‹ Les Problèmes d'Aristote;Chapitre 46 sur 78 · VISION · texte numérisé non relu

VISION

Pourquoi les myopes ont-ils une très fine écriture ἢ Il paraît singulier que, n'ayant pas une vue perçante, ils fassent cependant une œuvre qui semble n’appartenir qu'à de très bonnes vues.

N'est-ce pas parce que les petites choses paraissent grandes quand on les regarde de près, et que les myopes n'écrivent qu'en approchant beaucoup leurs yeux ? Ou bien, n'est-ce pas parce qu'ils écrivent en clignant les paupières? Ce qui vient de la faiblesse de leur vue. S'ils écrivent les yeux tout grands ouverts, la vue dispersée, par cela même, voit mal ; mais si la vue se concentre, en se rapprochant ainsi des

centre de la vision. Toutes ces explications peuvent paraître insuffsantes; mais il faut se rappeler que c'est la première tentative qui ait été faite pour décrire le strabisme. L'école Hippocratique ne s’en estpas occupée; et peut-être la physiologie contemporaine elle-même n'en a-t-elle pas fait une théorie définitive. Voir plus loin, 88 17 et 18, des questions presque pareilles. Il est à remarquer que Pline, qui s'est beaucoup occupé des yeux, livre XI, ch.

51 à 58, pp. 449 et suiv., édit.

et trad. Littré, n’a rien dit du strabisme.

ὃ 8. Une très fine écriture. Le fait n'est pas général, et les myopes sont portés à avoir une grosse écriture. Ce qui est plus ordinairement vrai, c'est qu'ils ont une vue très fine pour les objets les plus ténus.

— Les petites choses. Comme les lettres des mots sont de très petits objets, le myope est obligé de les rapprocher beaucoup pour les mieux voir. — En

356 LES PROBLÈMES objets, elle ne fait plus qu'un petit angle ; et alors, il

faut nécessairement qu'elle trace de petits caractères.

Pourquoi y a-t-il des personnes qui, après avoir souffert d’une ophthalmie, ont ensuite la vue plus perçante ὃ

N'est-ce pas parce qu'alors les yeux se sont nettoyés ἢ Car souvent c’est une épaisseur extérieure qui voile la vue, et dont on est débarrassé quand les larmes ont coulé. Aussi, se sent-on soulagé, même quandles yeux pleurent, et qu’ils sont piqués, comme ils le sont par l'oignon. Mais il y a des plantes, comme l’origan, qui sont les ennemies de l'œil.

Pourquoi la sensation est-elle moins forte quand

on ne regarde que d’un seul œil ?

clignant. Le fait est fort exact.

— Un pelit angle.Cette seconde explication semble contredire quelque peu la première.

8. 9. Plus percante. C’est l'expression même du texte; peutêtre faudrait-il dire simplement:

« plus nette ». Ceci serait mieux d'accord avec ce qui suit. — δὲ sont nettoyés. L'image est assez vraie ; l'œil se trouve alors débarrassé de toutes les sécrétions anomales qui le gênaient. — Sont piqués. l'oignon. Chacun de nous a pu faire cette observation sur lui-même; elle était neuve, il y a deux mille ans.

L'école Hippocratique avait déjà remarqué cet effet de l'oignon ; Hippocrate, édit. et traduction E. Littré, livre II des Maladies, tome VII, p. 109. — Origan.

Voir le traité général de Botanique de Le Maout et Decaisne, p.204. Théophraste, qui a parlé de l'oignon et de l'origan, ne dit rien de jeur action sur la vue.

Voir plus haut, section XX, δ. 30 et suiv., ce que l'auteur dit de l’origan.

δ 10. Za sensation est-elle moins forte. Ceci semble en contradiction avec les 88 2 et & plus haut, où il est dit qu'on

N'est-ce pas qu'alors l’âme sent moins, et que, par

suite, l'impression est moins forte ?

