autre re-

cherche qu'est-ce que c’est que le tyran.

Pourquoi les ouvriers qui travaillent Le vin sont-ils en général de mauvaises gens ?

N'est-ce Pas parce qu'ils ont fort peu de raison et de sagesse, à cause des occupations qui absorbent nécessairement la plus grande partie de leur vie ? Ils sont la plupart du temps plongés dans l’intempérance et même dans la misère; et ces deux conditions les disposent à se conduire toujours fort mal.

même question, posée et résolue dans des termes identiques. La distinction faite par l’auteur est parfaitement juste, et ce caractère de généralité est ce qui distingue la philosophie de toutes les autres sciences. — Genérales... particulières. J'ai ajouté ces épithètes, qui sont implicitement comprises dans les expressions du texte.

$ 10. Les ouvriers qui travail.

lent le vin Ge: sens semble le plus conforme à ce qui suit :

mais on peut comprendre aussi qu'il s’agit des gens qui, dans

les fêtes de Bacchus, se chargeaient d'amuser la foule. Il est bien probable qu'Aulu-Gelle, ch. 20, 8. 3, avait ce passage sous les yeux, quand 1] rappelait le nom que les Grecs donnaient aux serviteurs de Bacchus. Voir aussi la Rhétorique, livre IT Men. (9 19... γὼ plupart du temps. Ou : « presque tous ». Ceci semble bien indiquer une profession permanente, et non pas seulement des désordres passagers comme ceux des Dionysiaques, où l’on s’enivrait aisément.

Pourquoi nos ancêtres ont-ils institué des prix pour les exercices du corps, et n’en ont-ils jamais proposé pour la sagesse ?

N'est-ce pas parce que les juges, en ce qui concerne la sagesse, doivent, ou n'être pas inférieurs aux concurrents, ou même valoir mieux ? Si les représentants les plus complets de la sagesse devaient lutter entre eux, et qu'on eût préalablement indiqué le prix de la lutte, on aurait manqué de juges pour prononcer la sentence. Au contraire, dans les luttes corporelles, tout le monde peut être juge ; et pour décider, l'on n'a qu'à regarder. De plus, celui qui le premier ἃ établi ces jeux solennels, n'a pas entendu créer aux Grecs des luttes, qui fussent des occasions de haine et de rivalités violentes. Ainsi, quand parmi les lutteurs, l’un ἃ été exclu et que l’autre ἃ été admis, dans les combats qui ne regardent que le corps, on ne prend pas du tout le jugement en mauvaise part ; et l'on n’en veut pas en quoi que ce soit aux juges de la lice. Mais quand 1] s'agit de juger quels sont les plus sages ou les moins honorables, on se met très vivement en colère, et en

$ 11. Des prix pour les exercices du corps... pour la sagesse.

Cette question est fort simple, et les explications qui la résolvent sont très justes. La récompense de la sagesse et de la vertu, c'est l'estime publique, quand on l’obtient ; et quand on ne l’obtient pas, c'est la conscience du juge, qui suffit. —

On aurait manqué de juges.

L'argument est parfaitement vrai et sans réplique. Le seul juge, c'est Dieu; et de là, le dogme de la vie future. — Tout le monde peut être juge. Argument non moins fort que le précédent. — De plus. Nouveau motif, pour ne pas distribuer des prix de sagesse. La sen-

SECTION XXX, DE L'INTELLIGENCE, 8 13 343 hostilité, contre ceux qui prononcent. Ce serait là une institution qui serait dangereuse, et qui pourrait amener des désordres. Enfin, il faut que le prix vaille toujours mieux que la lutte même. Or, dans les luttes de gymnastique, le prix est toujours plus enviable que la lutte, et au-dessus d'elle. Mais quel prix pourrait-il y avoir au-dessus de la sagesse ἢ

ve

Pourquoi d'ordinaire l’homme pense-t-il d’une facon et agit-il d’une autre ?

N'est-ce pas parce qu’une seule et même science s'applique aux contraires ? N'est-ce pas aussi que [᾿1ηtelligence peut s'appliquer à une foule de choses, tandis que l'instinct ne s'adresse jamais qu'à une seule ? Or, l'homme vit dans la plupart des cas par son intelligence, tandis que les bêtes ne vivent que par l'instinct, par l’emportement de la fureur et par le désir qui l’animent.

