‹ Les Problèmes d'Aristote;Chapitre 55 sur 78 · SECTION XXXV DES PHÉNOMÈNES DU TOUCHER · texte numérisé non relu

SECTION XXXV DES PHÉNOMÈNES DU TOUCHER

Contact étranger ; contact de soi-même ; chatouillement des aisselles et de la plante des pieds ; excitabilité de diverses parties du corps; rapports de la chaleur naturelle et des objets extérieurs selon les saisons ; frissonnement des poils ; on ne se chatouille pas soi-même ; sensibilité des lèvres ; frissons après les repas ; illusions du toucher pour un objet qu'on fait rouler sous les doigts superposés.

Pourquoi, quand une autre personne nous touche, frissonnons-nous plus que quand nous nous touchons nous-mêmes ?

N'est-ce pas parce que le contact de quelque chose d’étranger nous est plus sensible que le contact d’une chose quinous est propre? Nous ne sentons pas ce qui est de même nature que nous. En outre, ce qui nous effraie le plus, c’est ce qui nous survient secrètement et d’une façon tout inopinée, parce que la peur est un refroidissement. Or, un contact étranger a ces deux inconvénients, comparativement à notre propre contact. Enfin, d'une manière générale, ce qui est fait

8 1. Frissonnons-nons. C'est En outre, ce qui nous effraie… le terme général et la traduction Cette explication est plus pertifidèle du texte; mais, dans bien nente; mais la peur est une

des cas, ce n'est pas un frisson précisément que nous ressentons. — Le contact de quelque chose d’étranger. C'est résoudre la question par la question. —

exception, et cet effet est beaucoup plus rare que tout autre dans la vie ordinaire. — Un contact étranger. Le texte est aussi vague. — Enfin ce qui est

SECTION XXXV, DU TOUCHER, 83 409 pour sentir doit sentir tout objet étranger plus qu'il ne se sent lui-même, ou peut-être même le sentir uniquement, comme, par exemple, ce qu'on éprouve

dans le chatouillement.

Pourquoi est-on chatouilleux sous les aisselles et sous la plante des pieds ?

N'est-ce pas parce que la peau y est mince, et parce qu'on est chatouilleux là où l’on n’a pas l'habitude ‘être touché, dans les parties qu'on vient de dire, ou à l'oreille 9

Pourquoi tout le monde ne frissonne:t-il pas également sous l'impression des mêmes objets ἢ

N'est-ce pas aussi parce que nous ne ressentons pas tous du plaisir par les mêmes objets, de même que ce n'est pas non plus par les mêmes causes que nous sentons la douleur ? De même, nous ne frissonnons

fait pour sentir. C’est encore, à ce qu'il semble, résoudre la question par la question. — Dans le chatouillement. L’'exemple est bien choisi.

ὃ 2. Sous les aisselles ou la plante des pieds. Le fait est exact, et chacun de nous a dû l’éprouver bien des fois. — Ou à l'oreille. Le texte n’est pas ici très clair, et l'on pourrait comprendre que l'oreille est sensible au chatouillement autant que

les aisselles ou la plante du pied, ce qui serait faux. Mais on peut aussi comprendre qu'on n'est pas plus habitué à être touché sous les aisselles qu’on ne l’est pour l'oreille. Voir plus loin, ὃ 8.

8 3. Ne frissonne-t-il pas...

Voir plus haut, section VII, 8 ὅ, quelques détails analogues à ceux-ci. Les faits sont d’ailleurs bien observés. Le frisson doit s'entendre ici de ce que nous

pas tous pour les mêmes motifs, bien que le refroidissement soit cependant le même pour tous. Ainsi, les uns ont chair de poule en mächant leur vêtement ; d’autres, en entendant une scie qu'on affüte ou qu'on fait jouer ; d’autres, quand on coupe de la pierre ponce; d’autres, quand la pierre d’une meule vient à grincer.

Pourquoi, puisque l’été est chaud et que l'hiver est froid, les corps que l’on touche paraissent-ils plus froids en été qu’en hiver ?

N'est-ce pas parce que la sueur et la transpiration refroidissent les corps, et que la sueur ἃ lieu en été et n’a pas lieu en hiver ? Ou, n'est-ce pas parce que le froid et le chaud se conservent l’un et l’autre d’une facon toute contraire à la saison ? Dans l'été, la chaleur se réfugie à l’intérieur, et ainsi elle pro-

appelons aussi Chair de poule.

— Le refroidissement... C'est le mot même du texte. Ce n’est pas d’ailleurs un refroidissement qu'on éprouve, mais une sensation purement nerveuse.

