‹ Les problèmes de l'esthétique contemporaine [microform]Chapitre 72 sur 83 · DE LA RLME RICHE. 22'J · texte numérisé non relu

DE LA RLME RICHE. 22'J

nécessaire; il est donc difficile d'établir empiriquement, d'après leur exemple, aucune règle prescrivant la rime riche. Ceux mômes qui ont eu le plus de recherches à l'entli oit de la rime font preuve soudain, par moments, d'une négligence extrême. On relèverait chez Victor Hugo des milliers de vers blancs ou qui sont bien près de l'être». L'autorité des poètes n'a donc pas grande valeur, comme

1. F/rrs rimant avec enlicr,, mer avec aimer oa éeumer, sourcils avec atlendent-ils, Christ avec écrit, luth avec salut, etc. Th. Gautier se contente parfois de la simple assonance et fait rimer par exemple 6«.scrs et appuj,^s. Les rimes avec consonnes d'appui, qui chez y. Hugo sont habduellement dans la proportion de soixante à qu.tre-vmgts pour cent, tombent brusquement, en certains morc.auA a la proportion qu'on trouve chez Musset: trente-cinq à quara-t' pour cent, quelquefois moins. Voici par exemple une strophe. c»V Contemplations où aucune consonance nest parfaite, Ja consonne cl appui manquant (r esse, paisse, etc.):

nier le vent du soir, dont le soufOe caresse Nous apportait l'odeur des fleurs qui s'ouvrent tard • La nuit tombait; l'oiseau dormait dans l'ombre épaisse. Le printemps embaumait, moins que votre jeunesse ; Les astres rayonnaient, moins que votre regard...

Selon le principe de M. de Banville et de M. Legouvé, ces vers ne rimeraient pas et ne seraient pas des vers. 11 est vrai qu'on n'y trouve point de calembour, mais leur harmonie est incontestable. M. de Banville aurait plutôt raison s'il blâmait ces vers souvent cites qui terminent l'épisode du jugement dans Mclancholia:

Et rien ne reste là qu'un Christ pensif et paie, Levant les bras au ciel dans le fond de la salle.

Geui-là ne riment vraiment pas, et pourtant ce sont bien des vers. L exactitude de la rime semble devenir assez peu de chose aux veuxmêmes de V. Hugo, devant l'harmonie de la phrase mus cale et i«* puissance de l'image.

L'AVHMK ET LES LOIS DU VEUS

toute autorité. L'appréciation du public en aurait davantage; mais, en général, tout lecteur qui n'est point un rimeur lui-mùme n'attachera pas une importance exagérée à la richesse de la rime : c'est là une affaire de métier plrtôt que d'oreille. Pures questions de métier, par exemple, que tels reproches adressés à A. de Musset par les parnassiens. Si vous rencontrez dans la rue un tailleur, il vous regardera moins vous-même qu'il n'observera la coupe de votre habit; si c'est un coiffeur, il examinera la coupe de vos cheveux; si c'est un cordonnier, vos chaussures : un étranger arrivant à Marseille est poursuivi aussitôt par de pf nts garçons qui, l'œil sur ses pieds, y découvrent quelque fiTiiin de poussière et mettent leur brosse à son service. Ainsi en est-il dons le monde des artistes : trop souvent, LU lieu de saisir dans l'œuvre des Musset et des Hugo l'idée qui la dominait, on s'est attaché aux petites clioses du métier, à tel grain de poussière. Th. Gautit'r, — qui ne pardonnait qu'un vers à Racine : « La fille de Minos et de Pasiphaë, r — déclarait que le chef-d'œuvre de V, Hugo est l'énumération de noms sonores placée au début de Ratbert ; il reniait énergiquement Alfred de Musset, comme un a [)oète bourgeois, » sans sonorité. A Théophile Gautier et aux parnassiens Musset eût pu répondre : « De grâce, ne regardez pas seulement mon pourpoint ou mes chaussures ; regardez-moi en face, droit au visage, et tAchoz de lire ma pensée au fond de mes yeux. « La faveur croissante dont jouit Musset auprès du public, malgré le discrédit •>!: il est tombé auprès des poètes contemporains, montro combien le chatouillement de la rime riche touche

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