Pourquoi, quand on emploie les yeux séparément, les choses semblent-elles doubles ?

N'est-ce pas parce qu'alors le mouvement de chacun des deux yeux ne tombe pas sur le même point ? On dirait donc qu'en voyant deux fois le même objet, l'âme croit voir deux choses différentes. Il en est absolument ainsi pour la superposition des doigts ; vous

croyez qu'il y a deux objets, parce que vous en touchez un seul deux fois.

Pourquoi les sensations de droite ne différent-elles pas de celles de gauche pour les yeux, tandis que, dans toutes les autres sensations, c’est toujours la

droite qui vaut le mieux ?

voit mieux d'un seul œil. — L'âme, qui est le centre où toutes les sensations extérieures aboutissent.

S 11. Quand on emploie les yeux séparément. C'est la traduction exacte du texte: mais l'expression n'est pas claire.

S'il s'agit de l'emploi successif de l'un des yeux, le fait n’est pas exact; et dans ce cas les objets ne semblent pas doubles.

Il est plutôt probable qu'il s’agit d'une certaine pression de l'œil, détourné de sa position ordinaire ; mais le mot grec reste

obscur. Voir plus loin, 8 18 et section XXXV, 8 10. — Deux fois le méme objet. L’original n'est pas aussi précis. — La superposition des doigts. Aristote est revenu à plusieurs reprises sur cette observation, qu'on fait encore aujourd'hui assez souvent.

8 12. Pour les yeux. J'ai ajouté ces mots, qui semblent indispensables, comme suite à ce qui précède. Septali ajoute en outre:

« pour l’ouie », ce qui est également vrai; mais le texte est tout à fait indéterminé, et il ne

N'est-ce pas à cause de l'habitude où nous sommes de sentir immédiatement des deux yeux d’une facon pareille ? La droite nous fait l'effet de l'emporter, parce que nous en avons l'habitude. Mais une fois qu'on s’y est habitué, on se fait deux mains droites. N'est-ce pas aussi parce que sentir, c’est éprouver quelque chose ἢ La droite l'emporte sur la gauche, parce qu'elle est plus active et qu’elle est moins passive que la gauche.

Pourquoi la droite est-elle en tout le reste supérieure à la gauche, tandis que, pour les sensations, les deux sont semblables l’une à l’autre ?

N'est-ce pas parce que, pour les sensations, nous sommes habitués également à l’une et à l’autre ? De

paraît exprimer qu'une pensée générale, sans application spéciale, soit aux yeux, soit aux

oreilles. — Des deux yeux. Ici encore, Jai suppléé ces deux mots. — Vous en avons l’habi-

tude. 11 y a plus que l'habitude, et il y a certainement au début quelque impulsion naturelle à laquelle l’homme ne résiste pas.

Plus tard, l'habitude fortifie cette inclination. première; mais l'habitude ne la crée pas. La preuve, c'est que la presque totalité des hommes sont droitiers, et que les gauchers sont une exception infime. — Deux mains droites.

On devient ambidextre; mais il

faut se faire tout exprès cette habitude, qui ne laisse pas que d'être difficile. — Elle est plus active. Par le fait même de la nature, et non par l'habitude individuelle. Voir le $ suivant, qui est presque une répétition de celui-ci.

8 13. Pour les sensations.Sans doute, de la vueet de l’ouïe; car pour le goût et l’odorat, on ne peut distinguer, ni droite, ni gauche. — Nous sommes habitués. L'habitude ne sufhrait pas sans l'organisation naturelle.

L'unité de sensation est nécessaire pour les deux sens de l'ouiïe et de la vue, parce qu'au-

SECTION XXXI, DES YEUX, ὃ 14 359 plus, sentir c’est éprouver une impression ; mais la supériorité des droites consiste en ce qu’elles font, et

non en ce qu'elles souffrent.

