‹ Les problèmes de la natureChapitre 4 sur 15 · INTRODUCTION. VU · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. VU

elle peut rester nue comme la vérité, mais seg nobles formes demeurent encore visibles sous la pourpre légère que l'imagination jette sur ses épaules. La poésie, si naturaliste déjà avec Gœthe, avec Byron, avec Lamartine, Test devenue encore davantage dans les vers de Victor Hugo : elle a prêté une voix bar* monieuse, non plus seulement à Tbomme, mais à tout ce qui est vivant, aux mers, aux vents, aux étoiles et jusqu'à la pierre et au rocher.

La critique aussi a tendu la main à la science et lui a demandé des lumières nouvelles : elle consulte déjà la géologie, Tétude des races humaines, la géographie physique presque aussi souvent que l'histoire et la philologie. M. Taine a ouvert toutes grandes les portes du Panthéon littéraire à la physiologie, à l'ethnographie, visiteurs nouveaux et indiscrets qui ont porté témérairement les mains sur les gloires les plus respectées. La philosophie elle-même, après être restée longtemps enfermée dans le cercle sans issue d'une psychologie étroite, en est enfin sortie. Elle a repris les traditions abandonnées des Pascal, des Descartes, des Leibnitz, qui, bien loin de professer un ridicule dédain pour les sciences positives, se faisaient gloire de les cultiver et en sont restés les illustres représentants. On a vu nos philosophes modernes retourner à l'école, se familiariser avec les découvertes et même avec le jargon de la chimie, de la physique, de la médecine. Ils ont voulu toucher

Vllf INTRODUCTION.

(le leurs propres mains ces armes redoutables, tant de fois dirigées contre la métaphysique, et ils ont pu s'assurer que Tacier, dont ils n'avaient jusque-la senli que la pointe, n'était pas sans quelques défauts. Dans les écrits de MM. Saisset, Janet, Vacherot, Tissot, Bouillier et d'aulres encore, la philosophie n'abdique point ses antiques prétentions, elle demeure fidèle à ses croyances, mais elle s'instruit à les mieux défendre. Elle sort de cette citadelle haut placée où elle courait risque d'être réduite par la soif et la faim, et fait de fructueuses sorties sur le terrain de ses ennemis.

Mais pourquoi parler d'ennemis? quel esprit noble et sérieux voudra consentir à admettre qu'il y ait une hostilité nécessaire, un antagonisme fatal entre les enseignemenls de la philosophie et ceux de la science positive? Elles regardent le même objet, leur point de vue seul est différent. 11 n'existe ni deux vérités, ni même deux méthodes pour découvrir le vrai. La spéculation mentale n'est qu'une forme particulière de l'observation : car la logique n'engendre point, ni ne crée les idées, elle les découvre seulement et les laisse voir. L'homme trouve en lui-même et dans le monde les idées de l'infini, du temps, de l'espace, de la force, comme le minéralogiste trouve les métaux dans un minéral. La métaphysique associe les abstractions, comme le chimiste marie les corps simples.

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