‹ Les problèmes de l'esthétique contemporaine [microform]Chapitre 14 sur 83 · LA REAI TE DANS LES MOUVEMENTS. — LE TRAVAIL · texte numérisé non relu

LA REAI TE DANS LES MOUVEMENTS. — LE TRAVAIL

dan° les mouvements paraît pouvoir se ramener à l'économie de la force.

Si telles sont les qualités esthétiques du mouvement, ne semble-t-il pas tout d'abord que les mouvements du jeu,, non ceux du travail, puissent seuls les réaliser et que la théorie anglaise se trouve ainsi confirmée? — Selon nous, c'est là une pure apparence , et le travail s'accommode aussi bien que le jeu des mouvements esthétiques. Voyez sur une échelle une grappe d'ouvriers se passant une pierre les uns aux autres : la lourde pierre monte peu à peu, soutenue par tous ces bras qui la saisissent et la lûchent tour à tour; n'y a-t-il pas en ce tableau une certaine beauté inséparable du but poursuivi et conséquemment du labeur accom|)li? De même, des hommes tirant sur un câble pour soulever un madrier, des rameurs, des scieurs de long, des forgerons sont beaux dans le travail, même dans la sueur et l'elfort. Un faucheur habile peut être aussi élégant en son genre qu'un danseur : un peintre représentera même plus volontiers l'un que l'autre. Un bûcheron attaquant un chêne et brandissant la cognée de ses muscles raidis peut éveiller presque le sentiment du sublime. Nous voici cependant bien loin du jeu, car tous ces hommes poursuivent une fin déterminée; le rythme qui règle leurs mouvements et les assouplit ne s'explique lui-même que par la recherche du but et la tension de toutes leur? forces vers ce but unique. Par là le caractère esthétiqut? du mouvem.ent, loin d'être diminué, est agrandi, car il s'y ajoute deux éléments nouveaux. D'une part, V intérêt est excité par la recherche d'un but : un mouvement dont nous connaissons la diicc-

tiou ex dont nous pouvons constater la réussite ne v y,intéresse-t-il pas toujours plus qu'un mouvement stiit objet? D'autre part, ïintcliifjoice est satisfaite, car nous pouvons calculer la proparliou entre la grandeur du but à atteindre et l'efiort dé[)ensé. Aussi l'eifort ne nous cboquet-il plus : au contraire, il est une condition de l'intérêt que nous portons au travail. La tension des muscles, la fatigue poussée jusqu'à un certain [)oint et même une certaine altération des traits, tout acquiert alors une valeur esthétique : c'est en proportion et en harmonie avec la fin voulue. Au contraire, si un jeu coûtait autant d'ellbrts, nous en serions désagréablement surpris : il y aurait disproportion entre ies moyens et la fin. C'est pour cela qu un jongleur ne doit pas laisser voir la même fatigue qu'un athlète ; c'est pour cela qu'un poète ne doit pas laisser sentir la recherche de la rime, tandis qu'on prend un certain [»iaisir à suivre le travail de pensée d'un mathématicien ou d'un philosophe. En général, tout travail qui se justifie rationnellement renferme des éléments estlieti(jues, tandis qu'il déplait à Tintelligence de voir l'inutile pris comme but par la volonté. Le jeu, l'exercice frivole de l'activité, loin d'être le principe du beau, a donc par lui-même (juelque chose d'antieslhétique; il a besoin d'excuse; il faut qu'on y voie une expansion folle et |)assagère de l'activité, une sorte de détente nerveuse, utile elle-même à son .heure.

— Mais, nous dira M. Spencer, si la beauté des mouvements n'exclut pas toute idée de travail accompli, du moins la f/râce proprement dite Texclut; car elle se ramène à la facilité, et Ja facilité a ia moindre dépense de force. — Nous

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