Pourquoi y a-t-il des gens sages qui continuent à acquérir les choses bien plutôt qu'ils ne pensent à en jouir ἢ

tence serait trop délicate et tion. C’est que l'homme est

donnerait lieu à trop de contestations. — Ænfin. Troisième el décisif argument.

$ 12. Pense-t-il d’une facon.

On voit que l'Homo duplex avait été très bien observé par les Anciens. La solution n'est pas moins délicate que la ques-

libre et que la bête ne l’est pas.

L'intelligence peut s'appliquer à une foule de choses, et à des contraires, tandis que l'instinct se borne à un acte unique, toujours le même et toujours nécessaire; en un mot, la bête n’a pas le libre arbitre.

N'est-ce pas parce qu'ils se laissent aller à leur habitude ? Ou, n'est-ce pas aussi parce qu'on a grand plaisir à espérer les choses ?

.…. N'est-ce pas parce que la perception et la réflexion n'agissent que dans le calme de l'âme ; et que c'est même là le caractère propre de la science, d’apaiser l'esprit ? Quand l'âme est agitée et bouleversée, on ne peut, ni rien sentir, nirien penser. De là vient que les enfants, les gens ivres et les fous n’ont pas de raison. La quantité énorme de chaleur qui est en eux y cause une agitation continuelle et des plus violentes ; c'est seulement quand elle cesse qu'ils deviennent plus réfléchis. Lorsque leur esprit n’est plus troublé, ils peuvent mieux le dominer et le régler. Ceux qui ont des rêves, pendant leur sommeil, se rappellent leurs rêves pendant que leur esprit est resté calme, et dans la mesure où 1l a été en repos. C'est surtout dans

δ 13. Se laissent aller à leur habitude. Premier argument. — Grand plaisir à espérer les choses. Second argument, encore plus délicat et plus vrai. C’est le besoin d'agir et de travailler, au lieu de s'arrêter dans une jouissance oisive et brutale. Ces différences entre les hommes subsistent à toutes les époques, parce qu'il y aura toujours des natures inertes et des natures actives.

$14....Dans les manuscrits, il y ἃ ici une lacune, et 1] ny a

pas de question posée ; mais on la devine par les réponses et les solutions qui suivent. Gaza, dans sa traduction, a comblé cette lacune, et cette correction indispensable est admise à la fois par Septali et par l'édition Firmin Didot.« Pourquoi, quand on goûte un profond et doux sommeil, n'a-t-on pas de rêve?»

— Les enfants, les gens ivres, les fous. Parce que, chez eux tous, l'agitation est trop grande pour que l'esprit jouisse du calme nécessaire.— Le dominer

SECTION XXX, DE L'INTELLIGENCE, 8 14 948 le sommeil que l’âme est agitée ; car la chaleur de tout le reste du corps s’accumulant dans le lieu intérieur, le mouvement devient d'autant plus fort et plus violent. Mais ce n’est pas du tout, comme on le croit ordinairement, que l'âme soit alors tranquille, et qu'elle soit toute à elle-même, quand elle ne rêve point. C’est tout le contraire. Comme elle est alors dans un mouvement excessif et qu'elle ne se calme pas du tout, elle est hors d'état de penser. Il semble bien que c’est pendant que le sommeil est le plus doux que l’âme éprouve le plus de mouvement, parce que c’est alors que s’accumule au-dedans la plus grande somme de chaleur. Quand l'âme est agitée d’un énorme mouvement, ce n’est pas pendant la veille seulement qu’elle ne peut penser, c'est aussi durant le sommeil; et en voici la preuve. Dans le sommeil que l’on prend après l’ingestion des aliments, on n'a presque jamais de rèves ; c'est que l’âme est mise alors en un mouvement extrême par les aliments qu’on vient de prendre. Le rêve survient en nous quand le sommeil vousprend, après qu'on a pensé aux choses, et qu'on se les ait mises sous les veux. Aussi, ce que l’on voit le plus clairement en rêve, c'est ce qu’on fait, ou ce qu'on

et le régler. Il n'y a qu'un seul mot dans le texte. — Que l'âme est agitée. De nos jours, la même discusssion s'est renouvelée, et l’on s'est demandé ce que devient l'activité de l'âme pendant le sommeil. — Soit toute à elle-même. La pensée n'est pas très claire, et le texte est trop concis. — Après l’in-

gestion des aliments. Cette disposition physiologique dépend beaucoup de la puissance digestive de l'estomac. — On n’a presque jamais de rêves. Cette observation n'est peut-être pas très juste. — Sous les yeux.

