DES CONDITIONS DE LA BEAUTÉ DANS LES MOUVEMEN
Notre idée du beau, d'abord étroite et exclusive, s'est maintenant beaucoup élargie. Nous avons vu que tout ce qui est sérieux et utile, tout ce qui est réel et vivant peut, dans certaines conditions, devenir beau. Ce sont ces conditions qu'il nous reste à mieux déterminer.
Le beau peut se révéler tantôt dans les mouvements, tantôt dans les sensations, tantôt dans les sentiments. Le premier caractère de la beauté dans les mouvements est la force : nous éprouvons un plaisir esthétique a sentir notre vigueur, à exercer notre éjiergie sur quelque obstacle ou à voir les autres exercer la leur. Le second caractère de la beauté est l'harmonie, le rythme, l'ordre, c'est-à-dire l'adaptation du mouvement à son milieu et à son but. Tout mobile, traversant un certain milieu, y rencontre des résistances plus ou moins grandes ; de là résultent, comme l'ont montré MM. Spencer et Tyndall, des mouvements successifs en avant et en arrière, des lignes plus ou moins ondulantes qui produisent le rythme. Le rythme ou Tordre
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n'ost donc pas, à vrai dire, quelque chose de distinct de la force même : il est simplement un moyen pour la force de se conserver aussi grande que possible en face des résistances ; Tordre est une économie de force. La troisième qualité du mouvcmeni. la grâce, a été le mieux étudiée par M. Spencer, (jui a complété par des vues scientifiques les doctrines trop métaphysifiues de Schiller et de Schelling. Quel mouvement nous donne, quand nous l'exécutons ou quand nous le regardons, l'impression de la grâce? C'est celui où tout effort musculaire semble avoir disparu, où les membres se jouent librement, comme portés par l'air'. De là la supériorité du mouvement curvihgne ; la ligne courbe , formée d'une infinité de lignes qui se fondent sans interruption l'une dans l'autre, est comme le schéma d'un mouvement dans lequel très peu de force se perd, où aucun effort inutile n'est demandé àaucun muscle. Au contraire^ un mouvement maladroit est celui cpii implique un changement soudain de direction, quelque chose d'anguleux, une perte trop grande de force, l'excès dans l'effort musculaire. En somme, càce premier point de vue, toute beauté
1. M. S[)eucor uoiis raconte à quelle occasion il vint à concevoir cette théorie si ini;'''nieuse de la ^râce : « {}\\ soir, dit-il, j étais h regarder une danseuse, et au dedans de moi je condamnais ses tours de force comme autant de dislocations barbares qu'on aurait sitflt'es si les pens n'avaient pas tous la làcbelé d'applaudir ce qu'ils croient être de mode d'a[)plaudir : je m'aperçus que, si dans l'ensemble il se iilissait par hasard quelques mouvements d'une £:ràce vraie, c'étaient ceux qui, par comparaison, coûtaient peu d'efi'orts. Il mè revint à l'esprit divers faits qui confirmaient mon idée, et j'arrivai alors à conclure, d'une façon izénérale, qu'une action a d'autant plus de grâce qu'elle s'exécute avec une moindre dépense Je force. » {Es<ni sur la (jnkCj traduction Uurdeau.)