Pourquoi l'exercice ne contribue:t-il pas à rendre la vue percante ἢ

N'est-ce pas parce que l'exercice dessèche le sang des yeux, comme il dessèche le reste du corps ? Mais la sécheresse durcit toute la peau ; et elle durcit également celle qui est sur la pupille. C’est là ce qui fait que les vieillards ne voyent pas bien; car, dans la

trement les sensations pourraient se contrarier et s’annuler.

Ξ- Éprouver une impression... Ce qu'elles souffrent. Le texte emploie un seul et même mot. J’ai admis dans ma traduction la négation, qui est indispensable dans le dernier membre de phrase. L'édition de Firmin Didot donne cette négation, sans l'expliquer, bien que les éditions ordinaires ne l'aient pas.

Septali ne l'a pas non plus dans son texte: mais il l’admet dans sa traduction, sans d'ailieurs indiquer la cause de cette différence. Voir plus loin, 8 19.

$ 14. L'exercice. Il faut restreindre cette expression à l'exercice du sens de la vue, et non la prendre dans une acception générale, comme le veut Septali. L'exercice de la vue ne rend pas la vue plus percante,

quoique ordinairement l'exercice fortifie les organes. Voilà ce que demande l'auteur. Du reste, le fait n'est peut-être pas tout à fait exact, et l’on voit mieux, à force de regarder. — Le sang des yeux. Le texte ordinaire dit simplement : « le sang ». La vieille traduction semble avoir lu «la Vue », au lieu de Sang. Dans la forme des mots grecs, la différence est fort légère, et l'erreur était facile de l'un à l'autre; j'ai réuni les deux versions. Mais on sait physiologiquement que le changement que l’âge apporte dans la vue, tient à une certaine déformation du globe de l'œil. Il est possible aussi que l'altération du sang y soit pour quelque chose. — Celle qui est sur la pupille. Ce n'est pas sur la cornée que l’altération a lieu;

vieillesse, la peau se durcit, en même temps qu’ellese ride ; et la vue se voile.

Pourquoi les myopes, qui n’ont pas la vue perçante, ont-ils une écriture si fine, tandis que bien distinguer les petites choses n'appartient qu'à une bonne vue ?

N'est-ce pas parce qu'ayant la vue faible, ils rétrécissent, tant qu'ils peuvent, les paupières ? La vue, sortant alors resserrée, voit mieux ; elle se disperse, au contraire, quand l'œil est tout grand ouvert. Aussi, les myopes clignent-ils la paupière à cause de la faiblesse de la vue. Regardant par une petite ouverture, ils voyent la grandeur rapetissée ; et alors telle est la grandeur qu'ils voient, telle est aussi leur écriture.

Pourquoi les myopes regardent-ils en clignant les paupières ?

N'est-ce pas parce qu'ayant la vue faible, de même qu'on se couvre de la main pour voir les choses éloi-

c'est plus profondément. — Za plus de lumière, et il a plus

vue se voile. C'est exact.

8 15. Les myopes... Voir plus haut, ὃ 8, et plus bas $ 16, où la même question est reproduite. Les explications déjà données peuvent sufhre. Le lecteur est prié de s’y reporter. — Resserrée. C'est le sens le plus probable du mot grec. — Elle se disperse. Le fait n'est pas exact; seulement, l'œil recoit

d'effort à faire. — Une petite ouverture. L'auteur semble appliquer ceci à la paupière, tandis que c'est dans la pupille que le fait se passe. La pupille se rétrécit quand la lumière est plus vive; elle s'agrandit dans l'obscurité.

S 16. Les myopes.… Voir le ὃ précédent et le ὃ 8. — On se couvre de la main. Le mouve-

gnées, de même ils étendent leurs paupières sur les choses qui sont proches, comme une sorte de main. Ils font ce mouvement pour que la vision sorte plus concentrée ; et que, sortant par un espace plus étroit, elle ne se disperse pas tout à coup, comme elle le ferait si elle sortait de l’œil tout grand ouvert. La vue, étant plus forte, voit mieux.