C'est sans doute de l'imagination que l'auteur veut parler. — En rêve. J’ai ajouté ces mots; mais

doit faire, ou ce qu'on a l'intention de faire. Car c’est à tout cela que s'appliquent surtout, et le plus fréquemment, nos réflexions et nos espérances. Les gens les meilleurs ont, pour cette raison, les meilleurs songes, parce que, dans la veille, ils ne pensent qu'à des choses excellentes. Ceux qui ont une pensée moins bonne ou un corps moins bon, ont aussi de moins bons rêves ; car la disposition du corps contribue beaucoup aux images que les rêves nous donnent. Ainsi, quand on est malade, les suggestions de la pensée sont également maladives ; et par suite du trouble qui est dans le corps, l’âme ne peut avoir le moindre calme. Si les mélancoliques s’agitent durant leur sommeil, c'est que la chaleur étant trop grande en eux, l'âme éprouve plus de mouvement qu'elle n’en devrait avoir, dans la Juste mesure; et le mouvement étant par trop violent, ils ne peuvent dormir.

tout ce passage pourrait s'appliquer à la veille aussi bien qu'au sommeil. — Les meilleurs songes... C'est vrai d’une manière générale, bien que ce ne soit pas constant, — La disposition du corps. Cette influence du corps est de toute évidence.

— Les mélancoliques. Voir plus haut, ὃ 1, la longue discussion sur le tempérament mélancolique. — ls ne peuvent dormir.

Il n'est pas sûr que les mélancoliques dorment moins bien que les autres hommes. Ce serait un fait à observer.

SECTION XXXI, DES YEUX, ὃ 1 347 Ξ------- -π-- -“---------- ο-------- -------------- -

Relation de l'éternuement et des yeux; usage d’un seul œil: rougeur des yeux dans un accès de colère ; effet contraire de la honte sur les oreilles : les aveugles de naissance ne deviennent jamais chauves : effets de la fumée sur les yeux; mobilité des yeux; direction oblique à droite et à gauche; rapports des yeux l'un à l’autre ; variétés du strabisme: effets de la pression sur la partie inférieure du globe de l'œil; écriture très fine des myopes ; explication de cette apparente contradiction : influence de l'ophthalmie sur la portée de la vue : maladie d’un seul œil : effets de l'éloignement de la vision; objets paraissant doubles : égalité de la vision de droite et de gauche ; l'exercice de la vue ne la rend pas meilleure ; les myopes ont une écriture très fine : clignement des paupières chez les myopes : objet simple paraissant double; objets doubles paraissant simples; effets des diverses couleurs sur l'organe de la vue; vision plus forte quand les deux yeux agissent à la fois: les yeux résistent au froid : larmes chaudes, larmes froides, selon les cas; œil gauche se fermant plus souvent que le droit: myopes et presbytes ; l'homme est seul sujet au strabisme : effets d’une trop vive lumière sur la vue ; égalité des yeux.

Pourquoi fait-on cesser l’éternuement en se frot-

tant les yeux ?

N'est-ce pas parce qu'alors on fait transpirer le li-

δ 1. Fait-on cesser l’éternuement. Voir plus loin, section XXXIII, $ 2 et 8, la même question, résolue de la même manière. + ἔπ se frottant les Jeux. Je ne sais pas si le fait est exact. Chez nous, ce n'est pas l'habitude de se frotter les yeux

quand on éternue ; mais jes Grecs pouvaient avoir cette habitude, quoiqu'il soit difficile de comprendre que le spasme qui accompagne l'éternûment puisse la permettre ; on se frotte plutôt le nez. — On fait transpirer le liquide. L'expression est aussi

quide ? Car l'œil pleure après qu'on l'a frotté, et l’éternuement n'est produit que par la quantité des liquides. Ou bien, n'est-ce pas parce qu'une moindre chaleur est éteinte par une plus forte? L’œil frotté prend plus de chaleur qu'il n’y en a dans le nez. C'est là ce qui fait qu'en frottant le nez lui-même, on fait cesser l’éternuement.