— Ont chair de poule. J'ai cru pouvoir adopter cette expresprécède, quoique 16 l'aie trouvée trop moderne, note sur le $5 de ia section VII. — En méchant leur vélement. Le fait est exact selon les personnes, ainsi que tous

sion, après ce qui

les détails qui suivent.

$ 4. Paraissent-ils plus froids en été. On doit entendreici par les corps, la peau des personnes

que l'on touche, et non les objets en général ; c'est ce que prouve la suite du contexte. En été, la sueur refroidit le corps; et quand on le touche, il semble froid, comparativement sans doute à la température extérieure. — Refroidissent les corps. Les mains, par exemple.

— 86 conservent... d'une facon toute contraire à La saison. Ceci semble vouloir dire qu'en été la chaleur rentre, et qu'en hiver elle sort. En ce cas, les faits ne seraient pas très bien observés ; Septali est bien près de croire que cette question n'est pas authentique, et que l’expli-

SECTION XXXV, DU TOUCHER, ὃ 6 ail

voque la sueur, tandis que, dans l'hiver, le froid empêche la sueur de se produire ; et le corps transpire comme la terre.

Pourquoi les poils se hérissent-ils sur la peau ?

N'est-ce pas parce qu’en contractant la peau, ils se soulèvent tout naturellement ? Ils la contractent par le froid, et aussi sous bien d’autres influences.

Pourquoi ne peut-on pas se chatouiller soi-même ?

N'est-ce pas aussi parce qu'on est moins chatouillé même par un autre, lorsqu'on s’y attend, et qu’on l’est davantage quand on ne voit pas la personne, de sorte qu'on est bien moins chatouillé quand on n’est pas surpris de l'être? Le rire est une sorte de surprise et de tromperie. C’est là ce qui fait que, quand on est blessé dans la poitrine, on se met à rire; car ce n’est

cation n'est pas digne d’Aristote.

— Transpire comme la terre. Ceci paraît faire allusion aux vapeurs qui, en hiver, semblent sortir de certains lieux, des puits, par exemple ; notre haleine en hiverest visible, ainsi que ces vapeurs légères. Le texte est obscur par suite de sa concision.

δ 5. Les poils se hérissent-ils… Voir plus haut une question presque pareille, section VIII, δ8 12, 15 et 21. Les explications qui y ont été données doivent sufhre.

8. 6. Ne peut-on pas se chatouiller. Le fait est exact d'une manière générale. — Lorsqu'on s’y attend. Chacun de nous ἃ pu vérifier ce phénomène. — Le rire. Ajoutez: « que le chatouillement provoque ». — Et de tromperie. C'est la traduction fidèle du texte, qui esttrop concis, et qui n’est pas assez explicatif.

— Dans la poitrine. L'expression grecque ne désigne pas très précisément quelle est la partie du corps dont il s’agit ; cest peut-être ce que nous appelons : le creux de l'estomac.

pas par suite d’une blessure dans un lieu quelconque qu'on est poussé à rire. Ce qui se passe à notre insu est fait pour nous tromper; et c’est là ce qui fait aussi que, tantôt le rire se produit, et que tantôt il ne se produit pas, pour une même chose.

Pourquoi sommes-nous chatouilleux sur les lèvres ?

Est-ce parce que la partie chatouillée ne doit pas être loin du principe sensible, et que ce sont les lèvres qui sont le plus rapprochées de ce lieu ? C’est pour cela que les lèvres, qui sont charnues, sont les plus chatouilleuses de toutes les parties de la tête ; et c'est là ce qui les rend plus excitables que tout le reste.

Pourquoi provoque:t-on le rire en touchant quelqu'un dans la région des aisselles, et pourquoi ne le provoque-t-on pas si l'on touche ailleurs ἢ Et pourquoi aussi éternue-t-on si l’on se touche le nez avec une plume ?

— Dans un lieu quelconque.

parce qu'en effet les blessures causent en général une douleur, qui chasse le rire, loin de le provoquer. Voir le Traité des Parties des animaux, livre III, ch. 10, $$ 5 et 6, p. 90, où Aristote exprime les mêmes pensées, et en des termes presque identiques. Il est probable que le $ 6 n’est qu'un emprunt.

$ 7. Sur les lèvres. C'est sans doute à cause de la finesse de

la peau, et sans doute aussi pour d'autres causes. — Loin du principe sensible. Que l'on suppose dans le cerveau. — Le plus rapprochées de ce lieu. Ce n'est pas très exact. — Plus excitables. 11 faut supposer que les lèvres ont une organisation toute spéciale.

ὃ 8. Dans !la région des aisselles. Voir plus haut, $ 2, une question presque pareille. — Éternue-t-on. Noir plus haut,

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