Pourquoi, puisqu'on ἃ à mouvoir l'œil de chaque côté, un objet unique ne parait-il pas en faire deux ἢ

N'est-ce pas parce que le principe de la vue est sur la même ligne? Mais les objets ne paraissent être doubles que quand cette ligne vient à changer, soit en haut, soit en bas. Or, de chaque côté, il n’y a plus de différence, à moins que l’un ne puisse regarder en

bas, et l’autre regarder en haut.

ment est instinctif, et nous le faisons comme les Anciens le faisaient, comme on le fait partout. — Une sorte de main. La comparaison est ingénieuse. — Voit mieux. Le mot grec est moins précis.

δ. 17. Puisqu'on a à mouvoir l'œil de chaque côté. Le texte n'est pas aussi développé; mais il semble qu'il ne peut pas avoir un autre sens. « Puisque nous avons un œil de chaque côté, nous devrions voir deux objets au lieu d'un ; cependant nous n'en voyons qu'un, et pourquoi ἢ»

Septali trouve cette question fort belle (Pulcherrimum); elle est certainement fortobseure, à

cause de la concision de l'original. — Le principe de la vue est sur la même ligne. Les deux rayons visuels sont parallèles ; mais ce qui fait l'unité de la vision, c'est que les deux nerfs optiques se touchent et se croisent en un point, avant de s’enfoncer dans la masse encéphalique. — Soit en haut, soit en bas. C'est-à-dire que les lignes cessent d'être parallèles, soit qu'on regarde en haut, soit qu'on regarde en bas. L'édition Firmin Didot ἃ ici une variante qu’elle n’explique pas, et qui est contraire à toules les autres éditions. J'ai conservé le texte ordinaire. Mais comme il est

Pourquoi se fait-il que, pour la vue, un objet qui est unique puisse paraître double, si l’on dispose les yeux d’une certaine facon l’un par rapport à l’autre, tandis que, dans les autres sens, il n’y a rien de pareil ἢ

N'est-ce pas que, dans le toucher aussi, un objet unique parait double par la superposition des doigts ἢ Mais le phénomène ne se présente pas pour les autres sens, parce qu'ils n’ont pas à s'étendre pour sentir des objets extérieurs et qu'ils ne sont pas doubles. Il se passe ici quelque chose d’analogue au phénomème des doigts, qu'imite ainsi le phénomène de la vue.

Pourquoi, dans le reste du corps, la partie gauche est-elle toujours la plus faible, et n’en est-il pas ainsi pour les yeux, qui voyent également bien ?

N'est-ce pas parce que la droite l'emporte sur la

fort concis, on peut l'interpréter de plusieurs manières. L'édition Firmin Didot réunit aussi les $S 17 et 18 en un seul, sans justifier davantage ce changement, qui se trouve en effet dans quelques manuscrits. Mais la division doit être maintenue, parce que les deux questions sont différentes. C’est Gaza qui les ἃ séparées.

8 18. Pour la vue... Voir une question analogue plus haut, $ 11,et plus loin, section XXXIV,

$ 10.— Z{s n'ont pas à s'étendre. C'est l'expression même du texte. — Les autres sens. Il semble que l'ouiïe fait exception, comme les yeux, puisqu'il y a aussi deux oreilles ; mais le son n'est pas un objet extérieur, comme le sont les objets visibles. — De la vue. J'ai ajouté ces mots pour donner plus de clarté au texte.

δ 19. Za partie gauche. Voir plus haut, ἢ 13, la même question, sous une forme peu diffe-

SECTION XXXI, DES YEUX, ὃ 20 363 gauche par son habileté à faire les choses, et que les deux parties diffèrent entre elles sous le rapport de l’action, mais ne diffèrent pas en tant que susceptibles d'impression, tandis que la vue est simplement pas-

sive ἢ

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