‹ Les problèmes de l'âmeChapitre 4 sur 12 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Ia aeienoe n'est pas rinflexible vétoineni d'vae idole Immobile; elte ressemble plutôt à cet llebes dreperiee qui, aur le» statues grecques^ entourent le corps sens le cacher» et semblent seulement en mieux accuser les mouvements et les courbes, Mais quoi 1 si sous cette enveloppe et ces plis onduleux, le corps^ les musclée^ les os, disparaissaient pour ne laisser place qu'à je ne ss^is quoi de fluide et d'insaisissable l Je crains que cette comparaison ne s'applique trop bien à la science du cerveau.

En franchissant le dernier seuil des centres nerveux secondaires, pour pénétrer dans le sanctuaire, on arrive en pays inconnu. La physiologie a fait, en ce siècle, des découvertes nombreuses dans le système de la moelle épinière et du grand sympathique ; elle commence à connaître assez bien les régions de la vie inféjÔ^U^Cj^ des mouvements inconscients, de ranimalité spécifique. Elle en classe, elle en localise même les

fonctions; elle démonte Thomme automate et en examine à loisir les moindres ressorts. Mais de Thommepensée, de Thomme-volonté^ de la vie cachée^ de Tâme individuelle, ce mystère des mystères, que sait-elle? Elle est encore occupée à tracer de lointaines parallèles, sans pouvoir pousser des tranchées directes sur la redoutable forteresse. Elle l'aperçoit pourtant de loin, elle sait que c'est là, dans les hémisphères cérébraux, que natt toute pensée, que surgit toute volonté, que toute sensation est perçue, toute émotion ressentie. De la chambre obscure du crâne, Tesprit aperçoit le tableau changeant du monde infini : cette substance grise, insensible au scalpel^ aux irritants physiques et chimiques^ est le foyer de toute douleur, de tout plaisir^ de toute émotion, de toute passion^ de toute volonté. Dans cette masse blanchâtre, qui sur la table de Tanatomiste semble si inerte^ si peu complexe et si grossière, qu'Aristote (1) la prenait pour un vil viscère et Buffbn pour un mucilage, sont logés des petits appareils d'une sensibilité exquise, des régulateurs d'une

(1) 11 est bien singulier qu'on ait méconnu si longtemps la haute fonction du cerveau, si Ton songe qu*Hippocrate Tavait nettement définie. « C'est par le cerveau, dii-il, que nous sommes Tous, que nous délirons, que des craintes, que des terreurs nous assiègent... Les plaisirs, les joies, d'une part, les peines et les chagrins, de l'autre, ne viennent que de là. G^est par là que nous comprenons, voyons, entendons, connaissons le laid et le beau, le mal et le bien, l'agréable et le désagréable. » {De la mal<idie sacrée ^ traduction de M. Littré.) Pythagore et Platon acceptèrent l'opinion du médecin de Gos.

inconcevable ténuité^ qui obéissent aux caprices et au souffle des plus éphémères sensations.

Quel contraste entre Tinstrument et le travail accompli^ entre Torgane et la fonction ! Dans ces cellules blanches et grises, ces cordons entrelacés et comme échevelés en tous sens, dans ces lourds enroulements des circonvolutions, pareils aux nœuds d'un serpent endormi, qui aime à voir l'expression matérielle de la grandeur de Thomme, le gage vivant de sa dignité, de sa primauté spirituelles? 11 semble qu'il y ait une disproportion trop choquante entre le moyen et le but, un manque d'harmonie, de proportion.