Pourquoi voit-on mieux d’un seul œil qu'avec les deux ? |

N'est-ce pas parce qu'avec les deux yeux les mouvements sont plus nombreux, comme il arrive dans les yeux qui louchent. Le mouvement doit être unique ;

vague dans le texte. — ZL'œil œil. Ceci n'est vrai que dans

pleure. Ce n'est pas constant, et l’on peut fort bien se frotter l'œil sans en faire sortir de larmes. — L'éternuement n'est produit. La physiologie actuelle n'accepterait pas cette explication. — Une moindre chaleur. Cette explication n’est pas meilleure que la précédente.

— En frottant le nez lui-même.

Cette observationest plusexacte, et l’on prévient assez aisément la succession des éternuements en se frottant le nez. L’éternuement tient, à ce qu'on croit, à une irritation du voile du palais.

Voir J. Béclard, Traité élémentaire de physiologie humaine, p. 397, 6° édition.

S 2. Voit-on mieux d'un seul

certains cas; et Septali rappelle avec raison que les archers ferment un œil pour mieux viser.

Nous en pouvons dire autant de nos fusils; quand on tire, on ferme un œil pour mieux voir le but; mais en général, la vision est plus complète avec deux yeux qu'avec un seul; autrement, la nature se serait trompée en nous en donnant deux. Quand on est porté à ne se servir que d'un seul œil, c'est que l'autre est naturellement plus faible.— Dans les yeux qui louchent. Le cas est alors tout différent, et les louches sont en effet portés instinctivement à ne se servir que d'un seul οἱ], un des yeux étant plus faible.

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et le mouvement d’un seul œil est simple. C’est pour cela qu'on voit moins bien avec les deux yeux.

Pourquoi, dans la colère, sont-ce les yeux qui sont le plus portés à devenir rouges, tandis que, dans la honte, ce sont les oreilles ἢ

N'est-ce pas parce que, dans la honte, ce sont les yeux qui se refroidissent ? Car la honte se manifeste dans les yeux, et ils ne peuvent soutenir les regards d'autrui. Or, la peur est pour cette partie du corps une sorte de refroidissement. Dans ce cas, et par un changement en sens contraire, la chaleur passe de la partie antérieure à la partie postérieure. Or, les oreilles sont à l'opposé des yeux; et voilà pourquoi elles rougissent si vivement quand on est rempli de honte. En venant gratter l'organe qui est le plus sensible, et le plus mobile, de tout le corps, le sang y porte un soulagement, comme si l’on y avait été blessé; car c'est aussi dans cette partie qu'on sent le plus de gène quand on a peur.

ὃ 3. Pourquoi dans la colère.

L'observation est très exacte.

Dans la colère, les yeux s’injectent de sang; dans la honte, ce sont les oreilles qui rougissent, et surtout le lobe inférieur. Voir plus loin, & 8 et 12 de la XXXIIe section, où la même question est reproduite.

— Les yeux qui se refroidissent.

peut ». C'est très vrai. — La chaleur passe... L'explication peut paraître insuffisante. — En venant gratter.C'est l'expression même du texte, qui est fort obscur en ce passage. δ᾽ αἱ tâché de l'éclaircir en précisant les choses un peu plus que l'original. Il semble bien que toute cette dernière phrase se rap-

Et alors, le sang les abandonne pour se porter ailleurs.— Et ils

ne peuvent. Ou bien : «l’on ne

porte à l’action que la colère exerce sur la couleur des yeux et les éclairs qu'ils lancent.

Pourquoi, lorsqu'on ferme l’un des yeux, voit-on mieux de l’autre ?

N'est-ce pas parce que les principes des deux yeux partent du même point ἢ Il suffit donc que l’un des deux soit mis en mouvement, pour que le principe commun aux deux soit mü aussi. Le premier œil étant mis en mouvement, l’autre œil y est mis également. On ἃ beau se priver d’un des yeux, le mouvement ne l'atteint pas moins ; il en résulte qu'on donne plus d'action à celui dont on se sert.

Pourquoi les aveugles de naissance ne deviennentils jamais chauves ?

N'est-ce pas parce que la trop forte humidité qui est chez eux dans la région de la tête, leur détruit les

8 4. On ferme l’un des yeux.

