‹ Les problèmes de l'esthétique contemporaine [microform]Chapitre 19 sur 83 · A BEALTE DANS LES SENTLMENTS ET LES ACTIONS · texte numérisé non relu

A BEALTE DANS LES SENTLMENTS ET LES ACTIONS

En général, tandis que la force représente dans l'expression de la vie le côté viril, la grâce représente plutôt le côté féminin. Si donc la beauté suprême dans les mouvements est celle qui traduit la vie la plus riche, on peut dire qu'elle consisterait à allier la force et la grâce, en leur faisant exprimer tout ensemble la volonté la plus énergi(jue et la plus douce. Cette volonté, remarquonsle, n'est pas seulement celle qui se joue à la surface des choses, mais celle qui, prenant au sérieux et les autres êtres et elle-même, met toute sa puissance au service de toute sa tendresse.

Si les mouvements empruntent la plus grande partie de leur beauté aux sentiments, en quoi consistera la beauté des sentiments eux-mêmes? — Elle sera faite, elle aussi, de force, d'harmonie et de grâce, c'est-à-dire qu'elle révélera un(^ volonté en harmonie avec son milieu et avec les autres volontés. Or ce sont là des caractères qui conviennent au bien en même temps qu'au beau, et nous sommes amenés à nous demander si, dans la sphère des sentim.enis, il y a une réelle différence entre ces deux termes. M. Sj)encer, lui, les sépare avec le même soin que Kant : c'est que l'identité du beau et du bien serait la ruine de sa théorie. Il est clair, en effet, que le bien ne peut être un a jeu » et que c'est au contraire la chose sérieuse par excellence ; si donc le beau est dans le jeu, il devra se séparer du bien : de là les efforts de M. Spencer pour distinguer les deux idées. -— Dans le bon, dit-il, c'est la^/^ à réaliser que nous considérons; dans le beau, c'est l'^/c^/m/J même qui la réalise, — 11 nous semble au contraire que l'activité, la volonté.

par exemple celle qui accom[)lit un acte de patriotisme, n*esl pas seulement belle, mais bonne en îa mesure môme où elle est belle ; la fin, d'autre [)art, c'est-à-dire la patrie sauvée, n'est pas seulement bonne, maisl^elle en la mesure même où elle est bonne. Dans nos iugements estbétiques sur une action donnée nous ne faisons pas plus abstraction de la fin poursuivie que dans nos jui^^ements moraux : par exem[)!e, l'action de se jeter à l'eau et même de s'y noyer n'a rien de beau en elle-même, elle n'ac(piiert de valeur esthétique que dans la [)roportion où elle acipiiert une valeur morale, lorsqu'elle se justifie par un but de dévouement. L'identité du bon et du beau n'est pas moins évidente [»our les sentiments que i)our les actions : la sympathie, la pilié, l'indignation, sont tout ensemble belles et bonnes. Aussi l'émotion artisli<pie peutelle être considérée souvent comme une simi)le lorme dérivée de l'émotion morale. L'art, qui a pour condition essentielle la part sympathique que nous prenons aux peines ou aux plaisirs dautrui, est une création sociale. En moyenne, un être est d'autant plus moral qu'il est plus capable de ressentir [)i"ofondément une émotion esthétique.

— Mais, nous objectera M. Spencer, îl est des sentiments aux(}uels l'art a toujours fait appel, la colère, la haine, la vengeance, etc., qui sont cependant immoraux; donc, en admellaut (pie tout ce ([ui est bon soit biM'i. tout c » qui est beau n'est [)as bon. — Je réponds (jue, si vous prenez les termes de la comparaison sous les mêmes rapports et au même degré, les senliniMUs vous paraîtront bons par le côté etdanslamesurcoù ils vous jKiraitront esthétiques. L'amour

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