A vrai dire, nous mesurons volontiers les choses à des normes purement matérielles : la masse, le poids, rétendue, le volume, nous frappent plus que déraison. Quel œil, quel microscope est jamais descendu dans les profonds abîmes du monde cérébral ? Dans ce petit espace remuent des systèmes plus complexes que les systèmes célestes, des constellations organiques plus étonnantes que celles qui parsèment l'infini : une force unique détermine les formes et les mouvements des grands corps qui courent dans l'espace; mais ici sont enfermées des forces sans nombre comme en champ clos ; elles s'y marient, s'y épousent, s'y fécondent, s'y métamorphosent sans relâche. La phrénologie a cru découvrir les lois de ce microcosme : elle y a tracé, comme on fait dans le ciel, des constellations nombreuses. Mais ces généralisations prématurées sont aujourd'hui tombées dans. le plus profond discrédit; et l'on relègue dans le cabinet des charlatans ces têtes de

LAUGEL. — PROBL. LE l'aME. 3

plâtre^ où les disciples de Gall traçaient la géographie fantastique des passions et des instincts.

II y a pourtant dans la phrénologie un peu de bon grain mêlé à tant d^vraie. L'absurdité consistera juger de la qualité par la quantité, du dedans par les sinuosités et les accidents du dehors; à mettre arbitrairement la classification des bosses en parallèle avec une clas-. sification psychique, arbitraire d'ailleurs, sans finesse ni rigueur philosophique. L'idée juste, mais pressentie plii^ôt que démontrée, consiste à localiser les fonctions psychiques diverses en des départements dis-** tincts de Tencéphale. Il n'est plus.guère douteux que le principe de la division du travail ne doive étf^ appliqué au travail cérébral, et que le monde de la pensée, se subdivise en provinces dont chacune a ses attributions^ caractéristiques. Le cerveau est une collection d'appareils nerveux, tout comnje la moelle épinière ; seulement ces appareils, groupés les uns près des autres, ont des connexions très-prochaines : ils se servent mutuellement de régulateurs, ils échangent perpétuellement de l'énergie motrice; leurs vibrations se fondent, s'ajoutent, se superposent sans difficulté.

Une comparaison grossière fera bien comprendre en

quoi la phrénologie diffère de Tanatomie achevée du monde cérébral. Nous voici, je suppose, devant les vastes bâtiments d'un atelier de construction; de ce.t atelier sortent chaque année des If^comotives et des machines à vapeur fixes. Le phrénologue peut se comr parer à celui qui, voyant deux édifices principaux, dirait sans hésiter : « Dans l'un se font toutes les

locomotives, dans l'autre les machines fixes. » Connaltrait-il vraiment le mode de construction de ces engins, s'il s'en tenait à cette simple vue et se contentait de les voir sortir, tout prêts à entrer en action? Entrez, et vous verrez une division du travail qui n'a aucun rapport servile avec les fins dernières qu'on se propose. Quelle qu'en soit la destination, les chaudières se font toutes dans les mêmes ateliers; des engins, disposés suivant une savante hiérarchie dynamique, coupent, tournent, taillent/ dépècent continuellement les organes élémentaires, des appareils les plus divers. Le cerveau est semblable à cet atelier : on en voit sortir, qu'on me permette le mot, des instincts, des pensées, des penchafits, des volontés, des actes ; mais on n'aperçoit qu'un résultat 'final; l'enchevêtrement, la subordination,, la hiérarchie des moyens échappe. Les différentielles de la vie cérébrale demeurent obscures, imperceptibles; les intégrales seules se détachent du dedans au dehors, et l'analyse imparfaite ne sait comment les décomposer ni, comment retourner au point de départ

La phrénologie se bprne à.de grossières approximations, quand elle mesure l'intensité des passions, les ardeWs de l'instinct et de la volonté, l'essOr de la pensée, aux rondeurs vagues et aux gontlements de l'enveloppe crânienne. La tête n*est point une montagne dont la topographie sufiise : il faut y entrer, en suivre les couches et les riches filons. C'est ce qu'a tenté Tanatomie; mais son œuvre, toute descriptive, est jusqu'ici demeurée stérile. Elle peint des tissus, des élé-

àO LE CERVEAU.

ments anatomiquee^ elle ignore la dynamique de ces petits édifices moléculaires; elle reste en face de^es * amas cellulaires, comme un œil ignorant en face des désordres lumineux du ciel. Elle connaît les caractères d'un livre, elle ignore le sens des mots.

