‹ Les problèmes de l'esthétique contemporaine [microform]Chapitre 74 sur 83 · ROLE DES CONSONNES DANS LA RLME · texte numérisé non relu

ROLE DES CONSONNES DANS LA RLME

et tantôt sonores : Vénus, nus ; Nil, chenil; héros, rhinocéros; tous, doux; maïs, pays.

• Maintenant, lorsqu'une voyelle et la consonne qui la 5,ait sont identiques, faut -il demander encore davantage et exiger, avec M. de Banville, l'identité de la consonne qui précède, dite consonne d'appui? Sans doute, cela est préférable ; mais on ne peut le déduire scientifiquement des principes du vers, parce que l'identité de la voyelle et des dernières consonnes suffit très bien pour marquer le rythme et remplir ainsi le but essentiel de la rime. La voyelle émise, avec l'accord qu'elle produit, l'esprit reste sur une idée de ressemblance plutôt que de différence; lorsque la voyelle est longue ou suivie de consonnes sonores, la différence môme tend à disparaître : c'est plus qu'il n'en faut pour constituer le vers. — Quant à la rime proprement « riche » ou superflue, formée par la double consonance de deux syllabes à la lois, elle vaut précisément parce qu'elle n'est et ne sera jamais trop fréquemG. Il ne faudrait pas prendre pour modèles ce^ Uni v-?v> gravement comiques des chœurs de Racine :

Pour comble de prospéritc , 11 espère revivre en sa postérité.

L'abus des consonances serait mauvais en poésie comme en musique; la dissonance môme est un élément d'harmonie , qui acquiert une importance croissante dans la musique moderne et qui a sa valeur jusque dans la poésie. C'est ce qu'a compris V. Hugo dans certains de ses vers, comme La Fontaine et Musset. L'harmonie est

L'AVEMR ET LES LOIS DU VERS

une chose relative; rien de plus doux (jue le retour à l'accord parfait après une série d'accords de septième; de môme , rien ne produit plus d'effet que tel vers de Musset éclatant par sa rime riche au milieu d'harmonies plus sourdes. Quant à La Fontaine , par une étrange rencontre, c'est M. do Banville qui a le mieux caractérisé un jour ses rimes [)rétendues négligées en disant : « Il a fait de la rime, non pas un grelot sonore et toujours le même, mais une note variée à l'infini, dont le chant augmente d'éclat et d'intensité selon ce qu'elle doit peindre et selon l'effet qu'elle doit produireV h

1. Outre Ja question de son musical, on a voulu aussi considérer dans la rime la question d'orthographe. Les vers, dit-on, ne sont pas toujours destinés à être entendus ; ils doivent aussi être lus et olFrir quL'ique synirlrie pour les yeux ; en outre, on invoque ici le prin- <^ip« philosophique de l'association des idées et des images ; même lorsque nous entendons un mot prononcé à haute voix devant nous, nous vo^Oiis aussitôt passer devant nos yeux l'imaû'e de ce mot fixé sv.r .!o papier; il faut donc que les rimes soient non seulement cxact<^<- f.Miir T'-^reille, mais aussi pour la vue. - - Nous répoudrons en iiti'x iiiuib, par des exemples: nous sommes habitues depuis longtemps à voir rimer: faim et fin, jonc et Inwjj fih et fis (cette dernière rime n'est *.Kiuvaise qu'à cause du sou) ; peul-on trouver une raison scienli(i({ue pour s'arrêter là et blâmer Racine d'avoir fait rimer seing et sein, La Fontaine court et cour, coup et cou, V. Hugo long et salon, vert et hiver, etc.? Tous les poètes ont eu un mélange d'audaces et de timidités assez étranges sous le rapport de l'orthogiaphe; en dehors des signes distinctifs du pluriel et du singulier, cous ne croyons pas qu'on puisse rationnellement leur interdire à cet égard aucune liberté. Maintenant pour quelle raison les poètes ont-ils évité de faire rimer le pluriel avec le siniiulier? Ici les différences d'orthographe correspondent à des distinctions de classification auxquelles l'esprit tient à bon droit : la différence fondamentale du nombre et du genre doit donc être respectée dans la rime, précisément parce que la rime cherche à produire sur l'esprit l'impression du semblable. Ajoutons qu'il est assez logi(jue de tenir compte dans

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