Voir plus haut, 8 2, la même question. — Voit-on mieux de l'autre. Ce n'est exact que dans les cas que nous avons indiqués au ἃ 2.— Partent du méme point. Il est certain que l'unité de vision, malgré la dualité des organes,suppose nécessairement un point commun où les deux sensations se confondent. — Il en résulte... Physiologiquement, c'est le contraire, et la vue est toujours plus forte quand

les deux paupières sontouvertes, et que les yeux agissent ensemble. Voir plus loin, $ 21.

δ 5. Ne deviennent-ils jamais chauves. L'auteur est bien affirmatif; mais le fait n'est peutêtre pas aussi général qu'il le dit; il serait d'ailleurs assez facile de le vérifier. — La trop forte humidité... La physiologie et la pathologie actuelles n'accepteraient pas cette explication, qui peut passer pour ingénieuse, quand on songe à

SECTION XXXI, DES YEUX, ὃ 6 31

yeux ? Aussi, quand on ἃ une fluxion sur les yeux, les médecins brülent-ils les veines des tempes, pour resserrer les canaux par où passe l'humidité, et rasentils la tête en incisant la peau qui la recouvre. Ainsi donc, comme la sécrétion qui s’accumule dans la tête peut rendre les yeux malades, c’est elle qui peut, dès la naissance, empêcher les yeux de devenir ce qu'ils devraient être, parce qu'alors il y a dans la tête plus de sécrétion qu'il n’en faut. Mais comme la chevelure pousse par les résidus sécrétés, et qu'il y en a beaucoup dans la tête des aveugles, dès leur naissance, on conçoit qu'ils ne deviennent pas chauves.

Pourquoi sont-ce les yeux saillants qui sont le plus affectés par la fumée ?

N'est-ce pas parce que la fumée s’attache tout d'abord à ce qui est proéminent ?

l'époque où elle a été donnée.— du corps par la circulation du

Brülent-ils les veines des tempes.

On fait encore usage de pointes de feu dans les ophthalmies. — Pour resserrer les canaux. Ce n'est pas la le but que la thérapeutique recherche aujourd'hui; mais c'est un dérivatif à l'inflammation qui a envahi les yeux.— Rasent-ils la tête en incisant. Τὶ n'y a rien de ce traitement contre l'ophthalmie dans Hippocrate. — Comme la chevelure pousse... Lachevelure s’alimente comme toutes les autres parties

sang. Les bulbes capillaires s'entretiennent plus ou moins bien, selon l’état général de la santé.

S6. Le plus affectés par la fumée. Ceci peut sembler bien subtil ; car la différence est trop petite entre des yeux qui sont saillants et des yeux qui ne le sont pas, pour que l’action de la famée ne soit pas la même sur les uns et sur les autres. — A ce qui est proéminent. L'expression du texte est aussi générale.

Pourquoi peut-on tourner les deux yeux à la fois, soit à droite, soit à gauche, ou vers le nez, et même peut-on diriger à gauche ou à droite un des deux seulement? Pourquoi ne peut-on pas les diriger à la fois l’un à gauche et l’autre à droite, pas plus qu’on ne peut diriger l’un en bas et l’autre en haut, bien que l’on puisse, si l’on veut, les diriger ensemble du même côté, mais qu'on ne le puisse pas séparément ?

N'est-ce pas parce que les yeux, tout en étant deux, ne dépendent néanmoins que d’un seul et même principe ? Dans tous les cas semblables à celuilà, si l'un des extrêmes vient à être mis en mouvement, il faut nécessairement que l’autre extrême suive dans le même sens, parce que l’un des extrêmes, relativement à l’autre extrême, en est réciproquement le principe. Si donc il est impossible qu'une des deux choses soit mue dans un sens contraire à l’autre, par suite il est impossible que les yeux le soient non plus; car les extrêmes seraient

ὃ. 7. Tourner les deux yeux à la fois. La question est curieuse, et l'observation est très juste. Les explications le sont presque autant, bien que certains détails restent obscurs. Le mouvement des deux yeux est bien simultané, comme l'auteur le dit, quand tout se passe régulièrement. — Dans tous les cas.

La remarque, qui est appliquée

ici à l'œil, peut, d'une manière générale, s'appliquer à toutautre chose ; deux objets mus par un seul principe doivent se mouvoir de la même facon. — Réciproquement. J'ai ajouté ce mot.

— Une des deux choses... enchainées l’une à l'autre, en tant que soumises au même principe d'action. — Car les extrêmes.

