‹ Les problèmes de l'esthétique contemporaine [microform]Chapitre 29 sur 83 · THEORIE GI-M-RALE DU REAE · texte numérisé non relu

THEORIE GI-M-RALE DU REAE

dans un orchestre et qui, ayant perdu la conscience dans un accès de vertige épileplique, continuait néanmoins de faire exactement sa partie : tous ses organes, et probablement ses nerfs auditifs eux-mêmes, continuaient mécaniquement leur jeu ; tout vibrait encore en lui, excepté la vie et la conscience en leur profondeur, qui s'étaient désintéressées et endormies. Beaucoup d'artistes ressemblent à ce musicien ({ui ne jouait (fu'avec les doigts; beaucoup de dllettanti, eux aussi, n'écoutent qu'avec les oreilles, ne voient qu'avec les yeux, ne jugent que d'après des habitudes machinales : l'àme en eux se désintéresse et vague autre part; alors l'art devient en vérité un jeu, un moyen d'exercer tel ou tel organe sans faire tressaillir la vie jusque dans son fond. Mais ce n'est plus l'art, c'est son contraire même. Les émotions vraiment esthétiques sont celles qui nous possèdent tout entiers, celles (]ui, en nous faisant battre le cœur avec plus de force, peuvent précipiter ou ralentir le cours du sang dans tout notre être, augmenter l'intensité même de notre vie. Beethoven, en écrivant sa sym[)honie héroïque qu'il voulait dédier à Bonai)arte, pouvait être aussi envahi et troublé par l'émotion esthétiijue que Bonaparte lui-même l'avait été par l'émotion de livrer telle ou telle bataille. Le véritable artiste se reconnaît à ce que le beau le touche, l'ébranlé aussi profondément, plus peut-être que les réahtés de la vie; pour lui, c'est la réalité même,

La théorie de l'école anglaise , si on la poussait à l'extrême, aboutirait a des conséquences que nous venons de montrer. V.Wq a donc besoin, selon nous, d'importantes

corrections. Résumons les principales. Selon M. Spencer et son école, l'idée du beau exclut : T ce qui est nécessaire à la vie; 2** ce qui est tUile à la vie; S*» elle exclut même en général tout objet réel de désir et de possession pour se réduire au simple exercice, au simple jeu de notre activité. Selon nous, au contraire, le beau, se ramenant en somme à la pleine conscience de la vie môme, ne saurait exclure l'idée de ce qui est nécessaire à la vie ;la première manifestation du sentiment estbétique, c'est le besoin satisfait, la vie reprenant son équilibre, larenaissance de l'iiarmo- ^ nie intérieure, et c'est là ce qui fait la beauté élémentaire des sensations. De même, le beau, loin d'exclure ce qui est utile, présuppose l'idée d'une volonté accommodant spontanément les moyens aux fins, d'-une activité cbercbant à dépenser le minimum de force pour atteindre un but. De là résulte la beauté des mouvements. Pour être beau , un ensemble de mouvements a besoin qu'on lui reconnaisse une certaine direction dominante; il faut donc qu'il soit d'abord l'expression de la vie, ensuite d'une vie intelligente et consciente Enfin le beau, loin d'exclure l'idée du désirable, s'identifie au fond avec cette idée. Beau et bon ne font qu'un, et cette unité, visible clans nos sentiments, se laisse pressentir dans ies mouvements ou dans les sensations. Le Dcau, au lieu de rester quelque chose d'extérieur à l'être et de semblable à une plante parasite, nous apparaît ainsi comme l'épanouissement de l'être même et la fleur de la vie.

Les grandes émotions esthétiques sont en général troa

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