‹ Les Problèmes d'Aristote;Chapitre 53 sur 78 · DE LA BOUCHE ET DES ORGANES QU'ELLE CONTIENT · texte numérisé non relu

DE LA BOUCHE ET DES ORGANES QU'ELLE CONTIENT

L’écartement des dents annonce une vie courte; les dents sont plus sensibles au froid que la chair; symptômes qu'on peut tirer de l'état de la langue; saveurs que sent la langue ; couleurs de la langue ; haleine chaude et froide ; on ne peut renouveler sur-

le-champ une forte expiration ;

organes servant au passage des

aliments ; organes servant au passage de la respiration ; signes de longévité tirés des lignes de la main; rétrécissement du ventre dans une forte aspiration; jeu de la respiration.

Pourquoi les gens qui ont perdu les dents ne vivent-

ils pas très tard ?

mais on ne voit pas bien ce que peut être la dureté du sang. On pourrait également traduire « Quand le sang est chaud, il est dur ». Le texte se prêterait ἃ ces deux interprétations. — Et la preuve... Cette preuve n’a rien de décisif. — Tous les petits enfants sont camards.

C'est exagéré; seulement le nez est peu développé dans les premières années de la vie.

$ 1. Qui ont perdu les dents.

L'expression grecque est moins précise ; mais le sens que j'y donne me semble seul acceptable. Il y a des commentateurs qui ont compris qu'il s'agissait du nombre originel des dents.

Les faits ne répondraient pas du tout à cette hypothèse. A mon avis, il s’agit uniquement de la conservation ou de la perte des dents ; et alors les

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N'est-ce pas que les animaux destinés à vivre longtemps gardent un plus grand nombre de dents ? Par exemple, les mâles les gardent plus que les femelles ; les hommes, plus que les femmes ; les moutons plus que les brebis. Ainsi, quand les dents sont rares, cest à peu près comme si elles étaient en moindre nombre.

Pourquoi les dents, tout en étant plus résistantes que les chairs, sont-elles cependant plus sensibles au froid ?

N'est-ce pas parce qu'elles poussent sur des canaux, où la chaleur, étant très faible, est dominée bien vite par le froid, et produit ainsi la douleur ?

Pourquoi les dents sentent-elles le froid plus vive-

différences signalées par l’auteur peuvent être exactes. — Sont rares. J'ai conservé ici la nuance du mot grec, parce qu'après ce qui précède, il ne peut pas y avoir de doute. Rares veut dire seulement qu'il est tombé beaucoup de dents et qu'il en reste peu. Voir la même question plus haut, section X, ὃ 50, où l'explication est presque identique.

ὃ 2. Plus résistantes. Ou :

« plus fortes ».— Plus sensibles au froid. La raison donnée ici est peut-être très contestable ; les dents sont à l'intérieur de la

bouche, où il y a plus de chaleur, tandis que la chair est tout extérieure et qu'elle est plus habituée aux intempéries.

— Elles poussent sur des canaux.

C'est la traduction exacte; mais on pourrait traduire aussi :

«elles ont dans leur croissance des canaux »... Voir le 8 suivant, où la même question est répétée presque sous la même forme.

8 3. Le froid plus vivement que la chaleur. Le fait est exact, et on peut s'en assurer en se rappelant l'effet que la glace produit sur les dents. —

ment que la chaleur, tandis que, pour la chair, c'est tout le contraire ?

N'est-ce pas parce que la chair est une substance moyenne et qu’elle est bien tempérée, tandis qu’au contraire, les dents sont froides, et que, par suite, elles sentent davantage le contraire ? Ou, n'est-ce pas

aussi parce que les vaisseaux qu'elles contiennent sont ἢ

très étroits ? Il y a dans ces vaisseaux peu de chaleur; et conséquemment, les dents sentent bien vite le contraire. Quant à la chair, elle est chaude; et elle ne souffre aucunement du froid. Mais elle sent très vite la chaleur ; car c’est alors en quelque sorte du feu jeté sur du feu.

Pourquoi la langue peut-elle indiquer tant de choses, annonçant, par exemple, la fièvre dans les maladies aiguës, et aussi quand elle ἃ des pustules pareilles à des grêlons, variant d’ailleurs beaucoup dans les différentes races de bétail ?