Par les extrêmes, il faut entendre

mus l’un Par rapport à l’autre dans un mouvement

contraire, si l’un allait en haut, irait en bas ; et que le pr

tous les deux ;

tandis que l’autre

incipe doit alors les suivre ce qui ne se peut pas. Le désaccord

des yeux provient de ce que, leurs globes étant soumis à un principe commun. de maniere à pouvoir ensemble tourner, soit en haut, soit en bas, soit de côté

dans une certaine limite, globes sont placés dans un

il s'ensuit que, quand les e position semblable l’un

par rapport à l’autre, qu'ils peuvent se mouvoir dans tout cet intervalle moyen, soit en haut, soit en bas,

et de côté,

et qu'ils peuvent recevoir sur le même

point, pour chacun d'eux, le rayon de la vue, ils ne se déforment pas. et ils restent sans déviation dans leur pas,

position naturelle. Toutefois,

même en voyant les

choses sur le même point, et sans être en désaccord,

ils peuvent différer l’un de

l’autre. Ainsi, tantôt une

partie du noir de l'œil peut être cachée, comme lorsqu'on porte le blanc des yeux en haut, dans les moments où l’on est sur le point d’éternuer, ou que tantôt on lance des regards de côté, à la manière des fous, ou que tantôt on se regarde le bout du nez,

comme les masques tragiques

et les gens louches,

dont le regard semble profondément réfléchi. Mais ceux qui, tout en ayant les regards fixés sur le même

lestyeux. — Le désaccord des Jeux... En d'autres termes, le strabisme, — £ant Soumis à un Principe commun. I] semble qu'il Y à ici quelque répétition, qui obscurcit l'explication, loin de la rendre plus claire. — Dans

Xe 115

leur Position mutuelle. Le texte n'est Pas aussi formel. — {ne Partie du noir de l'œil. Ces détails détournent un peu la pensée de l'objet de la discussion, qui est le strabisme. Les diflérences dans Je regard sont

point, n’ont pas cependant les globes des veux disposés de la même manière, ou qui, ayant les globes pareillement disposés, ne regardent pas le même point, ceux-là ont les yeux de travers; ils regardent de côté, et ils clignent les paupières. Ils essaient bien de fixer le globe de l’œil sur le même point, et ils parviennent à maintenir comme il faut un des yeux ; mais ils donnent à l’autre une forme dissemblable ; car si les yeux ne se fixent pas sur le même point, ils divergent nécessairement et ils louchent. On sait ce qui arrive quand on presse avec le doigt le dessous de l'œil; alors, un objet qui est unique paraît double, parce que le principe a été déplacé. Il en est de même pour le cas actuel. L’æœil est poussé vers le haut; et l'extrémité du regard parait être en bas ; ou bien, 1] est poussé vers le bas, et l'extrémité parait être en haut. Il suffit qu'un seul œil ait été dérangé de place, pour que l’objet vu paraisse, par le mème mouf, se mouvoir en haut et en bas, parce que la vue se meut aussi de cette façon. Mais on ne voit pas réellement deux objets, à moins qu’il n’y ait deux visions, et qu'il

d’ailleurs très réelles. — Zes moins précis. — Paraït double.

globes des yeux disposés de la méme manière.C'’est bien vague ; mais Je n'ai pu préciser davantage la pensée, par crainte de la changer.— Les yeux de travers.

C'est-à-dire qu'ils louchent. — Ils regardent de côté. C'est fort exact. — ls clignent les paupières. Les myopes le font aussi bien que les louches, et aussi afin de voir mieux. — On sait ce qui arrive... Le texte est

C'est exact ; mais le phénomène n'est pas tout à fait le même.— Pour le cas actuel. Ici non plus, le texte n’est pas aussi formel.

— L'œil est poussé vers le haut.

C'est-à-dire, si la vue paraît se diriger dans un sens, le louche voit dans un autre sens; si elle se dirige en haut, il voit en bas; et à l'inverse. — L'objet vu... Ce détail reste obscur. — ÆRéellement. J'ai ajouté ce mot. — Au

SECTION XXXI, DES YEUX, ὃ 8 309 n’y ait divergence. C’est ce phènomène qui se produit pour le louche, de telle sorte qu'on dirait qu'il voit deux objets ; mais cette divergence tient à la position, parce que l'objet n’est pas placé au centre de la

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