Il n'est pas une partie du cerveau dont Tanatomie puisse fixer avec une certitude achevée le rôle fonctionne); le style de rarchitecture vitale lui échappe^, interrogez-la sur le rôle des couches dites optrquesy des corps striés, des commissures qui joignent les deux hémisphères, du corps calleux^ de la mûte^ à trois piliers, " de la commissure antérieure^ vous resterez confondue de la profondeur de son ignorance. Demandez - lui pourquoi il y a deux hémisphères symétriques, ses réponses seront vagues, puériles, embarrassées ; elle ne saura comment mettre d'accord le dédoubleœont, lo dualisme visible de Torgane avec Tunilé psjchiqi^e de la fonction. Les rapports les plus généraux qu'elle s'efforce d'établir ont toujours quelque chose Œambigu, de forcé; et comment peut-il en être autrement? On s'efforce de classer les cerveaux d'après les caractères que j'appellerai externes, tantôt d'après la forme, tantôt d'après le volume, tantôt d'après la richesse des circonvolutions, c'est-à-dire d'après leur surface supposée développée, tantôt parlé poids et^ le voliyïie. Ces caractères sont assurément importants, mais ce ne sont paà les plus importants. Il n'y a rien d'arbitraire en cette précieuse substance, où se concentre le plus pur de l'être, rien qui ^ doive être dédaigné. Mais ses modalités sont surtoutr liées à ce que

ranatomie statique ne peut apercevoir, aux transformations continuelles des mouvements^ de là composition chimique^ de la forme^ aux relations dynamiques ' des éléipents anatomiques innombrables qui la composent. Môme au point de vue purement chimique, le plus grossier, le plus tangible, que ne reste-t-il pas à apprendre? Un grand nombre de chimistes en sont encore à croire que la richesse intellectuelle du cerveau tient seulement à sa teneur en phosphore : il y a très-peu de temps qu'un jeune savant allemand^ Liebreich^ a découvert et isolé le protagon, principe défini cristallisable dont les métamorphoses isomériques forment toutes les matières grasses acides ou neutres, phosphorées ou simples^ que Tanalyse avait trouvées dans le tissu encéphalique. Le protagon caractérise tous les centres nerveux ; il s'y associe à d'autres corps, semblables à ceux qu'on trouve dans la fibre musculaire. De même que la substance da muscle^ celle du cerveau et celle de tous les centres nerveux est soumise à une perpétuelle oxydation. Tout travail, tout mouvement, toute modalité fonctionnelle la brûle, c'est-à-dire l'épuise. Dans ces petits laboratoires s'opèrent des métamorphoses continues. Vouloir, c^est littéralement dépenser de la force.

La maladie dira-t-elle le secret de la santé, et Tanatomie morbide i^a-t-elle plus heureuse que Tanatomie proprement dite? Il faut se résigner h' confesser que non : Tœil curieux du physiologiste ne découvre souvent aucune. lésion dans les cerveaux où il en cherche, ou s'il en trouve une, il ignore d'ordinaire comment

