VI INTRODUCTION
nobles aspirations ; peut-être un peu de fiel restet-il au fond du vase où la nature nous verse ses breuvages nourrissants. Frappée dans ses ambitions, dans ses espérances, dans son orgueil, Vâme se détourne volontiers du présent et demande à l'éternelle enchanteresse le secret des choses éternelles. Elle n'entend plus les voix grondeuses ou ironiques, les murmures confus de la servilité, les sanglots étouffés de la souffrance, quand elle écoute cette musique des sphères célestes qui charmait déjà Platon. Rien n'éblouit, rien ne trompe plus des regards accoutumés à contempler h splendeur du vrai.
Les uns après les autres, les grands esprits qui ont, qu'on me passe le mot, la fibre moderne, sont venus sacrifier aux sciences. Quelques-uns, comme M. Michelet et madame George Sand, à l'âge où l'on peut se reposer dans la gloire, se sont remis à apprendre : après avoir fouillé si longtemps et en tous sens le domaine de l'histoire et de la passion, ils sont entrés dans le royaume toujours vierge de la nature ; ils l'ont exploré avec une ardeur toute juvénile et comme étonnés d'avoir si longtemps ignoré et méconnu tant de merveilles. Je ne suis pas de ceux qui blâment ou qui redoutent ces excursions un peu aventureuses sur le terrain de l'observation et de l'expérience. La science est invulnérable : si elle peut dédaigner les coups de ses ennemis, pourquoi redouterait-elle des embrassements trop passionnés?