C’est tout le contraire. Ceci exagéré. — Du feu jeté sur du n'est peut-être pas tout à fait feu. Aristote a plus d'une fois exact. La chair sent vivement employé cette comparaison.

le froid, et il n’est pas sûr S4. La langue... La langue

qu’elle sente la chaleur davan- peut fournir beaucoup d'indicatage. — Les vaisseaux qu'elles tions médicales, parce qu'étant contiennent. Le texte n’est pas dans la bouche, elle reproduit, aussi précis. — Bien vite le pour sa part, l'état des mem-

contraire.C'est-à-dire, le froid.

— Elle est chaude. À cause de la circulation du sang, qui porte la chaleur dans toutes les parties du corps. — Et ne souffre aucunement du froid. C’est

branes intérieures du corps.

L'école Hippocratique tirait d'utiles symptômes de l'aspect de la langue. — Pareilles à des grélons. Le grêlon est particulièrement une maladie du porc;

N'est-ce pas parce que la langue reçoit l'humidité, et qu’elle est placée à la suite du poumon, où se trouve le principe des fièvres ? Toutes les substances varient de couleurs, à cause de la coloration différente des liquides. La substance reçoit sa première couleur de ce qui la pénètre tout d’abord; et c’est bien là ce qu’éprouve la langue. Les boutons de grêle s’y développent, parce qu’elle est spongieuse ; et le bouton est sur la langue, comme serait une pustule sans coction, sur [65 organes inférieurs du corps.

Pourquoi la langue n’a-t-elle jamais de saveur douce, tandis qu'elle en a parfois une, amère, salée, piquante ? N'est-ce pas que toutes ces saveurs sont autant d’altérations, et que la langue ne sent plus sa nature véri-

table ?

mais il se forme aussi de ces grains de grêle sur la langue humaine ; voir Hippocrate, quatrième livre des Epidémies, tome V, p. 149, édit. et trad.

E. Littré; voir aussi sur le grélon des porcs, Histoire des animaux, livre VIII, ch. 21, δὲ 4 et 5. — Variant.… beaucoup...

Aristote a fait une étude spéciale de la langue chez les diverses espèces d'animaux, soit dans l'Histoire des Animaux, soit dans le traité des Parties.— Parce qu'elle recoit l'humidité.

Ce n'est pas une explication suffisante, non plus que celle qui suit. — À la suite du poumon. Mais encore fort loin, et

T. Il.

l'on ne peut pas dire que la langue soit placée sur le poumon. — Le principe des fièvres.

La fièvre peut venir d'autres organes, et notamment de l’estomac. — Toutes les substances.

L'expression du texte semble aussi générale. — C’est bien là ce qu’éprouve la langue. Ceci est bien vague. — Zes boutons de grêle. Il n'y a qu'un mot dans le texte. — Sans coction. C'est-àdire : «incomplètement formée ».

ὃ 5. N’a-t-elle jamais une saveur douce. Indépendamment de ce que la langue peut recevoir par les aliments, et de ce qu'elle est par elle-même. — La langue ne sent plus. C'est la tournure

Pourquoi la langue a-t-elle autant de couleurs différentes que peut en avoir la peau ?

N'est-ce pas que la langue est une partie du corps comme toute autre partie extérieure, bien qu’elle soit renfermée à l’intérieur ? Mais comme la peau qui la recouvre est fort mince, la moindre variété s’y fait remarquer. N'est-ce pas aussi parce que c’est l’eau qui fait changer les couleurs, et que c’est surtout la langue qui est affectée par les boissons que l’on prend ἢ

de

Pourquoi l’haleine qui passe par la bouche est-elle, tantôt chaude, et tantôt froide ? Ainsi, en expirant, on fait le froid ; en aspirant, on fait le chaud; et l’on peut se convaincre qu'on produit réellement de la chaleur,

en approchant la main de la bouche.

même du texte. — Véritable.

J'ai ajouté cette épithète, qui semble indispensable.