elle s^ lie aux troubles fonctionnels qui pnt déterminé la maladie et la mort On ne peut dire avec certitude : ceci a produit cela. L'équilibre dé la santé une fois rompu, les désordres se multiplient^ s'aggrayent et s'enchevêtrent si bien que l'analyse la plus fine^ trompée par les sympathies et les solidarités de la vie, ne sait souvent d'où est parti le premier ébranlement. Quand le cerveau a reçu des blessures visibles, béantes, palpables, la vie tout entière n*est plus qu'un désordre, la vie supérieure au moins, car la béte parfois pçut accomplir encore ses fonctions. D* autre part, les fonctions mentales peuvent être absolument dérangées sans que le cerveau montre aucune déformation, aucune monstruosité apparente. Faut-il qu*un homme soit couvert d'ulcères ou privé de quelques membres, pour que le médecin le prenne en pitié? Qui ne sait que la maladie perfide peut user lentement les ressorts intimes de la vie, sans en détruire les délicates enveloppes : le flot ne s'écoule pas toujours nar de larges fissures^ il peut se perdre dans le sable, et lentement disparaître. Penset-on qu'il y ait des différences visibles entre le cerveau de l'homme à jeun et celui de l'homme ivre ? Si quelques molécules d'alcool peuvent déranger l'équilibre des organismes cérébraux, doit-on espérer que tous les orages de la vie interne, tous les troubles, toutes les incohérences, se traduiront complaisamment par une altération visible des tissus en des points constants et déterminés?

11 est infiniment probable que la substance encéphalique n'est pas un tout indivis,^ une sorte de nébuleuse

•matérielle indistincte^ qufetUe se divise abrégions natu^ relies, en petits systèmeVnerveux doiit chacun a un rôle, une fonction, un régul^eur. Cette géographie fpurnirait la seule base solide à la classification des modalités et des virtualités psychiques. Mais elle est à peine ébauchée ; l'embryogénie révèle seulement que les cinq lobes de chaque hémisphère, le frontal, le pariétal, le temporal, roceipital,J^insula, ^ûULdes provinces indépendantfi s. Gratiolet, si pénétré de l'unité, de rintelligence, reconnaissait pourtant que le devant du cerveau était plus digne que le second ; il pensait qu!il y a dans Fencéphalc des départements séparés, pon pour resprit, mais pour les sensationis ; les nerfs olfactifs, gustatifs, optiques niême, aboutissent à des régions différentes ; la sensibilité, comme un organiste, a sous la main des claviers et des registres différents. Bien plus, certains phénomènes tendent à prouver que les nerfs d'un même sens contiennent plusieurs variétés de filaments élémentaires. Le nombre des couleurs, des sons, des goûts, des sens, des impressions tactiles que nous pouvons percevoir est strictement limité. Le nerf est un instrument qui ne peut rendre que certaines notes et certains accords : les combinaisons de ces notes sont en nombre infini, maïs elles n'en sont pas moins distinctes. La vibration nerveuse n'est jamais vague, diffuse, sans limites. Au morcellement de la sensation répond le morcellement des sièges de la sensation, flelmhoitz a montré que les sons se décomposent comme les couleurs. Dans la nature tout est précis, défini, géométrique.*

Mais s'il s'opère une véritable division du travail en toute sensation^ et si chaque sensation se localise, peuton imaginer quelque chose de semblable pour le travail de rintelligence ? Les philosophes ont de tout temps échafaudé des classifications psychiques, il&ont distingué les diverses fonctions^ les facultés et les passions de Tâme^ et ils se refusent néanmoins à admettre qu'à la diversité des fonctions réponde la diversité des organismes ? Il ne leur semble pas attentatoire à la spiritualité du principe pensant de le lier^ de Ta^ervir aux formes et aux éléments de la vie; mais cette spiritualité leur semblerait compromise si son instrument perdait je ne sais quel caractère abstrait d'unité. LHinité existe-t-elle dans le cerveau entier plutôt que^dans un hémisphère ou. dans un lobe ? Qu'est-ce que cette unité matérielle qu'on veut donner pour 'garantie it l'unité spirituelle ? I/instrument de la pensée n'est-il pas composé d'un nombre incalculable d'élément&..âiiaJjaDiiques, et ces éléments de molécules, et ces molécules d'a tomes distincts? Faudra-t-il jeter au feu tous les traités sur l'âme des philosophies anciennes et modernes? La psychologie n'est-elle vraiment qu'un labyrinthe de mots? N'aura-t-on plus le droit de faire des distinctions dans les facultés mentales? La mémoire sera-t-elle la même chose que l'imagination, celle* ci que la puissance d'abstraire? Et si ces distinctions sont fondées en fait,\ qu'y a-t-il de révoltant à adm^ettre qu'elles sont en corrélation avec des subdivisions particulières, du cervcc^u? Les facultés de l'esprit se scindent si bien -qu'on peut cultiver les unes aux dépens des autres, que la maladie^