86. Autant de couleurs différentes. Voir sur ces variétés de couleur, Histoire des Animaux, livre V, ch. 5, $ 8. — Que peut en avoir la peau. Ceci est exagéré; la couleur de la langue varie moins que le pelage. — Fort mince. Anatomiquement, ceci n'est pas plus applicable à la langue qu'à tout autre organe. — C'est l'eau qui fait changer les couleurs. Les Anciens attribuaient aux eaux encore plus d'influence qu’elles

n’en ont réellement sur la couleur des animaux. Voir notamment l'Histoire des Animaux, livre III, ch. 10, S 19.

ἃ 7. Tantôt chaude et tantôt froide. Voir plus haut, section XXVI, $ 50, des détails analogues; voir aussi le passage de Théophraste, Traité des Vents, ch. 3, 8 20, p. 380, édit. Firmin Didot.Théophraste dit que l'haleine est toujours chaude, et que c'est une erreur de dire qu'elle est tantôt chaude et tantôt froide. Ce sont les circonstances seules qui diffèrent : dans un cas, on ouvre la bouche toute

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N'est-ce pas parce que l'air mû, dans l’un ou l’autre sens, reste froid, mais qu’en soufflant on ne meut pas l'air en le réunissant, et qu'on le meut seulement par la bouche rétrécie ? Mais une expiration,même très faible, suffit à mouvoir beaucoup d'air extérieur, au milieu duquel l'air qui vient de la bouche disparait à cause de sa petite quantité. Au contraire, dans le mouvement d'aspiration, on concentre une grande quantité d'air; et alors c'est de la chaleur qu’on produit ; car c’est encore dela respiration, qui ne diffère de l’autre que par la contraction de l'air; et laspiration n'est qu un déplacement de l’air concentré.

Pourquoi, lorsqu'on ἃ fait une expiration forte et rapide, ne peut-on pas sur-le-champ renouveler cette

grande, et dans l’autre au con- l'élargir dans l'expiration. —

traire, on la rétrécit. Ainsi qu'on l'a déja fait remarquer, l’explication de Théophraste est de beaucoup la plus nette; il réfute et il corrige peut-être son maître. — este froid. Gaza traduit au contraire : « Reste chaud », malgré l'autorité de tous les manuscrits ; Septali l'en blâme vivement. L'édition Firmin Didot dit Froid dans le texte, et Chaud dans la traduction. Le contexte lui-même est assez obscur, et il aide peu à lever ces difficultés. — En le réunissant. Ou: « en masse ».

— Par la bouche rétrécie. On peut tout aussi bien rétrécir la bouche dans l'aspiration que

Beaucoup d'air extérieur. Ceci semble exagéré, et la quantité d'air peut être très petite aussi bien qu'elle peut être plus grande, selon la force qu’on met à expirer ou à aspirer. — De la respiration. J'ai dû prendre un terme général, qui s’applique également aux deux mouvements d'aspiration et d'expiration. Le texte ne marque pas non plus ces différences assez nettement.

8 8. Ne peut-on pas sur-lechamp... Le fait est exact, et il est facile de le vérifier par soimême. Après avoir expiré, il faut aspirer ensuite, pour qu’une seconde expiration soit possible,

expiration ἢ Et de même aussi pour l'aspiration ; car on ne peut pas non plus la faire deux fois de suite. N'est-ce pas parce que l’un de ces mouvements est une distension de l’organe, et l’autre, au contraire, une contraction, et que ces deux mouvements ne

peuvent se produire que jusqu’à un certain point ? Il

est donc évident que les deux doivent de toute nécessité se produire successivement, et qu'il est impossible qu'ils se produisent deux fois de suite.

DE

Comment se fait-il que, l'organe par où passent les aliments, secs ou liquides, étant autre que celui par où nous respirons, nous soyons étouffés si nous prenons un morceau trop gros ?

Il n’y ἃ rien la d'étonnant; car non seulement nous étouffons, s’il tombe quelque morceau dans cet endroit, mais encore nous étouffons davantage si l'organe est bouché. Les deux organes par lesquels nous prenons les aliments, et par lesquels nous respirons, sont parallèles. Lors donc qu’un morceau trop gros s’en-

et de même, si l'aspiration précède, elle doit être suivie d’une expiration, pour qu'une nouvelle aspiration soit possible. — Jusqu'à un certain point, où il faut reprendre haleine. — Successivement. Cette succession des deux mouvements est indispensable à la vie.

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