la folie, peuvent atteindre les unes sans toucher aux autres. II n'y a pas deux hommes qui présentent exactement la même combinaison de virtualités intellectuelles et affectives. Bien plus, il n'est pas un homme chez lequel cette combinaison ne varie lentement depuis la naissance jusqu'à la mort La sensation n'est-elle point la maîtresse de l'esprit avant le raisonnement? La mémoire, qui n'est qu'une sorte de réceptivité passive^ s'affaiblit presque toujours chez ceux qui épuisent leur énergie potentielle dans la combinaison voulue des abstractions idéales. L'instrument intellectuel peut avoir la plus admirable souplesse, la plus exquise sensibilité chez ceux dont les facultés affectives sommeillent ou sont mortes. Il est superflu de développer des vérités si banales : je n'en veux conclure qu'une. chose, c'est que Les fonctions psychiques étant distinctes, on peut croire raisonnablementn^e. leurs orgjanesne sont point confondus.

Mais on peut concevoir deux modes de morcellement dans les organismes vivants : d'une part/certains* élé- ,ments anatomiques peuvent se grouper, se localiser; d'autre part, un élément anatomique peut se prêter à des systèmes de mouvement différents, et par là jouer pour ainsi dire un certain nombre de rôles divers. Dans le premier cas, les fonctions diverses s'accomplissent en des points divers ; dans le second plusieurs fonctions peuvent s'accomplir au même point. Superposez ces deux causes de variabilité phénoménale et les variations n'ont en quelque s(frte plus de limite. On peut très-bien admettre que dans l'état normal il y ait une distribution

particulière des éléments anatomiques dans le cerveau

qui soit en rapport avec la variété de ses fonctions, bien que chaque élénient ou groupe anatomique possède unre richesse variable de modalités. Ne v6it-on pas, dans rordre des phénomènes de la sensation même, qu'un nerf sensitif peut perdre la modalité thermique et conserver la. modalité douloureuse et tactile ou réciproquement? Qu'un nerf peut perdre la faculté de transmettre le goût d'un aliment sucré et conserver celle de transmettre le goût d'un amer? L'élément anatomique est un clavier où quelques notes peuvent se casser. Le nerf optique devient souvent comme opaque à certaines couleurs. Il est donc naturel d'admettre que les éléments' anatomiques de la substance du cerveau aient une gamme très-étendue de mouvements et par conséquent de fonctions : leur virtualité s'exalte sans doute trèsfacilement, car on a vu Tintelligence survivre longtemps à des blessures accidentelles du cerveau (1).

Suivant M. Flourens, la faculté de percevoir, de juger, de vouloir une chose, réside dans le môme lieu que celle d'en percevoir, d'en juger, d'en vouloir une autre. Quand on fait artificiellement, sur des animaux>

(1) M. Trousseau a cité un officier qui avait reçu une balle dans le cerveau qui était entrée par une tempe et sortie par l'autre, et qui, observé pendant trois mois^ jo uissa it non-seulement de Tintégrité de ses facultés, mais encore avait beaucoup d'entrain et de gaieté. M. Vulpian a vu un blessé de 1848, ayant reçu une balle dans les parties antérieures du cerveau, qui, pendant quatre mois, se montra en parfaite possession de son intelligence, mais fut emporté, dit^l, en peu de jours, par une méningite amenée par des causes Irèsobscures.

une lésion assez étendue des hémisphères , on voit cpnyme pésuitat immédiat to.us.les instincts^ toute Tintelligence disparàîti^e ; mais les jours suivants ces suites immédiates se dissipent^ et Fon constaté le retour progressif, mais d^ensemble, de tous les instincts^ de toute rinteljrgence. Ces faits semblent militer en faveur de la richesse des modalités de Télément anatomique cérébral : mais rien ne démontre que cette richesse ne puisse pas coïncider dans les circonstances ordinaires avec une localisation particulière des fonctions et une certaine iUyiision du travail intellectuel. La méthode expérimentale résoudra peut-être qtielque jour ces déiicats problèmes» si elle peut mettre la main sur des substances toxiques dont Taction se concentre dans des régions particulières de Fencéphale^ comme parait le faire par exemple la belladone.

Aujourd'hui^ la science n'a qu'un fait important à invoquer en faveur de la localisation des fonctions cérébrales^ c'est Vaphasie, singulier accident qui se caractérise par Fabolition plus ou- moins complète de la faculté du langage articulé et qui parait s'accompagner d'une lésion circonscrite et locale de la troisième circonvolution frontale gauche. En faveur de la théorie de la localisation delà faculté du langage, un éminent physiologiste^ M. Broca, a réuni un nombre très-grand de faits : on lui en oppose beaucoup d'autres et Ton comprend aisément que Texplication de semblables phénomènes soit soumise à de grandes difficultés. Si Ton signale des cas de lésion du lobe antérieur gauche sans aphasie, on peut répondre que la vie du cerveau étant double, le

lobe sain a suppléé le lobe malade. Tantôt les aphasiques ne sont pas en état de démence^ et alors la lésion cérébrale peut être logiquement rapportée à Tabolition du langage; tantôt ils ont perdu toutes les facultés mentales, et alors la lésion peut s'expliquer par la folie. Quelquefois Taphasîe est incomplète et certains mots sont sauvés du naufrage. Quelquefois enfin il y a aphasie sans qu*aucun des lobes antérieurs soit visiblement lésé.

SI Ton examine la question philosophiquement, on peut se demander si Taphasie n*est que l'abolition accidentelle de certains mouvements, loin d'être l'abolition de la faculté mentale qui commande ces mouvements. La faculté du langage même peut difficilement être considérée comme une fonction élémentai^> comme une différentielle de l'esprit. Que suppose^ en effets le langage articulé? La mémoire des mots et des choses que les mots représentent, la mesure du temps qui règle la vitesse des sons^ la réflexion qui coordonne les mots suivant une suite logique, l'émotion qui gradue les intonations^ enfin le clavier matériel sur lequel tous ces déterminants impriment leur action commun^ et symbolique. Vaphasie brise le clavier^ mais peut-on dire qu'elle supprime les déterminants ? Le langage articulé est-il une faculté unique^ priihordi^Ie, ou y a-t-il des espèces psychiques logées çà et là dans le noir réduit de l'encéphale ? et peut-on croire que l'articulation soit une de ces espèces ? Ces doutes, ces obscurités ne diminuent point, ils rehaussent plutôt l'importance des observations relatives à l'aphasie.

Les faits sont déjà nombreux, chaque jour on en signale de nouveaux; mais ils sont difficiles à observer, plus difficiles à bien interpréter.

Au résumé, on. peut dire^ ce semble, sans offenser le bon sens et sans porter atteinte à la dignité de Tàme, qu'à la variété des fonctions doit correspondre la variété des organes; mais nous n'apercevons pas encore les frontières naturelles du cerveau, nous ne distinguons point les provinces diverses de la confédération psychique, tant ses membres vivent en harmonie, unissent leur action et règlent leurs mouvements les uns sur les autres. L'union nous cache la variété. Douleurs, plaisirs, volontés^ rêves, troubles de la passion, sereines visions de la pensée pure, tout se mêle et se noie dans Tunité de la vie.

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